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Sommaire Octobre 2004 :

  • 1er Octobre :
    • Dernier des Romains (tout court)… ou plutôt dernier roi des Romains ? : Clic !
    • Mérovée et son frangin tels Pétain et de Gaulle : les sources ? : Clic !
  • 5 Octobre :
    • A la recherche des bons mots du grand Jules… : Clic !
  • 5 Octobre :
    • Plusieurs fiancées (et épouses) pour un seul Christ… Est-ce bien moral, tout ça ? : Clic !
  • 6 Octobre :
    • Plaudite cives !… Les causes de la mort d'Auguste : Clic !
  • 6 Octobre :
    • Oreste, secrétaire d'Attila… et père du dernier empereur ! : Clic !
    • Persécutions chrétiennes : les Romains n'étaient pas des nazis ! : Clic !
2e PAGE
  • 9 Octobre :
    • "Rome est tombée par terre, c'est la faute aux Bructères ; le nez dans le ruisseau, la faute aux Ostrogoths…" : Clic !
  • 11 Octobre :
    • Et Constantin se mit à peindre des boucliers, ad majorem Dei gloriam… : Clic !
  • 13 Octobre :
  • 13 Octobre :
    • Quelques mots sur le Caligula de Camus : Clic !
  • 13 Octobre :
    • Les premiers chrétiens faisaient-ils Carême ? : Clic !
      • … Et faisaient-ils pénitence avant Noël ? : Clic !
  • 16 Octobre :
    • Salonine, une impératrice romaine à la Côte d'Azur : Clic !
  • 19 Octobre :
    • Ægidius, princeps romain… ou simple prince à la mode barbare ? : Clic !
3e PAGE
  • 22 Octobre :
    • Une vision pour Constantin et un dernier bain pour Maxence : la bataille du Pont Milvius : Clic !
  • 26 Octobre :
    • La désignation des empereurs de l'Anarchie militaire, ou comment le glaive prévalut définitivement contre la toge : Clic !
    • … l'exemple de Probus : Clic !
  • 26 Octobre :
    • Combien d'esclaves ? : Clic !
  • 29 Octobre :
    • 4, 5 et 6 mars 2005 : Festival du Latin et du Grec, dans la "Cité du livre" de Bécherel (Bretagne) : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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1er Octobre 2004
Christian a écrit :
 

1. Au sujet du dernier des Romains, n'y a-t-il pas une confusion avec cette autre question : Quel est le dernier Roi des Romains ?
Formulé ainsi cela peut paraître nous renvoyer à la Rome antique. Mais non, car au VIe siècle ap. J.C. on nommait ainsi Syagrius qui avait peut-être combattu aux Champs Catalauniques où son père Egistus était le bras droit d'Ætius. C'est également ainsi que Pascal Quignard nomme Syagrius dans Les ombres errantes, mais ce n'est pas une référence historique, pas plus que moi d'ailleurs.

 
 
 
RÉPONSE :
 

L'attribution du titre du Dernier des Romains à tel ou tel illustre personnage de l'Empire romain, alors en chute libre, a jadis fait l'objet d'un petit débat dans la section réservée au courrier des visiteurs de mon site internet. Certains internautes soutenaient la cause du patrice Ætius (voir ici : Clic ! et Clic !), tandis que d'autres préféraient bombarder de ce titre le philosophe Boèce (Clic !).

Naturellement - et comme je le signale d'ailleurs dans les réponses adressées à ces sympathiques internautes - tout cela n'est qu'une question de point de vue. Boèce recueillera les suffrages des amis des lettres, et Ætius ceux des amateurs de beaux faits d'armes. De plus, bien d'autres personnages peuvent prétendre à ce titre : l'empereur Julien, dernier grand "leader" du monde romain ; le préfet Symmaque, ultime défenseur des cultes traditionnels de Rome ; voire même saint Augustin, dernier monument de la littérature latine antique… Sans oublier votre ami Syagrius qui fut, en quelque sorte, le dernier représentant de "Rome" dans une Gaule plongée en pleine tourmente barbare (voir ici : Clic !).

Toujours dans ce courrier concernant Syagrius, vous pourrez lire un court texte de Godefroid Kurth. Celui-ci, fort justement me semble-t-il, conteste la qualité de Roi des Romains qu'à la suite de Grégoire de tours, certains historiens ont reconnue à ce personnage.

On sait assez que, depuis Tarquin le Superbe, les Romains abhorraient le titre de roi : Jules César ne paya-t-il pas de sa vie le crime d'avoir (peut-être) prétendu à la royauté ? Ce nom de Roi des Romains serait donc apocryphe. Comme l'écrit Kurth, Grégoire de Tours s'est fort probablement contenté d'emprunter ce titre aux traditions des barbares pour lesquels il écrivait. Il s'agissait seulement de signifier que ledit Syagrius était le chef d'une principauté gallo-romaine indépendante. Un point c'est tout !

 
 

2. J'ai trouvé sur ce site des allusions sur le rôle joué par Mérovée et son frère (?) aux Champs Catalauniques, rôle dont Jordannès ne souffle mot si mes souvenirs sont bons. Quelles en sont les sources ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Mérovée combattant avec les Romains d'Ætius tandis que son frangin s'alliait aux Huns d'Attila, ça rappelle un peu le partage des responsabilités françaises en Juin 40, avec Pétain à Vichy et de Gaulle à Londres, non ?
Pourtant, croyez bien que je n'ai pas inventé cette histoire de toutes pièces. La source originale se trouverait chez un historien "byzantin" du nom de Priscus - ou, pour faire plus grec, Priskos (Fragmenta, VIII). Cependant, n'ayant pu trouver une traduction française de ce texte, je me suis fié à ce bon vieux Gibbon (Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, chap. XXXV) qui écrivit ceci :
"Après un règne de vingt ans, la mort de Clodion livra son royaume aux querelles de deux fils ambitieux. Mérovée, le plus jeune, se laissa persuader d'implorer la protection de Rome. Valentinien (III) le reçut comme son allié et le fils adoptif du patrice Aetius ; il le renvoya dans son pays avec des présents magnifiques et les plus fortes assurances de secours et d'amitié. Tandis qu'il était absent, son aîné avait sollicité avec une ardeur égale les redoutables secours d'Attila ; et le roi des Huns accepta avec plaisir une alliance qui lui facilitait le passage du Rhin, et fournissait un prétexte honorable à l'invasion qu'il projetait de faire dans la Gaule."
Dans une note, le bon Gibbon précise encore ceci : "Priscus, en racontant la contestation, ne nomme pas les deux frères dont il avait vu un à Rome, et qu'il dépeint comme un adolescent, sans barbe et avec de longs cheveux flottants. (Historiens de France, t.1, p. 607, 608). Les éditeurs bénédictins penchent à croire qu'ils étaient les fils de quelque roi inconnu des Francs, dont le royaume était situé sur les bords du Necker ; mais les arguments de M. de Foncemagne (Mém. de l'Acad.; t. VIII, p. 464) semblent prouver que les deux fils de Clodion disputèrent sa succession, et que le plus jeune était Mérovée, père de Childéric". (GIBBON, op. cit., Éditions Robert Laffont, Coll. "Bouquins").

Je dois néanmoins convenir que, dans son livre sur Clovis, qui est presque devenu un classique, l'historien belge Godefroid Kurth suit plutôt ces savants éditeurs bénédictins qu'évoque Gibbon. Pour lui non plus, les deux princes francs en bisbrouille n'étaient nullement les fils de Clodion :

Selon l'historien Priscus, qui est un des meilleurs narrateurs byzantins, la raison qui aurait déterminé Attila à s'attaquer à la fois aux Romains, aux Goths et aux Francs, serait la suivante. Le roi des Francs était mort, et ses deux fils se disputaient sa succession. L'aîné demanda du secours au roi des Huns, le cadet se mit sous la protection d'Aetius. Celui-ci l'adopta pour fils, le combla de présents et l'envoya à Rome auprès de l'empereur pour qu'il en fît son allié. Priscus déclare avoir vu ce prince dans la Ville éternelle, jeune encore et imberbe, et il se souvient de la longue chevelure qui flottait sur les épaules du prétendant barbare.
Dans ce fils adoptif d'Ætius, plusieurs historiens ont voulu reconnaître Mérovée, qui serait ainsi devenu le roi de son peuple grâce au patronage impérial. L'hypothèse est séduisante, mais trop hardie pour qu'on puisse l'enregistrer comme une probabilité historique. À supposer même qu'il n'y eût à cette époque qu'un seul royaume salien, il y avait incontestablement plusieurs royaumes francs, et en particulier celui des Francs Ripuaires, et celui des Francs de la Haute Germanie, alors établis sur le Neckar. Lequel de ces royaumes se trouvait sans souverain au moment où Attila préparait son expédition en Gaule ? Ce n'était pas celui des Francs Saliens, dont le souverain combattit à Mauriac, et qui avait déjà un enfant d'un certain âge ; il ne répond en rien, celui-là, au portrait de l'adolescent imberbe rencontré par Priscus dans la capitale de l'Empire. D'autre part, nous voyons que l'itinéraire suivi par Attila laisse de côté les Francs Saliens, et que l'envahisseur passe le Rhin à proximité du royaume du Neckar. N'est-ce pas à ce dernier qu'il faut, en conséquence, abandonner les deux jeunes compétiteurs dont parle l'historien byzantin ?
” (Godefroid KURTH, Clovis, Tallandier, 1978).

Il faut avouer que ces arguments ne manquent pas de pertinence… mais comme je connais mal l'histoire des différents royaumes francs, il m'est tout à fait impossible de trancher entre la thèse de Gibbon et celle de Kurth.

 
 

 

 
5 Octobre 2004
Bénédicte a écrit :
 
Savez-vous s'il existe quelque part un répertoire des citations (latin+traduction) les plus connues de Jules César ?
Je parle bien sûr de citations autres que les 3 plus célèbres que tout le monde connaît ! J'ai cherché mais pas trouvé grand chose
 
 
 
RÉPONSE :
 

Prenez par exemple la Guerre des Gaules ; le style, majestueusement laconique, de César est si splendide que la plupart des phrases pourraient presque devenir des "citations". La plus belle d'entre elles étant naturellement, à mes yeux patriotes : "De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves !'

Mais redevenons sérieux…

Quoique le peu que j'ai trouvé sur le Net risque peut-être de faire double emploi avec vos propres découvertes internautiques, voici ces adresses :

  • Site "Citations du monde" : Clic ! . Cinq citations de Jules César, pour la plupart autres que les classiques
  • Les Mots de l'Histoire - Jules César : Clic ! - Deux autres "nouvelles" citations

    Et enfin :

  • Site "Ab nihilo" : Clic ! - 600 citations latines… classées par ordre alphabétique et non, hélas, par auteur. Or donc, s'il y a du César là-dedans, il vous faudra le découvrir en vérifiant chaque page du site.
    Bon courage…
emp 01
 
 

 

 
5 Octobre 2004
Bidzina a écrit :
 
Permettez-moi de vous demander un renseignement.
En principe la fiancée de Christ est unique et indivisible, comme l'église, qui est l'unique à son tour.
Il y a plusieurs femmes, qui sont considérées comme Fiancées de Christ. Ma question est comment peut-on unifier les nombreuses fiancées en une seule fiancée de Christ.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Votre question relève davantage de la théologie que de l'histoire. Or, la théologie et moi, cela fait deux : je n'y connais pas grand-chose.

J'ai pourtant l'impression que l'Église est plutôt dite épouse du Christ que fiancée du Christ.
Cette métaphore des noces mystiques de Jésus et de son Église provient probablement de ce passage d'une épître de saint Paul (Éphésiens, 5 : 22-33), que l'on lisait d'ailleurs lors des messes de mariage : "Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur, car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l'Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l'Église est soumise au Christ, de même aussi les épouses doivent être soumises à leurs maris en toutes choses. Vous, maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé Église, et s'est livré lui-même pour elle afin de la sanctifier après l'avoir purifiée dans le baptême d'eau par la parole de vie (…). Ainsi les hommes doivent-ils aimer leurs femmes comme leur propre corps. Qui aime sa femme s'aime lui-même. Certes, nul n'a jamais haï sa propre chair ; au contraire, chacun la nourrit et la soigne ainsi que le Christ fait pour Église, puisque nous sommes les membres de son corps…".

… Un peu macho, le brave saint Paul… Mais là n'est pas la question ! Si le mariage chrétien est considéré comme la figure, comme le symbole de l'union sacrée du Christ avec son Église, c'est donc bien que l'Église est considérée comme l'épouse mystique du Christ. Le raisonnement est imparable.

Je crois également me souvenir que les religieuses chrétiennes, lorsqu'elles prononcent leurs vœux, reçoivent un anneau qui symbolise leur mariage - évidemment mystique - avec le Christ.

Évidemment, ce serait faire preuve de mauvais esprit, et d'un antichristianisme d'un goût déplorable que de parler ici de "polygamie divine". Nous sommes dans l'ordre du symbolique spirituel, non de la réalité charnelle. Et en outre, de tout temps et dans la plupart des religions, des prêtresses se considérèrent comme les épouses de la divinité qu'elles servaient. En l'occurrence christianisme ne fait pas exception à une règle quasi générale.

Quant au terme de fiancée du Christ, il me semble qu'il fut davantage utilisé par les grandes mystiques, du genre de sainte Thérèse d'Avila, que pour désigner l'Église catholique romaine. Toutefois, ici encore, le fait que le Christ ait eu plusieurs fiancées ne pose aucun problème d'ordre moral. Il s'agissait pour les "voyants" d'exprimer par des mots, nécessairement insuffisants, une relation par nature ineffable.
Fiançailles, embrasement, consumation, jouissance, extase ne sont que des termes humains et profanes pour dépeindre une expérience mystique si profonde qu'elle est impossible à décrire. Une façon prosaïque d'exprimer l'inexprimable.

therese d'avila
 
 

 

 
6 Octobre 2004
Cédric a écrit :
 
(…) J'aimerais connaître la cause de la mort d'Auguste.
 
 
 
RÉPONSE :
 

Jadis, quand un grand vieillard passait de vie à trépas, l'on avait coutume de dire qu'il était mort de vieillesse. Tout culment, sans chercher d'autre précision ni midi à quatorze heures.
Aujourd'hui, on dirait que ce "diagnostique" des plus sommaires n'est plus aussi aisément accepté ; même plus vieux qu'Hérode, que Nestor et que Mathusalem réunis, le ci-devant doit toujours être mort de quelque chose, infarctus, complication pulmonaire, anévrisme, cirrhose, "longue et pénible maladie", etc…

Pourtant, dans le cas d'Auguste, il semblerait bien qu'il faille se contenter de l'imprécision d'antan : ayant atteint l'âge de 77 ans - canonique pour une époque où la plupart des homes mourraient avant 40 ans - le premier empereur romain serait donc mort de vieillesse en 14 ap. J.-C.

Voici comment l'historien latin Suétone relata son décès :

"À son dernier jour, il (Auguste) s'informa de temps en temps si son état occasionnait déjà de la rumeur au-dehors. Il se fit apporter un miroir, arranger la chevelure et réparer le teint. Puis, ayant reçu ses amis, il leur demanda s'il paraissait avoir bien joué le drame de la vie, et y ajouta cette finale :

« Si vous avez pris goût à ces délassements,
Ne leur refusez pas vos applaudissements. »

Ayant ensuite congédié tout le monde, il questionna encore quelques personnes qui arrivaient de Rome sur la maladie de la fille de Drusus, et tout à coup il expira au milieu des embrassements de Livie, en prononçant ces mots : « Adieu, Livie : Souviens-toi de notre union ; adieu ». Sa mort fut douce, et telle qu'il l'avait toujours désirée ; car, lorsqu'il entendait dire que quelqu'un était mort promptement et sans douleur, il souhaitait pour lui et pour les siens une fin pareille, en se servant de l'expression grecque euthanasia (="mort douce, agréable"). Il ne donna qu'un seul signe d'égarement avant de rendre le dernier soupir. Frappé de terreur subite, il se plaignit d'être enlevé par quarante jeunes gens. Encore fût-ce plutôt un présage qu'une absence d'esprit ; car il y eut tout autant de soldats pour le porter au lieu où on l'exposa." (SUÉTONE, Vie d'Auguste, XCIX).

auguste

Pour être complet, il me faut cependant signaler que Tacite, l'autre grand historien latin, se fait l'écho de vagues rumeurs d'empoisonnement (voir, sur site BCS : Annales, I, 5). En effet, Livie, l'épouse d'Auguste se serait alarmée d'un éventuel retour en grâce d'Agrippa Posthume, un petit-fils - à demi-fou - de l'empereur, que celui-ci avait écarté de sa succession quelques années plus tôt et exilé loin de Rome (voir ici : Clic ! et Clic !). Cette réconciliation menaçant l'héritage de son fils Tibère, le successeur désigné d'Auguste à l'empire, Livie aurait, en quelque sorte, pris les devants en hâtant la mort de son cher vieux mari.
Rien que ces rumeurs malveillantes qui, en tout temps en tous lieux, accompagnent la mort des puissants de ce monde !

Pour terminer, et par parenthèse, à propos des derniers mots d'Auguste (en substance Plaudite cives ! - "Applaudissez, citoyens"), je lis, dans l'excellent bouquin que je suis en train de dévorer pour l'instant, ce commentaire fort peu obligeant : "Ses successeurs (c'est-à-dire ceux de Jules César) portèrent la politique vulgaire à la portée de toute autorité établie. Octavius César (= notre bon Auguste) eut le génie de cette vulgarité, lui qui, procédant de la prudence comme son oncle avait procédé de la passion, sut trouver les moyens de consolider l'édifice empirique du pouvoir seul. À force de ruse et de bonne chance, après ses cruautés, il se crut habile ; à force d'habileté, grand et légitime ; et l'on put croire qu'il avait fini par respecter les hommes et lui-même, si ce grand comédien, en mourant, n'était rentré dans la vérité en demandant à ses amis d'applaudir un rôle qu'il avait si bien joué." (RENOUVIER, Uchronie, Librairie Arthème Fayard, 1988).
Un éloge funèbre pas piqué des hannetons ! Visiblement, je ne suis pas le seul qui n'éprouve qu'une sympathie très modérée pour le premier des Césars !...

 
 

 

 
6 Octobre 2004
Grégory a écrit :
 

1. Je vous écris pour vous demander dans quelles circonstances, Oreste, ancien lieutenant d'Attila est repassé du côté romain puisqu'il était le père de Romulus Augustule ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

Oreste, père de Romulus Augustule, fut effectivement un des secrétaires d'Attila. Toutefois, son ralliement à la cause barbare ne doit pas nécessairement être considéré comme une trahison envers le parti romain. En effet, si j'en crois l'historien britannique Gibbon (XVIIIe siècle), notre Oreste, qui faisait partie d'une illustre famille de Pannonie (Hongrie actuelle), se contenta en fait de servir le nouveau maître de cette province lorsque Rome, bon gré mal gré, la céda au roi des Huns.

"OK ! m'objecterez-vous, mais cela ne répond pas à ma question. Puisqu'il servit Attila, comment se fait-il qu'il revint au service des Romains ?"

Laissons le bon Gibbon réponse à ma place : Oreste "devint son secrétaire (d'Attila), et fut envoyé plusieurs fois en ambassade à Constantinople. La mort du conquérant (Attila, qui mourut en 453) lui rendit la liberté, et Oreste put honorablement refuser de suivre les fils d'Attila dans les déserts de la Scythie et d'obéir aux Ostrogoths qui avaient envahi la Pannonie. Il aima mieux servir les successeurs de Valentinien (Valentinien III). Ses talents, sa valeur et son expérience lui frayèrent un chemin rapide dans la profession militaire, et il dut à la faveur de Nepos (Julius Nepos) les dignités de patrice et de maître général des armées. Elles étaient accoutumées depuis longtemps à respecter la personne et l'autorité d'Oreste, qui affectait leurs manières, parlait leur langue, et vivait depuis longtemps avec leurs chefs dans la plus intime familiarité." (GIBBON, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, chap. XXXVI, éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins)

attila

Si Oreste se mit au service de Rome, c'est donc parce qu'à la mort d'Attila (453), son royaume s'était aussitôt disloqué, et que les Ostrogoths en avaient profité pour envahir la Pannonie. Ici non plus il ne peut être question de trahison puisque, le Hun parti, l'empereur romain redevenait le maître légitime de la province natale d'Oreste, illégalement occupée par les Ostrogoths.

 
 

2. Ensuite au sujet des persécutions chrétiennes, pourquoi les Romains n'ont-ils pas carrément exterminé les partisans de ce qui n'étaient qu'une secte au départ, sachant les problèmes qu'ils avaient avec les habitants de la Palestine ? Ce n'était pas vraiment un bon choix car, dans l'optique des chrétiens partisans de l'éradication de Rome, comment les gouverneurs et les empereurs romains auraient pu tolérer l'existence de groupuscules qui auraient constitué une cinquième colonne dans l'Empire ? Ils ne s'étaient guère gênés quelques années plus tôt lors de la conquête des Gaules, non ?

 
 
 
RÉPONSE :
 

"Pourquoi les Romains n'ont-il pas exterminé les Chrétiens ?"
Sans doute parce que les plus persécuteurs des empereurs romains s'appelaient Dèce, Valérien, Dioclétien ou Galère, et pas Hitler, Staline, Mao ou Pol Pot !…

Mais ne versons quand même pas trop dans l'angélisme : le pouvoir romain tenta constamment d'écraser le christianisme. Pendant les trois premiers siècles de notre ère, le simple fait de confesser publiquement le Christ était passible de la peine de mort. Même sous le règne d'excellents empereurs comme Trajan, Antonin, ou Marc Aurèle, il n'était théoriquement pas permis d'être chrétien, un point c'est tout !
Toutefois, la volonté politique d'éliminer le christianisme ne suffisait pas. Encore fallait-il d'une part débusquer les chrétiens, et d'autre part les convaincre de renoncer à leurs chimères… sans faiblesse, mais sans pour autant répandre des fleuves de sang. Et ça, c'était le problème !

Tout d'abord, les Romains mirent très longtemps à distinguer les chrétiens des Juifs. Et pour cause, puisque la plupart des communautés chrétiennes ne se pressèrent guère de rompre toutes leurs attaches avec le judaïsme.
Bien sûr, les Romains qui avaient adopté les mœurs juives étaient assez aisément reconnaissables. L'empereur Domitien en débusqua même quelques-uns dans sa propre famille, dont son cousin Flavius Clemens. Celui-ci fut exécuté, mais les motifs de sentence restent flous : Clemens confessa-t-il le christianisme ? Sanctionna-t-on sa conversion au judaïsme ? Fut-il liquidé pour des raisons politiques ? Mystère…

S'il n'était déjà pas aisé pour les autorités romaines de distinguer les païens convertis au christianisme des simples sympathisants du judaïsme, il était encore plus compliqué de savoir si un Juif était un judéo-chrétien ou un "vrai" Juif. Dans les tout premiers temps du christianisme (donc jusqu'au milieu du IIe siècle), les Juifs confessant le Christ furent probablement plus nombreux que les païens séduits par cette secte dont le caractère "ethnique" restait encore assez marqué.

On sait que les Romains reconnaissaient légalement l'originalité du peuple juif ; ils respectaient leur religion nationale et les avaient dispensés du culte impérial afin de ménager leur sensibilité monothéiste. Les Chrétiens, eux, se voulaient aussi radicalement monothéistes que les Juifs, et ne prétendaient donc pas sacrifier à l'empereur non plus. Mais le problème, c'est que, contrairement aux Juifs, ils ne constituaient pas une nation, une "ethnie" particulière.

Paradoxalement, cette diffusion progressive du message chrétien au-delà de la nation juive protégea autant qu'elle exposa les premiers chrétiens.
Évidemment, elle les exposa à la répression puisqu'ils revendiquaient la dispense sacrificielle accordée aux Juifs alors que les membres les plus éminents (et les plus "repérables") de leurs communautés ne faisaient pas partie de la nation juive, et parfois même avaient ouvertement rompu avec la judaïté.
Mais elle les protégea aussi en rendant à peu près impossible toute velléité d'éradication totale et collective du christianisme.
S'ils l'avaient voulu, les Romains auraient en effet très bien pu réaliser la version antique de la Solution finale chère aux Nazis en exterminant tous les Juifs résidant dans l'Empire. (Signalons, par parenthèse, que si la répression des révoltes juives de la fin du Ier siècle et du début IIe fut horriblement sanglante, elle n'eut aucun caractère génocidaire : de nombreux juifs continuèrent à habiter la "Palestine" après 135, même si la ville de Jérusalem, devenue Ælia Capitolina, leur était rigoureusement interdite. Néanmoins, il faut reconnaître qu'à la même époque, certaines communautés juives - en particulier celles d'Alexandrie, de Cyrénaïque ou de Chypre - furent littéralement rayées de la carte).
En revanche, exterminer massivement ces chrétiens que l'on ne distinguait pas toujours très clairement des Juifs, ou qui ne se singularisaient pas toujours au milieu des païens, c'eût été autrement compliqué ! En outre, s'il était possible de prendre des mesures punitives extrêmes à l'encontre d'un peuple vaincu, réputé esclave de Rome, il était nettement plus difficile d'envisager les mêmes mesures envers un "mouvement", certes exotique et réputé dangereux, mais auquel appartenaient aussi de fort honnêtes gens, des honnêtes citoyens romains, voire des patriciens issus des plus grandes familles romaines.

Face à ces difficultés, le problème qui se posait aux empereurs romains - pour la plupart convaincus, à tort ou à raison, du caractère pernicieux de la Foi en Christ - était le suivant : Fallait-il réellement réagir brutalement en diligentant de vastes enquêtes afin de s'assurer des convictions politico-religieuses de chaque habitant de l'Empire ? Cela valait-il la peine de faire tant de tintouin pour une petite secte qui, certes, comptait en son sein quelques dangereux fanatiques, mais dont la plupart des membres n'étaient que d'inoffensifs gogos ? Bref, fallait-il troubler gravement l'ordre public et éventuellement faire couler des flots de sang romain pour pallier un danger qui ne semblait ni évident, ni imminent ?

On connaît la réponse des empereurs : mieux valait agir au coup par coup. Le christianisme devait rester - en principe - interdit, et toléré dans la pratique… pour autant que chrétiens ne troublent pas l'ordre public (même passivement puisqu'en cas de pogrom antichrétien, c'étaient généralement les adeptes du Christ qui se retrouvaient devant les juges), et pour autant (dixit l'empereur Hadrien) "qu'ils ne complotent pas contre l'Empire romain".

Pendant deux siècles, les chrétiens ne furent donc guère inquiétés, mis à part quelques flambées de violence aussi sporadiques que localisées. Et puis, au IIIe siècle, on s'aperçut que la secte était devenue puissante, que les chrétiens constituaient désormais une force avec laquelle il fallait compter. Ils pouvaient désormais soutenir efficacement la candidature d'un usurpateur, former la cinquième colonne d'une puissance étrangère, fomenter des troubles, déclencher des émeutes urbaines… Et ce furent les grandes persécutions antichrétiennes de Dèce, de Valérien, et enfin de Dioclétien !
Mais il était trop tard…