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Septembre 2003 (page 3/4)
Sommaire du mois de Septembre : Clic
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| 9 Septembre 2003 |
| Philippe
réécrit : |
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| Ainsi
donc, nous partageons la même passion ; à
la différence que vous avez beaucoup d'avance sur
moi, dans l'étude de tous ces Empereurs. (
)
Je me permets donc de vous contacter, car ma passion dévorante
me conduit à chercher divers objets touchant
les Romains. Ou pourrais-je acheter un buste du "Divin"
Jules (marbre, plâtre, ou bronze) la plus fidèle
copie possible ? J'ai eu la chance de trouver un magnifique
Caracalla, composé de trois marbres différents,
puis dernièrement un Vitellius en plâtre
du début XXe
Je suis également à
la recherche d'un catalogue officiel répertoriant
toutes les monnaies Romaines émises (si possible
avec représentation de la pièce) J'ai en
effet commencé une collection de denarii
en argent sur chaque Empereur !
au moins une par
princeps. Mais il y en a tellement, que je souhaiterais
donc avoir une base de données fiable. |
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| RÉPONSE
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| Je ne puis malheureusement
vous être d'aucun secours dans votre quête
d'objets romains. Il me semble néanmoins
que vous devriez trouver cela sur Net, puisque, à
ce qu'il paraît, tout s'y achète et tout
s'y vend !
Plus sérieusement, à mon avis, vous devriez
pouvoir trouver des pièces intéressantes
dans un site d'enchères, genre "ebay"
Mais je vous avoue que je ne me suis jamais penché
sur la question.
N'étant personnellement pas davantage numismate
que collectionneur de marbres antiques, je me suis adressé
à un correspondant bien plus savant que moi en
ce domaine (en l'occurrence, notre ami Michel Verburg,
du site Archeobel)
afin de savoir s'il existait un "catalogue officiel
des monnaies romaines". Il m'a signalé deux
ouvrages de ce type (tous deux en anglais et assez onéreux,
hélas) :
- Le RIC ou Roman Imperial Coins en plusieurs
volumes
- Le Roman coins and their values de David Sears,
également en plusieurs volumes
En ce qui me concerne, quand j'ai besoin de renseignements
sur ces questions, je consulte le site i-numis"
qui - soient-ils mille fois bénis pour cette heureuse
initiative ! - ont entrepris de mettre en ligne la célèbre
Description historique des monnaies romaines" de
Henry Cohen (voir ici : Clic
!). Bien qu'il date de la fin du XIXe siècle,
c'est un bouquin qui, paraît-il, fait encore autorité
de nos jours.
Et si je veux savoir à quoi ressemblait une monnaie
romaine en particulier, je consulte ce site wildwinds.com
qui fournit de très nombreuses reproductions de
pièces de l'époque impériale. |
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| Cela
me conduit tout naturellement aux écrits concernant
cette période. Ma bibliothèque s'étant
enrichie d'une bonne centaine d'ouvrages, récents
ou anciens, histoire générale ou biographie
précise, roman historique ou pure fiction antique,
comment se fier aux historiens, même anciens, qui
ont tous, plus ou moins, un parti pris ? L'historien parfait
existe-t-il ? Faut-il tous les consulter sur le même
sujet, afin de se faire sa propre opinion ensuite ? Mais
alors, à quoi servent-ils si nous devons faire
tout le travail ?
La qualité première
d'un historien ne serait-elle pas sa perspicacité,
sa clairvoyance, son impartialité, sa probité
? À mon humble avis, le meilleur des historiens
digne de ce nom, devrait écrire dans une neutralité
absolue, et bien souvent se passer de commentaires personnels
abscons, prétexte à embrouiller nos jugements.
Alors, selon vous, quel est
l'historien ancien ou récent le plus fiable ?
Quelle source cristalline pourrait abreuver notre soif
de savoir ? |
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| RÉPONSE
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| Vous avez raison : un historien
devrait toujours être objectif, neutre, impartial
Mais, naturellement, il s'agit là d'un idéal
inaccessible. L'historien est, comme tout homme, conditionné
par son environnement socioculturel. Sil veut faire honnêtement
son travail, il doit d'abord prendre conscience de sa
subjectivité afin de la brider pour tendre vers
l'objectivité
sans jamais l'atteindre totalement.
(Dois-je vous préciser que ne me considère
pas comme un "vrai" historien ?).
Dans ces conditions, vous comprendrez qu'il n'existe
pas de "livre définitif" sur l'histoire romaine
Ce qui est d'ailleurs fort heureux, car prétendre
fournir une vérité immuable et intangible
- non seulement en histoire, mais en quelque matière
que ce soit -, cela conduit immanquablement au fanatisme
et au totalitarisme !
En histoire comme dans toutes les autres sciences humaines,
la Vérité (avec un grand "V") n'existe pas.
Il n'y a que des opinions
qui sont plus ou moins
valables selon la pertinence des analyses (littéraires,
archéologiques, épigraphiques, numismatiques,
statistiques, etc.) sur lesquelles elles reposent. Il
est donc indispensable de lire les uvres de plusieurs
historiens (sans oublier de consulter, autant que possible,
les documents originaux ; de revenir aux "sources") pour,
à son tour, se forger une opinion personnelle
tout aussi subjective. |
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| Diverses
questions me viennent à l'esprit, pêle-mêle
:
1. Quel
est votre Princeps favori, votre bien-aimé
? Après en avoir étudié autant, il
doit bien y avoir un petit préféré
D'autre part, malgré la
phrase du célèbre Saint-Just (natif de mon
département) : "On ne peut régner innocemment",
y a-t-il eu un Empereur vraiment bon, et propre de toute
atrocité ? Autrement dit, quel est le moins
pire ? |
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| RÉPONSE
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| Mon empereur favori ?
J'ai une petite faiblesse pour le vieux Tibère
qui, à ce qu'il me semble, vaut mieux, que sa détestable
réputation.
Je crois aussi que, quand j'aurai étudié
sa vie d'un peu plus près, j'aimerai bien Vespasien
et son humour bougon. Sinon, comme je l'ai dit dans ce
courrier (Clic
!), j'admire les courageux empereurs-soldats du
milieu du IIIe siècle ainsi que, naturellement,
le malheureux Julien
dit "l'Apostat".
Le "moins pire" des empereurs ?
Même si (ainsi due je l'ai signalé d'autre
part (voir ici : Clic
!) les empereurs de la dynastie
des Antonins ne furent pas des petits saints, c'est
sans doute parmi eux que se trouvent les meilleurs empereurs
de Rome : Antonin
le Pieux, quoiqu'il fût un peu trop nonchalant
; ou Marc
Aurèle bien qu'il ait abandonné l'empire
à son fils dégénéré
(sa volonté de déshériter Commode
semble n'être qu'une légende tardive, destinée
justement à expliquer l'étrange aveuglement
paternel de l'empereur-philosophe). |
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| 2.
Au cours de mes pérégrinations
sur votre site, je me suis aperçu que vous imputiez
le grand incendie de Rome, à l'actif des
crimes de Néron. Je ne suis pas tout à fait
d'accord. Ce n'est qu'une hypothèse. Les incendies
à Rome étaient monnaie courante. Cette année-là,
la canicule sévissait particulièrement.
L'incendie, d'après nombre d'historiens, débuta
aux abords du Circus Maximus, ou se trouvaient beaucoup
de "grille saucisses" et autres "fast-food" antiques.
Pourquoi n'aurait-il pas démarré accidentellement
? Et surtout pourquoi Néron, authentique amateur
d'art, aurait-il laissé détruire toutes
ses collections précieuses dans son palais qui
partit en fumée dès le début ? Même
le fourbe Tigellin perdit ses biens dans ce drame irréparable.
On peut tourner et retourner les hypothèses dans
tous les sens, Néron, les Chrétiens, le
mécontentement des Dieux, la plèbe pourquoi
pas, l'accident; seul ce dernier demeure à mes
yeux le plus plausible, le plus probable, le plus logique
!
Même sachant que Néron
rêvait d'un nouveau palais gigantesque avant l'incendie
mais
en est-on absolument sûr ? Il y a souvent dans l'Histoire,
des coïncidences étranges, mais coïncidences
tout de même ! |
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| RÉPONSE
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| Bien sûr, il ne faut
pas prendre au pied de la lettre le titre "Néron
met le feu à Rome" qui figure en tête
de ma notice consacrée à cet empereur :
il ne s'agit que d'une mention à la fois ironique
(quels crimes n'a-t-on pas mis sur le paletot de ce pauvre
gros garçon ?), et, j'en conviens, quelque peu
racoleuse (comme d'ailleurs ces autres : "Néron
empoisonne Britannicus" ou "Néron piétine
Poppée").
En réalité, dans le texte qui se rapporte
à ce titre (voir ici : Clic
!), je ne dis guère autre chose que vous
: l'hypothèse d'un incendie accidentel reste la
plus vraisemblable. Mais si l'on veut à tout
prix (j'insiste sur ces mots) imputer cette catastrophe
à des incendiaires, les soupçons se dirigeraient
vers ces Chrétiens qui appelaient l'Apocalypse
de tous leurs vux, plutôt que vers un empereur
ami des arts. |
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| 3.
Nombre d'historiens
avancent la date de 100 av. J.-C, comme date de naissance
de Jules César. Une minorité d'entre
eux soutiennent 101 av. J.-C.. Pourquoi avez-vous choisi
101 ?
Ce qui est étonnant, c'est
que l'on est sûr du jour et du mois, mais pas de
l'année ! (13 juillet) |
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| RÉPONSE
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En consultant rapidement
quelques-uns de mes livres, je constate que Jérôme
Carcopino (César, PUF, 1968) donne
101 av. J.-C. ; Christian Meir (César,
Seuil, 1989) : 100
ou 102 av. J.-C. ; Peter
Green (D'Alexandre à Actium, Laffont,
Bouquins, 1997) : 101 ou 100 av. J.-C. ; Le Petit
Robert des Noms propres : 101 av. J.-C. ; Le
Grand Usuel Larousse : 101 ou 100 av. J.-C.
Ô cruelle incertitude chronologie !
En fait, il semblerait qu'il soit difficile de
préciser la date exacte de la naissance du
grand
Jules.
Pourquoi cela ?
Eh bien, justement parce qu'elle est antérieure
à l'instauration du calendrier dit "julien"
par Jules César, himself !
Seule certitude, Jules César est né
le troisième jour avant les ides de Quintilis
(futur mois de Jules César = "juillet"),
sous le consulat de Caius Marius (6e consulat) et
de Lucius Valerius Flaccus. Mais on ignore si, cette
année-là, le troisième jour
avant les ides de Quintilis correspondait au 13
juillet, et si le 6e consulat de Marius correspond
à l'année 100, 101 ou 102 av. J.-C.
Personnellement, j'ai choisi 101 av. J.-C. parce
que c'était celle choisie par la "majorité"
des livres que j'ai consultés
et aussi,
plus prosaïquement, parce qu'elle "coupait
la poire en deux" ! |
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| 4.
L'Histoire nous ayant
laissé si peu de documents sur la vie de Ponce
Pilate, comment pouvez-vous affirmer qu'il ne se soit
jamais converti au Christianisme, sur la fin de ses jours
? Pourquoi n'aurait-il pas regretté sa décision
malheureuse ? Car, au fond, il n'avait fait que son travail,
appliquer la loi de Rome, en bon Romain dévoué
qu'il était ! Pas plus, ni moins cruel qu'un autre
bon Romain
Seuls les Juifs lui ont forcé la main. En tant
qu'être humain responsable et doué de réflexion,
et il l'était assurément ne serait-ce que
par son poste de haut fonctionnaire, pourquoi n'aurait-il
pas viré au Christianisme, alors en pleine expansion
sur la fin de sa vie ? Même sans aller jusqu'au
baptême
Beaucoup de Romains ne croyaient plus
guère en leurs divinités, et les honoraient
plus par acquit de conscience, et par tradition envers
leurs aïeux, que par ferveur véritable.
Ponce Pilate, au cours de sa jeunesse,
fit une courte carrière dans l'armée comme
tribun. A-t-il vraiment vécu le désastre
de Varus dans la XIXe légion, comme le laisse supposer
Anne Bernet dans son récit ? Il aurait été
l'un des rares survivants. |
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| RÉPONSE
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| Dans ce courrier (voir ici
: Clic !),
je résume tout ce que l'on sait de sûr, de
douteux et de fantaisiste sur le plus célèbre
préfet romain de Judée.
Pourquoi je ne crois pas à sa conversion au christianisme
?
Tout d'abord parce qu'elle n'est mentionnée que
dans des écrits apocryphes tardifs et très
douteux. Ensuite et surtout parce la conversion de Pilate
devient absolument improbable si le christianisme des
premiers temps - celui d'avant saint Paul, celui de la
première décennie qui suivit la mort de
Jésus (Ponce Pilate serait mort vers 40 ap. J.-C.)
- était bien ce que je crois qu'il était,
à savoir un mouvement politico-religieux d'inspiration
messianique, exclusivement juif, violemment hostile aux
Romains impies.
Dans ce cas, envisager un Pilate chrétien, ce serait
comme si vous disiez que le bouillant secrétaire
d'État US Don Runsfeld, brusquement converti à
l'Islam radical, serait parti combattre dans les montagnes
du Béloutchistan aux côtés des talibans
du Mollah Omar et de Ben Laden !
Ponce Pilate échappa-t-il au désastre de
Varus comme Cassius Chærea, l'assassin de Caligula
(voir site Peplvm : Clic !)
?
Je n'ai jamais entendu cette histoire. Mais il est vrai
que je n'ai pas encore lu le livre d'Anne Bernet. |
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10 Septembre 2003 |
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Florent a écrit : |
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Une question : Que pensez-vous
du mythisme ? Cette théorie qui prétend
que le Christ est un personnage inventé ? |
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RÉPONSE : |
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Le mythisme ?
À vrai dire, et tout agnostique que je sois
à ce sujet, je n'en pense pas énormément
de bien
Aujourd'hui, la plupart des historiens sérieux
reconnaissent l'existence d'un "Jésus historique",
vivant en Palestine au début du Ier siècle
de note ère. On ne remet plus guère en cause
la réalité du personnage historique pour
plutôt focaliser les recherches sur le problème
de l'identité de Jésus (fut-il un "homme
de Dieu" thaumaturge ? un prophète, héritier
de Jean-Baptiste ? un prétendant à la royauté
d'Israël ?).
Mais bien sûr, ce n'est pas uniquement parce que
le "mythisme" est condamné par la plupart des exégètes
qu'il ne me séduit pas, mais puisque j'ai déjà
eu l'occasion d'expliquer pourquoi la thèse d'un
"Jésus mythique" me paraît peu satisfaisante,
je vous invite à consulter ces anciens courriers
: Clic
!, Clic
!, Clic
!, et Clic
!.
On pourrait sans doute encore ajouter bien d'autres arguments
en faveur de l'historicité de Jésus.
Par exemple : si Jésus n'est qu'un mythe créé
de toutes pièces, comment expliquer les contradictions
internes des Évangiles qui présentent le
Christ tantôt comme un prophète, tantôt
comme un guérisseur, tantôt comme un prétendant
au trône d'Israël. Un Jésus mythique,
lui, aurait été bien plus "monolithique"
; il aurait été d'emblée paré
de tous les attributs d'un demi-dieu, ou d'un dieu incarné.
Puisque ce n'est pas le cas, puisqu'il fallut presque
un siècle et demi aux premiers Chrétiens
pour transformer un Jésus-homme en Jésus-Dieu,
c'est bien qu'un Jésus historique, bien réel,
résistait à sa "mythification" : un Jésus
fait de chair de sang, et dont le souvenir était
resté vivace. |
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11 Septembre 2003 |
| Benjamin
(Voir ici : Clic
!) a écrit : |
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1.
ARRIUS ANTONINUS a été
proconsul de Galatie sous Marc Aurèle, de quelle
date à quelle date exactement ? |
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RÉPONSE : |
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Arrius Antoninus, originaire de Cirta (auj.
Constantine, en Algérie), consul suffect en 173,
aurait été proconsul d'Asie en 188-189 (donc,
à la fin du règne de Marc
Aurèle). C'est du moins ce qu'écrit
André Chastagnol dans une note de la Vie de
Commode de son édition de l'Histoire
Auguste ; mais je n'en suis pas plus sûr
que cela !
En effet, d'autres historiens semblent
plutôt situer son proconsulat pendant le règne
de Commode
: "en 184 ou 185" (Claude Lepelley) ou bien même
"à la fin des années 180" (G. W.
Bowersock).
Arrius Antoninus est surtout connu pour avoir conseillé
à des Chrétiens candidats au martyre d'aller
se jeter du haut des falaises ou de se pendre, plutôt
que de réquisitionner les tribunaux romains pour
assouvir leurs fantasmes masochistes (voir ici : Clic
!). |
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2.
Pourquoi dans votre page consacrée à Constance
ne parlez vous pas des Édits de persécution
anti-païennes datés du 23 novembre 353,
1er décembre 354 et 19 décembre 356 :
- L'Édit du 23 novembre
353 proscrivait l'interdiction des sacrifices nocturnes
sous peine de lourdes amendes.
- L'Édit du 1er décembre
354 étendait cette interdiction à
l'enceinte des temples.
Bien qu'ils s'appliquaient théoriquement à
tout l'empire, ces décrets semblent n'avoir été
mis en uvre "qu'en" Italie et en Anatolie.
- L'Édit du 19 décembre
356 proscrivait (cette fois sous peine de mort),
les rites utilisant des statues comme support. Il ne
concernait que la Gaule. Julien, à cette époque
César de Gaule, usa de son influence pour
limiter l'application des lois anti-païennes. Il
y eut tout de même des martyrs, notamment à
Vienne. (Source : Le B.A.-BA. du néo-paganisme
de Christian Bouchet).
Le fait que l'Édit de 356 ne s'étendait
qu'à la seule Gaule m'a interpellé.
Voici donc ma théorie, elle vaut ce qu'elle vaut
: Constance, qui rêvait de se débarrasser
de Julien, mais ne pouvait lui porter directement atteinte
sans attirer l'opprobre de sa femme Eusébie,
décida d'agir par des voies détournées
dans les années 350 ; les païens formaient
encore en Gaule une majorité écrasante,
et de prendre des mesures aussi sévères
à leur encontre n'aurait pas manqué de
provoquer un soulèvement général.
Constance espérait donc que Julien qui, jusque-là,
avait toujours fait preuve d'une extrême servilité
à son égard, obéirait sans discuter
aux directives de son "tonton préféré",
et que, du coup, il périrait de la main d'un
païen révolté. Mais sans aller jusqu'à
désobéir à son oncle chéri,
Julien fit toutefois le nécessaire pour que l'Édit
anti-païen de 356 soit appliqué avec la
plus grande tiédeur, et les païens de Gaule
ne prirent donc pas les armes
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RÉPONSE : |
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Cette explication de l'Édit de 356 - dont je
ne parviens décidément pas à trouver
la moindre trace dans ma documentation - me paraît
assez logique.
Toutefois, une chose me gêne : en hiver 356, Julien
n'était en Gaule que depuis un an. À cette
époque, il n'avait encore remporté aucun
succès significatif ; que du contraire ! il était
assiégé dans la ville de Sens par des bandes
de Barbares !
Ce n'est qu'en été de l'année suivante
(357) qu'il écrasera les Alamans à Strasbourg.
Si l'on peut éventuellement comprendre que Constance
II, ne souhaitant pas que Julien sorte grandi de son
gouvernorat des Gaules, n'a rien fait pour lui faciliter
la tâche, je me demande bien quel profit il aurait
retiré de l'assassinat prématuré
d'un César qu'il venait juste de nommer pour d'excellentes
raisons politico-stratégiques, et dont la gloire
ne lui faisait encore nulle ombre ? |
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Réponse de
Benjamin : |
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Mais justement, Constance avait
tout intérêt à profiter que Julien
soit aux prises avec les Barbares à Sens pour lui
faire contresigner cet Édit.
Je m'explique :
Les soldats, aux ordres de Julien,
avaient tous été recrutés au sein
de la paysannerie gauloise (intégralement païenne).
Constance, en lui imposant l'application de cet Édit,
à ce moment-là, multiplia ainsi les chances
de voir Julien mourir, car occupé qu'il était
à guerroyer, il n'aurait pas pu consacrer du temps
à déjouer tous les complots qui l'auraient
immanquablement visé.
Cela peut sembler bizarre que Constance
veuille du coup amoindrir ses chances de bouter les barbares
hors de Gaule, mais je crois, que depuis son impériale
capitale, il n'avait cure qu'une petite partie de l'empire
échappe plus ou moins à son autorité
; d'autant plus que la Gaule devait encore grouiller de
partisans vindicatifs de feu Magnence.
Que Julien, César
de fraîche date, ne fasse aucune ombre à
son cousin n'a rien à voir avec le fait que celui-ci
veuille l'éliminer. Constance avait déjà
tenté de lui nuire auparavant, et Julien ne devait
sa survie et sa nomination actuelle qu'aux bonnes grâces
de l'Impératrice Eusébie.
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NOTE DU
WEBMASTER :
En septembre 2005, notre correspondant Benjamin
Gras a publié :
La persécution
des païens dans l'Empire romain et l'Europe
du Moyen Age.
Pour plus de détails sur ce livre, voyez
ici : Clic
!
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RÉPONSE : |
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Je ne voudrais pas ergoter, et encore moins polémiquer,
mais il me semble que vous fondez votre théorie
sur une base peu solide. En effet, s'il n'est pas douteux
que Constance !!
chercha à liquider Julien
quand celui-ci fut proclamé Auguste à
Lutèce (quitte même à soudoyer des
Barbares pour qu'ils envahissent les territoires contrôlés
par l'usurpateur), il n'est pas du tout certain qu'il
adopta cette attitude dès l'entrée en fonction
de son jeune César.
Voyez ce texte de l'historien Zosime (VIe siècle)
:
(Après avoir fait exécuter Gallus,
le demi-frère de Julien) "Constance passa lui-même
de Pannonie en Italie, car il constatait que partout,
les territoires soumis aux Romains étaient en butte
aux attaques des Barbares : les Francs, les Alamans et
les Saxons s'étaient déjà emparés
de quarante villes situées sur le Rhin, les avaient
détruites de fond en comble et en avaient emmené
les habitants, qui formaient une foule innombrable, avec
une richesse de butin inestimable ; les Quades et Sarmates
faisaient en toute sécurité des incursions
en Pannonie et en Mésie Supérieure ; quant
aux Perses, ils ne cessaient de troubler l'Orient
(
) ; il réfléchissait donc à
cela et ne savait que faire : d'une part, il ne croyait
pas pouvoir seul suffire à porter remède
à une situation pareillement dégradée,
d'autre part il n'osait pas choisir un associé
à l'Empire à cause de son goût excessif
du pouvoir et parce qu'il soupçonnait qu'absolument
personne ne serait bien disposé envers lui.
Or cette difficulté le mettait dans un grand embarras
; comme l'Empire romain courait un très grave danger,
Eusébie, la femme de Constance, qui était
extrêmement cultivée et que son intelligence
plaçait au-dessus de son sexe, lui fait une suggestion
en lui conseillant de désigner un César
pour les provinces transalpines en la personne de Julien,
le frère consanguin de Gallus, le petit-fils de
Constance, celui précisément qui avait été
proclamé César par Dioclétien ; comme
Eusébie savait que l'empereur Constance était
plein de suspicion envers toute sa famille, elle persuada
son mari de la manière suivante. « Il
est jeune », dit-elle, « et d'un
naturel simple, il a passé toute sa vie à
s'adonner aux études, se trouve sans aucune expérience
des affaires, et sera mieux disposé envers nous
que qui que ce soit d'autre ; ou bien, la chance le favorisant
dans ses entreprises, il fera en sorte que l'empereur
prenne à son compte ses succès, ou bien
il aura été tué après avoir
subi quelque échec, et Constance n'aura désormais
plus personne qui, issu de la famille impériale,
soit susceptible d'être appelé au pouvoir
suprême »". (Zosime, Histoire nouvelle,
livre III, I : 1-3 - Traduction : François
Paschoud, Les Belles Lettres, 1979).
Comme vous le constatez, selon Zosime, le plan de Constance
(inspiré par Eusébie) était machiavélique
: si, contre toute espérance, Julien,
ce jeune homme obscur et inexpérimenté,
réussissait en Gaule, ses succès rejailliraient
automatiquement sur l'Auguste qui l'avait désigné
; en revanche, si Julien, envoyé au-devant des
Barbares "comme un agneau parmi les loups", échouait
(et Constance ferait tout pour cela) l'empereur pourrait
se débarrasser - aussi aisément que "légalement"
- du dernier représentant de la branche "légitime"
de la famille impériale, complètement discrédité
aux yeux des soldats.
Un plan certes machiavélique, mais qui ne pouvait
réussir qu'en laissant à Julien le temps
nécessaire pour "faire ses preuves", que ce soit
de manière positive ou négative. Il était
donc hors de question de l'exécuter - ou de le
laisser tuer - dès son arrivée en Gaule.
Le déstabiliser oui, le liquider non !
En outre, Eusébie avait, aux dires de certains
historiens, convaincu son impérial époux
que la stérilité de leur couple était
un châtiment divin : ils expiaient les crimes de
ce Constance qui avait sur les mains le sang de presque
tous les parents. Si l'empereur voulait un héritier
de son sang, il devait d'abord réparer ses torts
envers Julien, désormais seul survivant d'une lignée
exterminée, en lui donnant une chance de se distinguer.
Mais bien sûr, Dieu, qui sait faire la différence
entre crime et justice, accepterait que Julien soit dûment
châtié s'il échouait, ou s'il trahissait.
À cette dimension "rédemptrice" de l'élévation
de Julien peut encore s'en ajouter une autre :
"Désolée de n'avoir pas encore
d'enfants, (
) (Eusébie) se disait
que ce jeune homme de vingt-quatre ans, de lignée
illustre, pourrait, bien encadré, constituer une
solution d'attente, car elle n'avait pas renoncé
à donner à Constance l'héritier qu'il
fallait. Or, cet enfant hypothétique devrait grandir,
et cela prendrait quelque temps. Constance avait été
élevé au rang de César par Constantin
son père à l'âge de sept ans
C'était, certes, peu de chose ; encore fallait-il
durer ! La nature ayant horreur du vide, Eusébia
se disait que Julien garderait sagement la place, décourageant
ainsi dans l'immédiat les ambitions qu'elle sentait
cheminer dans l'ombre. (
) Enfin, Eusébia
pensait à tout : en patronnant ouvertement Julien,
elle s'en faisait un allie dans l'avenir. On vivait des
temps difficiles ; s'il arrivait malheur à Constance,
elle trouverait en Julien un homme lige, animé
des meilleures intentions envers elle et envers le possible
prince héritier, C'était décidément
la bonne solution : Julien César" (Lucien Jerphagnon,
Julien dit l'Apostat, Seuil, 1986)
Évidemment, Constance prit toutes les dispositions
pour que Julien échouât
Mais de là
à le livrer pieds et poings liés aux assassins
ou aux Barbares, c'est une autre histoire !
On en aura d'ailleurs la preuve après la levée
du siège de Sens (fin janvier 357), lorsque Constance
piqua une colère de tous les diables en apprenant
que Marcellus, commandant en chef des armées des
Gaules, n'avait pas levé le petit doigt pour secourir
Julien assiégé : "Lorsque Constance apprit
l'inaction de Marcellus, il se fâcha. Qu'il souhaitât
voir Julien impopulaire était une chose ; mais
l'exposer à un danger mortel et laisser tomber
une place-forte entre les mains des Barbares, en était
une autre. Il s'étonna « qu'un généralissime
pût se montrer aussi indifférent au sort
d'un porteur de la pourpre impériale » et
le convoqua à Sirmium pour lui demander des comptes
(voir Ammien Marcellin, XVI, 11 : 1)" (Benoist-Méchin,
Julien ou le rêve calciné, Librairie
académique Perrin, 1977).
On ne peut pas non plus sérieusement soutenir
que Constance négligeait l'intégrité
territoriale de l'Empire et qu'il aurait fait passer "par
pertes et profits" la perte d'une province - surtout s'il
s'agissait de la Gaule, l'une des plus riches.
D'ailleurs, ne croyez pas qu'après avoir envoyé
Julien au-delà des Alpes combattre les Barbares
"à sa place", Constance se retira dans son palais
de Constantinople pour y goûter aux plaisirs du
farniente ! Que non point ! de juillet à
novembre 356, l'Auguste combattit les Alamans en
Rhétie puis rentra à Milan ; au printemps
357, il vint à Rome avant de repartir pour les
Balkans y repousser une invasion de Quades et de Sarmates
(été 357). Ensuite, il résida en
"zone de guerre", à Sirmium (auj. Mitrovica, en
Serbie) de l'automne 357 jusqu'à la fin de l'année
359, quand il partit pour l'Orient combattre les Perses.
Bien sûr, et je le répète, après
l'usurpation de Julien, on verra l'empereur inciter des
Barbares à attaquer son rival, mais c'est justement
parce que le pronunciamiento de Lutèce (voir
ici : Clic
!) avait créé une situation nouvelle,
potentiellement bien plus dangereuse, aux yeux de Constance,
que n'importe quelle invasion barbare.
J'ai déjà cité un extrait de l'ouvrage
que Lucien Jerphagnon a consacré à Julien
; en voici un autre où cet auteur trace un portrait
de Constance qui me semble fort judicieux parce que s'écartant
résolument du manichéisme convenu :
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"On lui connaissait un
caractère torve, teigneux même,
et surtout méfiant. Plusieurs fois
échaudé, il ne voyait que
par ses services secrets. Mais le moyen
de faire autrement quand un empire s'offre
six usurpations à la file ? Ce n'était
pas que Constance manquât des qualités
qu'il faut pour maintenir un empire : s'il
n'avait jamais vaincu personne, estimant
qu'il y avait des généraux
pour cela, il n'avait jamais non plus manqué
de courage et il portait toute son attention
aux frontières. Il maintenait. Sur
le plan civil, son gouvernement n'était
pas non plus sans mérites; sa gestion
était probe; il luttait tant bien
que mal contre les effets dramatiquement
inflationnistes de la réforme monétaire
héritée de son père.
Sa législation allait dans le sens
d'un ordre moral inflexible, vaguement inspiré
du christianisme, mais appuyé de
supplices qui font songer au cauchemar d'un
sadique plutôt qu'aux Béatitudes.
Lui-même se donnait pour chrétien
convaincu, encore qu'il attendît le
dernier moment pour concrétiser la
chose par le sacrement : même avec
le Bon Dieu il estimait qu'on n'est jamais
trop prudent. (
)
D'ailleurs, obsédé par
l'unité de l'Empire, qu'il sentait
jusque dans ses os, il ne se gênait
pas, quand il le jugeait bon, pour intervenir
de tout son poids, mais toujours de façon
oblique, dans les affaires intérieures
de l'Église, ou plutôt des
Églises, tranchant toujours entre
les diverses factions au bénéfice
de la seule raison d'État. (
) |
Paradoxalement, il était plus rigoureux
envers les chrétiens qui n'étaient
point de sa secte qu'à l'endroit des païens,
maintenant minoritaires en Orient, dès lors
que ces derniers ne l'obligeaient pas à faire
de la discipline. Il n'est pas sûr que Julien
l'ait sur ce point exactement compris. Faux comme
il n'est pas permis, mais doué de l'exacte
mémoire de ses sincérités successives,
capable de mentir au Bon Dieu lui-même, ne
laissant jamais deviner à qui que ce soit
la moindre de ses faiblesses dès lors qu'elle
n'était pas feinte, ni du reste la plus fugitive
de ses intentions, Constance n'était certes
pas sympathique, mais c'était un grand patron."
(Lucien Jerphagnon, op. cit.)
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Un tel homme ne pouvait certes pardonner à Julien
d'avoir accepté la couronne offerte par les soldats
gaulois mutinés. En revanche, je crois Constance
assez machiavélique pour offrir à Julien
une splendide occasion
de le décevoir, et
assez patient pour attendre le premier faux-pas de son
cousin avant de s'en débarrasser "légitimement".
Pourquoi se serait-il fatigué à élaborer
de nébuleux complots pour attenter à la
vie de Julien puisque toutes les précautions avaient
été prises pour que Julien ne revienne pas
vivant des Gaules, ou pour qu'il apporte à son
cousin sa propre tête sur un plateau ?
Il suffisait seulement de laisser pourrir la situation
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