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Novembre 2003 (page 2/3)
Sommaire du mois de Novembre : Clic
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13 Novembre 2003 |
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Alexandre
a écrit : |
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Je me suis dernièrement
aperçu, en consultant quelques sites sur l'empire
romain, que la capitale du monde romain avait été
transférée à une certaine époque
vers la ville de Milan. J'étais déjà
au courant pour Ravenne mais non pour Milan.
Pouvez-vous m'expliquer à
quelle époque la capitale a changé et pourquoi
? |
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RÉPONSE : |
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La seule capitale "officielle" de l'Empire romain
fut toujours Rome, bien sûr ! comment aurait-il
pu en être autrement ? Rome, c'était la Ville
(avec majuscule) par excellence, la conquérante
du monde, celle qui, par son prestige, éclipsait
toutes les autres
Toutefois, il est vrai qu'à partir de la fin du
IIIe siècle, les empereurs préférèrent
résider habituellement ailleurs qu'à Rome.
Pour contrer la double menace des invasions barbares et
des usurpations militaires, leur auguste présence
était requise sinon à la tête de leurs
légions du moins dans des villes proche du théâtre
des opérations militaires.
Le phénomène s'amplifia encore avec Dioclétien
et l'instauration de la Tétrarchie
(en 295). Désormais, deux empereurs principaux
(les Augustes) et deux empereurs-adjoints (les
Césars) régnèrent conjointement.
Chacun de ses quatre souverains se vit confier la défense
d'une partie de l'Empire, et chacun se choisit un lieu
de résidence privilégié : Dioclétien,
chargé de l'Orient romain, séjourna le plus
souvent à Nicomédie (auj. Izmit, en Turquie),
tandis que son collègue et ami Maximien
"Hercule" se vit confier les provinces occidentales
et établit son quartier-général à
Milan.
Pourquoi précisément Milan, me demanderez-vous
?
- Pour des raisons politiques : Milan était le
chef-lieu du Diocèse d'Italie (voir carte ici
: Clic
!). L'empereur qui y résidait était
certain de trouver là tout le personnel administratif
nécessaire au gouvernement des provinces dont
il était responsable.
- Pour des raisons économiques : la ville de
Milan était (et est toujours d'ailleurs) située
au centre d'une riche région agricole. Ce qui
deviendra la Lombardie pouvait aisément approvisionner
la cour impériale et surtout ravitailler les
nombreuses troupes placées sous le commandement
du co-empereur.
- Pour des raisons stratégiques : À Milan,
l'Auguste d'Occident pouvait facilement "couvrir" au
moins trois important théâtres d'opérations
militaires. De là, il pouvait rapidement intervenir
au Nord-Ouest (en Gaule, contre les Bagaudes ou les
Francs), au Nord-Est (dans la haute vallée du
Rhin, contre les Alamans), ou à l'Est et Sud-Est
(dans les Balkans, contre les Goths).
NB. D'autres capitales
de l'Empire romain ?
Clic
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13 Novembre 2003 |
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Cindy
réécrit : |
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Excusez-moi de vous importuner
une seconde fois mais j'aimerais vous faire part d'un
problème que je connais avec mon texte qui est
tiré de la géographie de Strabon. Je fais
cet exposé avec une amie et nous avons eu peu de
sources sur le côté politique. Nous aurions
besoin de renseignements sur les légats impériaux
car dans notre texte, Strabon nous parle Sulpicius
Quirinius et nous avons très peu de renseignements
sur sa fonction en Asie Mineure. Il nous en fait mention
dans le chapitre VI sur la Lycaonie et plus précisément
encore sur l'Isaurie et la Pisidie. |
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RÉPONSE : |
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Excusez-moi, mais je ne comprends pas très
bien ce que vous me demandez
S'il s'agit simplement de savoir quelles étaient
les fonctions d'un légat impérial à
l'époque de Quirinius (c'est-à-dire sous
le règne d'Auguste),
c'est assez simple de vous répondre puisque ces
fonctions étaient précisément celles
d'un gouverneur de province impériale. En effet,
le titre officiel de ces hauts fonctionnaires était
précisément : "légat d'Auguste propréteur"
(en latin : legatus Augusti pro prætore).
Pour plus d'infos à ce sujet, vous consulterez
fort utilement cette page de l'excellent site
internet d'Emilia Robin : Clic
!
Ou bien souhaitez-vous de plus amples renseignements
sur ce Quirinius (on écrit aussi Quirinus,
ou même Cyrénius), que l'on connaît
surtout par son apparition dans l'Évangile selon
Luc (2 : 2), mais qu'évoquent aussi Suétone,
Tacite ou Flavius Josèphe ?
Si c'est le cas, voici les quelques renseignements que
j'ai trouvés à son sujet ;
QUIRINIUS (Publius Sulpicius Quirinius) fut un général
et administrateur romain. Il naquit près de Lanuvium
(env. 30 km au Sud de Rome) et mourut à Rome en
21 ap. J.-C.
Quoique d'origine assez modeste (Tacite - Ann.,
III,
48
- affirme que ce Sulpicius Quirinius n'avait aucun
lien de parenté avec l'illustre famille des Sulpicii),
Auguste
l'éleva au rang de consul en 12 av. J.-C. en raison
des éminents services, administratifs et militaires,
qu'il avait rendu à l'État. Plus tard, il
mena une campagne victorieuse contre les Homonades, une
peuplade de Cilicie. L'empereur l'en récompensa
en lui accordant les ornements du triomphe.
Il est certain qu'Auguste appréciait beaucoup Quirinius
puisqu'il le chargea de servir de mentor à Caius
César, son petit-fils (et à ce moment héritier
présomptif de l'Empire) à qui il avait confié
le gouvernement de l'Orient romain. C'est à l'occasion
de cette mission que Quirinius rendit un fieffé
service au futur empereur Tibère,
qui était son ami, mais que le jeune Caius, son
illustre disciple, ne pouvait voir en peinture. Il faut
dire que Tibère, qui était aussi le parâtre
de Caius (il avait, très à contrecur,
épousé la mère de Caius César,
la très frivole Julie,
elle-même fille unique d'Auguste), avait tout plaqué
pour s'exiler volontairement dans l'île de Rhodes.
L'empereur avait très mal pris cette retraite qu'il
assimilait à une désertion, et cette rancune
s'ajoutant à la haine que le jeune Caius lui vouait,
la vie de Tibère ne tenait plus qu'à un
fil. Heureusement, Quirinius intervint. Grâce à
son entregent, Tibère put obtenir de Caius, son
beau-fils, et d'Auguste, son beau-père, la permission
de rentrer à Rome (2 ap. J.-C.). Le futur empereur
n'oublia jamais l'éminent service que le conseiller
de Caius lui avait rendu.
De 6 à 9 ap. J.-C. Quirinius remplit les fonctions
de Legatus Augusti en Syrie (c'est-à-dire
de gouverneur de Syrie).
Les dernières anées de la vie de Quirinius
furent accaparées par l'interminable procès
qui l'opposa à Lépida, son ex-épouse,
qu'il accusait, pêle-mêle, de tentative d'empoisonnement
contre lui, de substitution d'enfant et de crime de lèse-majesté.
Finalement l'ex-Mme Quirinius ne fut condamnée
qu'à l'exil. Cependant, Lépida étant
très populaire, cette sentence, toute modérée
qu'elle fût, nuisit à la popularité
d'un vieux Quirinius déjà méprisé
du peuple à cause de son avarice crasse.
Il mourut en 21 ap. J.-C., et Tibère, toujours
débordant de gratitude pour les services qu'il
lui avait rendus lors de son exil rhodien, lui accorda
des funérailles nationales.
| On le voit, Quirinius fut un personnage
très important des règnes d'Auguste
et de Tibère.
Cependant, on ne se souviendrait sans doute de lui
aujourd'hui s'il n'était au centre d'une
polémique en rapport avec la date de la naissance
de Jésus.
Rappelons tout d'abord que l'Évangile
selon Matthieu (2 : 1) situe la naissance de
Jésus "au temps du roi Hérode".
Celui-ci ayant régné de 40 à
4 av. J.-C., Jésus serait donc né
avant cette dernière date.
Sur ce point, à peu près tous les
historiens sont d'accord : la Nativité se
situe dans une fourchette allant de 10 à
4 av. J.-C.
Hélas, les choses se gâtent lorsqu'on
consulte l'Évangile de Luc. On ne
sait pourquoi, cet évangéliste croit
bon de préciser (Luc, 2 : 1) que Joseph
et Marie se rendirent à Bethléem,
où leur fils Jésus naquit, afin d'obtempérer
à "un édit de César Auguste
prescrivant le recensement de toute la terre",
et que ce recensement fut effectué "quand
Quirinius était gouverneur de Syrie"
C'est-à-dire, ainsi que je l'ai signalé
plus haut, entre 6 et 9 ap. J.-C.
Bref, le Jésus de saint Matthieu a dix ans
bien sonnés quand celui de saint Luc vient
au monde !
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On se doute que cette évidente contradiction entre
l'Évangile de Luc et celui de Matthieu embarrassa
fortement les commentateurs chrétiens. Certains
traducteurs de la Bible n'hésitèrent même
pas à "corriger" en catimini le texte de Luc, lui
faisant dire que le recensement prescrit par Auguste avait
eu lieu "avant" le gouvernorat syrien de Quirinius.
Bof, après tout, l'Écriture Sainte n'en
est à pas une à interpolation près
! Alors, une de plus, une de moins
D'autres exégètes, sans doute plus respectueux
des textes évangéliques, déployèrent
de louables efforts afin de concilier les informations
des deux grands Évangiles synoptiques. Avec un
certain culot, mais sans preuves bien solides, ils soutinrent
qu'en fait, Quirinius aurait exercé deux mandats
en Syrie : l'un, bien connu, entre 6 et 9 ap. j.-C., mais
aussi un autre, antérieur d'environ douze années.
Ils prétendent en effet que, dans les dernières
années du règne d'Hérode le Grand,
Auguste
aurait envoyé notre brave Quirinius en Syrie en
tant que légat extraordinaire afin de prêter
main-forte à Varus, le "légat ordinaire".
Selon eux, à cette époque (vers 8 av. J.-C.),
l'empereur romain, jusque-là "copain comme cochon"
avec Hérode, se serait très gravement brouillé
avec lui en raison de sa politique agressive à
l'encontre de ses voisins, les Arabes nabatéens.
Auguste aurait alors résolu de modifier radicalement
son attitude envers le roi des Juifs : désormais,
c'est en sujet qu'il le traiterait ! Les notables juifs
seraient contraints de jurer fidélité à
Rome, et un recensement serait réalisé dans
son royaume.
Dois-je vous préciser que ni Tacite ni l'historien
juif Flavius Josèphe ne font état ni de
ce premier séjour de Quirinius en Syrie, ni de
ce premier recensement. Quant à la brouille entre
Auguste
et Hérode, sa réalité est effectivement
confirmée par Josèphe (Ant. Jud.,
XVI, 15). Toutefois, au chapitre suivant de ce même
livre (Ant. Jud., XVI, 16) l'historien juif rapporte
que cette fâcherie ne dura pas assez longtemps pour
modifier la politique romaine à l'égard
du roi des Juifs. Nicolas de Damas, ambassadeur d'Hérode,
plaida si bien l'innocence de son maître que l'empereur
lui rendit aussitôt toute son amitié et toute
son estime.
Le premier mandat de Quirinius en Syrie me paraît
donc extrêmement douteux
Et Luc s'est sans
doute tout bonnement "emmêlé les pinceaux"
lorsqu'il a situé la naissance de Jésus
à l'époque du recensement de 6 ap, J.-C.
(lequel est attesté historiquement : il était
nécessaire à bonne perception de l'impôt
dans la province romaine de Judée, nouvellement
créée après la destitution d'Archelaüs,
fils d'Hérode le Grand). Signalons toutefois à
la décharge de l'Évangéliste qu'il
avait impérativement besoin d'un prétexte
pour arracher le bon saint Joseph de son atelier de menuiserie,
le déloger de son trou perdu au fin fond de la
Galilée, afin de faire naître son fils Jésus
à Bethléem, la ville de David.
Voir à ce sujet :
- Sur ce site : la date de naissance du petit Jésus
: Clic
!
- Site Bibliotheca Classica Selecta - Quirinius dans
les Annales de Tacite (III, 48) : Clic
!
- ccel.org - Quirinius : Clic
! (en anglais)
- bautz.de - Kirchenlexikon - Quirinius : Clic
! (en allemand)
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15 Novembre 2003 |
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Mathieu a écrit : |
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| En feuilletant une
brochure touristique italienne, je suis tombé
par hasard sur la photo d'une statue d'un
empereur romain.
La statue en bronze
est, paraît-il, très célèbre
et répond au nom de "colosso
di Barletta". elle mesure 5 mètres
de hauteur, date de la première moitié
du Ve siècle et a traversé toutes
les époques pour être toujours
visible de nos jours dans la ville de Barletta.
Je suis extrêmement
intrigué par cette statue et aimerais
connaître si l'on a identifié
cet empereur ou ce prince ? |
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| RÉPONSE : |
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| L'identité du Colosse de Barletta
est très très controversée.
La plupart des spécialistes émettent
l'hypothèse qu'il s'agirait d'une représentation
de l'empereur Valentinien
Ier (364-375), mais d'autres y reconnaissent
plutôt Honorius
(393-423). D'autres encore opinent que cette
statue, plus tardive, représenterait
un empereur byzantin : Marcien (450-457),
voire le "moyenâgeux" Héraclius
(610-641).
Dans l'incertitude, mieux vaut donc pas se
risquer à de trop hasardeuses identifications
et se contenter de dire que le Colosse
de Barletta montre "un" empereur romain.
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15 Novembre 2003 |
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Jean-Michel
a écrit : |
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Ce soir, devant ma télé,
aux infos, j'ai eu droit à un reportage sur ce
pauvre saint Sébastien, perforé de
mille flèches par les sbires de cet horrible Dioclétien,
pourfendeur de bons chrétiens s'il en est. Je suis
parti sur votre site chercher plus amples renseignements,
j'ai peut-être été trop vite, mais
je n'ai rien trouve sur ce superbe martyr,
Pouvez-vous éclairer ma
lanterne ? |
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RÉPONSE : |
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J'ai également vu cette séquence du
journal télé d'ARTE où il était
question de l'expo viennoise consacrée à
saint Sébastien. N'évoquant pas la tragique
destinée de ce beau jeune homme dans mon site,
je m'attendais un peu à ce qu'un internaute m'interroge
rapidement à son sujet. Et voilà, c'est
vous qui vous vous y collez
Voici, en gros, la légende de saint Sébastien
(Sources : Jacques de VORAGINE, Légende Dorée,
trad. J.-B. de ROZE, Garnier-Flammarion - Jacques BROSSOLLET
et Henri MOLLARET, Pourquoi la peste ? le rat, la puce
et le bubon, Découvertes Gallimard) :
| Bien que né à Narbonne,
Sébastien était citoyen de la ville
de Milan. Parfait chrétien devant l'Éternel,
il était aussi un brillant officier que
les empereurs Dioclétien
et Maximien
chérissaient tant qu'ils lui confièrent
le commandement de la première cohorte.
Quoique Sébastien fût aussi discipliné
dans l'armée romaine qu'ardent dans la
milice du Christ, on croira volontiers que ce
n'était point d'un cur léger
qu'il participait aux cruelles persécutions
ordonnées contre ses coreligionnaires par
les épouvantables tyrans, sadiques et vicieux,
qui régnaient sur l'Empire. Pourtant, le
bon saint se faisait violence pour brider la commisération
qui inondait son généreux cur
magnanime. Bien loin d'user de ses prérogatives
ou de sa faveur pour sauver les pauvres hères
promis à une mort atroce, il les exhortait
au contraire à aller au-devant des bourreaux
afin de recevoir au plus vite les palmes du martyre
pour la plus grande gloire de Dieu.
On raconte ainsi qu'un jour, deux frères
jumeaux nommés Marc et Marcellien confessèrent
publiquement Foi en Christ et furent condamnés
à avoir la tête tranchée.
Dès que la nouvelle de leur folie parvint
à leurs parents, ceux-ci se précipitèrent,
atterrés, dans leur geôle et les
supplièrent de sauver leur vie en reniant
le Christ.
Leur mère, échevelée et
dépoitraillée, s'écria :
"Ah, malheureuse que je suis ! Voyez, je perds
mes fils qui courent de plein gré à
la mort. Si des ennemis me les enlevaient, je
poursuivrais ces ravisseurs au milieu de leurs
bataillons ; si un juge les condamnait à
l'enfermement, j'irais briser la prison, dussé-je
en mourir. Mais voici une nouvelle manière
de périr : aujourd'hui on prie le bourreau
de frapper, on désire la vie pour la perdre,
on invite la mort à venir".
Leur père, la tête couverte de cendres,
s'exclama à son tour : "Ô mes
fils ! bâton de ma vieillesse, voici que
vous vous livrez vous-mêmes à la
mort. Malheureux que je suis ! ce que j'avais
préparé pour m'ensevelir servira
à la sépulture des fruits de mes
entrailles !"
Suivirent leurs épouses et leurs enfants
: "Pourquoi ? Pour qui nous laissez-vous ?
Avez-vous donc des curs de pierre pour mépriser
vos parents, pour dédaigner vos amis, pour
repousser vos femmes, pour méconnaître
vos enfants et pour vous livrer spontanément
aux bourreaux ?".
Devant tant d'insistance, devant tant de chagrin,
la sainte résolution des candidats au martyre
commença à fléchir.
Mais heureusement, saint Sébastien était
présent. "Magnanimes soldats du Christ,
les exhorta-il, n'allez pas perdre une couronne
éternelle en vous laissant séduire
par ces pitoyables flatteries !"
| Si efficace fut la pieuse
colère de Sébastien, si manifeste
était la grâce divine qui émanait
de lui, que non seulement, Marcellien et
Marc, mais également leur père,
leur mère, leurs épouses et
leurs enfants s'exclamèrent aussitôt
qu'ils seraient certes de bien grands sots
de troquer la gloire éternelle qui
leur était promise contre une misérable
existence. Et tous décidèrent
à l'unisson de souffrir le martyre
en compagnie de Marc et de Marcellien.
Tout chrétien qu'il fût, Sébastien
aurait pu longtemps s'employer à
peupler le Ciel d'âmes sanctifiées
par le martyre s'il n'avait encouru la colère
des empereurs pour des motifs qui n'avaient
aucun rapport avec la religion. En effet,
Dioclétien
et Maximien
n'étaient pas seulement d'horribles
persécuteurs sadiques et vicieux,
ils étaient aussi, quelle horreur,
de ces invétérés sodomites
que Dieu exècre. Et il arriva ce
qui devait arriver : la beauté de
Sébastien toucha leur âme obscène.
Ils firent au jeune chrétien certaines
propositions infâmes auxquelles celui-ci
ne voulut, bien sûr, souscrire. Les
monstres couronnés ordonnèrent
alors que l'on lie l'officier chrétien
à un arbre au milieu d'une plaine
et qu'on le perce de flèches jusqu'à
ce qu'il ressemble à un hérisson.
Ce fut fait
Mais Sébastien
survécut au supplice.
Quelques jours plus tard, tout rayonnant
de cette santé miraculeusement recouvrée,
il vint se placer sur le passage des empereurs.
"Tiens, tiens ! s'exclama Dioclétien,
voilà-t-il pas ce Sébastien
que nous avions pourtant ordonné
de transformer en hérisson ?"
"Si fait, répondit le martyr,
c'est moi Sébastien que Dieu a sauvé
afin que je pusse vous reprocher encore
les maux dont vous accablez son peuple !".
L'empereur ordonna alors qu'on s'empare
de ce chrétien opiniâtre et
qu'on le flagelle jusqu'à ce que
mort s'ensuive. Cette fois, le saint rendit
l'esprit.
Son corps fit jeté aux égouts,
mais, tout mort qu'il fût, Sébastien
apparut à une jeune vierge nommée
Lucine pour lui révéler où
se trouvait son corps supplicié.
Ses saintes reliques purent donc être
recueillies, transférées et
vénérées dans l'Église
de Saint-Pierre-aux-Liens de Rome.
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Voilà pour la légende de saint Sébastien.
Mais vous vous demandez peut-être également
pourquoi saint Sébastien est censé protéger
contre les épidémies.
Eh bien, vers la fin du VIIe siècle, la peste
frappa si férocement les villes de Rome et de Pavie
que, comme disent les vieux chroniqueurs, "les vivants
suffisaient à peine à enterrer les morts".
De partout des prières s'élevèrent
vers le ciel pour faire cesser l'épouvantable fléau.
En vain
Jusqu'à qu'un saint homme affirme
que Dieu lui avait révélé que la
pestilence cesserait dès qu'un autel aurait été
élevé sur le tombeau de saint Sébastien
à Rome. Et effectivement, la colère divine
s'apaisa par l'intercession de saint Sébastien.
Mais pourquoi précisément saint Sébastien
? Tout simplement parce qu'ayant survécu aux flèches
des hommes, il pouvait protéger ceux-ci des flèches
divines (c'est-à-dire de la peste).
S'il m'en souvient bien, la séquence d'ARTE mentionnait
aussi la récupération de saint Sébastien
et son martyre par la culture gay...
Pourquoi cela ?
Parce que ce saint était originaire de Narbonne
comme le regretté Charles
Trenet ? Parce que son supplice donnait l'occasion
aux artistes de représenter un corps d'éphèbe
voluptueusement déhanché ? Ou parce que
l'image de Sébastien percé de flèches
symbolisait la communauté homosexuelle décimée
par le Sida ?
Si cette troisième explication est la bonne (la
première n'étant évidemment mentionnée
que pour donner, au passage, un coup de chapeau au grand
Charles), je trouve cette symbolique singulièrement
malheureuse. Alors que tant d'abrutis sectaires estiment
encore que le Sida est un châtiment divin, punissant
de leurs débauches effrénées les
hommes et les femmes de mauvaise vie, mieux vaudrait éviter
toute référence à ces "flèches
divines" moyenâgeuses ! |
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15 Novembre 2003 |
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Gricca
a écrit : |
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Des imposteurs dans
l'histoire romaine
L'histoire a toujours connu des imposteurs se faisant
passer pour tel ou tel personnage, l'empire romain en
eut aussi qui trouvèrent rapidement des suiveurs
et les perdirent aussi vite une fois démasqués
; voici quelques exemples puisés chez les historiens
anciens :
Peu après la mort d'Hérode,
en 4 avant JC, apparut en Crète un personnage se
prétendant être son fils Alexandre qu'il
avait fait exécuter trois ans auparavant. Il trouva
l'appui de la communauté juive locale et gagna
au nord l'île de Melos (aujourd'hui Milos, île
de la célèbre Vénus de Milo) où
une escorte lui fut fournie avec laquelle il fit voile
pour l'Italie et débarqua à Dicaearchia
(Puteoli aujourd'hui Pozzuoli à l'ouest de Naples)
en Campanie. Il arriva, escorté comme un roi muni
des insignes, devant Rome où une importante foule
de juifs hostiles au testament d'Hérode vint le
recevoir, seulement il fut démasqué par
Auguste
qui avait entendu les héritiers légitimes
d'Hérode et confirmé son testament. (Réf
. Flavius Josèphe).
En 16 après JC, Clemens
un esclave d'Agrippa Postumus, petit-fils d'Auguste, se
fit passer pour son maître égorgé
dans l'île de Planasie (aujourd'hui Pianosa au sud-ouest
de l'île d'Elbe) et fut salué par une importante
foule dans Rome, il fut capturé, questionné
et exécuté. (Réf. : Tacite, Annales,
Livre II, 39 & 40 et Dion Cassius, Livre LVII).
En 34 un faux Drusus (second fils
de Germanicus
et héritier possible de Tibère),
surgit dans les Cyclades et aurait eu l'intention de gagner
l'Orient pour y trouver le soutien des légions,
il avait une ressemblance avec le défunt (décédé
en captivité à Rome l'an 33) et fut bien
accueilli et escorté par les cités. Il se
serait embarqué vers l'Italie !!, mais il fut démasqué,
arrêté et envoyé à Tibère.
(Réf. : Tacite, Annales, Livre V, 10 et
Dion Cassius, Livre LVIII).
Entre 69 et 89 parurent trois faux
Néron (ils sont connus, je n'insisterais pas sur
eux). (Voir Tacite, Dion Cassius et Suétone).
En 221, un pseudo Alexandre de
Macédoine lui ressemblant en apparence et en costume
apparut dans la région du bas Danube en Mésie,
accompagné de 400 hommes équipés
de thyrses (bâtons portés par les adorateurs
de Bacchus) et de peaux de bêtes, il se rendit sans
trouble en Thrace où logements et provisions lui
furent fournis sur frais publics. Personne, ni gouverneurs,
ni soldats, ni procurateurs, ni magistrats des communautés
locales n'osèrent s'opposer ou dire quoique ce
soit contre lui. Il put ainsi atteindre Byzance en voyageant
de jour et annonçant sa venue en avance comme pour
un déplacement officiel. Il franchit le Bosphore
pour passer à Chalcédoine où il effectua
quelques rites la nuit, fit un faux cheval en bois (le
cheval de Troie) et disparut !!!.
Plus que la réapparition d'Alexandre le Grand,
mort depuis plusieurs siècles, il s'agit plutôt
d'une imitation du voyage de Caracalla
en 214. En tout cas voilà une bien étrange
histoire, mais qu'elle se soit passée sous le règne
d'un Héliogabale
(218-222) surprend un peu moins. (Réf. : Dion Cassius,
Epitomé, Livre LXXIX).
GRICCA |
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17 Novembre 2003 |
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Francis a écrit : |
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Je recherche la généalogie
des LEQUEUX (voir : www.lequeuxgenea.com)
Récemment, un correspondant
LEQUEUX est tombé sur l'existence de la
tribu gauloise des Leuques.
Ceux-ci occupaient en première instance le nord
de la Lorraine et le sud des Ardennes. Apparemment, ils
n'auraient pas joint Vercingétorix dans son combat
contre Jules Cæsar, mais se seraient impliqués
dans l'administration et le commerce romain en Gaule.
Ils se répandirent aussi vers l'Aisne, le Nord
et le Pas-de-Calais.
Tout ceci reste à vérifier !
Je vois dans vos pages internet
(Clic
!)que le dernier territoire gallo-romain est décrit
comme suit : "
l'autorité du fils d'Ægidius
avec la Gaule restée romaine. Celle-ci allait de
la Somme à la Loire et de la Manche à la
Haute-Meuse, sans qu'il soit possible de délimiter
d'une manière plus précise les frontières
de l'Est
"
Cette description correspond à
peu près à la répartition des LEQUEUX
il n'y a pas si longtemps.
Nous savons que les LEQUEUX des
Ardennes Belges sont immigrés de France vers 1660
(Gedinne) et 1780 (Baillamont). J'appartiens à
la branche de Gedinne.
Nous commençons sérieusement
à nous demander si les LEQUEUX ne sont pas les
descendants directs de cette tribu Gauloise.
Note curieuse, j'ai 4 (quatre !) petites-cousines bien
rousses et il y en a d'autres dans la famille.
Ma question :
Que sait-on de ces Leuques Gaulois,
devenus Gallo-Romain ? |
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RÉPONSE : |
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Et moi, personnellement, j'ai dans ma famille quelques
cousins qui "boivent bien un verre", comme on dit
mais nous ne descendons pour autant des Lygiens, ces fabuleux
ancêtres des actuels Polonais !
Sans rire, pour en venir à ce que vous me demandez,
j'ai bien peur de ne vous être que de peu d'utilité.
En effet, mon site internet étant axé sur
les biographies des empereurs romains, je ne dispose que
de très de peu de documentation sur les anciens
peuples de la Gaule, et en particulier sur ces Leuques
dont d'ailleurs, à première vue, personne
ne connaît grand-chose.
Pourtant, le nom de ce peuple de Gaule Belgique ne m'était
pas tout à fait inconnu. Au mois de juin 2002,
un de mes plus fidèles correspondants, "webmestre"
du site Archeobel
qui montre de nombreuses monnaies des Leuques (voir ici : Clic !),
a évoqué - sans doute de façon un
tantinet fantaisiste - leurs murs cruelles dans
ce petit courrier : Clic
!
Plus sérieusement, voici ce que, dans son livre
"de référence" sur la Gaule, le célèbre
historien Ferdinand LOT dit de cette tribu : "Entre
le cours supérieur de la Marne et le Rhin étaient
les Leuci (à rapprocher peut-être
de la racine d'où est tiré Leucotie,
« éclair »). Leur chef-lieu était
Tullum, au coude de la Moselle ; par une très rare
exception dans la Gaule du Nord et du Centre, le nom de
ce peuple devait disparaître entièrement,
alors que celui du chef-lieu subsista : Toul. C'est que
le territoire des Leuques devait être, à
l'époque franque, partagé en neuf petits
pagi (= cantons)". (Ferdinand LOT, La Gaule, Librairie
Arthème Fayard, 1967).
Signalons également que le nom de ce peuple n'est
cité qu'une seule fois dans la Guerre des Gaules
(Livre,
I, 401 11), lorsque César affirme qu'outre
les Séquanes et les Lingons, les Leuques avaient
fourni du blé aux armées romaines.
Voilà, de mon côté, c'est à
peu près tout ce que je sais de vos ancêtres
(?) les Leuques
Cela dit, quitte à enfoncer une porte déjà
ouverte à plusieurs reprises dans vos recherches
généalogiques, et même si mes compétences
dans ce domaine sont des plus réduites, il me semble
beaucoup plus logique, en bonne phonétique historique,
de faire dériver le nom de famille Lequeux du latin
coquus (cuisinier) plutôt que du nom de la
tribu de ces braves Gaulois lorrains ! |
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19 Novembre 2003 |
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Céline a écrit : |
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Sauriez-vous me dire qui
était Cassius dans l'Empire romain ? Je crois
savoir qu'il fomenta quelques conspirations contre l'Empereur
Auguste avec Brutus, est-ce exact
? |
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RÉPONSE : |
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En fait, ce n'est pas contre Auguste
que Cassius et Brutus complotèrent, mais contre
le grand Jules
César en personne. Et ils complotèrent
d'ailleurs si bien qu'ils finirent par l'assassiner !
Mais qui était ce Cassius ?
En 53 ap. J.-C., Cassius (de son nom complet Caius
Longinus Cassius) participa - et survécut -
à la bataille de Carrhes où les légions
romaines du triumvir Crassus furent massacrées
par les ennemis héréditaires des Romains,
les Parthes de Mésopotamie (Irak actuel). Trois
ans plus tard, lors de la guerre civile qui opposa Pompée
à César,
Cassius prit le parti du premier et reçut le commandement
d'une flotte. Cependant, il renonça à la
lutte dès qu'il apprit que César avait vaincu
et anéanti l'armée de Pompée lors
de la bataille de Pharsale (en 48 ap. J.-C.).
La mansuétude de César était proverbiale
; aussi pardonna-t-il à Cassius
Ce qui ne
lui porta pas chance car, comme je vous l'ai signalé
d'emblée, cet ingrat de Cassius fut, avec son beau-frère
Marcus Junius Brutus, l'une des principales chevilles
ouvrières du complot fatal au grand Jules (assassiné
aux ides de mars - 15 mars - 44 av. J.-C.)
Après le meurtre de César, Cassius reçut
le gouvernement de la Syrie où il s'opposa victorieusement
les partisans de César. En 43 ap. J.-C., il fut
déclaré hors-la-loi par le Sénat
romain, et en 42 ap. J.-C., il fut vaincu par Antoine
et Octave (futur Auguste) lors de la bataille de Philippes.
Csssius ordonna à un de ses esclaves de lui donner
la mort.
Si vous souhaitez des infos plus détaillées
- pas précisément sur Cassius, mais sur
les événements auxquels il participa - vous
pouvez jeter un coup d'il sur ces pages de mon site
Empereurs
romains :
- César :
- Notice biographique : Clic
!
- Liens sur César et son époque :
Clic
!
- L'assassinat de César : Clic
!
- Octave Auguste :
- Notice biographique : Clic
!
- Liens sur Auguste et son époque : Clic
!
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| 19 Novembre 2003 |
| Luc
a écrit : |
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| À
l'occasion d'un documentaire sur des fouilles archéologiques,
ma fille (8 ans) m'a posé une question, que je
vous soumets :
Les Romains connaissaient-ils
et utilisaient-ils les tapis ?
Je me suis rappelé que l'art
du tissage et des tapis en particulier sont connus depuis
la plus haute Antiquité en Orient. J'ai également
en mémoire les Mémoires d'Hadrien
où il est question de "tapis somptueux jetés
sur le sable" lors d'une rencontre avec le roi des
Parthes
je suppose donc que les Romains connaissaient
les tapis, mais les utilisaient-ils ?
La brave matrone romaine garnissait-elle
son triclinium d'un tapis perse (Euh, non, Parthe
)
? |
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| RÉPONSE
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| Malgré mon manque
de documentation concernant l'aménagement des maisons
romaines, je pense que les Romains connaissaient et utilisaient
les tapis d'Orient. Dans son grand poème De
Natura rerum ("La Nature") l'écrivain latin
Lucrèce (Ier siècle avant notre ère)
les mentionne quand il décrit, assez prosaïquement
d'ailleurs, ces "enfants endormis qui, se croyant devant
un bassin ou un vase, relèvent leur vêtement
et répandent le liquide filtré par les reins
en inondant les riches tapis de Babylone.".(Lucrèce,
De Natura rerum, Livre IV, v. 1020).
À mon avis le poète exagère : les
tapis parthes devaient rarement orner les chambrettes
des nourrissons ; ils étaient bien trop précieux
pour cela ! Pour reprendre votre exemple, d'habitude c'étaient
de belles mosaïques qui décoraient le triclinium
des dignes matrones et non de tapis importés à
prix d'or du diable Vauvert. Un peu gênées,
les maîtresses de maison expliquaient sans doute
à leurs invités, que "ce luxe indécent
pouvait, à la rigueur, convenir à des Orientaux
décadents, amollis et efféminés,
mais certainement pas à d'austères Romains
élevés à la dure et dont les pieds
étaient par nature, peu sensibles".
Des excuses, tout ça !
Toutefois au fil des siècles les Romains se lassèrent
de l'austérité ancestrale. Leurs orteils,
épuisés par des marches forcées aux
quatre coins du monde connu, commencèrent à
apprécier le confort douillet d'un tapis soyeux.
Je lis dans la célèbre Histoire du Déclin
et de la Chute de l'Empire romain (Chap. II), d'Edward
Gibbon que, dans la Rome du IIe siècle ap. J.-C.,
"les tapis de Babylone et les autres
ouvrages d'Orient étaient fort recherchés".
C'est donc à juste titre que Marguerite Yourcenar
décrit son Hadrien
foulant un riche tapis mésopotamien de ses augustes
doigts de pied (mais fallait-il en douter tant cet auteur
est généralement si bien informé
?).
Ces tapis d'Orient, Cristina Rodriguez, une autre écrivaine
également très soucieuse de cerner au plus
près la "vérité historique", les
évoque elle aussi. Chez elle, c'est la riche villa
de la vieille Livie
(veuve d'Auguste
et mère de Tibère)
qu'ils sont censés décorer : "Le train
de vie de Livia n'avait rien à envier à
celui de son fils. Des dizaines d'esclaves s'affairaient
(
). Crassus (
) me poussa dans l'atrium,
pavé de mosaïques à motifs géométriques,
au centre duquel chantait une fontaine. Il me conduisit,
ou plutôt me traîna, vers le fond de la propriété.
Les fresques murales de la villa étaient somptueuses
et d'une délicatesse rare. On s'attendait presque
à ce que les personnages prennent vie et tournent
la tête sur notre passage. Pas un pouce du sol qui
ne soit recouvert de mosaïques splendides, parfois
dissimulées sous des tapis de Babylone
aux pourpres chatoyants et aux ors raffinés. Dans
les couloirs, à intervalles réguliers, d'exquises
sculptures peintes montaient la garde sur leurs piédestaux
et un discret parfum d'encens caressait les narines."
(Cristina RODRIGUEZ, Le
César aux pieds nus, Flammarion, 2002)
L'affaire semble entendue : les Romains connaissaient
les tapis
Mais ceux-ci, rares, précieux et
horriblement coûteux, n'étaient certainement
pas à la portée du commun des mortels. |
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