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Août 2004 (page 2/3)
Sommaire du mois d'Août : Clic
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| 21 Août 2004 |
| Gricca
a écrit : |
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UNE
LISTE DES EMPEREURS ET USURPATEURS ROMAINS - QUI EST L'USURPATEUR
NONIUS ?
Le site http://www.geocities.com/all_roman_emperors/
[note du Webmaster : au moment de la mise en ligne
du courrier de Gricca, cette page internet n'était
pas accessible] donne une liste de
tous les empereurs et usurpateurs romains d'Auguste (27-14)
à Syagrius (476-487)
Cette liste fait la part belle aux
"Trente Tyrans"
de l'Histoire Auguste avec comme exemples les n°
78 Maeonius (d'ailleurs mal situé chronologiquement
: 266/7 plutôt que 260), n° 87 Postumus II (junior),
n° 92 Victorinus II (junior) etc.. sans parler des usurpateurs
indiqués d'un point d'interrogation ?, c'est-à-dire
les n° 54 (qui serait le même que le n° 51
P. Carvilius Marinus Pacatianus (selon André Blanc),
ou Ti. Claudius Marinus Pacatianus (selon Zosso et Zingg))
et 67.
Certains sont identiques les n°
68 et 69 Cyriades n'étant que la forme grecque du
syrien Mareades, les n° 86 et 89, Aelianus n'est qu'une
déformation du nom Laelianus, le Lollianus de l'Histoire
Auguste ; les n° 115 et 116 Sabinus Julianus serait
le M. Aurelius Julianus des monnaies.
Sur le n° 143, Saturnin III,
l'histoire reste muette à son sujet, il semble qu'il
serait un usurpateur dans les Gaules, postérieure
à la mort de Constant Ier après 350, sous
Constance II, voire sous Julien, mais tout cela reste bien
incertain.
Le n° 150 Desiderius, dont Zonaras
fait un frère cadet et un César de Magnence,
est très probablement un personnage fictif. Il n'est
pas mentionné par les sources contemporaines et l'on
ne possède pas, contrairement au César Décence,
frère de Magnence, de monnaies à son effigie.
Enfin le n° 147, Nonius,
est pour moi un véritable inconnu. Je n'ai
aucune information sur ce soi-disant usurpateur.
Vos commentaires et précisions
sur cette liste (en particulier ce Nonius) me seraient d'un
grand secours.
GRICCA |
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| RÉPONSE
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| Vos remarques sur cette liste
d'empereurs brillent une nouvelle fois par leur pertinence.
Le souci de l'exhaustivité y fait figurer le même
"usurpateur" sous leurs différentes identités,
ou mentionner des empereurs dont l'existence est pour le
moins douteuse… Quoiqu'en ce domaine, il convient
toujours d'être prudent. Imaginez, par exemple, que
l'on retrouve inopinément dans les sables de Tunisie
une monnaie à l'effigie de ce bon Celsus
dont aujourd'hui personne ne croit plus à l'historicité.
Quel raffut cela ferait dans les cercles érudits
! Il faudrait relire alors l'Histoire Auguste à
la lumière de cette "invention", et à
nouveau, tenter de démêler le vrai du faux
de ce texte…
En l'occurrence, pour Celsus, je conviens bien volontiers
que l'hypothèse de sa "résurrection"
est hautement farfelue, mais c'est seulement pour dire qu'un
événement similaire est toujours possible
pour n'importe quel de ces présumés "tyrans
à l'existence douteuse".
Pour ce fameux Nonius, je suis comme vous
: je reste perplexe… Rien trouvé dans ma documentation
à son sujet. Peut-être l'un ou l'autre visiteur
de mon site pourra-t-il éclairer notre lanterne à
son, sujet…
Je profite de l'occasion pour vous remercier pour ces articles,
toujours aussi intéressants qu'érudits, que
vous prenez la peine de rédiger et de m'envoyer régulièrement.
Croyez bien que si je ne les commente pas comme il le faudrait,
ou que je ne vous complimente pas à chaque fois comme
je devrais évidemment le faire, c'est uniquement
par cruel manque de temps. Votre brillante érudition
continue à m'émerveiller ! |
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| 23 Août 2004 |
| Frédéric
a écrit : |
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Deux
interrogations me viennent en relisant ta notice
consacrée à Caius Julius Cæsar.
- Le Rubicon est
certes un cours d'eau insignifiant mais ne se
situerait-il pas au Nord plutôt qu'au Sud de l'Italie
?
- Que penser de la célèbre
clémence de César ? Aurait-il supporté
un Pompée et un Caton vivants et de retour au Sénat
? Son fils n'a pas toléré d'opposant...
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| RÉPONSE
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C'est vraiment un plaisir
que d'avoir affaire à des internautes perspicaces
! Effectivement, le Rubicon se situe
en Italie du Nord et non dans le "Mezzogiorno".
J'ai une fâcheuse tendance à placer la
ville de Rimini plus au Sud qu'elle ne l'est. Sans
doute en souvenir d'anciennes vacances italiennes
très ensoleillées…
La clémence du grand Jules
fut unanimement célébrée par
les écrivains latins, et il n'y a pas de raison
de douter de leur parole. Salluste, Suétone,
Pline, et encore bien d'autres, s'y collèrent.
Pour changer, je citerai seulement moins célèbre,
mais non moins élogieux, Velleius Paterculus
: "[lors de la bataille de Pharsale] dès
que Caius César vit en déroute l'armée
de Pompée, il n'eut rien de plus pressé
ni de plus à cœur que, pour employer le
terme militaire habituel, de licencier tous les partis.
Dieux immortels ! Comment cet homme si doux fut-il
payé plus tard de sa bienveillance pour Brutus
! Ce qu'il y a de plus admirable, de plus noble, de
plus illustre dans cette victoire, c'est que la patrie
ne pleura aucun citoyen qui ne fût mort en combattant.
Mais l'obstination des vaincus rendit vaine cette
généreuse clémence, car le vainqueur
était plus disposé à donner la
vie que le vaincu à l'accepter."
(Velleius Paterculus, II, 52 - trad. site remacle.org
: Clic
!).
Même Cicéron, adversaire politique de
César, consentit à reconnaître
que la "douceur et la clémence"
comptaient parmi ses qualités.
Toutefois, tu tapes sans doute une nouvelle fois
dans le mille lorsque tu sous-entends qu'il était
plus facile à César de pleurer le meurtre
de Pompée ou le suicide de Caton que de supporter
la survie de ces deux ennemis… Quoique le cas
de Pompée fût sensiblement de celui de
Caton : le premier n'étant qu'un "allié
de circonstance" du Sénat, tandis que
l'autre était un "républicain"
fanatique.
Reste la question des motifs de cette clémence.
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Les adversaires de César le supposaient cruel de
nature et magnanime par pur intérêt politique,
ce qui est évidemment caricatural. Bien sûr
que notre Jules n'hésitait pas à répandre
le sang - les massacres de la Guerre des Gaules en témoignent
à suffisance, mais j'y reviendrai. Et bien sûr
qu'il espérait que la clémence dont il ferait
preuve à l'égard de ses ennemis politiques
romains servirait mieux sa cause que des représailles
sanglantes. Il le reconnut d'ailleurs lui-même dans
un genre de lettre-ouverte qu'il publia au début
de la guerre civile et où il disait en substance
qu'il ne désirait point imiter ceux qui, se montrant
cruels, n'avaient pu consolider leur victoire, et qu'il
souhaitait quant à lui user d'une toute nouvelle
recette pimentée de pardon et de clémence.
Il est même probable que César devait quelque
peu forcer son tempérament pour se montrer magnanime.
Par nature colérique, et naturellement impatient
d'arriver à ses fins, il devait sans doute "prendre
beaucoup sur lui" pour pardonner à ceux qui
lui avaient mis des bâtons dans les roues.
Finalement, on pourrait même estimer que le prodigieux
self-control de cet homme d'action tout entier
tendu vers le but qu'il poursuivait était encore
plus admirable que sa clémence, celle-ci n'étant
en définitive que la conséquence de cette
maîtrise de soi permanente et difficile…
Mais les raisons de cette magnanimité ?
Selon Christian Meier, elles sont multiples :
"Cette
clémence était d'abord une conséquence
de la nature même de la cause défendue
par César. Celui qui ne fait la guerre que
pour lui-même, pour détourner une injustice
de sa personne, peut difficilement tuer au nom de
cette cause. C'est ainsi que César explique
au premier consulaire venu lui demander sa grâce
qu'il n'a pas quitté sa province pour commettre
l'injustice, mais pour échapper au traitement
ignominieux que lui préparaient ses adversaires
et pour se libérer d'eux, lui-même et
le peuple romain. Le pardon accordé est donc
l'une des conséquences de cette décision
d'entreprendre la guerre pour des motifs très
personnels. Partout s'exprime la même grandeur
- et la même monstruosité.
Cette clémence témoigne
en effet d'un puissant sentiment de supériorité.
« Tout comme il entend marcher devant par ses
actes » - c'est-à-dire être
le premier - « il veut aussi l'emporter
en justice et équité », proclame-t-il
devant le Sénat selon son propre témoignage.
Quand les premiers à avoir été
graciés s'en retournent dans le camp ennemi,
il écrit à Cicéron de ne pas
s'en étonner : « Rien ne m'est plus
cher que de rester égal à moi--même
et de les voir rester égaux à eux-mêmes.
» Ne voulait-il absolument pas les gagner
à sa cause ? Ou fut-il déçu de
ne pas y réussir d'un seul coup ? En tout cas,
il entendait non seulement les dépasser en
générosité, mais les vaincre
par la générosité. Cette nouvelle
façon de vaincre s'enracinait si profondément
dans sa volonté de l'emporter sur tous qu'il
était capable, la plupart du temps, de réprimer
la cruauté à laquelle sa colère
aurait pu l'inciter. César montrait sa supériorité
en faisant régner la clémence. (…)
Dans
cette clémence transparaissait, consciemment
ou inconsciemment, un trait monarchique. Les
massacres de Sylla, outre la terreur qu'ils
suscitaient, témoignaient aussi d'un
certain respect. Même s'ils étaient
le fait du vainqueur, ils se situaient dans
une relation d'égal à égal.En
ce sens, ils relevaient des vieilles catégories
aristocratiques ami-ennemi, se voulant en tout
cas fidèles à une manière
de faire archaïque mais ininterrompue.
Jusque-là, la clémence n'avait
été à Rome qu'un problème
de politique extérieure la clémence
de la ville victorieuse, souveraine, à
l'égard de ceux dont elle a obtenu la
soumission, telle que César lui-même
l'a pratiquée maintes fois en Gaule.
Elle impliquait le pardon d'un manquement, le
renoncement au droit du châtiment. Peut-être
est-ce pour cette raison que César, plein
d'égards, a toujours évité
le terme de « clementia » dans
ses écrits ; il parle de pitié
(« misericordia »), de générosité,
magnanimité (« liberalitas
») et de douceur (« lenitas
»). « Clementia », que nous
traduisons par clémence, avait, en revanche,
un relent de grâce.(…)
Nombre d'anciens adversaires
ont ressenti ce qu'avait de vexant cette grâce.
Ils se sentaient blessés, offensés.
César, de la sorte, remportait pour ainsi
dire une seconde fois la victoire sur eux :
il avait raison de leur honneur, en leur faisant
cadeau de leur vie et de leur position politique.
La conscience d'avoir accepté sa grâce
était extrêmement douloureuse.
Et pourtant presque tous les survivants l'en
ont prié ; et les reproches qu'ils ne
pouvaient manquer de se faire ensuite à
eux-mêmes se retournaient contre César.
(…} Mais les formes selon lesquelles
César exerçait la clémence
avaient aussi leur importance. Il ne semble
pas avoir caché l'incroyable sentiment
de supériorité dont sa grâce
était l'émanation. Elle était
aussi bienveillante que souveraine - une expression
de la grandeur qui était devenue la sienne
avec le temps."
(Christian MEIER, César,
Seuil, 1989) |
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Reste que, dans ce domaine également,
le divin Jules innova
autant qu'il se singularisa : avant César, la clémence,
le pardon des offenses, la réconciliation n'étaient
pas vraiment les vertus cardinales des politiciens romains…
Et après lui, son fils adoptif Octave
renouera avec les traditions séculaires de Rome en
publiant des listes de proscription et en massacrant ses
adversaires vaincus.
Le divin Jules détourna la tête
lorsqu'on lui présenta le chef sanglant Pompée,
tandis que, s'il n'avait été retenu par un
scrupule de décence, le futur divin Auguste aurait
volontiers bu son vin dans le crâne de ce cabochard
de Brutus !
"Mais les massacres de la Guerre
des Gaules ? m'objecteras-tu. César aurait-il
oublié sa fameuse clémence au vestiaire avant
de franchir les Alpes ? "
Il est vrai qu'en Gaule, le Jules n'y alla
point avec le dos de la cuillère : vente à
l'encan d'une cinquantaine de milliers d'Aduatuques après
la prise de leur oppidum, exécution massive d'otages,
génocides en Ardenne ou au pays des Usipètes,
sac d'Orléans, de Bourges, etc…
D'accord, mais - sans vouloir excuser les
massacres perpétrés par César en Gaule
- il faut d'abord remarquer que ces horreurs ne choquaient
si peu ses contemporains que c'est par le divin Jules himself
- qui, ne l'oublions pas, n'écrivait que dans un
but de propagande, pour vanter ses exploits - que nous les
connaissons. Pour les Romains comme pour tous les autres
peuples de l'Antiquité, de sort des vaincus dépendait
totalement du bon vouloir de leur vainqueur. Ils faisaient
partie du butin et il pouvait tout aussi bien les vendre,
les mutiler, ou s'en débarrasser sans autre forme
de procès.
En l'occurrence, dans ces guerres extérieures,
César ne se singularisa donc pas fondamentalement
des autres guerriers de son temps. Toutefois, il faut reconnaître
qu'il n'avait pas vraiment "la tripe cruelle",
comme on disait en ce XVIe siècle lui aussi si fertile
en bons et beaux massacres. Sa cruauté n'était
ni systématique ni gratuite. Il n'y recourrait que
quand sa douceur avait échoué, lorsqu'il
fallait faire un exemple pour éviter d'autres révoltes.
Ainsi, son secrétaire Hirtius rapporte qu'il n'ordonna
la mutilation d'une foule de prisonniers que parce qu'il
"savait sa réputation de clémence
trop bien établie, pour craindre qu'un acte de rigueur
fût imputé à la cruauté de son
caractère ; et comme il sentait que ses efforts n'auraient
point de terme si des révoltes de ce genre venaient
ainsi à éclater sur plusieurs points, il résolut
d'effrayer les autres peuples par un exemple terrible. Il
fit donc couper les mains à tous ceux qui avaient
porté les armes, et leur laissa la vie, pour mieux
témoigner du châtiment réservé
aux pervers." (Guerre des Gaules, VIII, 44 - voir
site
BCS : Clic !).
Et puis, il fallait que les soldats fussent
récompensés de leurs peines… et surtout
que le commandant en chef s'enrichisse, qu'il amasse l'or,
les trésors des temples, des viles et des particuliers
afin de soutenir des ambitions politiques démesurées.
César avait certes plus soif de pouvoir que d'or
ou de sang, mais il ne pouvait assouvir le première
que grâce aux autres.
Évidemment, tout ceci ne fait qu'expliquer
le comportement de César et de ses légions
en Gaule ; cela ne l'excuse en rien. Reste cependant à
savoir si nous, les Modernes "civilisés",
contemporains de ce beau XXe siècle si pacifique,
si paisible, si harmonieux, et de ce merveilleux début
du XXIe siècle qui s'annonce si tolérant et
si fraternel, pouvons nous permettre de regarder de haut
les soudards de l'Antiquité. Certes, à l'époque
du divin Jules, les civils d'un pays en guerre risquaient
parfois de devenir partie intégrante du butin du
vainqueur ; aujourd'hui et malgré toutes les conventions,
de Genève ou d'ailleurs, ils ne sont le plus souvent
considérés que comme des cibles ou des enjeux
stratégiques.
Personnellement, j'ai un peu de mal à distinguer
clairement le progrès accompli… |
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| 26 Août 2004 |
| Paul
a écrit : |
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Le
fait de conclure à "Jésus était
vivant en 44" n'est-il pas un peu rapide ?
Qu'est-ce qui empêche les
juifs de provoquer des troubles à l'instigation
d'un certain Chrestos alors mort que Suétone
n'identifie pas comme étant Jésus-Christ
?
ou encore
On dit qu'il y a peu de traces
de jésus christ dans l'histoire de Rome, mis à
part un cours passage dans Flavius Josèphe,
et à ce propos une hypothèse dit que ce
passage a pu être rajouté (falsifié)
plus tard...
Qu'en est-il d'une telle hypothèse par rapport
à Suétone ?
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| RÉPONSE
: |
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| Oh, que l'hypothèse
de la présence de Jésus à Rome au début
du règne de ce bon vieux Claude soit des plus hasardeuses,
je n'en disconviens certes pas !
Toutefois, si l'on admet que Jésus a survécu
à la crucifixion (ce que les Saintes Écritures
affirment) ; si l'on prend la "Résurrection
du Christ" dans son sens le plus terre-à-terre
(c'est-à-dire que Jésus s'est tout simplement
"relevé" - voyez à ce sujet ici
: Clic !)
; et si l'on laisse de côté le récit,
évidemment plus théologique qu'historique,
de l'Ascension, la présence de Jésus
dans la Rome de Claude
n'est en soi guère plus inadmissible que
celle de Pierre ou de Paul dans celle de Néron.
Peu probable, certes ; impossible, non…
Et puis, il y a cette fameuse phrase de Suétone
: "Comme les Juifs se soulevaient continuellement
à l'instigation de Chrestos, Claude les chassa de
Rome"…
Vous avez raison quand vous écrivez que rien s'empêche
de penser que les Juifs s'agitaient au nom d'un Christ mort,
crucifié par les Romains quelques années plus
tôt : Suétone ne précise pas textuellement
si ce Chrestos était mort ou toujours en
vie vers 42 de notre ère. En fait, comme vous le
remarquez judicieusement, l'écrivain latin n'a pas
l'air de savoir précisément de qui il parle…
Et c'est justement cela qui est étonnant !
Ne perdons en effet pas de vue que Suétone relatait
des faits vieux de plus de quatre-vingts ans, et qu'entre
le moment où Claude expulsa les Juifs de la Ville
et celui où me malveillant biographe écrivit
la Vie de cet empereur, le christianisme avait
eu largement le temps de faire connaître. Mais tout
de cela, j'ai déjà parlé avec un autre
sympathique internaute, et je me permets de vous renvoyer
à ce courrier. Voir ici : Clic
!.
Tout se passe donc comme si Suétone avait trouvé
et recopié dans les archives impériales un
vieil édit de bannissement, mais sans en comprendre
réellement ni la portée ni même la teneur
exacte. Et comme la source de Suétone nous est évidemment
inconnue, force est de nous contenter de ce texte des Douze
Césars qui demeure pour le moins problématique…
Mais davantage pour ce qu'il élude (à savoir
une courte biographie de ce mystérieux Chrestos,
du genre de celle que l'on trouve dans les Annales de Tacite
- voir traduction sur le site
BCS) que par ce qu'il dit clairement (les Juifs de Rome
s'agitent à l'instigation d'un trublion affublé
d'un pseudonyme ridicule, et, simple mesure de police, l'empereur
les chasse de la Ville).
Quant à cette autre phrase célèbre
sur Jésus, celle de Flavius Josèphe
(Antiquités Judaïques, livre XVIII
4) son authenticité est très largement (mais
pas unanimement) contestée.
Si vous le n'avez pas votre édition de ce sacré
Flavius sous la main, voici ce texte : "En ces
mêmes temps était Jésus, qui était
un homme sage - si toutefois on peut le considérer
comme un homme tant ses œuvres étaient admirables.
Il enseignait ceux qui recherchaient la vérité
et il fut suivi non seulement par des Juifs, mais aussi
par plusieurs Gentils : c'était le Christ. Des chefs
de notre nation l'ayant accusé devant PIlate, celui-ci
le fit crucifier. Ceux qui l'avaient aimé pendant
sa vie ne l'abandonnèrent pas après sa mort.
Il leur apparut vivant et ressuscité le troisième
jour, comme les saints prophètes l'avaient prédit
et il fit plusieurs autres miracles. C'est de lui que la
secte des Chrétiens, qui existe encore de nos jours,
tire son nom".
Sachant que Flavius Josèphe était un pharisien
pur et dur, et pas chrétien pour un sou, vous conviendrez
sans peine qu'il y a de quoi rester perplexe face à
cette profession de foi chrétienne. Quasiment un
genre credo pré-nicéen ! On dirait
bien qu'ici, les pieux copistes du Moyen Age n'y ont pas
été avec le dos de cuillère (en l'occurrence,
ils y auraient plutôt été avec le dos
du stylet, celui qui sert à effacer !).
Suétone qui écrivit sa "Vie des Douze
Césars dans les années 120-130 aurait certes
pu connaître le texte Josèphe, lequel date
de la fin du Ier siècle. Cependant, cela ne lui aurait
sans doute rien appris de transcendant, car si l'on retire
les interpolations chrétiennes les plus flagrantes,
ce passage devient d'une banalité affligeante : "C'est
en ces temps-là que vécut Jésus. Il
fut suivi par de nombreux Juifs et par quelques Gentils.
Les chefs des Juifs le dénoncèrent à
Pilate qui le fit crucifier. C'est de lui que se réclament
les Chrétiens qui existent encore au moment où
moi, Josèphe, j'écris ces lignes."
Bref, aux yeux d'un Romain païen du début du
IIe siècle, il ne s'agissait là que d'une
simple anecdote exotique juive, arbitrée par un gouverneur
romain du genre expéditif. À peine un fait-divers
folklorique de cette époque révolue où
les Juifs existaient encore en temps que nation… |
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| CONCLUSION
DE PAUL : |
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Merci
pour votre réponse.
Concernant la "résurrection
du christ", je vous invite à lire cette page
qui offre une étude assez intrigante sur la manière
dont le Christ se serait relevé : www3.sympatico.ca/fran.pi.mi.fox
Je suis tombé sur votre site
car je cherchais justement des infos historiques sur les
premiers siècles de la chrétienté.
Car je pense qu'on peut y découvrir la vérité
sur nos croyances.
Car suite à une période trouble, 2000 ans
plus tard, on naît dans un environnement catholique,
on nous apprend de l'histoire et de la religion sans limites
entre les deux bien définie. On nous inculque ça
sans nous apprendre l'esprit critique. Et lorsque vient
le débat avec un pratiquant, on recherche la vérité.
(Finalement et étonnement, Jésus est en quelque
sorte la voie de la vérité, essayons de le
trouver et on trouvera la vérité ;o) )
Plusieurs voies mènent à
cette recherche :
Recherche anthropologique, sociologique
et philosophique : "si tu veux comprendre les religions,
commence par comprendre l'homme"
- De tout temps, l'homme s'est
inventé des dieux.
- Pourquoi un peuple élu…
- Politique du catholicisme envers
les autres religions, pourquoi aurait-elle plus raison
?
Réflexions diverses :
- Qu'ai-je en commun avec le peuple
juif qui a vécu il y a 2000ans ?
- Si jésus a existé,
pourquoi n'en parle-t-on pas plus dans les cours d'histoire
- Si tout cela est faux (toutes
les religions fausses, il n'y a rien d'autres que les
hommes, jamais aucune manifestation divine etc), comment
tant de gens peuvent y croire ? un manque de connaissance
forcément. Mais surtout comment les dirigeants
des diverses religions peuvent y croire, eux qui détiennent
tous les documents nécessaires à la recherche
de la vérité. J'imagine qu'il y a bien
des gens au Vatican qui ne croient pas en le Dieu Jésus-Christ…
Enfin soit !
Recherche historique:
- Pourquoi suis-je catholique
parce que je suis né en Europe et que le catholicisme
y est fort présent. Pourquoi le catholicisme
est-il si présent en Europe -> Christianisation
de l'empire Romain, propice à l'expansion d'une
religion, ensuite extension de la religion grâce
à des alliances entre divers pays pour éviter
des guerres ou même suite à des guerres
etc… Pourquoi l'empire romain s'est-il christianisé
? Gros déclic: Constantin "le barbare".
Constantin s'est allié aux chrétiens pour
étendre son pouvoir sur l'empire -> OK ça
discrédite assez bien la religion dans son état
actuel en Europe, mais (j'en viens enfin à ma
question actuelle), pourquoi les chrétiens étaient-ils
si nombreux à l'époque de Constantin,
3 siècles c'est à la fois long et court…
Étaient-ils tous illuminés par la bonne
nouvelle ? (Quelle nouvelle déjà ? ;o))
Voilà l'objet de mes réflexions
actuelles. |
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| 27 Août 2004 |
| S.
Andrès a écrit : |
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| Sur les
cartes de l'Empire exposées dans votre site, vous
avez indiqué pour chaque Préfecture "Préfecture
du Prétoire de …". Mais êtes-vous
bien sûr de ce titre ? Il me semble pour ma part que
le Préfet du Prétoire, siégeant à
Rome, était "une sorte de Premier Ministre",
précurseur du Maître des Offices de la Nouvelle
Rome et se distinguant par là des Préfets (tout
court) des Préfectures (tout court) au sens de circonscriptions
administratives. |
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| RÉPONSE
: |
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Il paraît que John
Kennedy caressait le projet d'exploser trop
puissante la CIA en mille morceaux.
Dioclétien puis Constantin,
eux, démembrèrent effectivement la préfecture
du prétoire (voyez ici : Clic
!).
La fonction de préfet du prétoire,
éminemment dangereuse pour l'institution impériale,
fut donc régionalisée et surtout démilitarisée
; en fait, démantelée. Les Préfets
du prétoire, au nombre de trois, puis de quatre,
devinrent des fonctionnaires civils de haut rang,
à la tête de préfectures du
prétoire régionales qui regroupaient
un certain nombre de diocèses, eux-mêmes
regroupement de provinces.
Quant aux modalités pratiques des réformes
administratives de Dioclétien et de Constantin,
il semblerait qu'elle soient l'objet de nombreuses
controverses entre historiens. Toutefois, la situation
devrait, grosso modo, avoir été
celle que décrit ce court texte, que je me
suis permis - mille excuses à l'auteur - d'abréger
encore quelque peu :
"Depuis Dioclétien et Constantin,
l'Empire est divisé en préfectures
du prétoire, diocèses et provinces.
À la fin du (IVe) siècle, on compte
quatre préfectures (Orient, Illyricum oriental,
Italie - Afrique - Illyricum occidental, Gaules),
environ douze diocèses (…), et
pour les provinces, un nombre qui varie de 98 (Liste
de Vérone) à 113 (Bréviaire
de Festus), et même 120 (Notitia
dignitatum)
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Les préfets (…) résident
en général dans les villes impériales,
Trêves, Milan, Sirmium, Constantinople ou Antioche.
Ces exécutants de grande classe ne peuvent mener
de politique personnelle que par la permission et la confiance
de l'empereur, qui les révoque, déplace,
voire disgracie, à sa guise. Ils n'ont joué
aucun rôle dans les usurpations, car ils ne disposent
pas de l'armée, ni dans les tendances au séparatisme.
(…) Leurs fonctions sont d'abord financières
et fiscales (…) et avant tout judiciaires
: ils suppléent l'empereur (« agens
vice sacra ») et leurs décisions sont
sans appel.
Peu à peu leurs pouvoirs administratifs sont
devenus énormes dans leurs territoires : les vicaires
sont directement placés sous leurs ordres depuis
Constantin. La population les tient pour responsables
de tout, et, comme le dit Libanios, de la prospérité
des villes Leurs bureaux (l'« officium »)
sont très étoffés, divisés
en une section financière et une section juridico-administrative,
et l'on y relève la présence d'une foule
de subordonnés militarisés.
Les vicaires de diocèses (…) ont
autorité sur tous les gouverneurs de leur diocèse,
sauf les trois proconsuls d'Asie, d'Afrique et d'Achaïe."
(Paul PETIT, Le Bas-Empire, Éditions du Seuil,
1974)
Voyez aussi cet aide-mémoire sur l'excellent site
d'Emilia Robin : Clic
!
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