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Décembre 2003 (page 3/5)
Sommaire du mois de Décembre : Clic
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| 8 décembre 2003 |
| Laura
a écrit : |
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| J'aimerais
savoir, pour satisfaire ma culture personnelle, si
le personnage de Maximus a vraiment existé
dans la réalité et si son destin fut
comparable ? |
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| RÉPONSE : |
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| Si la triste, mais ô combien mouvementée,
destinée du beau et brave général
Maximus
a touché votre cur sensible,
rassurez-vous et séchez vos larmes
: ce personnage est purement imaginaire.
Quoique
Notre ami Michel Eloy, du site PEPLVM
- Images de l'Antiquité, estime
quant à lui que le héros de
Ridley Scott n'est pas sans présenter
certaines ressemblances avec l'usurpateur
Avidius Cassius (voir ici : Clic
!).
Pourquoi pas... Si l'on en croit la Bible,
même Dieu n'a pu créer le monde
ex nihilo !
Il est aussi assez amusant de constater que
la légende de Maximus est toujours
en cours d'élaboration : outre un film
Gladiator 2 qui sera tourné
prochainement, le site internet Gladiatorstories
de D. Charlier publie de nombreux récits
consacrés au valeureux général
de l'armée de Germanie, à sa
jeunesse, à ses amours, à sa
destinée posthume, etc
Ne dirait-on pas que, sous nos yeux, au début
du XXIe siècle, un "mythe antique"
serait en train de naître ? |
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Sur le film Gladiator, voyez ici :
Clic
!
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| 8 Décembre 2003 |
| Anne
a écrit : |
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| J'aimerais
savoir si des noirs, des asiatiques en tant qu'esclaves
pouvaient être affranchis et si les enfants
de ceux-ci purent devenir des hommes libres ? |
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| RÉPONSE
: |
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| En gros, et au risque de
caricaturer une réalité probablement bien
plus complexe, un esclave romain pouvait être affranchi
selon trois modalités :
1. Par le cens : lors du recensement, le maître
faisait inscrire l'esclave parmi les citoyens.
2. Par la vindicte : le maître amenait
son esclave devant un magistrat, déclarait officiellement
sa volonté de le libérer, lui faisait
faire demi-tour et le laissait symboliquement partir.
3. Par testament : le testateur insérait dans
son testament une clause stipulant la libération
de l'un de ses esclaves (ou de plusieurs).
Pour répondre plus précisément à
la question que vous me posez, à Rome, la condition
de l'esclave affranchi suivait celle de son maître.
Si celui-ci était un "pérégrin" (un
homme libre qui n'était pas citoyen), son ancien
esclave, une fois libéré, devenait lui aussi
un pérégrin ; si le maître était
un citoyen romain, l'affranchi devenait citoyen romain
à part entière (sauf qu'il n'avait pas le
droit de briguer une magistrature, ni - jusqu'au Ier siècle
ap. J.-C. - de servir dans l'armée).
Puisqu'en l'occurrence, les seules choses qui comptaient
étaient la volonté du maître ainsi
que le respect des formes et des prescrits légaux,
rien ne s'opposait -en théorie - à ce que
des esclaves noirs ou de type asiatique fussent affranchis
et que qu'ils jouissent des prérogatives que cet
affranchissement leur conférait (et leurs enfants
après eux). La couleur de peau du candidat à
l'affranchissement n'étant pas prise en considération,
il est donc probable que certains esclaves africains (ou
asiatiques) bénéficièrent de cette
relative bienveillance de la législation romaine
en matière de "promotion sociale"
Mais je
dois avouer que, jusqu'ici, je n'en ai rencontré
aucun au cours de mes recherches. |
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| 9 Décembre 2003 |
| Christophe
a écrit : |
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| Les
empereurs faisaient-ils vraiment tout ce qu'ils voulaient
? |
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| RÉPONSE
: |
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| Oui
et non !
Tout d'abord, il faut bien se rendre compte que le pouvoir
des empereurs ne cessa d'évoluer au cours des cinq
siècles d'histoire impériale romaine. En
schématisant grossièrement, on pourrait
dire qu'il devint de plus en plus en absolu à mesure
que l'influence du Sénat s'amoindrissait. Après
Dioclétien
(début du IVe siècle), l'empereur se transforma
même en un genre de demi-dieu incarné dont
les décisions, également d'essence divine,
devenaient, par voie de conséquence, aussi sacrées
que sa personne. Il serait cependant hasardeux d'en conclure
que même les empereurs sacralisés du Bas-Empire
pouvaient faire tout et n'importe quoi : le plus souvent,
ils ne furent que de chatoyantes marionnettes entre les
mains de leur entourage. À cette époque,
le vrai pouvoir se trouvait plutôt du côté
de l'armée, des eunuques qui régentaient
la cour, ou du clergé chrétien.
L'autorité d'un empereur était aussi fonction
de ses choix politiques personnels. Certains empereurs
considérèrent que leur pouvoir se devait
d'être despotique, d'autres avaient une approche
plus parlementaire de leur fonction (si je puis
me permettre cet anachronisme). Pour ne prendre qu'un
exemple parmi d'autres, Tibère
(du moins au début de son règne) souhaita
gouverner en tenant compte des avis du Sénat -
voire partager son pouvoir avec lui -, tandis que son
successeur Caligula
eut une conception nettement plus "absolutiste" de ses
fonctions : allant au bout de l'idée impériale,
il voulut - déjà - transformer Rome en monarchie
de type hellénistique, de droit divin.
Mais finalement, ici encore, c'était le caprice
de l'empereur qui avait force de loi !
Enfin (et surtout), l'autorité des empereurs était
limitée par la capacité de révolte
de groupes sociaux qui, eux aussi, détenaient une
part non négligeable de pouvoir. D'abord l'armée
qui commença par faire et défaire les empereurs
avant de littéralement confisquer le trône
impérial à son profit. Ensuite, il fallait
compter avec les richissimes aristocrates dont dépendait
largement la stabilité économique et financière
de l'Empire - et ce malgré la perte d'influence
progressive, mais constante, du Sénat romain. Et
enfin le peuple dont les colères, téléguidées
ou non par d'autres groupes sociaux, firent basculer le
trône de plus d'un empereur "absolu".
En résumant, on pourrait donc dire qu'avec sa
"triple casquette" de leader populaire (il était
tribun du peuple à vie), de "président"
du Sénat (il était le Princeps, le
premier des Sénateurs), et de commandant en chef
des forces armées (imperator), l'empereur
aurait pu, en théorie, se permettre de faire tout
ce qui lui passait par la tête
À condition
que ses fantaisies ne mécontent pas trop les soldats
(qui l'avaient mis sur le trône), les nobles (qui
l'y maintenaient) et le peuple (qui tolérait les
frasques du souverain tant qu'il lui procurait du pain
et des jeux).
Ce qui faisait quand même beaucoup de monde à
ménager ! |
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| Pourquoi
les Romains, païens
depuis des lustres, ont-ils changé de religion
(alors que la leur était plus marrante
parce
que les orgies, c'est pas vraiment catholique !) ;-) |
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| RÉPONSE
: |
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| Tu me vois bien embarrassé
! Comment te répondre dans un mail de quelques
lignes alors qu'en fait, c'est l'ensemble de mon site
internet qui est consacré à la transformation
de l'Empire païen en Empire chrétien. Outre
les notices biographiques qui abordent, au cas par cas,
la politique de chaque empereur à l'égard
du christianisme naissant, cette "christianisation de
l'Empire romain" a également fait l'objet d'un
abondant courrier avec des internautes passionnés
(voir ici : Clic
!).
Il faut se rendre à l'évidence : en ce
domaine, il y a plus de doutes que de certitudes !
Cela dit, et au risque de te décevoir, il ne faut
pas surestimer la dépravation des célèbres
orgies romaines. En réalité, les
Romains, peuple d'esprit très conservateur, étaient,
en général plutôt pudiques et, le
plus souvent, très "coIncés". Penser que
les habitants de l'Empire romain vivaient comme des patachons
à l'instar des héros du Satiricon de Pétrone
reviendrait à considérer que les films pornos
ou les bouquins de San Antonio sont des documents ethnographiques
qui décrivent fidèlement les murs
généralement pratiquées dans nos
sociétés occidentales contemporaines ! |
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9 Décembre 2003 |
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Pascal a écrit : |
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| Je me pose la
question sur un empereur ou un consul qui
s'appelait CLAUDIO V,
et j'aimerais bien savoir si c'est le même
que Claudius V, qui s'appelait Tiberius Claudius.
J'ai une photo d'un
tableau le représentant avec une couronne
de lauriers. Si vous connaissez la réponse,
je vous remercie d'avance de m'en faire part. |
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| RÉPONSE : |
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| Le nom latin Tiberius Claudius Nero fut
porté par deux empereurs romains :
Tibère,
et son neveu Claude.
Quant à cette photo, il semble s'agir,
à mon avis, d'une représentation
("moderne" ? style "Renaissance italienne
?) de l'empereur Claude
Toutefois, je
me propose de soumettre cette reproduction
à la sagacité des visiteurs
de mon site internet, et, le cas échéant,
je ne manquerai pas de vous informer des renseignements
qui me parviendraient. |
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Pascal réécrit
: |
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Une recherche sur le Web m'a
permis de trouver une liste de consuls à
l'adresse suivante, site italien : Clic
!
Qu'en pensez-vous au niveau de la chronologie, car c'est
la première fois que je vois une succession aussi
claire de noms en Claudio, où l'on retrouve
Claudio V en 52 DC ?
Sur le tableau suivant : Ciic
!, on le retrouve en 51 DC, et il s'appellerait
Tibérius Claudius V, consul 1 de Rome.
Un consul pouvait-il porter une
couronne de lauriers comme les empereurs ? |
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RÉPONSE : |
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En ce qui concerne ces listes de consuls, je ne vois
là rien d'anormal.
Rappelons qu'à l'époque de la République
romaine (du VIe eu Ier siècle av. J.-C.), un homme
ne pouvait accéder au consulat qu'une seule fois
au cours de sa vie, et ce après qu'il eut exercé
toutes les autres magistratures inférieures. Le
politicien romain, arrivé au terme de son cursus
honorum (sa carrière politique - voir ici :
Clic
!) "faisait le consul" une seule fois, pendant
une seule année (avec un collègue, car,
pour éviter la concentration des pouvoirs suprêmes
entre les mains d'un seul homme, il y avait deux consuls
élus chaque année). Ensuite, ayant atteint
l'insurpassable cime de ses ambitions politiques, il retournait
benoîtement planter ses choux (ou bien - ce qui
était le plus souvent le cas - il allait renflouer
ses finances en administrant - de manière très
très intéressée - une riche province
soumise à Rome).
À la fin de la République, cette vieille
tradition d'unicité du mandat consulaire commença
à être violée. Des hommes politiques
ambitieux et autoritaires (Marius; Sylla, Pompée,
Jules
César) revendiquèrent le droit d'être
"élus" consuls à plusieurs reprises.
Et sous l'Empire (Ier - Ve siècle ap. J.-C.), le
consulat, devenu une magistrature plus honorifique qu'autre
chose, fut, en général, exercé par
l'empereur lui-même (plusieurs fois au cours de
son règne). Et si, exceptionnellement, le Prince
ne remplissait pas lui-même les fonctions de consul,
l'empereur demandait à l'un de ses favoris, qu'il
souhaitait distinguer, d'exercer le consulat à
sa place.
Tout cela pour vous dire que, sur cette
liste italienne des consuls du Ier siècle ap.
J.-C., les mentions "CLAUDIO
" indiquent les
consulats exercés par l'empereur Claude
(en italien Claudio).
"CLAUDIO V", signifie dans ce cas (mais pas sur votre
tableau) que Claude (en latin Tiberius Claudius Nero)
fut consul pour la Ve (cinquième) fois en 52 ap.
J.-C.
En ce qui concerne la couronne de laurier, elle
n'était, à proprement parler, l'apanage
ni des consuls ni des empereurs. Elle était accordée
aux vainqueurs (voir ici : Clic
!). À Rome, elle ornait la tête des
généraux victorieux lorsqu'ils recevaient
les honneurs du triomphe (voir ici : Clic
!).
Un consul ne portait donc une couronne de laurier que
s'il était "triomphateur". Quant aux empereurs,
la question ne se posait même pas : leur titre d'imperator
signifiait en latin "général en chef victorieux".
On les représentait donc souvent avec la couronne
de laurier qui symbolisait la facette "militaire" de leur
pouvoir absolu
Mais naturellement, ils ne portaient
pour ainsi dire jamais ce couvre-chef aromatique ! |
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12 Décembre 2003 |
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"Ptititi666" a écrit : |
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Je suis tombé sur votre
site par hasard en faisant ma recherche de latin (pour
lundi !!!) et comme j'ai vu que certaines personnes vous
posaient des questions pour leur recherche et que vous
donniez pleins de sites, je me suis dit que je devrais
faire la même chose !
Alors ma recherche est très
vaste : le thème c'est qu'il faut trouver tous
les domaines où les Grecs ont influencé
les Romains !
Alors pour pas que vous me donniez un million de sites
et pour pas que vous me fassiez toute ma recherche, je
vais juste vous citer quelques domaines où j'aimerais
avoir des réponses :
- la langue (le grec chez les
Romains
- les sciences (romaines par
rapport aux Grecs)
et puis c'est tout en fait ! |
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RÉPONSE : |
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En fait, mon site internet étant consacré
aux empereurs romains (en particulier) et non à
la civilisation gréco-romaine (en général),
je préfère répondre aux questions
qui portent sur les faits et gestes de ces empereurs plutôt
que sur la vie quotidienne de leurs sujets
Non parce
que suis trop fainéant pour le faire, mais parce
que, ces domaines étant un peu hors de mes centres
d'intérêt, je ne dispose que de peu de documentation
les concernant.
Je ne puis donc vous venir en aide autant que je le souhaiterais
De surcroît, le fait que vos recherches doivent
être terminées pour ce lundi ne laisse que
peu de temps aux miennes (de recherches).
Autant vous le dire tout de suite, je n'ai pas trouvé
grand-chose au sujet de l'usage du grec chez les Romains.
Seulement ces deux pages qui fournissent des infos sur
l'influence de la culture grecque sur la culture romaine.
Après tout, la culture se propage d'abord par la
langue, n'est-ce pas ?
- Site perso MC Luciani - Grecs et Romains, quelle culture
? : Clic
!
- AC Versailles - L'influence grecque dans l'éducation
romaine : Clic
!.
Naturellement, on sait que le latin resta toujours la
langue officielle de l'Empire romain, bien que l'usage
de la langue grecque prévalût dans les provinces
orientales. On sait également qes l'élite
de la société romaine était largement
bilingue. Cependant, il semblerait qu'actuellement, les
historiens tendent à relativiser ce bilinguisme
gréco-latin : dans les provinces occidentales,
et même dans les régions rurales de l'Orient
romain, l'usage du grec paraît avoir été
moins répandu que l'on ne le croyait.
En ce qui concerne les sciences et techniques,
il est de notoriété publique que les Romains,
pourtant excellents ingénieurs, n'ont presque rien
inventé par eux-mêmes. En ces domaines, ils
ont tout "piqué" aux Grecs
qui, quant à
eux, ont presque arrêté d'inventer quoi que
ce soit d'original après l'époque hellénistique
(IIIe - Ier siècles av. J.-C.).
Voici quelques sites où vous pourrez trouver des
infos à ce sujet ;
- Tout d'abord (un peu de pub pour sa propre chapelle
ne peut faire de tort), dans le "courrier des lecteurs"
de mon propre site, ces quelques interventions au sujet
des limites de la technologie gréco-romaine :
Clic
!, Clic
! et Clic
!
- Ac. Versailles - Musée vivant de l'Antiquité
- La science grecque : Clic
!
- Site "Empire romain" de Karl Claerhout : L'évolution
des sciences et des techniques : Clic
!
- Et enfin, cette page du site BCS qui, si nécessaire,
vous dirigera vers d'autres sites consacrés aux
sciences et techniques antiques : Clic
!
Enfin, et pour terminer, si, comme moi, vous vous demandez
pourquoi la technologie antique n'a plus guère
progressé après la période hellénistique,
je vous invite à lire cet intéressant texte
de P. GREEN qui fournit quelques éléments
de réponse à cette question :
| "Parmi les nombreux paradoxes
que nous avons relevés dans la société
hellénistique, aucun, sûrement,
n'est plus frappant et plus surprenant pour
un esprit moderne que l'abîme qui
sépare la science théorique
de la science appliquée : la grandeur
et l'éclat des réalisations
intellectuelles dans des domaines tels que
les mathématiques pures face aux
limites et à la médiocrité
de l'évolution technologique. Pourquoi
des esprits capables de concevoir Lin univers
héliocentrique ou d'effectuer des
travaux novateurs sur les coniques furent-ils
aussi singulièrement impuissants
à s'attaquer ne fût-ce qu'aux
problèmes pourtant élémentaires
de productivité ? Il convient. me
semble-t-il, de rappeler que si l'évolution
technologique est, le plus souvent, déterminée
par des considérations sociales,
économiques ou politiques, les découvertes
scientifiques ou technologiques originales
tendent à être fortuites, idiosyncrasiques
et imprévisibles. Nous en avons un
bon exemple avec la célèbre
anecdote d'Archimède réfléchissant
dans son bain au problème de la gravité
spécifique et du déplacement
: voyant l'eau déborder au moment
où il s'asseyait dans sa baignoire,
il en sortit en trombe, traversa les rues
de Syracuse dans le plus simple appareil
en criant « Eurêka ! ».
L'expérimentation et la preuve
formelle vinrent plus tard. Du reste, une
telle découverte ne débouche
pas toujours sur des applications pratiques
: les débuts de la recherche en matière
d'électricité et de magnétisme
en offrent un bon exemple. En soi, le savoir
ne suffit pas. Une nécessité
publique impérieuse, mais économiquement
viable, est souvent essentielle pour faciliter
l'évolution, et même dans ce
cas, il n'est pas rare que celle-ci se heurte
à un conservatisme inné ou
à des préjugés sociaux
(le plus souvent de nature religieuse).
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Bien que l'on ne fasse
généralement pas grand cas de la
somme des progrès technologiques qu'on
leur doit, on ne peut certainement pas accuser
les savants hellénistiques d'avoir manqué
d'ingéniosité ou d'inventivité.
Ils créèrent les engrenages, le
système de la poulie, la vis, le soufflage
du verre, le moulage du bronze à cire perdue,
les instruments d'arpentage, la catapulte à
torsion, la presse à vis, et même
un odomètre et un pantographe, un instrument
de reproduction. Ils fabriquèrent des maquettes
expérimentales d'horloges à eau
et d'orgue hydraulique de mitraillette (pour tirer
rapidement nue série de carreaux oui de
flèches) et de pompe à incendie,
toutes capables de fonctionner. On affirme souvent,
à tort, qu'ils découvrirent la machine
à vapeur mais ne la développèrent
pas. En réalité, on ne leur doit
qu'un appareil auquel la vapeur, servant de force
motrice, imprimait un mouvement de rotation par
propulsion (
). Les moulins à
eau et les moulins rotatifs avaient certainement
été utilisés çà
et là, avant le Ier siècle avant
J.-C. Mais leur genèse fait l'objet d'un
vif débat. (
)
Néanmoins, «
on n'aboutit jamais à un accroissement
si un significatif de la productivité,
ni à un rationalisme économique
(dans le sens que lui donne Max Weber) ».
La simple liste des inventions et des réalisations
de l'époque suggère une explication
possible. À l'exception, peut-être,
des techniques de mouture des céréales,
on ne relève aucune tentative pour améliorer
l'efficacité industrielle. Cela n'a rien
pour nous surprendre : une fois encore, l'objectif
est le maintien du statu quo, et le moindre
changement signifierait une décadence.
Même pour les chercheurs issus du Musée
d'Alexandrie, les sciences appliquées avaient
pour fonction essentielle la conception d'armes
de guerre et d'engins de siège efficaces,
la rationalisation des activités du bâtiment,
grâce à l'amélioration des
poulies des treuils, [etc.], la
construction de sphères célestes
destinées aux astronomes l'élévation
de l'eau pour irriguer les cultures ou assécher
les puits de mine, (
) la fabrication
de jouets pour magiciens, de dispositifs mécaniques,
pneumatiques ou hydrauliques de prestidigitation.
L'espèce humaine, comme disait Eliot, ne
peut supporter beaucoup de réalité.
Faut-il voir un hasard dans le fait que le mot
grec « mechanè » ait eu
pour sens premier « subterfuge », «
ruse » ?
Les treuils et la vis d'Archimède
pour puiser l'eau exigeaient, semble-t-il, une
main-d'uvre considérable, ce qui
est tout à fait révélateur.
C'est en vain que nous rechercherions, à
l'époque hellénistique, les éléments
caractéristiques des sciences modernes
- appareils ménagers, servomécanismes,
inventions destinées à accroître
l'efficacité ou à rationaliser la
production. Les mécanismes existaient,
en tout cas dans leurs éléments
constitutifs, mais personne n'eut l'idée
de mettre au point une source d'énergie
pratique, susceptible de remplacer le muscle humain
ou animal, ni de trouver un combustible plus efficace
que le charbon de bois. (
). Chose
encore plus intéressante, bien des indices
révèlent que, si un procédé
potentiellement efficace ou susceptible d'éviter
du travail était effectivement inventé,
personne ne se hâtait de l'adopter. Nous
en avons un bon exemple avec la roue à
eau qui, connue au moins depuis le Ier siècle
avant J.-C., ne se généralisa pourtant
que vers le IIIe siècle après J.-C.,
en raison d'une pénurie croissante de main-d'uvre.
On peut en tirer plusieurs
conclusions, que confirment encore d'autres indices.
D'abord, les placements
de capitaux à long terme dans l'industrie
n'étaient pas bien vus. Les agriculteurs
eux-mêmes considéraient du reste
les investissements comme un gaspillage ruineux,
et jugeaient que la meilleure source de revenus
consistait à les éviter. À
de rares exceptions près, la culture intensive
leur faisait également horreur : mieux
valait acquérir plus de terres que tirer
le maximum de celles que l'on possédait
déjà. Les liquidités disponibles
tendaient à financer, nous l'avons vu,
des uvres de bienfaisance civique ou une
consommation tapageuse.
Deuxièmement, pour
n'importe quel homme d'affaires de l'Antiquité,
la main-d'uvre humaine dépendante
ou les animaux de trait représentaient
la source d'énergie naturelle et, tant
que la force musculaire resta peu coûteuse
et abondante, l'idée d'en changer au profit
d'une source d'énergie inanimée
n'exerça guère d'attrait. Pourquoi
laisser des ouvriers ou des ânes (précisons
que ces derniers ne furent apparemment employés
pour moudre le grain qu'à partir du Ier
siècle avant J.-C., au plus tôt)
dans l'oisiveté, et gaspiller davantage
de capitaux de départ pour trouver une
autre source d'énergie ?
Troisièmement, la
simple idée d'une main-d'uvre oisive
suffisait à terrifier tous les intellectuels
des classes supérieures (et bien d'autres
gens) : pour eux, il allait de soi que, si les
ouvriers n'étaient pas occupés à
des tâches serviles, c'est-à-dire
maintenus à la place qui était la
leur, ils n'auraient de cesse de se révolter
et je subvertir par la violence l'ordre divinement
établi, dont dépendait l'harmonie
universelle. Ce fut moins l'abondance des «
outils animés » qui freina les progrès
techniques et les découvertes susceptibles
d'alléger le travail que le cauchemar à
l'idée de ce que ces outils risquaient
de faire s'ils échappaient massivement
à une servitude définitive. On en
trouvera confirmation dans le fait que les vrais
dispositifs capables d'économiser de la
main-d'uvre, comme le système de
boite d'engrenages d'Héron (qui permettait
à une force de cinq talents de soulever
un poids de mille talents) ne quittèrent
jamais la planche à dessin ou ne dépassèrent
pas le stade expérimental, alors que ceux
qui étaient effectivement utilisés
- « machines de levage » décrites
par Vitruve. ou pompes d'irrigation à vis
de Strabon en Égypte : des appareils qui
employaient levier, poulie ou treuil hydraulique
- exigeaient l'énergie motrice d'une importante
main-d'uvre. En conséquence, l'authentique
roue à eau resta longtemps un luxe onéreux,
quant au moulin à vent, il ne fut introduit
que par les Arabes."
(Peter GREEN, D'Alexandrie
à Actium, du partage de l'Empire au triomphe
de Rome, Robert Laffont, coll. Bouquins) |
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