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Décembre 2003 (page 4/5)
Sommaire du mois de Décembre : Clic
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| 13 Décembre 2003 |
| Martha
a écrit : |
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| Je
me demande si le séjour de Néron en Grèce
ainsi que l'oracle de Delphes préconisant sa
mort est mise particulièrement en valeur dans des
ouvrages historiques ou de fiction ? |
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| RÉPONSE
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Aussi ingénieuse
qu'amusante, cette réponse de la Pythie (ou
plutôt des prêtres ?) de Delphes, recommandant
à Néron
de prendre garde à la septante-troisième
(73e) année (voir Suétone, Vie
de Néron, 40).
Le pauvret crut que l'oracle évoquait l'âge
canonique (pour l'époque) qu'il attendrait
au bout d'un long règne paisible, alors qu'il
s'agissait de celui de Galba, ce vieillard avaricieux,
cruel, débauché et ambitieux qui commençait
à songer qu'au fond, il ne ferait peut-être
pas un pire empereur que cet histrion dépravé
qui préférait dilapider ses deniers
en Grèce que de les entasser à Rome.
Comme vous le savez sans doute, la fin des Annales
de l'historien latin Tacite ne nous est pas parvenue
; les derniers chapitres du livre
XVI, qui relataient le voyage en Grèce
et les derniers jours de Néron, sont perdus.
Et comme, d'autre part, la biographie que Suétone
consacre à Néron dans son recueil
des Vies des douze Césars ne fait
que rapporter quelques anecdotes qui se seraient
déroulées lors de la "tournée
grecque" de l'empereur-artiste, la principale source
historique pour cette période du règne
du règne de Néron devient l'abrégé
du livre LVII de l'Histoire romaine de Dion
Cassius (IIe siècle ap. J.-C. - traduction
anglaise, voir ici : Clic
!).
Si cette expédition politico-artistique
vous intéresse, je vous recommande le Néron
d'Eugen CIZEK (Éditions Fayard). Exploitant
au mieux la maigre documentation antique dont nous
disposons, l'historien roumain y décrit (chap.
IV - "le Néronisme") comment le voyage en
Grèce, première étape d'une
grande "opération de séduction" dans
l'Orient romain, s'intègre dans la politique
d'hellénisation de l'Empire romain poursuivie
par Néron. |
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Du côté des romans
historiques, à ma connaissance (qui, en ce
domaine, comme dans bien d'autres d'ailleurs, est loin
d'être encyclopédique), la plupart de leurs
auteurs ont négligé la tournée artistique
du dernier des Julio-claudiens et préféré
se focaliser sur les déboires des pauvres chrétiens
des temps néroniens, aux prises avec de fort peu
évangéliques lions ou servant de loupiottes
lors d'agrestes garden-parties. À ce qu'il
me semble, seul le Moi, Sporus, prêtre et putain
de Cristina RODRIGUEZ (Éditions Calmann-Lévy)
s'attarde quelque peu sur la période grecque de
Néron.
Voilà, j'espère que ces quelques modestes
renseignements suffiront à éclairer votre
lanterne. |
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| Martha
réécrit : |
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| Je
vous remercie infiniment pour cette réponse rapide.
En fait, je travaille sur un poème de C. Cavafy
(Alexandrie 1863-1933) qui relate justement cet incident
et que je vous envoie, espérant que ça pourrait
vous intéresser (ou amuser).
Le voici :
Le délai de
Néron
Néron ne s'inquiéta pas quand à
Delphes
Il entendit prononcer l'oracle :
« Qu'il craigne les soixante-treize ans ».
Tout son temps lui restait pour jouir de la vie.
Il n'avait encore que trente ans. Plus que suffisant,
Le délai que le dieu lui accorde,
Pour parer aux dangers lointains.
Maintenant, il s'en va retourner à Rome, un
peu fatigué,
Mais d'une fatigue délicieuse, par un voyage
Qui ne fut qu'une suite de plaisirs,
Les théâtres, les jardins, les gymnases
Les soirées des villes achéennes
Ah ! la nudité des corps, le plaisir avant
tout
Voilà Néron. Cependant en Espagne,
le vieux Galba,
Dans le secret, rassemble et entraîne son armée,
Lui, l'homme de soixante-treize ans.
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| RÉPONSE
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| Un grand merci à
vous aussi pour ce malicieux poème, que je ne connaissais
pas
Cependant, contrairement à ce que sous-entend
Cavafy - qui, en bon Alexandrin chauvin qu'il était,
aurait pourtant dû subodorer l'insatisfaction de
l'empereur -, Néron
était tout sauf heureux de rentrer à Rome.
Ce que le "divin histrion" désirait par-dessus
tout, c'était prolonger son voyage de quelques
mois, voire de quelques années
et surtout,
pousser jusqu'en Égypte. Voir Alexandrie, et mourir
à septante -trois ans bien sonnés dans son
lit, entouré de jolies femmes et de beaux garçons,
après un long règne paisible !
Mais hélas, comme dit Rabelais, "mal d'argent,
c'est douleur sans pareille !". Le trésor était
à sec, et les Gaulois, pressés comme des
citrons par un fisc impérial de plus en plus gourmand,
commençaient tout doucement à la trouver
saumâtre de payer à n'en plus finir les frasques
orientales d'un empereur qui semblait manquer de la plus
élémentaire dignité.
Néron fut contraint de revenir en Italie où
tous ses "amis" s'empressèrent de le trahir, le
détrônèrent, et enfin le suicidèrent. |
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| 13 Décembre 2003 |
| Luc
a écrit : |
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| 1.
Dans un article
de la revue Historia il est mentionné le passage
suivant : "En 28, les Frisons se révoltent
ainsi contre les exigences des Romains. Selon le traité
signé avec ces derniers, les Frisons doivent verser
un tribut annuel consistant en peaux de buf qui
servent à la confection de certaines pièces
de l'équipement militaire des légionnaires.
Or un centurion, chargé de collecter ce tribut,
décide que les peaux devront avoir une dimension
égale à celles des aurochs. Exigence impossible
à satisfaire pour les Frisons qui n'élèvent
que des bêtes de petite taille.
Pour les punir, les Romains s'emparent de leurs terres
et vendent leurs femmes et leurs enfants comme esclaves.
Les Frisons s'en prennent alors aux légionnaires
chargés de perquisitionner et les pendent. Le gouverneur
de la Germanie inférieure mène une expédition
contre eux qui se solde par un échec. Informé
de cette défaite, Tibère veille à
ce que cette nouvelle ne soit pas connue des Romains et
abandonne le projet de réduire les Frisons."
(Catherine SALLES - Jésus, un homme dans son
temps - Pendant ce temps-là : Dans les provinces
d'Occident - voir site Historia-presse.fr)
J'aimerais en savoir plus sur la
réaction de Tibère qui n'est guère
expliquée dans ce texte. A-t-il décidé
qu'il y avait abus de pouvoir de la part du centurion
? |
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| RÉPONSE
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| La révolte des
Frisons, confrontés à une exigence romaine
irréalisable, est relatée ainsi par Tacite
: "La même année (28 ap. J.-C.),
la paix fut troublée chez les Frisons, au-delà
du Rhin, plutôt par notre avidité que par
l'indocilité de ce peuple. La nation était
pauvre, et Drusus (= frère de Tibère)
ne lui avait imposé d'autre tribut qu'un certain
nombre de cuirs de bufs pour l'usage de nos troupes.
Personne ne les avait inquiétés sur la grandeur
et la force de ces cuirs, jusqu'au primipilaire Olennius,
qui, chargé du commandement de la Frise, choisit
des peaux d'aurochs pour modèle de celles qu'on
recevrait. Cette condition, dure partout ailleurs, était
impraticable en Germanie, où les animaux domestiques
sont petits, tandis que les forêts en nourrissent
d'énormes. Ils furent réduits à livrer
d'abord les bufs mêmes, ensuite leurs champs,
enfin à donner comme esclaves leurs enfants et
leurs femmes. De là l'indignation, les plaintes,
et la guerre, dernier remède à des maux
dont on n'obtenait point le soulagement. Ils saisissent
les soldats qui levaient le tribut, et les mettent en
croix. Olennius dut son salut à la fuite. Il trouva
un asile dans le château de Flève, d'où
un corps assez nombreux de Romains et d'alliés
observait les côtes de l'Océan.
À cette nouvelle, L. Apronius, propréteur
de la Germanie inférieure, fait venir de la province
supérieure des détachements de légions
et l'élite de l'infanterie et de la cavalerie auxiliaires.
Avec ces troupes réunies aux siennes, il s'embarque
sur le Rhin et descend chez les Frisons [et essuie
un sérieux revers ; seules la discipline et la
combativité des légionnaires permettent
d'éviter un désastre "à la Varus"]
(
) Le général romain ne songea
point à la vengeance et n'ensevelit pas les morts,
quoiqu'on eût perdu beaucoup de tribuns, de préfets,
et les premiers centurions. On sut bientôt par les
transfuges que neuf cents Romains avaient péri
auprès du bois de Baduhenna, après avoir
prolongé le combat jusqu'au lendemain, et que quatre
cents autres, voulant se défendre dans une maison
dont le maître, nommé Cruptorix, avait servi
dans nos armées, avaient craint d'être trahis,
et s'étaient mutuellement donné la mort.
Depuis ce temps, le nom des Frisons fut célèbre
parmi les Germains." (Tacite, Annales,
IV, 72
- 74).
Pourquoi Tibère
étouffa-t-il ce revers.?
Tacite nous explique, avec sa douce haleine accoutumée,
que le vieux Princeps "dissimula nos pertes, pour ne
pas confier à quelqu'un d'autre la conduite d'une
guerre" (Annales,
IV, 72
- 74).
Ben voyons !
Non seulement Tibère était
un satyre cruel, un assassin couronné, un tyran
de la pire espèce, mais, en, plus, le bougre était
jaloux comme un tigre ! Jaloux
et méfiant
au point de perdre de vue l'honneur bafoué de Rome
!
En réalité, Tibère, en vieux général
expérimenté qu'il était, connaissait
les limites d'une politique agressive. Pour lui, la guerre,
entreprise souvent risquée et toujours onéreuse,
ne devait constituer que l'ultime recours de la politique
impériale romaine.
Or, outre que le territoire des Frisons était situé
sur la rive droite du Rhin, de "l'autre côté"
de ce fleuve considéré depuis Auguste
comme la frontière naturelle de l'Empire, cette
contrée était d'accès difficile et
finalement assez pauvre. Bref, aux yeux de Tibère,
le jeu n'en valait décidément pas la chandelle.
Inutile de risquer la vie de légionnaires pour
se maintenir dans cette région de marécages
impénétrables, dans ce pays de brumes, inhospitalier,
facile à défendre, difficile à conquérir
!
Afin d'éviter d'avoir à se lancer dans une
aventure militaire à la fois coûteuse en
vies humaines, ruineuse pour le trésor, improductive
du point de vie stratégique et infructueuse sur
le plan économique, mieux valait donc ne pas enflammer
les foules par des discours revanchards et considérer
cette mésaventure frisonne pour ce qu'en vérité,
elle était : un échec relatif, très
limité, très localisé (car Tacite
exagère l'importance de ce fait d'armes afin de
discréditer un Tibère "pas même fichu
de vaincre des pouilleux !"). |
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| 2.
Dans le
même article, il est fait mention que : "On
s'est interrogé longtemps sur l'attitude provocante
du procurateur de Judée. Certains pensent que Séjan,
désirant mettre l'armée de Syrie sous le
commandement de son oncle Junius Blaesus, aurait secrètement
conseillé à son ami Pilate de donner aux
Juifs des motifs de révolte. Ces mouvements insurrectionnels
auraient démontré l'incompétence
du général en place en Syrie et entraîné
sa destitution et son remplacement par Junius Blaesus.
La chute de Séjan en 31 place Pilate dans une situation
délicate. Il comprend que, pour apaiser le peuple
juif, il faut faire des concessions. Aussi, lorsque le
peuple de Jérusalem réclame la grâce
du brigand Barabbas, Ponce Pilate s'empresse-t-il de la
leur accorder."
Pour vous y a-t-il vraiment une
relation de cause à effet entre la chute de Séjan
et la libération de Barabbas ? |
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| RÉPONSE
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| Ainsi, après avoir
mis de l'huile sur le feu en Judée pour faire
plaisir à Séjan, Ponce Pilate aurait
libéré Barabbas pour donner des gages au
peuple juif
Moi, je veux bien
Mais il me semble qu'avant de
se demander pourquoi Ponce Pilate a élargi Barabbas,
il vaudrait mieux d'abord se demander si ce personnage
a réellement existé
Il faut dire que cette histoire de "brigand" libéré
par un préfet romain, sur requête du peuple,
pour mieux crucifier l'innocent Jésus paraît,
du début à la fin, absolument invraisemblable
!
Si vous voulez bien, juste histoire de se rafraîchir
les idées, consultons les Saintes Écritures.
Je prends l'Évangile selon Luc, puisque
c'est là que la narration de cet épisode
est la plus développée : (Jésus comparaît
pour la deuxième fois devant Pilate qui) "réunit
alors les princes des prêtres, les magistrats et
la foule. Il leur dit : « Vous m'avez amené
cet homme, l'accusant de soulever le peuple ; devant vous
je l'ai interrogé et je ne le trouve coupable d'aucun
des crimes dont vous le chargez. Hérode (Antipas)
non plus, puisqu'il nous l'a renvoyé. Il n'a donc
rien fait qui mérite la mort. Je le relâcherai
donc après l'avoir châtié. »
(À chaque fête en effet, il était
obligé de leur accorder l'élargissement
d'un détenu). Ils s'écrièrent tous
ensemble : « Fais mourir celui-ci, et relâche-nous
Barabbas ! » (Cet homme était incarcéré
à cause d'une sédition qui avait eu lieu
dans la ville et d'un meurtre). Pilate, qui désirait
relâcher Jésus, leur parla de nouveau : mais
ils répondirent par ces cris : « Crucifie-le
! Crucifie-le ! » Une troisième fois, Pilate
intervint : « Qu'a-t-il donc fait de mal ? Je
n'ai rien trouvé en lui qui mérite la mort.
Ainsi donc, je le ferai battre et le relâcherai.
» Mais ils insistèrent à grands
cris pour qu'il fût crucifié, et leurs clameurs
eurent le dessus. Pilate prononça la sentence qui
satisfaisait leur désir. Il relâcha donc
celui qu'ils réclamaient, qui avait été
incarcéré pour sédition et meurtre,
et il abandonna Jésus à leur volonté."
(Luc, 23 : 23 - 25).
Quel est le niveau de vraisemblance d'un tel récit
?
À mon avis, il est proche du zéro absolu
!
Comment un magistrat romain digne de ce nom (et soucieux
de sa carrière) aurait-il osé, publiquement,
au su et au vu de tous, condamner à mort un innocent
et libérer un criminel avéré ? -
surtout s'il s'agissait, comme les évangiles le
veulent, d'un criminel coupable de rébellion contre
Rome, qui avait "suscité une sédition"
à Jérusalem et qui avait du sang sur les
mains.
L'honneur de Rome, dont le plus grand titre de gloire
était d'apporter une justice équitable aux
peuples "barbares" qui lui étaient soumis, commandait
que Ponce Pilate résistât à la pression
de la foule. "N'ayant rien trouvé de coupable"
chez Jésus, il se devait de le libérer -
"amnistie pascale" ou non (nous y reviendrons). Et si
l'hypothétique Barabbas était reconnu coupable
de sédition et de meurtre, le préfet était
tenu de le faire crucifier, même (et surtout) si
la foule l'aimait. La mort affreuse d'un rebelle servirait
d'avertissement salutaire à ces Juifs "à
la nuque raide".
Agir autrement, c'eût été, purement
et simplement, s'exposer spontanément à
la délation ! Rien qu'en rapportant ce déni
de justice à l'autorité impériale,
n'importe quel notable juif aurait pu demander, et obtenir,
le rappel immédiat à Rome et la condamnation
(bannissement, voire mort) de l'irresponsable Ponce Pilate.
Quelques années plus tard, ce préfet de
Judée sera d'ailleurs destitué pour un motif
bien plus futile que cette "erreur judiciaire", très
consciemment prononcée sous pression d'une populace
hargneuse (voir ici : Clic
!)
Et que penser de cette "amnistie pascale" qui, selon
les Évangélistes, autorisait (contraignait
?) le préfet romain à libérer un
détenu (un condamné ?) à l'occasion
de la grande fête juive ?
Bien qu'elle ne soit mentionnée nulle part ailleurs
que dans les Évangiles, certains savants exégètes
estiment qu'à défaut d'être attestée
historiquement, cette coutume est au moins vraisemblable.
Et pour mieux passer leur message optimiste, ils donnent
à cette très hypothétique disposition
du droit romain, un beau nom latin, bien savant, créé
tout exprès pour l'occasion (occasion que fait
le "larron" Barabbas, naturellement) : il s'agit du "privilegium
pascalis".
Il est vrai que dit comme cela, "ça en jette" !
Admettons
Après tout la Pâque juive
était une fête de libération !
Mais, même si cet hypothétique privilegium
pascalis a existé - ce qui, je le rappelle,
n'est pas prouvé -, il est impossible que Pilate
y ait recouru de la façon que les Évangiles
décrivent. On nous montre le Préfet de Judée
agissant comme s'il n'avait que deux détenus à
sa disposition - Jésus et Barabbas - pour exercer
son droit de grâce ; et libérant l'un, il
semble être automatiquement tenu de faire mourir
l'autre.
Pilate avait-il un "quota de crucifiés" à
respecter à l'occasion de la fête de Pâques
?
Mas tout cela n'est encore rien ! Cela se corse encore
lorsque l'on sait, d'une part, qu'en hébreu, le
nom Barabbas signifie "Fils du Père" (bar
- abba), et que, d'autre part, les manuscrits les
plus anciens des Évangiles donnent au méchant
Barabbas le doux prénom de "Jésus" (cette
notation disparaît "miraculeusement" des manuscrits
au milieu du IIIe siècle, après que le savant
théologien Origène eut trouvé "inacceptable"
l'homonymie entre le Messie et un brigand meurtrier).
Ainsi donc, si l'on en croit les Évangiles, les
Juifs, quand ils furent sommés de choisir entre
Jésus Fils de Dieu et Jésus Fils
du Père (bar - abba), se seraient obstinés
à opter pour le second personnage ; ils plébiscitèrent
un voleur, un brigand, un meurtrier, plutôt que
se ranger sous la bannière radieuse du Fils de
Dieu, du Sauveur de l'humanité !
À mon humble avis, la construction littéraire
- malveillante au possible pour les Juifs - est évidente
!
Connaissez-vous la série documentaire Corpus
Christi, diffusée il y a quelques années
sur la chaîne ARTE ?
Dans l'épisode consacré à Barabbas,
un exégète britannique émet une intéressante
hypothèse au sujet de ce personnage. Selon lui,
lors de sa comparution devant Pilate, Jésus, qui
était aussi un leader nationaliste, aurait bénéficié
des sympathies d'une partie de la foule. Mais s'il y avait
une chose à laquelle les rédacteurs des
Évangiles répugnaient, c'était bien
de montrer les Juifs sous un jour favorable. Aussi, pour
rendre compte des faits tout en alimentant, la polémique
anti-juive, ils "scindèrent", en quelque sorte,
le personnage de Jésus en deux : d'une part, Jésus
Barabbas - en fait, Jésus "Fils du Père",
héros nationaliste adulé de la foule, finalement
libéré par un Pilate terrorisé par
l'émeute qui menaçait - et d'autre part,
Jésus de Nazareth, le "Fils de Dieu", rejeté
les Juifs, aveugles et opiniâtres, et condamné
par le représentant de Rome en Judée
non sans que celui-ci ait tout tenté pour le tirer
des griffes des Juifs sanguinaires - Dame ! il fallait
à tout prix exonérer les Romains de ce crime
puisque c'était eux, et non les Juifs, qu'il fallait
convertir au christianisme
Dans cette optique, Barabbas n'a jamais existé
; il n'est que l'expression d'un procédé
littéraire !
Si non è vero
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| 3.
Pour terminer, dans la fin de cet
article, il y est mentionné, dans un court
résumé de la vie de Tibère, la réflexion
suivante : "Il se tient à l'écart
de la vie publique pendant le règne d'Auguste,
car cet homme secret et républicain dans l'âme
ne se sent guère en accord avec l'installation
de l'empire."
En quoi Tibère était-il
en désaccord avec l'empire et qu'a-t-il fait
a ce sujet lors de son règne pour corriger les
éléments qu'il désapprouvait ? |
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| RÉPONSE
: |
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| Il est vrai que Tibère
se fit tirer l'oreille pour prendre la succession d'Auguste,
et qu'il aurait voulu "partager le fardeau de l'Empire
avec le Sénat". Toutefois, son principal et constant
souci fut d'inscrire son règne dans la droite ligne
de celui de son beau-père, le premier Princeps
; toujours, et en tout, agir de la même façon
que son Père, le divin Auguste ; poser ses pieds
dans les pas de illustre prédécesseur. "Toutes
ses actions et toutes ses paroles ont pour moi force de
loi !" s'exclama-t-il un jour (voir Tacite, Annales,
IV, 37).
Alors, je vous demande, comment le continuateur, l'imitateur
en toute chose du créateur du Principat
aurait-il pu, en même temps, vouloir restaurer la
République ?
Certes, le régime de Tibère fut plus républicain
que celui d'Auguste, mais seulement parce qu'il tenta
(sans grand succès d'ailleurs) de collaborer avec
le Sénat - ou de recevoir la collaboration du Sénat
-, alors que, d'un simple froncement de sourcils, son
prédécesseur imposait son autorité
naturelle aux orgueilleux Pères conscrits.
Tout cela était finalement moins une affaire d'idéologie
politique qu'une question de style (Auguste
était du genre rustaud, et Tibère,
aristocrate jusqu'au bout des ongles). |
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17 Décembre 2003 |
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Jdecl
a écrit : |
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Savez-vous quand fut appliquée
pour la dernière fois la décimation dans
l'armée romaine ? Tomba-t-elle en désuétude
à l'avènement de l'Empire ? Au IIIe
siècle ?
J'espère ne pas vous poser
une colle
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RÉPONSE : |
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Je confirme : c'est une colle !
J'ai eu beau creuser ma mémoire, fouiller dans
mes souvenirs, je ne me rappelle pas avoir rencontré
de légion décimée dans l'histoire
de la Rome impériale
Excepté peut-être
la décimation subie par la fameuse Légion
thébaine de saint Maurice et de ses camarades,
du chef de ce grand massacreur de chrétiens devant
l'Éternel que fut l'empereur Maximien
Hercule.
Voici comment la "Légende dorée" (XIIIe
siècle) relate ce célèbre martyre
:
"Quand toute l'armée
eut franchi les Alpes et fut arrivée à
Octodunum, l'empereur ordonna que tous ceux qui
étaient avec lui offrissent un sacrifice
aux idoles, et s'unissent par un serment unanime
contre les rebelles à l'empire et principalement
contre les chrétiens. Quand les saints soldats
apprirent cela, ils se retirèrent de l'armée
à une distance de huit milles, et se placèrent
dans un endroit agréable nommé Agaune,
sur le Rhône. Aussitôt informé,
Maximien leur envoya, par des soldats, l'ordre de
venir de suite pour sacrifier aux dieux. Ils répondirent
qu'ils ne pouvaient le faire, attendu qu'ils suivaient
la foi de J.-C. (
) Le César
envoya alors de ses soldats, avec ordre de les forcer
à sacrifier aux dieux ou de les décimer
sur-le-champ. Les saints présentèrent
donc la tête avec joie ; chacun disputait
le pas à l'autre et se hâtait de parvenir
à la mort. Alors saint Maurice se leva et
les harangua en disant entre autres choses : «
(
) Puisque les cadavres de nos camarades sont
déjà comme un rempart autour de nous,
et que nos vêtements sont rougis du sang de
nos compagnons, nous aussi, suivons-les au martyre.
(
) »
Quand l'empereur apprit cela, il ordonna une
seconde fois qu'on en décapitât un
sur dix. Cette exécution achevée,
Exupère, enseigne, prit le drapeau, et, debout
au milieu de ses compagnons d'armes, il parla ainsi
: « (
) Que nos mains droites jettent
ces armes de la chair et qu'elles s'arment de vertus
; et si vous le trouvez bon, adressons cette réponse
à César : Nous sommes tes soldats,
Empereur, mais nous sommes aussi les serviteurs
de J.-C. ; (
) nous sommes disposés
à souffrir pour lui tous les tourments, et
jamais nous ne déserterons sa foi. »
Alors l'impie César ordonna que son armée
entourât la légion tout entière,
en sorte que pas un ne pût échapper.
Les soldats du Christ furent investis par les soldats
du diable, et massacrés par leurs mains infâmes
; foulés aux pieds des chevaux, ils reçoivent
la consécration du martyre."
(Jacques de VORAGINE, Légende dorée,
trad. J.-B. M. Roze, Garnier-Flammarion). |
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Ce texte évoque donc explicitement une double
"décimation", ordonnée conformément
aux traditions militaires romaines afin de punir des soldats
opiniâtrement mutinés contre leur imperator.
Le fait que ces légionnaires se fussent rebellés
pour de nobles raisons d'objection de conscience ne change
rien à l'affaire : aux yeux de Maximien,
ils étaient des mutins qu'il s'agissait de châtier
pour l'exemple !
Malheureusement, l'historicité du massacre, dans
une vallée perdue des Alpes suisses, d'une légion
égyptienne convertie au christianisme, et ce à
une époque (entre 285 et 300) où les Chrétiens
n'étaient pas encore persécutés,
n'est pas reconnue par tous les historiens. (Sur saint
Maurice et sa légion, voyez également :
Clic
! et Clic
!).
À mon avis, la dernière décimation
historiquement attestée serait celle que Crassus
aurait ordonnée après que certains de ses
soldats, pris de panique, eurent pris la poudre d'escampette
devant les terribles gladiateurs de Spartacus (72 av.
J.-C.). Il paraît que si ce châtiment
épouvanta l'armée, c'était précisément
parce qu'il était passé de mode depuis belle
lurette : "La décimation était un vieil
usage, auquel on ne recourait que dans des circonstances
exceptionnelles, et que l'on avait plus employée
depuis longtemps. L'usage qu'en fit Crassus, ce jour-là,
montrait qu'il était résolu à user
de tous les moyens pour obtenir la victoire" (Marcel
BRION, La révolte des gladiateurs, Amiot-Dumont,
Paris).
D'ailleurs, quelques années seulement après
l'exemple de Crassus, quand les légionnaires
de la Xe légion - celle qui, entre toutes,
était chère au cur de César
-, regrettant de s'être mutinés contre leur
cher imperator; se portèrent volontaires
pour subir la décimation plutôt que de recevoir
leur congé, le divin Jules se garda bien de leur
donner satisfaction. Il leur pardonna, dans un grand élan
d'affection très calculé (voir ici : Clic
!).
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Étant moi-même assez peu au fait
de l'histoire militaire romaine, j'ai consulté
à ce sujet Michel ELOY (site Peplum
- Images de l'Antiquité).
Voici ses commentaires sur la décimation
:
CRASSUS : LE TEXTE FONDATEUR (guerre contre Spartacus)
:
"Crassus blâma rudement Mummius, puis
arma de nouveau soldats en leur demandant des
garants pour attester qu'ils les conserveraient.
Enfin, prenant les cinq cents du premier rang
qui avaient surtout déclenché la
panique, il les partagea en cinquante dizaines
et fit mettre à mort dans chacune un homme
tiré au sort. Il leur infligeait ainsi
un châtiment traditionnel qui était
tombé en désuétude depuis
de longues années (1).
Une honte particulière est attachée
à ce genre de mort, et l'exécution,
accompagnée de rites sinistres et effrayants,
se fait sous les yeux de tous. Après avoir
corrigé de la sorte ses soldats, Crassus
les mena contre les ennemis", (Plutarque (c.50-120
de n.E.), Vies parallèles : Vie
de Crassus, XVIII - XIX).
M. Opilius
Macrin (né en 165 ; emp. 217-218) :
"C'était un homme arrogant, sanguinaire
qui voulait gouverner avec des méthodes
militaires, regrettant la discipline des temps
révolus et, plus qu'à tous les autres,
réservant ses éloges au seul Sévère.
C'est ainsi qu'il faisait crucifier des soldats
et leur infligeait toujours des supplices réservés
aux esclaves; lorsque éclataient des mutineries,
il décimait assez souvent les troupes ;
parfois il se contentait de les "centésimer" :
c'était un mot qu'il avait inventé
pour dire qu'il faisait preuve de clémence
en tuant un soldat sur cent, alors qu'ils auraient
mérité d'être exécutés
un sur dix ou un sur vingt", (Julius Capitolinus,
Macrin (Hist. Aug.), XII, 1-2).
Caligula
voulut faire massacrer les légions de Germanie
qui s'étaient révoltées lorsqu'il
était tout enfant, aux armées. Son
entourage tenta de l'en dissuader et finalement
il se contenta d'exiger leur décimation.
Mais les soldats, flairant le piège, se
présentèrent en armes et l'empereur
n'osa pas mettre son dessein à exécution.
Suét., Calig., 48
"Quand des cohortes avaient laché pied,
il [Auguste]
les fit décimer et nourrir [les
survivants] avec de l'orge", Suét.,
Aug., 24
Larousse XXe s. : "Lorsqu'on ne
voulait pas mettre à mort tous les prisonniers
de guerre ou tout un corps coupable de révolte
ou de lâcheté, on tirait au sort,
et le dixième, le vingtième nom
qui sortait était désigné
pour le supplice. Cet usage atroce remonterait
au Ve s. av. J.C.; les exemples en sont nombreux
dans l'histoire romaine. La décimation
fut longtemps maintenue au moyen âge et
jusqu'au XVIIe s. Pépin décima
les captifs saxons ; sous Charlemagne, la décimation
fut pratiquée comme peine de la lâcheté
ou de l'indiscipline; en 1675, le maréchal
de Créqui [François de Bonne,
marquis de Créqui - 1624-1687 (français)]
décima la garnison française
de Trèves qui avait capitulé ; Menschikov,
le favori de Pierre le Grand, opérait sur
ses soldats la décimation. La décimation
a disparu du code des nations civilisées;
l'Autriche la conserva longtemps."
Littré :
On voit dans Tite-Live un exemple de décimation
dès les commencements de la république
(Rollin, Hist. Anc., XI, 2e part., p. 477)
(J'ai vainement feuilleté mon "Pléiade",
je n'ai pas retrouvé le passage signalé
par le Littré.)
Selon Plutarque - qui la qualifie d'"ancienne
punition militaire" -, assiégeant la
capitale des Mèdes, Marc Antoine décima
celles de ses troupes qui s'étaient débandées
lors d'une sortie des Parthes assiégés.
(Plut., Antoine, 49).
NOTE :
(1)
Crassus fit donc exécuter cinquante légionnaires
(cf. SALL., Hist., IV, 22). APPIEN (G.
Civ., I, 118) donne pour cette décimation
le chiffre incroyable de quatre mille hommes (soit
de dixième de dix légions de quatre
mille hommes) ! - Retour texte
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