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Novembre 2003 (page 3/3)

Sommaire du mois de Novembre : Clic !

 

20 Novembre 2003

Guillaume a écrit : 

Très cher confrère (Bin oui tout amateur d'histoire romaine n'est-il pas un frère ?)

Loin de moi l'idée de mettre en cause votre travail sur l'Anarchie militaire. Mais si je puis y ajouter un paramètre…

En effet, dans le choc du Sénat et de l'armée, il y a un détail à ajouter. Depuis que le dossier "Bas-Empire ou Antiquité Tardive" a été réouvert, des recherches ont porté sur ce duel des âges sombres de l'empire entre l'aristocratie et les bidasses.

D'après l'interprétation des textes d'Aurélius Victor, on peut s'intéresser à l'importance du péril extérieur dans la politique de succession impériale. Avez-vous vu cette jolie série de reportages sur Arte sur le conflit Isrælo-Palestinien ? L'analyse des historiens contemporains montre le choc des Faucons et des Colombes, ceux qui achètent la paix et ceux qui vont la chercher avec des grenades. Je crois que l'on peut débattre à ce sujet à Rome.

En effet, vous donnez aux prétoriens et à l'armée de bien grands défauts.

Pour les prétoriens, certes ils aiment leur beurre dans les épinards et leurs empereurs bien généreux. Mais l'armée ? Qu'en est-il de la Légion ? Là est la nouveauté, si l'on s'attarde sur le "règne" de Sévère Alexandre, on a l'image d'un empereur ami du Sénat, dirigé par le sénat d'ailleurs. Et la conséquence, me direz-vous ? Et bien c'est que l'empereur paye la paix. Il cherche, après un combat rude et mitigé face aux Parthes qui sont devenus les Sassanides (ce que d'ailleurs les Romains n'ont pas remarqué au début), à gagner par des négociations, la stabilisation du Front de Germanie.

Le point de vue des colombes si vous me suivez. Sur ce point, les Faucons ne sont pas jouasses. Les barbares, y'a pas 36 solutions, y'en a qu'une, faut que ça saigne si on veut la paix. Et Maximin le Thrace est l'émanation de cette pensée. Le premier des empereurs soldats qui trahissent l'inquiétude qui règne à Rome face aux incursions de plus en plus difficiles à maîtriser.

Le fait que Maximin eût été un soudard de haute renommée est à nuancer, mais Trajan buvait aussi beaucoup, ce détail montre que la boisson est l'apanage des empereurs (d'où l'expression : la soif de pouvoir). Cela dit, Maximin compte aussi de grandes réussites. Et ce qu'il est intéressant de noter, comme le souligne Claude Lepelley (historien de son état) c'est que Maximin, issu d'une province conquise par Rome avec tout ce que cela sous-entend, a atteint la pourpre. Ce qui soulève une particularité magnifique de Rome. La ville a su intégrer dans sa destinée et rendre solidaire de son avenir ses anciens ennemis. Car Maximin n'est pas particulièrement assoiffé de pouvoir (de vin surtout mais c'est un autre débat) il considère, avec ses légions d'ailleurs que les frontières doivent être gardées par le glaive, pas par l'argent, ce qui inquiète le sénat. Et qui explique beaucoup de choses quant à la succession des quelques futurs empereurs. Deux partis s'affrontent pour juguler une crise grave qui ne trouvera son aboutissement qu'à l'avènement de Dioclétien...

 

RÉPONSE :

"Un avis, c'est comme un nez, tout le monde en a un !" grommelait dans un film l'inspecteur Harry-Clint-Eastwood (à cela près que "Dirty Harry" évoquait un autre orifice, plus "méridional").
Il en va un peu de même avec l'Anarchie militaire : chaque historien semble avoir sa petite idée sur cette période, les uns recourrant à l'analyse marxiste (avec lutte de classes), les autres recherchant des explications politico-structurelles, ou démographiques, ou militaire, etc.
Et comme, de plus, les sources historiques sont assez rares, généralement assez tardives et peu fiables, cela n'arrange pas les bidons !

En fait, je partage plutôt votre opinion. La menace croissante que les Barbares faisaient peser sur les frontières de l'Empire fut probablement un important facteur de déstabilisation interne.

Vous avez également raison d'insister sur l'opposition entre les partisans de la guerre à outrance et les "pacifistes" qui préféraient acheter la retraite des envahisseurs. J'évoque d'ailleurs cet affrontement dans les notices biographiques consacrées à Sévère Alexandre et à son successeur, votre ami le brave Maximin le Thrace.

Il me faut pourtant préciser la première version de la notice du grand Maximin était nettement plus explicite (et plus énergique) que celle qui est actuellement "en ligne". Pour présenter les multiples raisons de la chute d'Alexandre Sévère et montrer comment Maximin avait convaincu les chefs de l'armée de participer à son putsch, j'avais en effet placé cette vigoureuse harangue dans sa large bouche :

"C'est tout de même incroyable ! (…) Voilà bien quinze ans que vous supportez d'être commandés par des Syriens efféminés qui passent leur temps à se prosterner devant des femelles libidineuses et à baiser les pantoufles de Sénateurs gâteux ! Ouvrez les yeux ! Ces mollassons d'Orientaux vous imposent une discipline de fer qu'ils seraient bien incapables de supporter eux-mêmes. Et tout ça pour des prunes : on ne combat jamais, on reste inactifs dans des camps sans espoir ni de gloire, ni de butin. Et même ici, à Mayence, alors qu'on est théoriquement là pour ça, ne pensez pas qu'on va se battre. Même si les Germains, ces sauvages, sont à portée de voix de l'autre côté du Rhin et qu'ils nous injurient, ces sagouins, on ne tirera pas l'épée ! Par des paroles sales et fâcheuses, ces bâtards mettent impunément en doute la virilité de votre père, la vertu de vos mères, la chasteté de vos sœurs et la légitimité de vos fils, et vous croyez qu'on va venger leur honneur bafoué ? Perdez vos illusions ! Je vous parie que cet enfoiré d'Alexandre Sévère, conseillé par sa p… de mère, fera comme il a fait avec les sauvages barbus d'au-delà de l'Euphrate : il achètera honteusement la paix sans en découdre. Ensuite, c'est du tout cuit, il prendra prétexte de cette paix artificielle, bâclée et injurieuse, pour raboter notre solde ! Et puis, ce maudit Syrien avare et couard nous renverra, sans butin et gros jean comme devant, moisir dans nos casernements pouilleux. Usque tandem camarades, allez-vous supporter cette honte !" (D'après : Hérodien, VI, 7 : 9 et VI, 8 : 3 ; et Histoire Auguste, Vie de Maximin, VII, 5).

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Voyez également la notice biographique consacrée à Regalianus, un des "Trente tyrans" de l'Histoire Auguste. Pourquoi ce général est-il acclamé empereur par ses soldats et la population du Haut Danube ? Parce qu'il faut pallier les carences du pouvoir de central et repousser d'urgence une invasion des Sarmates qui menaçait la région.
Ici aussi, l'anarchie naît de l'opposition entre "faucons" et "colombes".

Vous m'objecterez que Gallien, sous le règne duquel se situerait l'usurpation de ce Régalien (et de bien d'autres) fut loin d'être un "pacifiste bêlant".
Tout à fait d'accord avec vous !
Cependant, devant affronter de très nombreux dangers (usurpations en cascade, invasions sur tous les fronts), cet empereur était (trop) souvent contraint à des arrangements ponctuels avec les Barbares. Bien sûr, dans l'esprit de Gallien, ce n'était que reculer pour mieux sauter - les ennemis extérieurs de Rome seraient exterminés dès que l'Empire serait réunifié -, mais, les populations frontalières, elles, considéraient ces tractations financières comme des capitulations aussi humiliantes qu'inutiles. La création de l'éphémère "Empire romain des Gaules" de Postumus et de ses épigones ne s'explique pas autrement. D'ailleurs, cet empire sécessionniste s'écroulera comme un château de cartes dès qu'il aura perdu sa raison d'être : quand, restauré par un empereur-soldat énergique (Aurélien), le pouvoir central semblera à nouveau capable d'imposer sa loi aux ennemis extérieurs, le dernier "empereur gaulois" (Tetricus) se rendra sans combattre, ou presque…

Ce qui est assez comique, c'est que cette opposition entre "va-t-en-guerre" et "pacifistes" causera à peu près les mêmes problèmes à l'Empire byzantin du IXe et du XIe siècle qu'à l'Empire romain de l'époque de l'Anarchie militaire. Là, ce sera l'opposition entre kes nobles propriétaires terriens d'Anatolie, partisans de la guerre à outrance contre les Arabes (puis les Turcs Seldjoukides), et les "bureaucrates de Constantinople", recommandant le versement d'un tribut aux envahisseurs, qui, à plusieurs reprises, manquera de conduire prématurément l'Empire grec à sa perte.

 

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20 Novembre 2003

Liza a écrit : 

Quelle a été l'attitude des empereurs envers les religions orientales sous le Haut-Empire ?

 

RÉPONSE :

Difficile de répondre rapidement, par mail, à une question aussi complexe dont l'étude mériterait sinon un gros bouquin, du moins quelques chapitres bardés de notes explicatives. En effet, il n'y a pas "une" attitude des empereurs envers les religions orientales, mais plusieurs : en fonction de ses idées politiques ou philosophiques, chaque empereur adopta un comportement particulier.

Voyons cela, nécessairement sans pouvoir approfondir (et en n'oubliant pas que l'historien Suétone, très souvent malveillant envers les premiers empereurs, ne doit pas être crû sur parole) :

  • Auguste, plus superstitieux que pieux, avait peu d'estime pour les religions exotiques : "Quant aux rites étrangers, il avait le plus grand respect pour ceux qui étaient anciens et approuvés chez les Romains, mais il méprisait tous les autres. Initié aux mystères d'Athènes, il eut, un jour qu'il siégeait à Rome, à prononcer sur les privilèges des prêtres de la Cérès attique ; et, comme on avançait certaines choses qui devaient rester secrètes, il renvoya ses assesseurs et tous les assistants, et entendit seul discuter l'affaire. D'un autre côté, dans son voyage en Égypte, il ne se détourna pas même pour voir le bœuf Apis, et il loua son petit-fils Caius de ce qu'en traversant la Judée, il s'était abstenu de tout hommage religieux à Jérusalem." (Suétone, Vie d'Auguste, 93).
  • Tibère, empreint de philosophie stoïcienne, était franchement hostile aux religions exotiques : "Il interdit les cérémonies des cultes étrangers, les rites égyptiens et judaïques. Il obligea ceux qui étaient adonnés à ces superstitions de jeter au feu les habits et les ornements sacrés. Sous prétexte de service militaire, il répartit la jeunesse juive dans des provinces malsaines. Il exila de Rome le reste de cette nation et ceux qui pratiquaient un culte semblable, sous peine d'une servitude perpétuelle en cas de désobéissance. Il bannit aussi les astrologues ; mais il leur pardonna, sur la promesse qu'ils lui firent d'abandonner leur art." (Suétone, Vie de Tibère, 36).
    "Il s'occupait d'autant moins des dieux et de la religion, qu'il s'était appliqué à l'astrologie et qu'il croyait au fatalisme. Cependant il craignait singulièrement le tonnerre ; et, quand le ciel était orageux, il portait toujours sur sa tête une couronne de laurier, parce que la feuille de cet arbre est, dit-on, à l'abri de la foudre." (Idem, 69).
  • Caligula aurait voulu être adoré comme un dieu vivant : Clic !
    Sa volonté d'élever une statue à son effigie envenima ses relations avec les Juifs : Clic !
    Le cinéma le présente, peut-être à juste titre comme un adorateur Isis - voyez, sur le site Péplums - Images de l'Antiquité : Clic !.
  • Claude chassa les Juifs de Rome, mais pas pour des motifs religieux : Clic !
    Sur les rapports de Claude avec les Juifs : Clic !
    On sait aussi que Claude persécuta les druides - voir Suétone, Vie de Claude, 25.
  • Néron fut, aux dires de Suétone, un moment adepte de la déesse syrienne Ma (ou Mên) que les Romains assimilaient à Bellone. Ensuite, il adora une étrange statuette : "Il affichait partout le mépris de la religion, à l'exception du culte de la déesse syrienne. Mais dans la suite, il en fit si peu de cas, qu'il la souilla de son urine. Il eut une autre superstition, la seule à laquelle il fut opiniâtrement attaché : c'était la statuette d'une jeune fille dont un plébéien qu'il ne connaissait pas lui avait fait présent, comme d'une protection contre les complots. Une conspiration fut découverte dans le même temps ; et dès lors il fit de cette idole sa divinité suprême, et l'honora constamment de trois sacrifices par jour. Il voulait qu'on crût qu'elle lui faisait connaître l'avenir. Quelques mois avant sa mort, il observa aussi les entrailles des victimes, sans jamais en tirer un heureux présage." (Suétone, Vie de Néron, 56).
  • Othon aurait été un adepte d'Isis : "On le vit souvent en habit de lin, comme les prêtres, célébrer publiquement les fêtes d'Isis". (Suétone, Vie d'Othon, XII).
  • Vespasien : Suétone le montre consultant l'oracle de Sérapis et opérant des guérisons miraculeuses au nom de ce dieu : "Vespasien commença donc la guerre civile. Il envoya ses généraux et ses troupes en Italie, et se rendit à Alexandrie pour s'emparer des portes de l'Égypte. Là, ayant éloigné sa suite, il entra seul dans le temple de Sérapis pour le consulter sur la durée de son règne. Après s'être pleinement assuré la faveur du dieu, il se retourna. (…) Vespasien, prince nouveau et en quelque sorte improvisé, manquait encore de ce majestueux prestige qui appartient au souverain pouvoir : il ne se fit pas attendre. Deux hommes du peuple, l'un aveugle et l'autre boiteux, se présentèrent devant son tribunal, le priant de les guérir, sur l'assurance que Sérapis leur avait donnée pendant leur sommeil, que l'un recouvrerait la vue, si l'empereur voulait imprégner ses yeux de salive, et que l'autre se tiendrait ferme sur ses jambes, s'il daignait le toucher du pied. Vespasien, n'augurant aucun succès d'une telle cure, n'osait pas même l'essayer. Ses amis l'encouragèrent. Il fit donc l'une et l'autre expérience devant le peuple assemblé, et réussit." (Suétone, Vie de Vespasien, 12)
  • Titus : après avoir pris la ville de Jérusalem et détruit le Temple, il se rendit en Égypte et y participa à une cérémonie du culte d'Apis : "Ces démonstrations (des soldats stationnés en Judée) firent soupçonner qu'il voulait abandonner son père, et se créer un empire en Orient. Il confirma ces soupçons lorsqu'il vint à Alexandrie, et qu'en consacrant à Memphis le bœuf Apis, il mit le diadème sur sa propre tête. C'était une antique cérémonie de la religion égyptienne ; mais on l'accompagna d'interprétations malveillantes." (Suétone, Vie de Titus, 5)
  • Domitien "vouait un culte superstitieux à Minerve", une déesse bien romaine, celle-là (Suétone, Vie de Domitien15). On sait aussi - mais là, ce n'est pas Suétone qui le dit, mais Dion Cassius (Histoire romaine, 67, 13-14) - qu'en 95, cet empereur fit rechercher les personnes qui vivaient "comme les Juifs". Parmi elles, on arrêta un membre de la famille impériale, le consul Flavius Clemens, cousin de l'empereur. Celui-ci, convaincu "d'athéisme et de mœurs juives", fut exécuté ainsi que ses fils. Peut-être s'agissait-il déjà de chrétiens…

 

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24 Novembre 2003

Philippe a écrit : 

Je me pose deux questions en ce moment.

1. Tout d'abord j'aimerais savoir s'il reste des vêtements de l'époque romaine antique (toge ou autre), et si oui ou sont-ils exposés (ou représentés) ?

 

RÉPONSE :

À ma connaissance, aucun authentique vêtement romain n'est parvenu jusqu'à nous. J'ai bien peur que les seuls tissus antiques dont nous disposions encore proviennent de bandelettes de momies égyptiennes (sans parler du très controversé "Saint Suaire" de Turin, bien sûr).
C'est que c'est fragile, les textiles… Surtout les vêtements !

N. B. Pour quelques liens sur les habits des anciens Romains, voyez cet ancien courrier : Clic !
Tissus romains : un drapeau (vexillum) conservé dans les sables égyptiens ! : 
Clic !

2. Je me demande ce que sont devenus les insignes impériaux (et notamment l'insigne qu'Odoacre renvoya en Orient après avoir détrôné Romulus Augustule).
Reste-t-il des insignes de l'empire d'orient ?

 

RÉPONSE :

Pour vous parler franchement, je ne sais pas très précisément en quoi consistaient ces "insignes impériaux" qu'Odoacre expédia à Constantinople après la déposition de Romulus Augustule. Une couronne ? Un globe doré ? Une bannière ? Je ne sais… Mais finalement, cela me paraît assez peu important. Ce qui compte là-dedans, c'est la symbolique du geste : le chef barbare proclamait ainsi à la face du monde que, pour le peu d'autorité dont un empereur romain disposait encore dans la partie occidentale de l'Empire romain, il n'était plus nécessaire d'y maintenir la fiction d'un Empire distinct de celui d'Orient. Le seul empereur romain légitime serait désormais celui de Constantinople… et celui-ci n'exercerait plus qu'une autorité symbolique sur ses "vassaux", les rois Barbares qui gouvernaient "en son nom" (tu parles !) les riches provinces du ci-devant "Occident romain".

NOTE COMPLÉMENTAIRE (14 Novembre 2013)

Le site Imago Mundi signale que les insignes impériaux d'Occident furent restitués au roi Wisigoth Théodoric le Grand lorsque celui-ci devint roi d'Italie :
"Arbitre de l'Occident, il [= Théodoric] devait grandir encore dans la légende germanique, qui l'a immortalisé sous le nom de Dietrich de Bern (Vérone). Cette suprématie était pourtant plus apparente que réelle, ce gouvernement moins solide qu'il ne semblait. Établi sur un territoire jadis appartenant à l'empire, Théodoric ne réussit jamais à établir avec Constantinople des rapports bien définis ; arien et barbare, il ne put parvenir à satisfaire ni l'Église, ni les populations d'Italie.
Quoiqu'il ait obtenu, en 498, d'Anastase le renvoi des insignes impériaux jadis expédiés à Zénon par Odoacre, il ne fut jamais pour les Byzantins autre chose qu'un roi délégué du basileus et son vassal, et pour conserver la paix, pour gagner les populations romaines, il dut toujours s'efforcer de respecter cette fiction, tout en maintenant au reste pour le fond son autorité indépendante et vindicative. Il y avait là le germe de difficultés et de conflits futurs. Il ne réussit guère davantage à se concilier l'aristocratie romaine et l'Église. Quand, après la mort d'Anastase, Justin, puis Justinien persécutèrent l'arianisme en Orient, Théodoric, inquiet, usa de représailles. Le pape Jean, envoyé en ambassade à Byzance (523), expia durement l'insuccès de sa mission et le trop bon accueil qu'il trouva à Constantinople. Les grandes familles de l'aristocratie, suspectes de trop de sympathies pour l'empereur, en furent cruellement punies."

Cette info figure aussi dans le roman de Gary JENNINGS, L'Empire barbare, t.2 Théodoric le Grand (Editions SW Télémaque, 2010, p. 520) :
" (…) L'empereur Anastase de Constantinople proclama enfin la reconnaissance du roi Théodoric. Pour en témoigne, il lui fit parvenir les insignes royaux des empereurs romains - diadème, couronne, sceptre, globe et croix de la victoire -, ornements princiers qu'Odoacre avait envoyés à Zénon trente ans auparavant."

En ce qui concerne les insignes impériaux de l'Empire d'Orient, on raconte que, juste avant que Constantinople succombe sous les coups des Janissaires du sultan turc Mehmed II (29 mai 1453), Constantin XII Dragasès, dernier empereur byzantin, se dépouilla de ses insignes impériaux, se jeta dans la mêlée afin de périr, armes à la main, en même temps que son Empire-croupion. Ni son corps ni les insignes ne furent retrouvés…
Mais rassurez-vous, les authentiques insignes de l'Empire romain étaient sans doute perdus depuis belle lurette ! S'ils ne disparurent pas lors du sac de Constantinople de 1204, ce haut fait d'armes de la sinistre "quatrième croisade", ils furent dilapidés durant les règnes de ces éphémères "empereurs latins d'Orient", perpétuellement à court d'argent, qui s'installèrent dans la ville saccagée comme des asticots dans une charogne... En effet, au cours de leurs règnes fauchés, toutes les merveilles du trésor impérial byzantin (y compris les plus saintes reliques) qui n'avaient pas été volées par leurs amis, les Croisés de 1204, furent mises en gage et disparurent dans les coffres de banquiers vénitiens, lombards, parisiens, anglais, etc.

 

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26 Décembre 2003

Guillaume réécrit : 

En consultant votre site, encore et encore et encore, - que voulez-vous, il est tellement agréable pour moi de trouver quelqu'un, enfin, pour parler de Rome sans déclencher des ronflements et autres comas - Je suis tombé sur cette question (voir ici : Clic !) :

1er octobre 2003
Bertrand à écrit :

Une question qui a peut-être déjà été posée… Les combats de gladiateurs se déroulaient-ils dans tout l'empire à l'époque d'Auguste et de Tibère y compris en Judée ?
Jésus en avait-il connaissance ?
Et saint Paul ? À mon avis, il devait être au courant étant donné ses nombreux voyages dans l'empire.
Pourquoi ni Jésus ni saint Paul n'ont-ils protesté ?

Je me permets de vous apporter quelques munitions… En effet, la critique des jeux de l'amphithéâtre (le cirque, c'est les petits chevaux, c'est pédant, je sais, mais l'université nous façonne comme ça !), n'est pas un genre littéraire à Rome, c'est le moins qu'on puisse dire, Sénèque d'une part, critique la foule ! Dans les lettres à Lucillus, le philosophe se plaint de voir les gladiateurs et autres condamnés pour les jeux de midi, donnés en pâture non aux lions, mais à la férocité de la plèbe. Tertullien (chrétien lui) condamne aussi les spectateurs qui s'avilissent en assistant à de pareilles exhibitions. Enfin, Ovide, dans l'Art d'aimer, consacre plus de temps à sa dulcinée qu'au spectacle.
Et les tueries alors ?
Personne n'en parle !

Devant cette absence de critiques, peut-on reprocher à Jésus ou à Paul leur manque de revendications pacifistes. En fait, je pense qu'il faut bien relativiser la cruauté des jeux… (Opinion très controversée, mais j'assume...) En effet, les exécutions publiques sont une chose, c'est sanglant, cruel, sadique (liste d'adjectifs non exhaustive) mais les combats des gladiateurs à proprement parler, semblent être bien moins sanglants. Désolé pour Maximus dans Gladiator, mais les gladiateurs sont des professionnels qui coûtent très cher ! Alors on ne va pas les trucider à tour de bras.

Mais je vois l'objection arriver : si les combats de gladiateurs sont une sorte de sport assez peu meurtrier, qu'en est-il des joyeuses séances d'étripage de condamnés et autres chrétiens récalcitrants ?
Et bien, il semble que les sources dont nous disposions soient surtout l'œuvre de lettrés, d'intellectuels du Sénat. C'est-à-dire une sorte d'Aristocratie du savoir. Ainsi, ils ne vont certainement pas très souvent à l'amphithéâtre (dixit Sénèque le Philosophe), autant demander à André Chastagnol de regarder le "Big Dil" sur TF1 (vous ne connaissez pas en Belgique ? Quelle chance !). Ainsi, les jeux ne font pas partie de la vie des écrivains dont on a gardé les textes, et les problèmes qu'ils évoquent sont loin du sable de l'arène. Et Jésus ainsi que Paul, sont empreints de cette culture de "celui qui sait et qui ne va pas voir les trucs des vulgaires".
De là, Jésus ou Paul dans une arène à crier au public qu'il faut s'aimer les uns les autres, à mon humble avis c'est aussi inutile que dangereux. Ajoutons à cela que Paul avait bien d'autres choses à faire que de s'attaquer au gros morceau" que constituent les jeux. En effet, ils sont avant tout un rite religieux (ça n'a pas l'air, mais si !) et les attaquer trop directement, face aux Romains païens et traditionalistes, constitue une occasion de connaître la joie d'être traîné par un croc dans toute la Ville jusqu'au Tibre.
Voilà, Jésus et Paul = innocents car dangereux et pas au centre de leurs préoccupations !
À vérifier, je crois que les seuls à s'attaquer aux jeux dans leur contenu, soient Juvénal et Martial, nous avons là des auteurs de la foule, qui vivent et critiquent dans la plèbe, mais là encore je ne suis pas sûr car ils s'attaquent aussi beaucoup au public.

J'espère n'avoir pas été trop choquant dans ces écrits, je ne suis pas un défenseur des massacres en public (je le précise à cause des tristes réminiscences que les Talibans nous ont offertes en Afghanistan).

 
 
RÉPONSE :
 

Je suis d'autant moins choqué par vos idées sur la qladiature que je les partage (cf. ce très vieux courrier de septembre 2001 : Clic !).
Faudrait voir jusqu'à quel point nous ne projetons pas les tares de nos sociétés modernes sur ces pauvres Romains amateurs de spectacles pimentés car, en matière de cruauté, nous n'avons de leçon à donner (ou à recevoir, selon le point de vue moral auquel on se place) de personne !

Sans vouloir polémiquer (sainte horreur de ça, temps perdu !), je suis un petit moins d'accord avec vous lorsque vous supposez que Jésus et Paul auraient ignoré les jeux vulgaires de l'amphithéâtre parce qu'ils auraient été empreints de culture élitiste gréco-romaine.

Rabbin pharisien, thaumaturge itinérant, chef zélote, ou encore prétendant "messianique" au trône d'Israël, Jésus baignait jusqu'au cou dans une culture judéo-araméenne qui, au mieux, ignorait la "romanité hellénistique" ou, au pire, lui était radicalement hostile.

Je vous accorde que le cas de Paul est moins clair. Certes, certains extraits de ses Épîtres donnent à penser qu'il connaissait (à défaut d'apprécier) quelques bons auteurs grecs. Certes, il discourut avec les philosophes d'Athènes (ce qui représenta d'ailleurs une dure épreuve pour son immense orgueil !). Néanmoins, le plus souvent, Paul se présentait comme un Juif plus Juif que le plus Juif des Juifs, un pharisien né de pharisien, élevé "aux pieds de pieds de Gamaliel", le plus savant de ces rabbins pharisiens qui rejetaient en bloc l'impiété gréco-romaine.
D'autre part, il est tout aussi vrai que Paul revendiquait haut et fort sa qualité de citoyen romain. Il fréquentait les dirigeants romains (le procurateur Félix, par exemple) et fit appel à César lorsque les Juifs, excédés de ses blasphèmes, commencèrent à lui faire des misères. Et puisque nous avons conservé une correspondance (apocryphe) entre Sénèque et lui, il est possible que l'Apôtre des Gentils ait effectivement fréquenté le philosophe stoïcien et partagé ses préjugés élitistes sur la gladiature… qu'il condamnait déjà "par principe".

De toute façon, la personnalité de Paul est à peu près insaisissable. Quant à ses œuvres, on peut, on peut, en cherchant bien, y trouver tout et son contraire

saint paul

 

2. Outre le fait que j'ai enfin trouvé quelque chose à redire sur les informations de votre site (c'est vicieux, je sais), je vous apporte LA référence sur Agrippa, telle qu'un lecteur vous l'a demandé (voir ici : Clic !) :

Jean-Michel RODDAZ, Agrippa, Paris, Bibliothèque des écoles françaises d'Athènes et de Rome, 1984.

Ce livre ne donne pas l'absolue vérité sur le personnage, mais il s'agit là d'une recherche particulièrement aboutie sur le vainqueur d'Actium, Parole de Xavier Lapray, Chargé de TD à l'Université de Bourgogne, c'est là que je joue à être historien...

Attention toutefois, il s'agit d'une thèse, c'est très indigeste !

 

agrippa

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28 Novembre 2003

Henri a écrit : 

Je recherche des informations historiques sur deux saintes martyres espagnoles : Ste Eulalie de Mérida et Ste Léocadie de Tolède, persécutées sous Dioclétien comme d'autres.

Leur culte aurait connu un extraordinaire développement dans tout l'Empire, y compris en Septimanie, cette ancienne province de la Narbonnaise devenue le Languedoc-Roussillon d'aujourd'hui.
En raison de l'appartenance de la Septimanie au royaume wisigoth d'Espagne, entre le VIe et le VIIIe siècle, ces saintes martyres sont devenus les titulaires de nombreuses églises, notamment de la région de Montpellier (France - Hérault). C'est le cas de mon village, Mireval, antique paroisse Sainte Eulalie et du village voisin de Vic-la-Gardiole antique paroisse Sainte Léocadie. Ces deux paroisses formaient un seul prieuré jusqu'à la Révolution. Lorsqu'en 1696 les communautés durent choisir des armoiries, ces deux villages (sous l'influence du prieur ?…) choisirent chacune leur sainte patronne.

Auriez-vous par ailleurs des références bibliographiques à me recommander pour l'objet spécial de mes recherches ?

 

RÉPONSE :

"Buona pulcella fut Eulalia : bel avret corps, bellezour anima" (Eulalie fut une jeune fille très courageuse : son physique était très avenant, mais son âme plus belle encore).
C'est par ces deux vers célèbres que commence la Cantilène de sainte Eulalie, la toute première œuvre de la littérature française (fin du IXe siècle).

En fait, ce vénérable poème en très vieux français (que je me suis amusé à restituer en français moderne dans la notice consacrée à son persécuteur, l'empereur Maximien "Hercule", voir ici : Clic !) résume parfaitement tout ce que nous savons de cette vierge et martyre espagnole du début du IVe siècle. À douze ans, notre Eulalie aurait quitté secrètement le domaine de ses parents pour se rendre à Mérida. Là, confessant sa Foi chrétienne, elle se serait volontairement livrée aux bourreaux et serait morte sur le bûcher, exhalant son âme sous la forme d'une colombe.
Une église fut construite sur son tombeau, à Mérida, quelques années seulement après son martyre, et à partir de là, son culte se répandit dans tout l'Occident romain.

Le premier à avoir rapporté la Passion d'Eulalie paraît être son compatriote, le poète chrétien Prudence (fin du IVe siècle) dans son "Livre des Couronnes" (Peristephanon, Hymne 3). Si cela vous intéresse, vous trouverez le texte de Prudence (en latin) ici : Clic !. Une version anglaise est disponible ici : Clic !, et une traduction française partielle, hélas, téléchargeable sur ce site : Clic ! (pour le téléchargement, cliquez sur : "Une sacrée gamine").

En ce qui concerne, Léocadie, voici, en gros, ce que la Catholic Encyclopedia (article St. Leocadia) rapporte à son sujet :

Vierge et martyre, sainte Léocadie mourut vraisemblablement le 9 décembre 304, lors de la persécution de Dioclétien. De 303 à 305, cette dernière grande persécution fournit en effet à l'église d'Espagne un fort joli contingent de martyrs.

Des Actes rapportent que Léocadie, enflammée par le récit de la Passion de sainte Eulalie, voulut suivre son exemple et se sacrifier pour la Foi chrétienne. Elle fut emprisonnée et cruellement torturée sur ordre du gouverneur Dèce, qui est décrit dans les récits hagiographiques comme le plus féroce persécuteur de la chrétienté d'Espagne (ne pas confondre avec l'empereur du même nom, lui aussi grand tourmenteur de chrétiens devant l'Éternel - voir ici : Clic ! et Clic !). Mais Léocadie resta ferme dans sa foi et, refusant véhémentement d'apostasier, elle fut renvoyée en prison où elle mourut des suites de ses tortures. Une église fut construite sur sa tombe, et deux autres églises de Tolède lui furent dédiées.

Léocadie n'est pas mentionnée dans l'hymne que le poète Prudence consacra aux Martyrs espagnols, mais une église de Tolède, vraisemblablement érigée sur sa tombe, semble avoir été vouée à son culte très peu de temps après son martyre. Cette église accueillit des synodes en 633, en 636 et en 638, mais Léocadie était vénérée à Tolède bien avant cette époque.

Si la réalité historique de son martyre ne semble guère douteuse, en revanche, la date du 9 décembre pour sa commémoration annuelle repose évidemment sur une tradition de l'église de Tolède.

Sainte patronne du diocèse de la ville où elle souffrit le martyre, Léocadie est représentée avec une tour, qui indique que la courageuse jeune chrétienne mourut en prison.

 

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Novembre 2003

Michel a écrit : 

Nouveautés du site Archeobel :

  • Tout d'abord, la page consacrée aux monnaies des IVe et Ve siècles est enfin en ligne : Clic !
    Les monnaies étant présentées dans l'ordre chronologique. On peut ainsi constater, rien qu'en les regardant, la dégradation progressive de l'empire romain aux IVe et Ve siècles. Les beaux follis de Dioclétien de 10 et 11grammes, argentés, disparaissent progressivement de la circulation, et à l'époque d'Honorius, on ne trouve plus guère que d'affreux petits bronzes de quelques grammes.
    Bien sûr, il y avait encore les monnaies en or ou en argent… mais elles étaient sans doute déjà aussi rares à l'époque qu'aujourd'hui !
    Il est vrai que ce n'est pas tous les jours non plus que l'on voit un billet un 500 euros…

Autres nouveautés du mois :

  • Un sesterce de Trajan, assez usé, mais ô combien intéressant. Il fut frappé en 116 à l'occasion du couronnement par Trajan du roi de Parthie Parthamaspates, un fantoche à la botte des Romains. Naturellement, la propagande impériale n'a pas raté l'occasion de mettre Trajan en valeur. Pas modeste pour un sou, on le voit trônant sur une estrade, accompagné du préfet du prétoire et de quelques autres notables, tandis que le "roi" Parthamaspates s'agenouille est agenouillé à ses pieds. Faut ce qu'il faut n'est-ce pas ? : Clic !
  • Les lampes à huiles romaines, c'est mon dada ! Quelques-unes se sont ajoutées, mais comme toutes les pages consacrées aux lampes ont été bouleversées suite à ces acquisitions, mieux vaut commencer par la première : Clic !
    J'attire plus particulièrement vote attention sur la lampe ornée d'un paon, présentée sur cette page.
    Les plumes de la queue du paon, bien visibles lorsque l'oiseau fait la roue, sont ornées d'ocelles (petits yeux). Or, justement, la beauté de la déesse Junon (IVNO REGINA) résidait, paraît-il surtout dans ses jolis yeux. Le paon est donc l'animal qui symbolise Junon.

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