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Octobre 2004 (page 2/3)
Sommaire du mois d'Octobre : Clic
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| 9 Octobre 2004 |
| Simon
a écrit : |
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J'aimerais
avoir quelques renseignements sur le rôle des barbares
dans la chute du monde romain, car lorsqu'on essaie d'avoir
quelques renseignements sur la chute du monde romain, on
nous donne seulement les causes en général,
mais on ne nous donne pas plus d'information.
Comment les invasions romaines
ont-elles conduit à la chute du monde romain ? |
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| RÉPONSE
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| Oui, évidemment…
Y'a belle lurette, depuis presque trois siècles,
que les causes de la chute de l'Empire romain font
l'objet d'âpres discussions, controverses ou disputes
entre historiens ; les invasions barbares n'étant
jamais que l'une des causes - parmi bien d'autres - invoquées
par ces savants érudits pour expliquer cette fin
du monde romain. C'est pour cela que vous trouverez généralement
davantage d'informations sur le premier sujet que sur le
deuxième. L'emprise barbare ne constitue finalement
qu'un des éléments d'une question infiniment
plus vaste.
Car c'est bien là qu'est le hic ! Pourquoi
l'empire romain d'occident s'est-il écroulé
? Pour quelles raisons ?
Les invasions barbares expliquent-elles tout ? L'empire
romain disparut-il seulement parce qu'il fut "pris
d'assaut" par les hordes barbares ? Ou bien est-ce
la faute aux chrétiens ? S'est-il écroulé
parce qu'il n'était plus économiquement viable
? Ou alors sont-ce des facteurs démographiques qui
le firent décliner puis chuter ? Mais peut-être
l'empire mourut-il tout simplement de vieillesse, selon
une loi naturelle et immuable qui veut qu'à l'instar
des hommes qu'elle rassemble, toute civilisation naisse,
grandisse, puis meure enfin ? Ou bien est-ce à cause
des tuyaux de plomb ?
J'ai déjà eu, à de très nombreuses
reprises, l'occasion de discuter de ces questions - très
intéressantes autant que complexes - avec d'autres
sympathiques internautes. Vous trouverez ici (Clic
!) les liens vers ces correspondances.
Je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus à
ce sujet… À mon avis - qui n'est pas, je le
rappelle encore, celui d'un véritable historien professionnel
-, la ruée des barbares ne fut qu'un élément
accélérant de l'incendie final. Quand les
Germains forcèrent la frontière du Rhin (date
traditionnelle : 31 décembre 406), le ver était
depuis longtemps dans le fruit. Ruiné et dépeuplé,
l'Empire romain n'était de surcroît plus guère
populaire auprès de la plupart de ses habitants,
accablés d'impôts. Il était aussi et
surtout divisé idéologiquement en une multitude
de sectes chrétiennes, hérétiques ou
orthodoxes, qui s'opposaient violemment les unes aux autres.
Car, ce serait commettre un dangereux anachronisme que de
réduire les controverses chrétiennes des IVe
et Ve siècles à d'aimables discussions théologiques.
Quand les chrétiens de ce temps discutaient de la
divinité du Christ, ce n'était pas autour
d'une tasse de thé et de petits-fours, mais à
coups de poing, de gourdin et de glaive. Ces "disputes
de curetons" prirent souvent la couleur glauque et
l'odeur sanglante de véritables guerres civiles…
Et pendant que les Romains s'entretuaient joyeusement, les
barbares, au balcon, applaudissaient en rigolant doucement
dans leurs barbes hirsutes enduites de beurre rance !…
Cela dit, et puisqu'une chronologie détaillée
des invasions barbares devrait sans doute vous intéresser,
je me permets de vous recommander ce site internet, fort
bien fait, que m'a récemment renseigné un
visiteur de mes propres pages : 370
- 493 - La fin de Rome en Occident
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| 11 Octobre 2004 |
| Grégory
réécrit : |
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Pour la
bataille du pont Milvius, on sait que Constantin a
fait peindre sur les boucliers de ses hommes les symboles
du christianisme (…).
Ne pourrait-on pas penser que ces décorations avaient
un but politique pour rallier les chrétiens
de l'armée de son malheureux adversaire ? |
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| RÉPONSE
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C'est certes possible…
Quoiqu'à mon avis, les chrétiens ne
devaient pas être très nombreux dans
l'armée de Maxence
(pas plus que dans celle de Constantin,
d'ailleurs). En effet, ledit Maxence avait, grosso
modo, "hérité" de l'armée
de son père Maximien
Hercule, lequel, anti-chrétien convaincu
devait avoir appliqué à la lettre les
décrets de Dioclétien et soigneusement
purgé ses légions de ses éléments
chrétiens.
L'explication traditionnelle de cette vocation subite
de Constantin pour la peinture sur boucliers est certes
possible sinon réellement vraisemblable : à
la veille de la bataille du Pont Milvius, il aurait
bénéficié d'une vision lui recommandant,
s'il voulait la victoire, de placer sur le bouclier
de ses soldats le monogramme du Christ (la lettre
grecque chi - en gros, un X - traversée
dune barre verticale recourbée au sommet).
Bof… Après tout, les rêves prémonitoires,
cela peut arriver !… Et puis, Constantin était
bien de son époque : il croyait dur comme fer
aux interventions divines dans ses petites affaires.
Deux ou trois ans avant le Pont Milvius, alors qu'il
passait par le sanctuaire d'Apollon Grannus (à
Grand, dans les Vosges), c'était cette fois
le dieu - païen - de ce temple - non moins païen
- qui lui était apparu, accompagné de
Victoires, et lui tendant une couronne de lauriers.
Finalement, même si nos esprits cartésiens
refusent d'accorder foi à toute cette mythologie,
païenne ou chrétienne - on est forcé
de reconnaître que, du seul fait que Constantin,
ses soldats, et ses sujets aient admis la réalité
de ces visions, cela les transforme en événements
historiques avérés, qui ont eu une certaine
influence sur le cours de l'Histoire.
On remarquera aussi, non sans un certain amusement,
que certains historiens, assez critiques à
l'égard des hallucinations de Constantin, se
montrent plus indulgents envers celles dont aurait
bénéficié Julien
dit l'Apostat, guidé tout au long de sa
vie par un fantomatique "Génie de l'Empire"…
Et vice-versa !…
Pour en revenir plus précisément à
votre question, à mon avis, et si tant est
que Constantin
imposa déjà le monogramme du Christ
à ses soldats dès la bataille du Pont
Milvius (ce dont je ne suis pas sûr à
100 %, car sauf erreur de ma part, seules des sources
chrétiennes, donc hautement suspectes de partialité,
mentionnent cette initiative), il s'agissait surtout
d'un message destiné à la population
chrétienne de Rome. N'oublions pas que c'est
dans la Ville que résidait la plus importante
communauté chrétienne d'un Occident
par ailleurs encore fort peu évangélisé. |
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Bien sûr, Maxence
ne fut pas un persécuteur comme son père.
Néanmoins, il avait mécontenté
la population chrétienne de Rome en exilant
tantôt l'évêque légitime
de la Ville, tantôt le prétendant hérétique
qui lui disputait la Chaire de saint Pierre, tantôt
les deux pontifes à la fois. Dans son esprit,
il ne s'agissait que de mesures de simple police destinées
à faire régner l'ordre et éviter
que les chrétiens romains ne s'entretuent mutuellement.
Mais ces dispositions de bon sens furent sans doute
ressenties comme autant de vexations : la population
chrétienne de Rome, que les persécutions
de Dioclétien, avaient radicalisée devait
réagir de façon épidermique à
la moindre tentative d'intervention des autorités
dans leurs affaires internes.
C'est dire que, boucliers gravés ou non, Constantin
apparut comme un libérateur : sa réputation
de tolérance (sinon ses sentiments amicaux)
à l'égard des chrétiens l'avait
précédé. |
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| 13 Octobre 2004 |
| François-Dominique
(Site : Des
Textes pour l'Histoire)
a écrit : |
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1. Dans
tous les
textes que je viens de mettre en ligne sur cet énorme
monument, Edward Gibbon, fait largement référence
dans ses notes à l'Histoire Auguste. Sur
votre site, vous semblez accorder aux auteurs
de cette Histoire Auguste qu'un crédit limité...
Qu'en dites-vous ?
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| RÉPONSE
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| Ah, l'Histoire Auguste
!… Gibbon en faisait effectivement grand cas, et ce
à juste titre. Cependant, cet écrivain, mort
en 1794, ne pouvait évidemment pas connaître
les résultats des travaux d'érudition des
XIXe et XXe siècles qui précisèrent
la nature réelle de cette œuvre… qui n'est,
dans la réalité des faits, qu'une mystification,
qu'une imposture.
Sans entrer dans les détails, vous savez sans doute
que l'Histoire Auguste se présente comme
un recueil de biographies impériales, dans le genre
de celles de Suétone. Ces notices biographiques concernent
les empereurs romains, de Trajan
jusqu'à Carin,
y compris les usurpateurs (avec une "lacune",
sans doute volontaire, entre 244 et 253, de la mort de Gordien
III à l'avènement de Valérien).
Elles seraient dues à six auteurs différents
(Ælius Spartianus, Julius Capitolinus, Vulcacius Gallicanus,
Ælius Lampridus, Trebellius Pollion et Flavius Vospicius)
qui tous auraient vécu à la fin du IIIe siècle
ou au début du IVe, sous les règnes de Dioclétien
ou de Constantin.
Cela, c'est ce que le bon Gibbon croyait. Mais, bien après
la mort du grand historien britannique, des recherches ont
permis d'établir, avec un bon degré de certitude,
que les six prétendus auteurs de l'Histoire Auguste
n'en feraient en réalité qu'un seul. En outre,
cet anonyme n'était nullement un contemporain de
Dioclétien, mais plutôt un sujet de Théodose,
voire d'Honorius
(fin du IVe siècle ou début du Ve).
Cela ayant été
établi, les critiques historiques se rendirent
compte que, si certaines biographies de ce recueil
étaient de bon aloi, d'autres (surtout celles
des empereurs du IIIe siècle) devaient être
assez bidouillées. Elles fourmillent en effet
d'anachronismes, de citations, de documents ou d'inscriptions
fictives, de références à des
historiens ou à des personnages inconnus par
ailleurs, etc, etc… Toutefois, puisque ces Vies
sont trop souvent l'unique source littéraire
que nous possédions sur ces âges assez
obscurs, les historiens se refusent - comme on dit
trivialement - à jeter le bébé
avec l'eau du bain. Certains spécialistes
s'échinent donc à démêler
le vrai du faux dans ces biographies, et des colloques
universitaires sont très régulièrement
organisés pour faire le point sur l'état
d'avancement des recherches.
Et voilà pourquoi je suis, moi aussi, assez
réservé face à ce livre, précieux
parce qu'il est souvent le seul témoin des
temps qu'il décrit, mais dont il faut néanmoins
prendre les assertions avec une extrême prudence.
Je ne vais pas m'étendre davantage sur ce
sujet, car si les problématiques liées
à cette œuvre vous intéressent,
je vous recommande plutôt d'acquérir
au plus vite l'édition française de
l'Histoire
Auguste (Éditions Robert Laffont,
coll. Bouquins, 1994). Voyez en particulier la longue,
mais passionnante, introduction générale
d'André CHASTAGNOL (également responsable
de l'édition du texte latin et de la traduction
française)
De toute façon, ce livre est réellement
un must pour tout qui s'intéresse à
l'histoire de l'Empire romain… |
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2.
Autre auteur largement plébiscité chez notre
bon historien anglais, c'est Hérodien,
savez-vous où l'on peut retrouver ses textes sur
la toile ?
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| RÉPONSE
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A ma connaissance, les
textes d'Hérodien ne sont pas disponibles sur
la Toile… du moins en français. En revanche,
vous les trouverez aisément en librairie (HÉRODIEN,
Histoire des Empereurs romains de Marc Aurèle
à Gordien III, traduit et commenté
par Denis ROQUES, Société d'éditons
les Belles Lettres, 1990).
Vous voyez, le problème avec ces œuvres
du Bas-Empire (tant l'Histoire Auguste
que celles d'Hérodien ou de Dion Cassius),
c'est qu'elles semblaient, jusqu'il y a peu, réservées
aux spécialistes universitaires. C'était,
comme qui dirait, un peu leur chasse gardée.
Ce n'est que très récemment que certains
de ces textes furent publiés en langue vulgaire,
à l'intention du grand public (du moins dans
le domaine francophone, car des traductions anglaises
ou allemandes sont disponibles depuis belle lurette).
Ceci explique pourquoi j'ai bien peur qu'il n'existe
guère de traductions françaises "libres
de droits" - donc publiables sur le
Net - de ces œuvres pourtant fort utiles aux
érudits amateurs.
Parfois, j'ai l'impression que certains milieux universitaires
francophones se complaisent encore dans un genre de
"mandarinat", et estiment toujours que ce
serait déchoir que de transmettre - via le
Net ou autrement - leur haute science à des
cerveaux vulgaires et à des oreilles profanes
!… Par exemple, quand diable pourrons-nous,
nous, commun des mortels, disposer enfin d'une traduction
française - complète et accessible -
des Histoires de Dion Cassius ? |
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| François-Dominique
réécrit : |
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Merci
pour votre longue réponse éclairante.
Pour ce qui concerne Dion
Cassius, je vous signale le considérable
travail (il y est depuis bientôt quatre années)
qu'est en train de faire votre compatriote Philippe
Remacle sur son très
beau site : Clic
!
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| RÉPONSE
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| … Et merci à
vous aussi pour ce renseignement.
Je connaissais déjà les passages de Dion
Cassius mis en ligne par mon pays Remacle…
passages qui hélas s'achèvent avec la victoire
de César à Pharsale, c'est-à-dire précisément
au moment où commence à devenir intéressant
pour moi et "mes" empereurs romains. En revanche,
je ne connaissais pas ce site
Méditerranées, que renseigne
l'ami Remacle, et qui, lui, tombe carrément pile-poil
dans le sujet de mes pages internet puisqu'il présente
(entre autres choses vraiment très intéressantes),
les textes de nombreux historiens antiques (Dion Cassius,
mais aussi Hérodien, Eutrope, Aurelius Victor, etc…)
relatifs aux empereurs du IIe siècle
: Clic
!

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| 13 Octobre 2004 |
| Charlotte
a écrit : |
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| Je ne sais
pas si vous connaissez la pièce de théâtre
Caligula, d'Albert CAMUS . Je dois
faire un rapprochement avec cette pièce, je ne sais
pas si vous pouvez m'aider, mais je l'espère…
Et si vous connaissez d'autres liens de ce genre avec Caligula,
ce serait gentil de m'en faire part… |
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| RÉPONSE
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| Ben oui, j'ai effectivement
lu Caligula… mais c'était il y a bien longtemps,
quand j'étais student, dans les belles années
'70. Et comme, depuis lors, je ne l'ai plus guère
fréquenté l'œuvre de Camus, le moins
que l'on puisse dire, c'est que mes souvenirs de cette pièce
ne sont pas très frais !
Cela dit, je ne vois
pas très clairement le genre de renseignements
que vous attendez de moi… Toutefois, si vous
avez lu la pièce de Camus ainsi que parcouru
la (copieuse) notice biographique que j'ai consacrée
à Caligula,
vous vous êtes certainement rendu compte que
le but poursuivi par l'auteur de La Peste
est fondamentalement différent du mien. Je
tente - à mon modeste niveau - de cerner le
Caligula historique, celui qui a réellement
existé, tandis que Camus, lui, nous livre une
interprétation philosophique de ce personnage.
À la limite, l'aspect historique ne l'intéresse
pas ; son Caligula est surtout le héros d'une
fable philosophique sur le pouvoir, ou plutôt
sur la nécessaire résistance aux pouvoirs
arbitraires, tant humains que divins :
"La mort de sa sœur Drusilla l'a
révélé à lui-même
en lui révélant l'absurdité
de la vie des hommes ; cette prise de conscience
est son véritable sacre, l'indication de
son destin ; « Je viens de comprendre
enfin l'utilité du pouvoir. Il donne ses
chances à l'impossible. » Désormais,
dressé avec une logique implacable contre
tout ce qui rassure les hommes, les assied, les
distrait, les réconforte et leur ferme les
yeux, il va se faire leur bourreau pour leur enseigner
la révolte. Sa vie devient tout entière
intelligence en délire, passion du difficile
et du fatal, tragi-comédie où le cabotinage
n'exprime qu'un excès de gravité,
un comble de dégoût pour le frivole.
Aucun repos, il lui faut assassiner l'amour et l'amitié,
tuer, spolier, torturer, dégrader, mais sans
nul plaisir, seulement par faim d'une vraie vie
et parce que le meurtre se présente à
lui comme le plus terrible élan vers l'éternité.
Il accumule le mal, mais c'est pour en atteindre
le fond et démasquer l'ordre du monde. Entre
ses mains, le crime est l'instrument pédagogique
suprême, le seul qui puisse obliger les hommes
à vomir leur abominable résignation.
Car tel est son but, poursuivi avec une perpétuelle
véhémence, s'identifier aux dieux
à force de cruauté pour qu'en se révoltant
contre lui, les hommes conçoivent qu'on peut
se révolter aussi contre les dieux. C'est
donc la mort qu'il appelle au bout de son action,
car son assassinat sera le gage de sa réussite,
lui qui proclamait : « J'ai besoin de
la lune ou de l'immortalité, de quelque chose
qui soit dément peut--être, mais qui
ne soit pas de ce monde. »"
( LAFFONT-BOMPIANI, Dictionnaire des Personnages,
Ed. Robert Laffont, Coll. Bouquins).
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Vu l'objet l'étude de mon site, qui est de nature
historique et non littéraire, je ne peux évidemment
vous apporter d'aide substantielle en ce qui concerne l'analyse
de la pièce de Camus. En revanche, n'hésitez
pas à me contacter si des faits relatifs au "Caligula
de l'Histoire" vous posent problème.
J'essayerai alors de vous renseigner… si du moins
je le puis…
Ah oui, il existe certainement sur le Net de très
nombreux sites consacrés au Caligula d'Albert
Camus. Une simple recherche sur un moteur de recherche du
genre de Google
vous orientera certainement mieux que je ne pourrais le
faire. Néanmoins, en voici déjà deux
qui pourraient vous intéresser :
- Site perso de Florent Thuillier - Caligula d'Albert
Camus : Clic
!
- Site webcamus.free.fr - Caligula : Clic
!
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| 13 Octobre 2004 |
| Bidzina
a écrit : |
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| Pendant
le christianisme primitif, est-ce que les chrétiens
respectaient le carême ? |
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| RÉPONSE
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| … Ça dépend
un peu de ce que vous appelez christianisme primitif…
En effet, d'après les renseignements que j'ai pu
trouver, les premières allusions à un genre
de carême n'apparurent pas avant le milieu
(voire à la fin) du IIIe siècle, dans le milieu
monastique égyptien. Ce n'est qu'à partir
du IVe siècle que cette pratique se développa
un peu partout, mais non sans certaines différences
de perception entre les christianismes pccidental et oriental.
Celui -ci mit surtout l'accent sur la commémoration
des quarante jours de jeûne de Jésus au désert
(voir Matthieu 4 : 1-2 ou Luc 4 : 1-2), tandis qu'en Occident,
on insista plutôt sur l'ascèse physique et
spirituelle qui préparait les fidèles aux
cérémonies pascales (purification des catéchumènes
à baptiser à Pâques, ou "réconciliation"
des pénitents).
Un beau et pieux texte du pape saint Léon le Grand
(440-461), que je viens de découvrir dans le vénérable
livre de messe de feue ma vieille maman, me paraît
illustrer à merveille cette "théologie
occidentale du Carême", je me suis permis de
recopier :
"Bien qu'il n'y ait aucune époque qui
ne soit riche de présents divins et que, par la
grâce de Dieu, nous trouvions toujours accès
près de sa miséricorde, maintenant cependant,
il faut que les âmes de tous les chrétiens
s'excitent avec plus de zèle aux progrès
spirituels, et qu'elles soient animées d'une très
grande confiance, alors que le retour du jour auquel nous
avons été rachetés nous invite à
remplir tous les devoirs de la piété chrétienne.
C'est ainsi que nous célébrerons, avec des
âmes et des corps purifiés, ce mystère,
sublime entre tous, de la Passion du Seigneur.
Il est vrai que nous devrions toujours être devant
Dieu tels qu'il convient que nous soyons en la fête
de Pâques. Mais parce que cette force d'âme
est l'apanage du petit nombre, tandis que d'un côté
la fragilité de la chair entraîne le relâchement
d'une observance très austère, et que d'un
autre côté les diverses occupations de cette
vie divisent et partagent notre sollicitude ; il arrive
nécessairement que la poussière mondaine
souille les cours religieux eux-mêmes.
C'est donc avec une grande utilité pour notre salut
qu'a été ménagée cette institution
divine, afin que ces exercices de quarante jours nous
aident à recouvrer la pureté de nos âmes,
en rachetant alors par des œuvres pies et par des
jeûnes, les fautes des autres temps de l'année.
Mais pour ne donner à personne le moindre sujet
de mécontentement ou de scandale que notre manière
d'agir ne soit pas en désaccord avec notre jeûne,
car c'est sans profit qu'on diminue la nourriture du corps,
si l'âme ne s'éloigne pas du péché.”
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| Bidzina
réécrit : |
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Merci
pour votre réponse… Mais je m'excuse, car j'avais
mal formulé ma question qui concernait le
jeûne avant le Noël, et je voudrais
savoir quand et pour quelle raison cette tradition
a été établie ?
Pourquoi ce jeûne alors que
la naissance du Christ est une bonne nouvelle qui devrait
être source de joie ? |
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| RÉPONSE
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| En français, la période
de pénitence précédant Noël s'appelle
l'Avent. On écrit ce mot
avec un "e" pour bien signifier qu'il s'agit moins
de désigner la période avant la Nativité
que de préparer l'avènement (latin
adventus) du Christ.
Cette étymologie explique du même coup la
raison du jeune. Pendant l'Avent, le bon chrétien
ne se prépare pas seulement à fêter,
aussi dignement que pantagruéliquement, la naissance
du petit Jésus (quoiqu'un petit régime avant
la dinde et le foie gras ne fasse pas de tort), il s'apprête
aussi - voire surtout - au deuxième retour du Christ,
lorsqu'aux derniers jours, il reviendra dans sa gloire -
"jour de colère que ce jour-là "
- juger les vivants et les mort.
Je reprends encore le vieux Missel de ma maman :
"Ce Temps nous prépare à recevoir,
avec les dispositions voulues, Jésus dans son premier
avènement, puisque les fêtes de Noël sont
pour l'Église l'anniversaire officiel de la venue
du Sauveur ; et il nous prépare par là-même
à être au nombre des bénis de son Père
lorsqu'il viendra en son second avènement. La Liturgie
de ce Temps nous fait donc envisager en même temps
les deux avènements, afin que nous aspirions avec
la même confiance à la venue de l'Enfant de
la Crèche qui va naître toujours davantage
en nous par la grâce à Noël, et à
venue de notre Juge qui nous introduira dans son royaume
et nous séparera des méchants «
en mettant entre eux et nous un abîme » (Luc,
16 : 26)."
En caricaturant un peu (beaucoup ?), on pourrait donc dire,
mutatis mutandis, que le chrétien qui "fait
carême" avant Noël se comporte comme un
de mes copains. Assez rondouillard et ayant subi de sérieux
malaises cardiaques, il devrait faire perpétuellement
attention à ce qu'il mange. Mais, en grand et gros
gourmand gourmet qu'il est, il préfère bâfrer
à tas et boire comme un trou à longueur d'année…
à l'exception du mois qui précède sa
visite annuelle chez son médecin, où il entreprend
un régime drastique…
Pour le chrétien comme pour mon vieux mon vieux copain,
la sagesse vient avec la peur du gendarme !
Quand ce jeûne de l'Avent fut-il institué
?
En 380, un concile de Saragosse ordonna une préparation
de huit jours avant Noël. Mais ce n'est que lors d'un
autre concile, tenu à Tours en 563, que les rites
et les formules particuliers de l'Avent furent pour la première
fois explicitement mentionnés. |
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| 16 Octobre 2004 |
| Gricca
a écrit : |
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Une impératrice
romaine en cure sur la Côte dAzur
Sous lempire
romain, la Côte dAzur avait déjà
sa réputation de climat agréable et une
impératrice y séjourna pour y retrouver
sa santé.
Nous sommes en 261,
après un séjour à Rome, lempereur
Gallien
était retourné à Milan pour sassurer
de la fidélité de ses légions et
prendre avec son état-major les décisions
que la situation politique créée lannée
précédente par la capture de lempereur
Valérien
par les Perses exigeait. Il en était en effet résulté
trois usurpations : en Orient celle des jeunes frères
Quiétus
et Macrien, en Pannonie celle de Régalien
sur le Danube et en Gaule celle de Postumus
sur le Rhin, qui avait coûté la vie à
Salonin le fils cadet de Gallien. Régalien avait
disparu avant la fin de lannée 260, mais
à sa place surgissait la menace de lavancée
de larmée romaine de Macrien.
Gallien devait donc faire face à deux adversaires,
Macrien et Postume. Cest le général
Auréolus qui fut dépêché en
lIllyrie contre Macrien (il y sera vainqueur),
tandis que Gallien se chargea dattaquer Postume,
probablement par la Provence, visant Arles ce qui aurait
permis ensuite de récupérer la Narbonnaise.
Il était accompagné par sa femme Salonine.
Celle-ci, frappée coup sur coup par la mort de
ses deux fils Valérien le jeune en 258 et Salonin
en 260, semblait depuis dépérir, dautant
plus que son époux se consolait, de son côté,
dans les bras dune belle princesse « barbare
» Pipara.
Les
médecins conseillèrent alors à
limpératrice un séjour dans
les Alpes-Maritimes auquel elle se soumit.
On dit que Salonine fut la première à
se rendre au bord de la mer pour sexposer
au soleil. Selon lhistorien local Durante,
limpératrice Salonine se serait rendue
à Berthemont en haute Vésubie à
1000 m. daltitude pour y suivre une cure thermale.
A cette époque, les bains sappelaient
Lancioures ou encore Rocca Alpina, les eaux chaudes
de ses sources avaient la réputation de guérir
des maladies datonie, de respiration, de stagnation
dhumeurs et de stérilité.
Cette tradition,
non confirmée, dun séjour de
Salonine dans les Alpes Maritimes, qui lui a rendu
la santé, sappuie sur diverses inscriptions
en son honneur à Cemenellum (Cimiez), Antipolis
(Antibes), Vintium (Vence) et Brigantio (Briançonnet),
avec cette nuance quà Cimiez, où
son époux Gallien est qualifié dAuguste
junior, cest le sénat (les décurions)
de la ville aidé dun chevalier équestre
Aurelius Januarius « vir egregius »
(le gouverneur sans doute) qui sen
est occupé, alors que les autres petits sanctuaires
(sacellum) furent érigés à
la suite dun décret des décurions.
Cornelia Salonina,
originaire dit-on de Bithynie, peu mentionnée
par les historiens, est donc connue par des inscriptions
et aussi des monnaies (sur des monnaies de cités
dIonie et de Lydie elle est désignée
comme Salonina Chrysogone = naissance dor).
Malgré lattachement de Gallien pour
sa concubine Pipara, Salonine resta au côté
de son mari et fut, très probablement, tuée
en même temps que lui à Milan en 268.
LHistoire
Auguste nous a conservé seulement une anecdote
sur le bon tour joué par Gallien
à un vendeur dun faux collier à
limpératrice (Gallieni duo XII 5).
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Quant au sort de la
concubine Pipara (Pipa selon lhistorien Aurelius
Victor) on lignore, mais lon sait que
cette fille dun roi Marcoman Attalus, auquel Gallien
avait permis linstallation de ses hommes en Pannonie,
probablement lors de son séjour dans la province
en 258-259, fut remise comme « otage » aux
Romains pour garantir la fidélité de son
père. Cétait la coutume, les enfants
princiers étaient alors élevés à
la cour. Cest là quelle plut à
Gallien, dont on sait quil aimait la compagnie des
jolies filles (Histoire Auguste - Gallieni duo XVII
9) et devint sa maîtresse officielle, participant
aux banquets de lempereur installée sur un
lit de table (Gallieni duo XVII 7). LHistoire
Auguste nous a conservé lécho de leur
passion en nous disant que Gallien était éperdument
amoureux de Pipara (Gallieni duo XVII 9) et quil
se consumait damour pour elle (Tr. tyr. III 4).
On aurait aimé
en savoir plus sur ce trio (Gallien, Salonine, Pipara)
si fascinant, ayant vécu à une époque
très troublée à la charnière
de lhistoire entre le Haut-Empire et le Bas-Empire,
entre le monde païen finissant et le monde chrétien
émergeant, entre le monde latin déclinant
et le monde germanique s'éveillant. Malheureusement
les sources écrites de cette époque ne nous
ont pratiquement rien laissé.
Pour un peu plus
dinformations sur le séjour de Salonine aux
thermes de Berthemont (Roquebillière) on peut consulter
le site : http://www.vesubian.com
Sur les concubinages
et mariages entre romains et barbares voir le site : www.uwo.ca/english/florilegium
GRICCA
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| 19 Octobre 2004 |
| "mathou31"
a écrit : |
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Ton site
est vachement sympa, dis donc ! Les infos que tu donnes,
notamment sur Ægidius sont utiles, mais pas assez
détaillée pour ce que je recherche !
En fait, j'aurais voulu savoir
la réponse à une question : pour quelle
raison est-ce qu'Ægidius, maître de
la milice en Gaule, est-il acclamé par ses
hommes comme étant le princeps alors que
ce titre n'est réservé qu'à l'empereur
lui-même ?
Merci de bien vouloir répondre
à cette question qui me trotte dans la tête,
parce que là, je commence à avoir besoin d'un
coup de main !
il n'y a quasiment rien sur internet, et les bibliothèques,
il fau avoir le temps de les farfouiller ! |
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| RÉPONSE
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| Merci pour ton mail, lui aussi
vraiment très sympa… même si je dois
avouer qu'il me plonge dans un abîme de perplexité !…
Personnellement, je n'ai nulle part trouvé trace
de l'attribution du titre de princeps au vaillant
Ægidius (alias Egidius, alias Égide). Mais
il est probable que tes renseignements soient meilleurs
que les miens, vu que ce personnage, qui appartient en fait
davantage à l'histoire mérovingienne qu'à
l'histoire romaine, sort un peu du sujet d'étude
de mon site internet.
Or donc, je ne vois guère que deux explications
à l'éventuelle élévation de
notre ami Ægidius au rang de princeps. Il
aurait pu recevoir ce titre de ses soldats gallo-romains
après l'assassinat de Majorien.
Comme je le relate dans un ancien courrier dont tu as probablement
déjà pris connaissance (voir ici : Clic
!), Ægidius envisagea un temps de marcher sur
Rome afin de venger la mort de cet empereur qui était
devenu son ami et son maître à penser. Il est
donc possible qu'il ait revêtu le titre de princeps
afin de conférer une certaine légitimité
à cette entreprise vengeresse… qui finalement
avorta.
Mais le hic, c'est que je ne suis pas sûr - mais
alors là pas sûr du tout - que le terme princeps
était encore usité à cette époque
très tardive de l'Empire romain (du moins avec le
sens de "chef du Sénat et du peuple romain"
qu'il avait du temps d'Auguste et de ses successeurs)…
À première vue, l'appliquer à Ægidius
me paraît un peu anachronique ; un peu comme si Jacques
Chirac revendiquait le titre de Premier Consul,
ou le préfet de police de Paris celui de Grand
prévôt (ou encore celui de Roi des
Ribauds).
Dès lors, j'ai plutôt l'impression - ce n'est
peut-être là qu'une hypothèse purement
gratuite de ma part - que ce n'est pas par ses soldats "romains"
(ou "gallo-romains") qu'Ægidius fut nommé
princeps, mais par les Francs.
Pour être plus précis, je me demande si ce
terme ne fut pas utilisé pour le désigner
dans le contexte d'une anecdote légendaire relative
à Childéric (père de Clovis), fable
propagée par des chroniqueurs francs des VIe et VIIe
siècles (Grégoire de Tours, "Frédégaire"…).
C'est l'histoire du demi-sou d'or :
On raconte que le jeune roi Childéric était
doté d'un tempérament si licencieux, si libidineux
que ses sujets, soucieux de préserver l'honneur des
rares pucelles qui n'avaient pas encore succombé
aux assiduités de ce souverain dont le sang, pour
être sacré, n'en était pas moins chaud,
résolurent de le tuer. Heureusement pour lui, un
de ses fidèles, le noble Wiomad, prévenu du
complot, le poussa à prendre la fuite, non sans lui
promettre de faire des pieds et ses mains pour le rasseoir
dès que possible sur le trône de ses aïeux.
"Prends, lui dit-il, la moitié
de ce sou d'or, que je viens de couper en deux ; lorsque
je tu recevras la partie que je garde par-devers moi, c'est
qu'il sera temps de rentrer en toute sécurité
parmi les tiens."
Et Childéric se réfugia chez ses parents de
Thuringe tandis que les Francs prenaient pour chef notre
Ægidius, le maître des milices de la Gaule.
(On croit rêver !).
Pendant huit ans, le gallo-romain gouverna les Francs. Et
pendant ces huit ans, le ressentiment contre sa personne
ne cessa de grandir. Il faut dire que Wiomad faisait tout
pour mettre de l'huile sur le feu en poussant en catimini
le général gallo-romain à prendre des
mesures impopulaires : impôts écrasants, exécutions
arbitraires, etc…
Le partisan secret du roi mérovingien manœuvra
si bien que, malgré ses frasques et son impudicité,
les Francs en vinrent à regretter vivement leur ancien
monarque. Wiomad put alors lui renvoyer le demi-sou d'or.
L'exilé comprit ce message muet, et revint aussitôt
dans son royaume, à la plus grande joie du peuple
versatile. Quant à Ægidius, bon gré
mal gré, il s'inclina devant la vox populi,
résigna ses fonctions auprès des Francs, et
reconnut la restauration mérovingienne.
Tout ce récit n'est bien sûr qu'affabulation.
Rien d'historique là-dedans !…
Cependant si j'ai évoqué cette fable, c'est
qu'à mon avis, il est possible que les vieux chroniqueurs
aient utilisé le mot princeps pour désigner
la "régence" d'Ægidius sur les Francs.
En effet, le général gallo-romain ne pouvait
être qualifié de "roi des Francs",
ce titre étant réservé aux seuls descendants
du mythique Mérovée. En revanche, une recherche
rapide (mais peut-être un peu sommaire) sur le Net
m'a permis de constater que le terme princeps (avec
plutôt le sens moderne de prince) est parfois
utilisé pour désigner des chefs dont l'autorité
était reconnue par les Francs bien que le sang
sacré des Mérovingiens ne coulât
pas dans leurs veines. Ainsi, par exemple, Pépin
de Herstal (père de Charles Martel) est-il parfois
nommé Princeps francorum ; une expression
que l'on traduira par Prince des Francs et non
par Princeps des Francs.
Pour résumer, Ægidius ne serait princeps
que parce des chroniqueurs qui vécurent un ou deux
siècles après lui auraient employé
le terme usuel, à leur époque, pour désigner
un "prince régent", mais qui, en l'occurrence,
est anachronique.
Mais ce n'est là que mon opinion, que je te livre
sous toute réserve… |
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