-> vox + emp
vox : courrier emp
-> vox + emp

Novembre 2003 (page 2/3)

Sommaire du mois de Novembre : Clic !

 

13 Novembre 2003

Alexandre a écrit : 

Je me suis dernièrement aperçu, en consultant quelques sites sur l'empire romain, que la capitale du monde romain avait été transférée à une certaine époque vers la ville de Milan. J'étais déjà au courant pour Ravenne mais non pour Milan.

Pouvez-vous m'expliquer à quelle époque la capitale a changé et pourquoi ?

 

RÉPONSE :

La seule capitale "officielle" de l'Empire romain fut toujours Rome, bien sûr ! comment aurait-il pu en être autrement ? Rome, c'était la Ville (avec majuscule) par excellence, la conquérante du monde, celle qui, par son prestige, éclipsait toutes les autres…

Toutefois, il est vrai qu'à partir de la fin du IIIe siècle, les empereurs préférèrent résider habituellement ailleurs qu'à Rome. Pour contrer la double menace des invasions barbares et des usurpations militaires, leur auguste présence était requise sinon à la tête de leurs légions du moins dans des villes proche du théâtre des opérations militaires.

Le phénomène s'amplifia encore avec Dioclétien et l'instauration de la Tétrarchie (en 295). Désormais, deux empereurs principaux (les Augustes) et deux empereurs-adjoints (les Césars) régnèrent conjointement. Chacun de ses quatre souverains se vit confier la défense d'une partie de l'Empire, et chacun se choisit un lieu de résidence privilégié : Dioclétien, chargé de l'Orient romain, séjourna le plus souvent à Nicomédie (auj. Izmit, en Turquie), tandis que son collègue et ami Maximien "Hercule" se vit confier les provinces occidentales et établit son quartier-général à Milan.

Pourquoi précisément Milan, me demanderez-vous ?

  • Pour des raisons politiques : Milan était le chef-lieu du Diocèse d'Italie (voir carte ici : Clic !). L'empereur qui y résidait était certain de trouver là tout le personnel administratif nécessaire au gouvernement des provinces dont il était responsable.
  • Pour des raisons économiques : la ville de Milan était (et est toujours d'ailleurs) située au centre d'une riche région agricole. Ce qui deviendra la Lombardie pouvait aisément approvisionner la cour impériale et surtout ravitailler les nombreuses troupes placées sous le commandement du co-empereur.
  • Pour des raisons stratégiques : À Milan, l'Auguste d'Occident pouvait facilement "couvrir" au moins trois important théâtres d'opérations militaires. De là, il pouvait rapidement intervenir au Nord-Ouest (en Gaule, contre les Bagaudes ou les Francs), au Nord-Est (dans la haute vallée du Rhin, contre les Alamans), ou à l'Est et Sud-Est (dans les Balkans, contre les Goths).
NB. D'autres capitales de l'Empire romain ?
Clic !

 

 

nav vox - emp

 

 

13 Novembre 2003

Cindy réécrit : 

Excusez-moi de vous importuner une seconde fois mais j'aimerais vous faire part d'un problème que je connais avec mon texte qui est tiré de la géographie de Strabon. Je fais cet exposé avec une amie et nous avons eu peu de sources sur le côté politique. Nous aurions besoin de renseignements sur les légats impériaux car dans notre texte, Strabon nous parle Sulpicius Quirinius et nous avons très peu de renseignements sur sa fonction en Asie Mineure. Il nous en fait mention dans le chapitre VI sur la Lycaonie et plus précisément encore sur l'Isaurie et la Pisidie.

 

RÉPONSE :

Excusez-moi, mais je ne comprends pas très bien ce que vous me demandez…

S'il s'agit simplement de savoir quelles étaient les fonctions d'un légat impérial à l'époque de Quirinius (c'est-à-dire sous le règne d'Auguste), c'est assez simple de vous répondre puisque ces fonctions étaient précisément celles d'un gouverneur de province impériale. En effet, le titre officiel de ces hauts fonctionnaires était précisément : "légat d'Auguste propréteur" (en latin : legatus Augusti pro prætore).
Pour plus d'infos à ce sujet, vous consulterez fort utilement cette page de l'excellent site internet d'Emilia Robin : Clic !

Ou bien souhaitez-vous de plus amples renseignements sur ce Quirinius (on écrit aussi Quirinus, ou même Cyrénius), que l'on connaît surtout par son apparition dans l'Évangile selon Luc (2 : 2), mais qu'évoquent aussi Suétone, Tacite ou Flavius Josèphe ?

Si c'est le cas, voici les quelques renseignements que j'ai trouvés à son sujet ;

QUIRINIUS (Publius Sulpicius Quirinius) fut un général et administrateur romain. Il naquit près de Lanuvium (env. 30 km au Sud de Rome) et mourut à Rome en 21 ap. J.-C.
Quoique d'origine assez modeste (Tacite - Ann., III, 48 - affirme que ce Sulpicius Quirinius n'avait aucun lien de parenté avec l'illustre famille des Sulpicii), Auguste l'éleva au rang de consul en 12 av. J.-C. en raison des éminents services, administratifs et militaires, qu'il avait rendu à l'État. Plus tard, il mena une campagne victorieuse contre les Homonades, une peuplade de Cilicie. L'empereur l'en récompensa en lui accordant les ornements du triomphe.
Il est certain qu'Auguste appréciait beaucoup Quirinius puisqu'il le chargea de servir de mentor à Caius César, son petit-fils (et à ce moment héritier présomptif de l'Empire) à qui il avait confié le gouvernement de l'Orient romain. C'est à l'occasion de cette mission que Quirinius rendit un fieffé service au futur empereur Tibère, qui était son ami, mais que le jeune Caius, son illustre disciple, ne pouvait voir en peinture. Il faut dire que Tibère, qui était aussi le parâtre de Caius (il avait, très à contrecœur, épousé la mère de Caius César, la très frivole Julie, elle-même fille unique d'Auguste), avait tout plaqué pour s'exiler volontairement dans l'île de Rhodes. L'empereur avait très mal pris cette retraite qu'il assimilait à une désertion, et cette rancune s'ajoutant à la haine que le jeune Caius lui vouait, la vie de Tibère ne tenait plus qu'à un fil. Heureusement, Quirinius intervint. Grâce à son entregent, Tibère put obtenir de Caius, son beau-fils, et d'Auguste, son beau-père, la permission de rentrer à Rome (2 ap. J.-C.). Le futur empereur n'oublia jamais l'éminent service que le conseiller de Caius lui avait rendu.
De 6 à 9 ap. J.-C. Quirinius remplit les fonctions de Legatus Augusti en Syrie (c'est-à-dire de gouverneur de Syrie).
Les dernières anées de la vie de Quirinius furent accaparées par l'interminable procès qui l'opposa à Lépida, son ex-épouse, qu'il accusait, pêle-mêle, de tentative d'empoisonnement contre lui, de substitution d'enfant et de crime de lèse-majesté. Finalement l'ex-Mme Quirinius ne fut condamnée qu'à l'exil. Cependant, Lépida étant très populaire, cette sentence, toute modérée qu'elle fût, nuisit à la popularité d'un vieux Quirinius déjà méprisé du peuple à cause de son avarice crasse.
Il mourut en 21 ap. J.-C., et Tibère, toujours débordant de gratitude pour les services qu'il lui avait rendus lors de son exil rhodien, lui accorda des funérailles nationales.

On le voit, Quirinius fut un personnage très important des règnes d'Auguste et de Tibère. Cependant, on ne se souviendrait sans doute de lui aujourd'hui s'il n'était au centre d'une polémique en rapport avec la date de la naissance de Jésus.

Rappelons tout d'abord que l'Évangile selon Matthieu (2 : 1) situe la naissance de Jésus "au temps du roi Hérode". Celui-ci ayant régné de 40 à 4 av. J.-C., Jésus serait donc né avant cette dernière date.
Sur ce point, à peu près tous les historiens sont d'accord : la Nativité se situe dans une fourchette allant de 10 à 4 av. J.-C.

Hélas, les choses se gâtent lorsqu'on consulte l'Évangile de Luc. On ne sait pourquoi, cet évangéliste croit bon de préciser (Luc, 2 : 1) que Joseph et Marie se rendirent à Bethléem, où leur fils Jésus naquit, afin d'obtempérer à "un édit de César Auguste prescrivant le recensement de toute la terre", et que ce recensement fut effectué "quand Quirinius était gouverneur de Syrie"… C'est-à-dire, ainsi que je l'ai signalé plus haut, entre 6 et 9 ap. J.-C.

Bref, le Jésus de saint Matthieu a dix ans bien sonnés quand celui de saint Luc vient au monde !

christ

On se doute que cette évidente contradiction entre l'Évangile de Luc et celui de Matthieu embarrassa fortement les commentateurs chrétiens. Certains traducteurs de la Bible n'hésitèrent même pas à "corriger" en catimini le texte de Luc, lui faisant dire que le recensement prescrit par Auguste avait eu lieu "avant" le gouvernorat syrien de Quirinius.

Bof, après tout, l'Écriture Sainte n'en est à pas une à interpolation près ! Alors, une de plus, une de moins…

D'autres exégètes, sans doute plus respectueux des textes évangéliques, déployèrent de louables efforts afin de concilier les informations des deux grands Évangiles synoptiques. Avec un certain culot, mais sans preuves bien solides, ils soutinrent qu'en fait, Quirinius aurait exercé deux mandats en Syrie : l'un, bien connu, entre 6 et 9 ap. j.-C., mais aussi un autre, antérieur d'environ douze années. Ils prétendent en effet que, dans les dernières années du règne d'Hérode le Grand, Auguste aurait envoyé notre brave Quirinius en Syrie en tant que légat extraordinaire afin de prêter main-forte à Varus, le "légat ordinaire".
Selon eux, à cette époque (vers 8 av. J.-C.), l'empereur romain, jusque-là "copain comme cochon" avec Hérode, se serait très gravement brouillé avec lui en raison de sa politique agressive à l'encontre de ses voisins, les Arabes nabatéens. Auguste aurait alors résolu de modifier radicalement son attitude envers le roi des Juifs : désormais, c'est en sujet qu'il le traiterait ! Les notables juifs seraient contraints de jurer fidélité à Rome, et un recensement serait réalisé dans son royaume.

Dois-je vous préciser que ni Tacite ni l'historien juif Flavius Josèphe ne font état ni de ce premier séjour de Quirinius en Syrie, ni de ce premier recensement. Quant à la brouille entre Auguste et Hérode, sa réalité est effectivement confirmée par Josèphe (Ant. Jud., XVI, 15). Toutefois, au chapitre suivant de ce même livre (Ant. Jud., XVI, 16) l'historien juif rapporte que cette fâcherie ne dura pas assez longtemps pour modifier la politique romaine à l'égard du roi des Juifs. Nicolas de Damas, ambassadeur d'Hérode, plaida si bien l'innocence de son maître que l'empereur lui rendit aussitôt toute son amitié et toute son estime.

Le premier mandat de Quirinius en Syrie me paraît donc extrêmement douteux… Et Luc s'est sans doute tout bonnement "emmêlé les pinceaux" lorsqu'il a situé la naissance de Jésus à l'époque du recensement de 6 ap, J.-C. (lequel est attesté historiquement : il était nécessaire à bonne perception de l'impôt dans la province romaine de Judée, nouvellement créée après la destitution d'Archelaüs, fils d'Hérode le Grand). Signalons toutefois à la décharge de l'Évangéliste qu'il avait impérativement besoin d'un prétexte pour arracher le bon saint Joseph de son atelier de menuiserie, le déloger de son trou perdu au fin fond de la Galilée, afin de faire naître son fils Jésus à Bethléem, la ville de David.

Voir à ce sujet :

  • Sur ce site : la date de naissance du petit Jésus : Clic !
  • Site Bibliotheca Classica Selecta - Quirinius dans les Annales de Tacite (III, 48) : Clic !
  • ccel.org - Quirinius : Clic ! (en anglais)
  • bautz.de - Kirchenlexikon - Quirinius : Clic ! (en allemand)

 

 

nav vox - emp

 

 

15 Novembre 2003

Mathieu a écrit : 

En feuilletant une brochure touristique italienne, je suis tombé par hasard sur la photo d'une statue d'un empereur romain.

La statue en bronze est, paraît-il, très célèbre et répond au nom de "colosso di Barletta". elle mesure 5 mètres de hauteur, date de la première moitié du Ve siècle et a traversé toutes les époques pour être toujours visible de nos jours dans la ville de Barletta.

Je suis extrêmement intrigué par cette statue et aimerais connaître si l'on a identifié cet empereur ou ce prince ?

 

RÉPONSE :

L'identité du Colosse de Barletta est très très controversée. La plupart des spécialistes émettent l'hypothèse qu'il s'agirait d'une représentation de l'empereur Valentinien Ier (364-375), mais d'autres y reconnaissent plutôt Honorius (393-423). D'autres encore opinent que cette statue, plus tardive, représenterait un empereur byzantin : Marcien (450-457), voire le "moyenâgeux" Héraclius (610-641).

Dans l'incertitude, mieux vaut donc pas se risquer à de trop hasardeuses identifications et se contenter de dire que le Colosse de Barletta montre "un" empereur romain.

colosse de barletta

 

nav vox - emp

 

 

15 Novembre 2003

Jean-Michel a écrit : 

Ce soir, devant ma télé, aux infos, j'ai eu droit à un reportage sur ce pauvre saint Sébastien, perforé de mille flèches par les sbires de cet horrible Dioclétien, pourfendeur de bons chrétiens s'il en est. Je suis parti sur votre site chercher plus amples renseignements, j'ai peut-être été trop vite, mais je n'ai rien trouve sur ce superbe martyr,

Pouvez-vous éclairer ma lanterne ?

 

RÉPONSE :

J'ai également vu cette séquence du journal télé d'ARTE où il était question de l'expo viennoise consacrée à saint Sébastien. N'évoquant pas la tragique destinée de ce beau jeune homme dans mon site, je m'attendais un peu à ce qu'un internaute m'interroge rapidement à son sujet. Et voilà, c'est vous qui vous vous y collez

Voici, en gros, la légende de saint Sébastien (Sources : Jacques de VORAGINE, Légende Dorée, trad. J.-B. de ROZE, Garnier-Flammarion - Jacques BROSSOLLET et Henri MOLLARET, Pourquoi la peste ? le rat, la puce et le bubon, Découvertes Gallimard) :

Bien que né à Narbonne, Sébastien était citoyen de la ville de Milan. Parfait chrétien devant l'Éternel, il était aussi un brillant officier que les empereurs Dioclétien et Maximien chérissaient tant qu'ils lui confièrent le commandement de la première cohorte.

Quoique Sébastien fût aussi discipliné dans l'armée romaine qu'ardent dans la milice du Christ, on croira volontiers que ce n'était point d'un cœur léger qu'il participait aux cruelles persécutions ordonnées contre ses coreligionnaires par les épouvantables tyrans, sadiques et vicieux, qui régnaient sur l'Empire. Pourtant, le bon saint se faisait violence pour brider la commisération qui inondait son généreux cœur magnanime. Bien loin d'user de ses prérogatives ou de sa faveur pour sauver les pauvres hères promis à une mort atroce, il les exhortait au contraire à aller au-devant des bourreaux afin de recevoir au plus vite les palmes du martyre pour la plus grande gloire de Dieu.

On raconte ainsi qu'un jour, deux frères jumeaux nommés Marc et Marcellien confessèrent publiquement Foi en Christ et furent condamnés à avoir la tête tranchée. Dès que la nouvelle de leur folie parvint à leurs parents, ceux-ci se précipitèrent, atterrés, dans leur geôle et les supplièrent de sauver leur vie en reniant le Christ.

Leur mère, échevelée et dépoitraillée, s'écria : "Ah, malheureuse que je suis ! Voyez, je perds mes fils qui courent de plein gré à la mort. Si des ennemis me les enlevaient, je poursuivrais ces ravisseurs au milieu de leurs bataillons ; si un juge les condamnait à l'enfermement, j'irais briser la prison, dussé-je en mourir. Mais voici une nouvelle manière de périr : aujourd'hui on prie le bourreau de frapper, on désire la vie pour la perdre, on invite la mort à venir".
Leur père, la tête couverte de cendres, s'exclama à son tour : "Ô mes fils ! bâton de ma vieillesse, voici que vous vous livrez vous-mêmes à la mort. Malheureux que je suis ! ce que j'avais préparé pour m'ensevelir servira à la sépulture des fruits de mes entrailles !"
Suivirent leurs épouses et leurs enfants : "Pourquoi ? Pour qui nous laissez-vous ? Avez-vous donc des cœurs de pierre pour mépriser vos parents, pour dédaigner vos amis, pour repousser vos femmes, pour méconnaître vos enfants et pour vous livrer spontanément aux bourreaux ?".

Devant tant d'insistance, devant tant de chagrin, la sainte résolution des candidats au martyre commença à fléchir.
Mais heureusement, saint Sébastien était présent. "Magnanimes soldats du Christ, les exhorta-il, n'allez pas perdre une couronne éternelle en vous laissant séduire par ces pitoyables flatteries !"

Si efficace fut la pieuse colère de Sébastien, si manifeste était la grâce divine qui émanait de lui, que non seulement, Marcellien et Marc, mais également leur père, leur mère, leurs épouses et leurs enfants s'exclamèrent aussitôt qu'ils seraient certes de bien grands sots de troquer la gloire éternelle qui leur était promise contre une misérable existence. Et tous décidèrent à l'unisson de souffrir le martyre en compagnie de Marc et de Marcellien.

Tout chrétien qu'il fût, Sébastien aurait pu longtemps s'employer à peupler le Ciel d'âmes sanctifiées par le martyre s'il n'avait encouru la colère des empereurs pour des motifs qui n'avaient aucun rapport avec la religion. En effet, Dioclétien et Maximien n'étaient pas seulement d'horribles persécuteurs sadiques et vicieux, ils étaient aussi, quelle horreur, de ces invétérés sodomites que Dieu exècre. Et il arriva ce qui devait arriver : la beauté de Sébastien toucha leur âme obscène. Ils firent au jeune chrétien certaines propositions infâmes auxquelles celui-ci ne voulut, bien sûr, souscrire. Les monstres couronnés ordonnèrent alors que l'on lie l'officier chrétien à un arbre au milieu d'une plaine et qu'on le perce de flèches jusqu'à ce qu'il ressemble à un hérisson.
Ce fut fait… Mais Sébastien survécut au supplice.
Quelques jours plus tard, tout rayonnant de cette santé miraculeusement recouvrée, il vint se placer sur le passage des empereurs. "Tiens, tiens ! s'exclama Dioclétien, voilà-t-il pas ce Sébastien que nous avions pourtant ordonné de transformer en hérisson ?" "Si fait, répondit le martyr, c'est moi Sébastien que Dieu a sauvé afin que je pusse vous reprocher encore les maux dont vous accablez son peuple !".
L'empereur ordonna alors qu'on s'empare de ce chrétien opiniâtre et qu'on le flagelle jusqu'à ce que mort s'ensuive. Cette fois, le saint rendit l'esprit.
Son corps fit jeté aux égouts, mais, tout mort qu'il fût, Sébastien apparut à une jeune vierge nommée Lucine pour lui révéler où se trouvait son corps supplicié. Ses saintes reliques purent donc être recueillies, transférées et vénérées dans l'Église de Saint-Pierre-aux-Liens de Rome.

martyre st sebastien

Voilà pour la légende de saint Sébastien. Mais vous vous demandez peut-être également pourquoi saint Sébastien est censé protéger contre les épidémies.

Eh bien, vers la fin du VIIe siècle, la peste frappa si férocement les villes de Rome et de Pavie que, comme disent les vieux chroniqueurs, "les vivants suffisaient à peine à enterrer les morts". De partout des prières s'élevèrent vers le ciel pour faire cesser l'épouvantable fléau. En vain… Jusqu'à qu'un saint homme affirme que Dieu lui avait révélé que la pestilence cesserait dès qu'un autel aurait été élevé sur le tombeau de saint Sébastien à Rome. Et effectivement, la colère divine s'apaisa par l'intercession de saint Sébastien.

Mais pourquoi précisément saint Sébastien ? Tout simplement parce qu'ayant survécu aux flèches des hommes, il pouvait protéger ceux-ci des flèches divines (c'est-à-dire de la peste).

S'il m'en souvient bien, la séquence d'ARTE mentionnait aussi la récupération de saint Sébastien et son martyre par la culture gay...
Pourquoi cela ?
Parce que ce saint était originaire de Narbonne comme le regretté Charles Trenet ? Parce que son supplice donnait l'occasion aux artistes de représenter un corps d'éphèbe voluptueusement déhanché ? Ou parce que l'image de Sébastien percé de flèches symbolisait la communauté homosexuelle décimée par le Sida ?
Si cette troisième explication est la bonne (la première n'étant évidemment mentionnée que pour donner, au passage, un coup de chapeau au grand Charles), je trouve cette symbolique singulièrement malheureuse. Alors que tant d'abrutis sectaires estiment encore que le Sida est un châtiment divin, punissant de leurs débauches effrénées les hommes et les femmes de mauvaise vie, mieux vaudrait éviter toute référence à ces "flèches divines" moyenâgeuses !

 

nav vox - emp

 

 

15 Novembre 2003

Gricca a écrit : 

Des imposteurs dans l'histoire romaine


L'histoire a toujours connu des imposteurs se faisant passer pour tel ou tel personnage, l'empire romain en eut aussi qui trouvèrent rapidement des suiveurs et les perdirent aussi vite une fois démasqués ; voici quelques exemples puisés chez les historiens anciens :

Peu après la mort d'Hérode, en 4 avant JC, apparut en Crète un personnage se prétendant être son fils Alexandre qu'il avait fait exécuter trois ans auparavant. Il trouva l'appui de la communauté juive locale et gagna au nord l'île de Melos (aujourd'hui Milos, île de la célèbre Vénus de Milo) où une escorte lui fut fournie avec laquelle il fit voile pour l'Italie et débarqua à Dicaearchia (Puteoli aujourd'hui Pozzuoli à l'ouest de Naples) en Campanie. Il arriva, escorté comme un roi muni des insignes, devant Rome où une importante foule de juifs hostiles au testament d'Hérode vint le recevoir, seulement il fut démasqué par Auguste qui avait entendu les héritiers légitimes d'Hérode et confirmé son testament. (Réf . Flavius Josèphe).

En 16 après JC, Clemens un esclave d'Agrippa Postumus, petit-fils d'Auguste, se fit passer pour son maître égorgé dans l'île de Planasie (aujourd'hui Pianosa au sud-ouest de l'île d'Elbe) et fut salué par une importante foule dans Rome, il fut capturé, questionné et exécuté. (Réf. : Tacite, Annales, Livre II, 39 & 40 et Dion Cassius, Livre LVII).

En 34 un faux Drusus (second fils de Germanicus et héritier possible de Tibère), surgit dans les Cyclades et aurait eu l'intention de gagner l'Orient pour y trouver le soutien des légions, il avait une ressemblance avec le défunt (décédé en captivité à Rome l'an 33) et fut bien accueilli et escorté par les cités. Il se serait embarqué vers l'Italie !!, mais il fut démasqué, arrêté et envoyé à Tibère. (Réf. : Tacite, Annales, Livre V, 10 et Dion Cassius, Livre LVIII).

Entre 69 et 89 parurent trois faux Néron (ils sont connus, je n'insisterais pas sur eux). (Voir Tacite, Dion Cassius et Suétone).

En 221, un pseudo Alexandre de Macédoine lui ressemblant en apparence et en costume apparut dans la région du bas Danube en Mésie, accompagné de 400 hommes équipés de thyrses (bâtons portés par les adorateurs de Bacchus) et de peaux de bêtes, il se rendit sans trouble en Thrace où logements et provisions lui furent fournis sur frais publics. Personne, ni gouverneurs, ni soldats, ni procurateurs, ni magistrats des communautés locales n'osèrent s'opposer ou dire quoique ce soit contre lui. Il put ainsi atteindre Byzance en voyageant de jour et annonçant sa venue en avance comme pour un déplacement officiel. Il franchit le Bosphore pour passer à Chalcédoine où il effectua quelques rites la nuit, fit un faux cheval en bois (le cheval de Troie) et disparut !!!.
Plus que la réapparition d'Alexandre le Grand, mort depuis plusieurs siècles, il s'agit plutôt d'une imitation du voyage de Caracalla en 214. En tout cas voilà une bien étrange histoire, mais qu'elle se soit passée sous le règne d'un Héliogabale (218-222) surprend un peu moins. (Réf. : Dion Cassius, Epitomé, Livre LXXIX).

GRICCA

 

nav vox - emp

 

 

17 Novembre 2003

Francis a écrit : 

Je recherche la généalogie des LEQUEUX (voir : www.lequeuxgenea.com)

Récemment, un correspondant LEQUEUX est tombé sur l'existence de la tribu gauloise des Leuques.
Ceux-ci occupaient en première instance le nord de la Lorraine et le sud des Ardennes. Apparemment, ils n'auraient pas joint Vercingétorix dans son combat contre Jules Cæsar, mais se seraient impliqués dans l'administration et le commerce romain en Gaule. Ils se répandirent aussi vers l'Aisne, le Nord et le Pas-de-Calais.
Tout ceci reste à vérifier !

Je vois dans vos pages internet (Clic !)que le dernier territoire gallo-romain est décrit comme suit : "… l'autorité du fils d'Ægidius avec la Gaule restée romaine. Celle-ci allait de la Somme à la Loire et de la Manche à la Haute-Meuse, sans qu'il soit possible de délimiter d'une manière plus précise les frontières de l'Est…"

Cette description correspond à peu près à la répartition des LEQUEUX il n'y a pas si longtemps.

Nous savons que les LEQUEUX des Ardennes Belges sont immigrés de France vers 1660 (Gedinne) et 1780 (Baillamont). J'appartiens à la branche de Gedinne.

Nous commençons sérieusement à nous demander si les LEQUEUX ne sont pas les descendants directs de cette tribu Gauloise.
Note curieuse, j'ai 4 (quatre !) petites-cousines bien rousses et il y en a d'autres dans la famille.

Ma question :

Que sait-on de ces Leuques Gaulois, devenus Gallo-Romain ?

 

RÉPONSE :

Et moi, personnellement, j'ai dans ma famille quelques cousins qui "boivent bien un verre", comme on dit… mais nous ne descendons pour autant des Lygiens, ces fabuleux ancêtres des actuels Polonais !

Sans rire, pour en venir à ce que vous me demandez, j'ai bien peur de ne vous être que de peu d'utilité. En effet, mon site internet étant axé sur les biographies des empereurs romains, je ne dispose que de très de peu de documentation sur les anciens peuples de la Gaule, et en particulier sur ces Leuques dont d'ailleurs, à première vue, personne ne connaît grand-chose.

Pourtant, le nom de ce peuple de Gaule Belgique ne m'était pas tout à fait inconnu. Au mois de juin 2002, un de mes plus fidèles correspondants, "webmestre" du site Archeobel qui montre de nombreuses monnaies des Leuques (voir ici : Clic !), a évoqué - sans doute de façon un tantinet fantaisiste - leurs mœurs cruelles dans ce petit courrier : Clic !

Plus sérieusement, voici ce que, dans son livre "de référence" sur la Gaule, le célèbre historien Ferdinand LOT dit de cette tribu : "Entre le cours supérieur de la Marne et le Rhin étaient les Leuci (à rapprocher peut-être de la racine d'où est tiré Leucotie, « éclair »). Leur chef-lieu était Tullum, au coude de la Moselle ; par une très rare exception dans la Gaule du Nord et du Centre, le nom de ce peuple devait disparaître entièrement, alors que celui du chef-lieu subsista : Toul. C'est que le territoire des Leuques devait être, à l'époque franque, partagé en neuf petits pagi (= cantons)". (Ferdinand LOT, La Gaule, Librairie Arthème Fayard, 1967).

Signalons également que le nom de ce peuple n'est cité qu'une seule fois dans la Guerre des Gaules (Livre, I, 401 11), lorsque César affirme qu'outre les Séquanes et les Lingons, les Leuques avaient fourni du blé aux armées romaines.

Voilà, de mon côté, c'est à peu près tout ce que je sais de vos ancêtres (?) les Leuques…

Cela dit, quitte à enfoncer une porte déjà ouverte à plusieurs reprises dans vos recherches généalogiques, et même si mes compétences dans ce domaine sont des plus réduites, il me semble beaucoup plus logique, en bonne phonétique historique, de faire dériver le nom de famille Lequeux du latin coquus (cuisinier) plutôt que du nom de la tribu de ces braves Gaulois lorrains !

 

nav vox - emp

 

 

19 Novembre 2003

Céline a écrit : 

Sauriez-vous me dire qui était Cassius dans l'Empire romain ? Je crois savoir qu'il fomenta quelques conspirations contre l'Empereur Auguste avec Brutus, est-ce exact… ?

 

RÉPONSE :

En fait, ce n'est pas contre Auguste que Cassius et Brutus complotèrent, mais contre le grand Jules César en personne. Et ils complotèrent d'ailleurs si bien qu'ils finirent par l'assassiner !

Mais qui était ce Cassius ?

En 53 ap. J.-C., Cassius (de son nom complet Caius Longinus Cassius) participa - et survécut - à la bataille de Carrhes où les légions romaines du triumvir Crassus furent massacrées par les ennemis héréditaires des Romains, les Parthes de Mésopotamie (Irak actuel). Trois ans plus tard, lors de la guerre civile qui opposa Pompée à César, Cassius prit le parti du premier et reçut le commandement d'une flotte. Cependant, il renonça à la lutte dès qu'il apprit que César avait vaincu et anéanti l'armée de Pompée lors de la bataille de Pharsale (en 48 ap. J.-C.).
La mansuétude de César était proverbiale ; aussi pardonna-t-il à Cassius… Ce qui ne lui porta pas chance car, comme je vous l'ai signalé d'emblée, cet ingrat de Cassius fut, avec son beau-frère Marcus Junius Brutus, l'une des principales chevilles ouvrières du complot fatal au grand Jules (assassiné aux ides de mars - 15 mars - 44 av. J.-C.)
Après le meurtre de César, Cassius reçut le gouvernement de la Syrie où il s'opposa victorieusement les partisans de César. En 43 ap. J.-C., il fut déclaré hors-la-loi par le Sénat romain, et en 42 ap. J.-C., il fut vaincu par Antoine et Octave (futur Auguste) lors de la bataille de Philippes. Csssius ordonna à un de ses esclaves de lui donner la mort.

Si vous souhaitez des infos plus détaillées - pas précisément sur Cassius, mais sur les événements auxquels il participa - vous pouvez jeter un coup d'œil sur ces pages de mon site Empereurs romains :

  • César :
    • Notice biographique : Clic !
    • Liens sur César et son époque : Clic !
    • L'assassinat de César : Clic !
  • Octave Auguste :
    • Notice biographique : Clic !
    • Liens sur Auguste et son époque : Clic !

 

nav vox - emp

 

 

 

19 Novembre 2003

Luc a écrit : 

À l'occasion d'un documentaire sur des fouilles archéologiques, ma fille (8 ans) m'a posé une question, que je vous soumets :

Les Romains connaissaient-ils et utilisaient-ils les tapis ?

Je me suis rappelé que l'art du tissage et des tapis en particulier sont connus depuis la plus haute Antiquité en Orient. J'ai également en mémoire les Mémoires d'Hadrien où il est question de "tapis somptueux jetés sur le sable" lors d'une rencontre avec le roi des Parthes… je suppose donc que les Romains connaissaient les tapis, mais les utilisaient-ils ?

La brave matrone romaine garnissait-elle son triclinium d'un tapis perse (Euh, non, Parthe…) ?

 

RÉPONSE :

Malgré mon manque de documentation concernant l'aménagement des maisons romaines, je pense que les Romains connaissaient et utilisaient les tapis d'Orient. Dans son grand poème De Natura rerum ("La Nature") l'écrivain latin Lucrèce (Ier siècle avant notre ère) les mentionne quand il décrit, assez prosaïquement d'ailleurs, ces "enfants endormis qui, se croyant devant un bassin ou un vase, relèvent leur vêtement et répandent le liquide filtré par les reins en inondant les riches tapis de Babylone.".(Lucrèce, De Natura rerum, Livre IV, v. 1020).

À mon avis le poète exagère : les tapis parthes devaient rarement orner les chambrettes des nourrissons ; ils étaient bien trop précieux pour cela ! Pour reprendre votre exemple, d'habitude c'étaient de belles mosaïques qui décoraient le triclinium des dignes matrones et non de tapis importés à prix d'or du diable Vauvert. Un peu gênées, les maîtresses de maison expliquaient sans doute à leurs invités, que "ce luxe indécent pouvait, à la rigueur, convenir à des Orientaux décadents, amollis et efféminés, mais certainement pas à d'austères Romains élevés à la dure et dont les pieds étaient par nature, peu sensibles".
Des excuses, tout ça !

Toutefois au fil des siècles les Romains se lassèrent de l'austérité ancestrale. Leurs orteils, épuisés par des marches forcées aux quatre coins du monde connu, commencèrent à apprécier le confort douillet d'un tapis soyeux.
Je lis dans la célèbre Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain (Chap. II), d'Edward Gibbon que, dans la Rome du IIe siècle ap. J.-C., "les tapis de Babylone et les autres ouvrages d'Orient étaient fort recherchés".
C'est donc à juste titre que Marguerite Yourcenar décrit son Hadrien foulant un riche tapis mésopotamien de ses augustes doigts de pied (mais fallait-il en douter tant cet auteur est généralement si bien informé ?).

Ces tapis d'Orient, Cristina Rodriguez, une autre écrivaine également très soucieuse de cerner au plus près la "vérité historique", les évoque elle aussi. Chez elle, c'est la riche villa de la vieille Livie (veuve d'Auguste et mère de Tibère) qu'ils sont censés décorer : "Le train de vie de Livia n'avait rien à envier à celui de son fils. Des dizaines d'esclaves s'affairaient (…). Crassus (…) me poussa dans l'atrium, pavé de mosaïques à motifs géométriques, au centre duquel chantait une fontaine. Il me conduisit, ou plutôt me traîna, vers le fond de la propriété. Les fresques murales de la villa étaient somptueuses et d'une délicatesse rare. On s'attendait presque à ce que les personnages prennent vie et tournent la tête sur notre passage. Pas un pouce du sol qui ne soit recouvert de mosaïques splendides, parfois dissimulées sous des tapis de Babylone aux pourpres chatoyants et aux ors raffinés. Dans les couloirs, à intervalles réguliers, d'exquises sculptures peintes montaient la garde sur leurs piédestaux et un discret parfum d'encens caressait les narines." (Cristina RODRIGUEZ, Le César aux pieds nus, Flammarion, 2002)

L'affaire semble entendue : les Romains connaissaient les tapis… Mais ceux-ci, rares, précieux et horriblement coûteux, n'étaient certainement pas à la portée du commun des mortels.

 

nav vox - emp