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Sommaire Septembre 2003 :
- 1er Septembre :
- Lucius Verus raffolait des bourrins ! : Clic
!
- 2 Septembre :
- La mort de Britannicus : du choc des esprits jaillit
le doute ! : Clic !
- 3 Septembre :
- Deux livres d'Anne BERNET : Mémoires de Ponce
Pilate et Les Chrétiens dans l'Empire romain : Clic !
- 5 Septembre :
- 5 Septembre :
- Recherche d'infos sur les légions XXIV et XXX : Clic !
- 5 Septembre :
- Le règne d'Hadrien : les sources ? : Clic !
PAGE
SUIVANTE
- 7 Septembre :
- À la recherche d'un buste de Théodose le
Grand : Clic !
- 7 Septembre :
- Ne pas confondre Ptolémée XIII et Ptolémée
XIV : Clic !
- Le grand Jules et Cléo sur le Nil : la croisière
s'amuse !
: Clic !
- 8 Septembre :
- L'équipement des légionnaires : Michel ELOY
effectue une "revue de détail" : Clic !
- Bibliographie : Les soldats de l'Antiquité : Clic !
3e
PAGE
- 9 Septembre :
- "Romanophile" convaincu, Philippe cherche à acquérir
des objets romains : Clic !
-
ainsi qu'un catalogue officiel des monnaies
romaines : Clic !
- Philippe recherche aussi le "livre parfait" sur l'histoire
romaine : Clic !
-
Et se pose de petites questions sur :
- L'empereur préféré du webmaster
de ce site : Clic !
- Le "moins pire" des empereurs romains : Clic !
- La responsabilité de Néron dans
le grand incendie de Rome : Clic !
- La date de naissance du grand Jules (101 ou 100
av. J.-C. ?) : Clic !
- Ponce Pilate, sa conversion au christianisme et
sa participation à la bataille de Teutoburger
Wald : Clic !
- 10 Septembre :
- Jésus : rien qu'un mythe ? : Clic !
- 11 Septembre :
- Arrius Antoninus, un gouverneur romain pragmatique ! : Clic !
- Les lois anti-païennes de Constance II : Clic !
- Constance II promulgua-t-il ces lois pour se débarrasser
de Julien, son César fraîchement
émoulu ? : Clic !
4e
PAGE :
- 14 Septembre :
- Après la Crucifixion, plus personne n'y croit
sauf les Saintes Femmes ! : Clic !
- 17 Septembre :
- À la recherche de la date de composition des Cynégétiques
d'Oppien : Clic !
- 23 Septembre :
- Quels empereurs saint Paul a-t-il "connu" ? : Clic !
- 25 Septembre :
- Quand Constance II est-il mort ? : Clic !
- Septembre 2003 :
RECHERCHE
DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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1er Septembre 2003 |
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Gricca
a écrit : |
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Tout
le monde s'intéressant à l'empire romain
connaît l'histoire de Caligula
octroyant à son cheval préféré
Incitatus le consulat, mais personne pratiquement
ne connaît la passion de Lucius
Verus (empereur avec Marc
Aurèle de 161 à 169) pour les
chevaux de course. Il pouvait passer des jours
entiers à assister à des courses de
chars au "Circus Maximus". Il possédait des
chars et un grand nombre de beaux chevaux, pour lesquels
il entretenait une correspondance avec quelques célèbres
éleveurs pour s'informer de leurs méthodes
d'élevage. Il les aimait tellement qu'il recueillait
les vieux chevaux qui ne pouvaient plus courir et
les faisait soigner à ses frais dans ses propriétés.
Il s'enticha en particulier d'un cheval de cirque
nommé Volucris (l'Oiseau), qu'il se
faisait amener en son palais couvert d'une housse
de pourpre avec toutes les marques d'honneur. Il voulait
qu'on récompensât son agilité
à la course par des boisseaux de pièces
d'or et faisait garnir son râtelier de raisins
secs et d'amandes, il lui fit même bâtir
un tombeau. Verus alla jusqu'à porter sur lui
une statuette en or de son cheval préféré
et à appeler Volucris un grand vase à
boire dont il se servait durant ses orgies.
Mais ces excès, reflet
de l'opulence et de la dissipation corruptrices présent
dans les grandes aristocraties antiques, restaient
toutefois plus raisonnables politiquement que ceux
de Caligula et moins cruels que ceux de Valentinien
Ier (364-375), empereur implacable, qui faisait
jeter des condamnés à mort dans les
cages de ses deux animaux préférés
; d'Innocence et de Miette d'Or, deux vigoureuses
femelles ourses. |
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2 Septembre 2003 |
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Yves a écrit : |
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Je viens de lire votre analyse
de l'assassinat de Britannicus : quoique critique
par rapport aux sources de Tacite, vous semblez admettre
la possibilité de cet empoisonnement, fut-ce par
Agrippine.
Je vous propose ci-dessous l'analyse
de Georges-Roux, qui me semble démontrer de manière
magistrale que cet "empoisonnement" n'est qu'un mythe.
On ne prête qu'aux riches et on a ajouté
aux autres crimes du personnage celui-ci (ainsi que l'incendie
de Rome d'ailleurs, dont il est très invraisemblable
qu'il ait été criminel).
Le récit que
je viens de donner (Georges-Roux vient de faire la
synthèse des sources antiques sur le sujet) est
celui généralement admis, il est reproduit
par tous les auteurs. L'empoisonnement de Britannicus
par Néron constitue l'un de ces faits historiques
que l'on ne songe jamais à mettre en doute.
Il a pour lui :
1° Un caractère de cohérence. La
scène est précise et vivante à
souhait.
2° L'autorité des textes. Suétone
et Tacite sont également formels et parfaitement
concordants.
3° La vraisemblance de l'accusation. L'empereur
a un intérêt certain à la disparition
de celui qui pour lui représente un foyer d'intrigues,
qui peut devenir une source de séditions. On
connaÎt le vieil adage latin Is fecit cui
prodest, « celui-là l'a fait à
qui cela profite ».
Toutefois avec le regret de démolir une histoire
aussi dramatique, j'assure tranquillement qu'ainsi contée,
et reçue, elle a toutes chances d'être
complètement fausse.
1° Suétone et Tacite écrivent
cinquante ans après l'événement,
en pleine période anti-néronienne, dans
des conditions personnelles que nous verrons au chapitre
XXVIII.
2° Chez les contemporains, silence total.
Sénèque, même condamné, même
au moment de sa mort, rédigeant un long discours,
n'attaque pas sur ce sujet.
Idem pour Pétrone dans des conditions semblables.
Vindex, le promoteur de la révolte qui met fin
au règne, lance contre Néron une longue
et virulente proclamation dont le texte est donné
au chapitre XXII. Il l'accuse, avec raison, du meurtre
d'Agrippine, il n'a pas un mot pour Britannicus.
Plutarque se tait également : il dit que Néron
est l'assassin de sa mère, il ne fait aucune
allusion à Britannicus.
3° Tous les avocats, tous les magistrats seront
d'accord sur ce fait : le poison est essentiellement
une arme féminine. Les annales judiciaires sont
constantes : dans les procès de poison, on ne
rencontre pour ainsi dire jamais d'hommes, rien que
des femmes. Il y a des empoisonneuses, très exceptionnellement
des empoisonneurs.
4° Néron, en d'autres occasions, lorsqu'il
frappera des ennemis, n'utilisera jamais le poison ;
il emploiera toujours le glaive.
5° Si Néron veut se débarrasser
de Britannicus, pourquoi, à défaut d'un
procès évidemment difficile, ne l'exile-t-il
pas tout simplement dans une Île lointaine et
déserte, ainsi que, précisément,
pour des raisons identiques, Tibère l'a fait
pour son petit-fils Agrippa Postumius ? C'est bien la
solution la plus facile. D'autant que dans ladite Île
lointaine et déserte, tout devient ensuite plus
aisé. Exemple encore : Agrippa Postumius trucidé
sans incident.
6° S'il doit y avoir empoisonnement, on comprendrait
un empoisonnement lent, agissant avec retardement. L'empereur
le peut plus sûrement. Nous avons vu qu'il a entouré
Britannicus d'agents à sa discrétion.
7° Dans le texte de Tacite il y a quelque chose
d'un peu théâtral qui choque. Un criminel
recherche rarement des effets scéniques. On peut
se demander si, comme le lui reproche Napoléon,
le grand écrivain n'a pas « voulu
faire un tableau ».
8° Néron veut tuer Britannicus. Très
bien. Il a ses raisons. Mais pourquoi choisit-il un
banquet public, en plein palais, avec une foule de convives
? Le crime pouvait paraÎtre signé, patent.
Cette "exécution" du prince devant toute la cour
assemblée est un peu étonnante, assez
invraisemblable.
9° Elle serait une provocation inouïe.
Or, une provocation n'est guère dans le caractère
de l'impérial poltron. Néron n'est pas
homme d'audace. D'autant qu'agissant en pleine Rome,
il risque des réactions. Il ne s'en est pas produit,
mais on peut les redouter. On les a tellement craintes
que les funérailles sont entourées de
toutes sortes de précautions qui contrastent
avec leur absence lors du repas.
Voilà déjà
un certain nombre de points troublants. Ce n'est pas
tout. Le récit traditionnel comporte deux autres
lacunes, beaucoup plus graves encore. Tout l'édifice
du crime, tel qu'il est raconté par Tacite, tourne
autour du fait qu'à un breuvage trop chaud on
a ajouté une eau empoisonnée. Revoyons
le passage de près. Tacite ne met pas en doute
que l'esclave de confiance de Britannicus n'ait parfaitement
rempli ses fonctions, il n'allègue ni ne suggère
sa complicité. Puisque le premier breuvage était
si brûlant qu'il semble ne pouvoir être
absorbé, on n'a pu y goûter convenablement
et l'homme doit éprouver le suivant. Or, dit
Tacite, « on ne voulait ni omettre cet usage,
ni déceler l'attentat par la mort de l'un et
de l'autre », ce qui, précisément,
serait arrivé si l'esclave y avait trempé
les lèvres, comme ç'eût été
son devoir de le faire. On a donc très exactement
couru le risque même contre lequel on nous dit
qu'on voulait se prémunir.
Enfin voici le fait capital.
Tacite précise que Britannicus, à peine
touche-t-il à la coupe fatale qu'immédiatement
il s'effondre, inanimé, perdant tout à
la fois, dit-il, la voix et l'esprit. Ut vox pariter
et spiritus raperentur. Le verbe latin rapere,
qui a donne le mot français rapt, signifie :
ravir violemment, précipitamment. Le malheureux
n'aurait même pas eu le temps de prononcer quelques
mots, il est tombé raide mort. Tout cela suppose
l'emploi d'un poison littéralement foudroyant.
Ce point essentiel soulève
des questions techniques. On ne se les est pas posées.
Je me les suis posées ; j'ai consulté
des techniciens, c'est-à-dire en l'espèce,
des chimistes et des toxicologues. Ils m'ont fait une
série d'observations du plus haut intérêt,
que je vais maintenant rapporter le plus clairement
possible.
A moins que les Romains n'aient
connu un corps chimique que nous ignorerions, hypothèse
peu vraisemblable en l'état d'avancement de la
science moderne, le relevé des poisons violents
est facile à dresser ; ce sont : la ciguë,
la muscarine, l'acide oxalique, l'aconit, la belladone,
la strychnine, le woorara (ou curare), l'acide prussique.
Les cinq premiers, ciguë,
muscarine, acide oxalique, aconit, belladone, ne provoquent
la mort qu'au bout de deux heures au moins, quelquefois
six à huit heures. En appendice, on trouvera
un tableau détaillé. Sans compter que
la muscarine produit sur le corps des taches violettes
et la belladone des plaques rouges, alors que le lendemain
de la scène tragique on aurait vu sur le cadavre
des taches noirtres. Même avec la strychnine,
le décès n'intervient qu'entre vingt et
soixante minutes. Et vingt minutes, c'est long. Comptez-les
!
Il ne reste que deux poisons
aux effets vraiment immédiats : le woorara, l'acide
prussique.
Le woorara, plus communément
appelé curare, est utilisé par les Indiens
de l'Amérique qui en garnissent la pointe de
leurs flèches et, retenons-le, ne s'en servent
que de cette manière, nous allons voir pourquoi.
Le curare tue en cinq à dix minutes. Mais le
curare, pris par voie buccale, est à peu près
sans action sur le tube digestif. Il faut qu'il soit
directement injecté dans le sang ; il n'est efficace
que par piqûre. Or Britannicus n'a pas été
piqué.
L'acide prussique, ou plus
exactement acide cyanhydrique, abat un homme en deux
ou trois minutes. C'est une ampoule de ce produit qu'utilisa
Hermann Goering en 1946, après le procès
de Nuremberg ; le temps d'un spasme et il se renversait,
inanimé. L'acide cyanhydrique correspondrait
parfaitement au récit de Tacite.
Il n'a été découvert qu'en 1782,
par un savant allemand, d'où son surnom d'acide
prussique. Il peut s'extraire de différents minéraux
ou végétaux, après des préparations
assez compliquées. Il apparaÎt comme peu
probable que les Romains l'aient connu et su le dégager.
En admettant qu'ils l'aient connu et pu le préparer,
son emploi dans l'affaire de Britannicus se heurte aux
deux objections suivantes :
D'abord, l'acide cyanhydrique dégage une odeur
très particulière et très forte.
Elle n'aurait pas manqué d'attirer l'attention
ou du serviteur ou du prince, ou des deux ; ils auraient
instinctivement repoussé la coupe nauséabonde.
Surtout, et cela est décisif, le poison ne peut
être d'effet foudroyant que s'il est concentré,
or précisément Tacite dit qu'il a été
dilué.
Le maÎtre de la toxicologie
moderne, le professeur Kohn-Abrest, m'a écrit
le 5 décembre 1961 : « Je ne connais
guère de poisons dont l'absorption ou plutôt
l'ingestion à dose non massive puisse produire
la mort immédiate. Par dose massive, j'entends
celle qui dépasse de beaucoup la dose toxique.
Et lorsqu'il s'agit d'une ingestion à dose massive,
l'aspect de la préparation et ses autres caractères
organoleptiques ne passent pas inaperçus. »
En conclusion, nous pouvons
être formels : dans les conditions qui nous sont
rapportées, Britannicus n'est pas mort d'un empoisonnement
par Néron.
(
)
Alors, qu'a-t-il pu se passer
? Car, tout de même, le jeune prince est tombé
raide mort.
L'explication m'est fournie
par un des experts des tribunaux de la Seine, le docteur
Raymond Martin. Je donne en appendice sa réponse
intégrale aux questions que je lui ai posées.
Le docteur Raymond Martin, après avoir déclaré
: « les poisons susceptibles d'amener une mort
instantanée sont inconnus des Romains »
ajoute : « la mort foudroyante de Britannicus
ressemble fort à l'une de ces ruptures d'anévrisme
que fréquemment on constate au cours de crises
d'épilepsie ».
Britannicus est, on le sait, sujet à des crises
d'épilepsie. Qu'il en ait eu une ce soir-là
est tout à fait possible. Le lecteur notera que
« l'accident » s'est produit pendant
un banquet au cours duquel le chétif adolescent
a peut-être mangé et bu davantage que de
coutume. Qu'il ait été alors pris d'un
accès de son mal est très vraisemblable.
Suétone et Tacite auraient-ils
menti ? Je ne dis pas du tout cela, je ne les accuse
nullement. Je suppose qu'ils ont simplement accordé
crédit à des rumeurs qui ont dû
courir et qui sont parfaitement explicables. Le palais
des Césars est la maison des forfaits. Les meurtres,
les assassinats, les empoisonnements y sont de pratique
courante. Cet effondrement de Britannicus, survenant
si opportunément, est suspect. Et les hommes
de ce temps, dont les connaissances médicales
sont médiocres, ignorent probablement ce que
nous savons sur « les ruptures d'anévrisme
au cours de crises d'épilepsie ». L'expérience
nous enseigne que, dans des cas semblables, l'opinion
publique, dans un mélange de malignité
et d'ignorance, tend instinctivement à attribuer
au crime des décès qui ont pu sembler
étranges, mais qui ont, en réalité,
des causes très naturelles. L'histoire en est
pleine d'exemples. Nos chroniques sont encombrées
de condamnations spectaculaires suivies de rectifications
également fracassantes, généralement
tardives.
Ici, il n'aura fallu que deux
mille ans.
GEORGES-ROUX, Néron,
Grandes études historiques, Fayard, 1962
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RÉPONSE : |
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Grosso modo, ce texte ne dit guère autre
chose que ce que j'ai écrit dans ma
notice où, la thèse de la mort naturelle
étant privilégiée, l'hypothèse
d'une responsabilité d'Agrippine
dans le décès de Britannicus n'est évoquée
que pour satisfaire ceux qui tiendraient "mordicus à
la thèse de poison" (sic).
Par honnêteté, je me dois toutefois de vous
signaler que l'excellent historien Eugen Cizek ne partage
pas du tout l'avis de Georges-Roux (qui est aussi le vôtre
et le mien) et se montre très sceptique - et c'est
un euphémisme - quant à l'innocence de Néron.
Voici en effet qu'il écrit :
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"Mais, de tous ces rivaux (les survivants
de la famille Julio-claudienne), le plus dangereux
fut sans conteste Britannicus, le propre fils
de Claude. Le jeune garçon n'avait que
quatorze ans lorsque Néron, en février
55, le fit empoisonner. Avec lui, s'éteignait
« le dernier représentant du sang
des Claudius » (TAC., Ann., 13,
17, 3). La position officielle de Britannicus
était importante : une inscription lui
donne la qualité de frère de l'empereur
et l'appelle Tiberius Claudius Caesar Britannicus
(CIL, VI, 922: M. Smallwood, n' 108). A
dire vrai, Britannicus avait ses partisans : discrets,
ils le préféraient au fils d'Agrippine
depuis la mort de Claude et considéraient
comme nulle et non avenue cette adoption par laquelle
ce dernier avait fait de Néron son fils
aîné.
D'autres causes expliquent la liquidation
de Britannicus. Pour Suétone, Britannicus
aurait été doté d'une belle
voix, ce qui aurait suscité chez Néron
une jalousie d'artiste (SUET., Ner., 33,
3). En fait, l'empereur n'était pas encore
passionné par son art au point de faire
supprimer un simple amateur. Il s'agit là
simplement d'un écho des succès
remportés par Britannicus, lors des Saturnales
de l'année précédente, quand
le jeune garçon avait introduit, dans sa
chanson, des allusions à son triste sort
de prince frustré de ses droits (TAC.,
Ann., 13, 15, 2-3). Tacite, lui, est plus
judicieux. Il souligne d'abord la popularité
de Britannicus ; puis l'âge du jeune homme,
près de revêtir la toge virile ;
enfin, les menaces d'Agrippine, qui, se sentant
écartée du pouvoir, brandissait
le spectre d'une alliance avec les partisans de
Britannicus (Ann., 13, 14, 4-7 ; 15, 1-5).
Ce dernier point est loin d'être négligeable.
Une telle coalition était d'autant plus
vraisemblable que l'impératrice souhaitait
poursuivre la politique de Claude. Et cette politique,
seul Britannicus était à même
de l'incarner.
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Néron organisa soigneusement
le meurtre. Locuste fut chargée de
préparer le poison. Au cours d'un
dîner « un breuvage encore
innocent, mais très chaud est servi,
après essai, à Britannicus,
puis, comme il le repoussait à cause
de son extrême chaleur, on y verse,
avec de l'eau fraîche le poison qui
se répandit dans tous ses membres
avec une rapidité telle que la parole
et la vie lui furent ravies à la
fois » (TAC., Ann., 13, 16,
3). Aux convives effrayés, Néron
déclara avec calme que Britannicus
avait une de ces crises d'épilepsie
dont il était coutumier depuis sa
prime enfance. La même nuit, ou le
lendemain, Britannicus fut enseveli en hâte,
sans pompe et sous une pluie battante (TAC.,
Ann., 13, 7, 1-2 ; SUET., Ner.,
33, 6). La version de la crise d'épilepsie
demeura la version officielle. Sénèque
s'y rallia, proclamant bientôt Néron
totalement innocent dans cette affaire.
Une active propagande officielle fit le
reste. Huit ans plus tard, une inscription
d'Amisus, ville du Pont, en célébrant
ensemble Néron, Poppée et
Britannicus (Supplementum Epigraphicum
Graecum, 16748 : M. Smallwood, n°
112), signifiait que ce dernier était
toujours considéré comme un
membre majeur de la famille impériale,
un membre dont il fallait honorer la mémoire.
Aujourd'hui même, certains historiens
doutent de la réalité de ce
meurtre et n'écartent pas l'hypothèse
d'un décès lié à
sa maladie, invoquant le silence de Plutarque
sur ce point. Mais ils sont exceptions.
L'accord est en effet quasi général
pour dire qu'il y a bien eu empoisonnement.
Les témoignages contemporains, par
exemple ceux de Pseudo-Sénèque
(Octau., 45-46 ; 67-69 ; 112 ; 114
; 226 ; 242 et 617) et de Flavius Josèphe
(Ant. Iud. 20, 8, 2 ; Bel. Iud.,
2, 13, 1), suffisent à s'en convaincre.
Et maints autres écrivains soutiennent
cette thèse (SUET., Ner.,
33, 5-6 ; DIO 61, 1, 7 ; 7, 4 ; EUTROP.,
7, 14, 3).
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C'est aussi la nôtre.
Les sénateurs de l'époque, pour
la plupart, fermèrent les yeux sur ce crime
ou l'excusèrent (TAC., Ann., 13,
17, 2). En effet, ils redoutaient, d'une alliance
entre Agrippine et Britannicus, un retour à
la politique de Claude (
)"
(Eugen CIZEK, Néron, pp 53-54,
Marabout Histoire, N° 466). |
Dois-je vous préciser que l'exposé "magistral"
que vous m'avez envoyé cadre mieux avec mes modestes
hypothèses que celui-ci ?
En tout cas, voici
bien la preuve que la mort - naturelle ou non - de Britannicus
reste encore bien mystérieuse
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Yves réécrit : |
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J'ai été vivement
intéressé par ce texte de Cizek
L'argumentation à laquelle il se rallie repose
uniquement sur le consensus quasi général
des contemporains. Cet argument est faible vu le nombre
de précédents où une erreur a fait
figure de dogme pendant des siècles (Cf.
"La dent d'or" de Fontenelle, dans L'Histoire des Oracles).
D'autre part, iI ne me semble pas assez solide pour contrebalancer
l'étude toxicologique que propose l'extrait de
Georges-Roux.
En effet, le poison aurait été
dilué dans de l'eau froide, elle-même mélangée
à la boisson trop chaude de la victime. Alors,
de deux choses l'une : ou les Romains n'en savaient pas
plus que nous en toxicologie et il est clair que Locuste
n'a jamais disposé d'un poison assez violent et
insipide pour tuer Britannicus de manière foudroyante
après dilution (donc à dose non massive)
; ou bien elle seule aurait connu ce secret et l'aurait
emporté dans la tombe puisque malgré les
"disciples" que cet exploit lui aurait valu selon Suétone
nous sommes ignorons toujours l'existence d'un tel poison.
Suétone signale d'ailleurs les tâtonnements
de l'empoisonneuse incapable au début de fournir
à Néron un produit efficace.
Je reste donc partisan, tant que
nous n'aurons pas une meilleure démonstration,
d'une mort naturelle. Du reste Néron n'avait aucun
intérêt à un assassinat aussi spectaculaire.
Toutefois, cela ne disculpe pas
forcément Néron : selon Suétone,
une tentative d'empoisonnement précédente
aurait donné à Britannicus de simples maux
de ventre. Si elle est avérée, l'intention
d'empoisonner est patente. Une seconde tentative avec
un produit différent, a peut-être déclenché
une crise d'épilepsie qui s'est compliquée
d'une rupture d'anévrisme. Je n'ai aucune compétence
pour affirmer cela, mais je préfère consulter
les experts en toxicologie plutôt que les historiens
sur une pareille question. |
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RÉPONSE : |
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Vous avez sans doute raison
Toutefois, il me semble que, dans cette "affaire Britannicus"
comme dans bien d'autres mystères de l'histoire,
il faut se résoudre à ne jamais pouvoir
connaître la vérité.
Faute d'aveux de l'éventuel responsable du crime,
faute d'autopsie approfondie du défunt - et encore,
car, même de nos jours, les médecins légistes,
malgré tout leur attirail scientifico-technologique,
peinent à déceler les traces de certains
poisons - et avec, comme seule source d'information, les
récits malveillants d'historiens hostiles au principal
suspect, les causes de la mort du "frère" de Néron
resteront, hélas, toujours hautement conjecturales.
Bien sûr, et je suis entièrement d'accord
avec vous; le crime paraît assez invraisemblable
Mais justement, l'histoire n'est pas toujours "vraisemblable"
! |
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3 Septembre 2003 |
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Philippe
a écrit : |
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| Concernant
l'histoire de Pilate, je vous recommande le dernier livre
d'Anne BERNET : Mémoires de Ponce Pilate.(éditions
Plon)
Roman historique, certes,
mais très intéressant car nous livrant une
autre vision de ce personnage méconnu.
À la lecture de vos courriers,
certaines personnes trouveront aussi des réponses
dans l'étude très sérieuse de cette
même historienne ; Anne BERNET, Les Chrétiens
dans l'Empire Romain (éditions Perrin).
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5 Septembre 2003 |
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Jean
a écrit : |
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| Je vous propose
de visiter mon site : |
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5 Septembre 2003 |
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H. Montibert a écrit : |
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Je suis de la Fédération
Nationale des Utilisateurs de Détecteurs de Métaux
(FNUDEM) reconnue par le Ministère de la Culture
Française, et l'un de nos prospecteurs sur l' un
de nos sites me demande des renseignements sur la 24
et 30e légion Romaine.
Pourriez-vous me fournir soit des
renseignements sur ces légions, ou me donner le
nom d un site ou je pourrais avoir des informations.
Je vous en remercie par avance,
et vous invite cordialement à venir nous visiter
:
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RÉPONSE : |
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Malheureusement, mon site empereurs-romains.net
n'étant pas spécifiquement consacré
à l'armée romaine - même s'il arrive
qu'au détour d'un courrier, ce thème soit
occasionnellement abordé - je ne dispose personnellement
d'aucune information sur les légions XXIV et
XXX.
Cependant, ces quelques pages internet devraient fournir
à votre correspondant quelques informations fort
utiles (surtout s'il maîtrise la langue de Shakespeare)
:
- The Roman army page : Clic
!
- The Roman legions : Clic
!
Sur cette page, vous trouverez une liste des légions
romains où figure bien la legio XXX (voir ici
: Clic
!).
En revanche, pas de trace de la legio XXIV (laquelle
d'ailleurs ne semble apparaître sur le Net que
dans le cadre d'une "reconstitution" américaine
: Clic
!)
Désolé de ne pouvoir mieux vous renseigner.
Toutefois, comme je me propose - ne serait-ce que pour
y référencer votre excellent site prospectus-online.net
- de "publier" votre demande dans les pages réservées
au courrier des visiteurs de mon site. Peut-être
un internaute, pluss avant que moi, pourra-t-il nous donner
des informations plus détaillées sur ces
légions. Naturellement, je me ferai un devoir -
et un plaisir - de vous les transmettre aussitôt. |
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5 Septembre |
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Charlotte a écrit : |
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J'aimerais savoir quels auteurs
latins auraient parlé de l'empereur Hadrien
dans un de leurs textes. Ou même mieux, quel auteur
latin aurait écrit sur la vie d'Hadrien. |
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RÉPONSE : |
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Conscient qu'une bonne partie du Sénat était
résolument hostile à sa politique, et n'ignorant
que les futurs historiens risquaient fort de relayer les
médisances répandues sur lui, Hadrien,
en homme supérieurement intelligent qu'il était,
avait pris la précaution de rédiger ses
mémoires. Peut-être aussi cet empereur quelque
peu vain de son petit talent littéraire estimait-il
que personne d'autre que lui n'était digne - ou
capable - de relater la vie de l'homme exceptionnel croyait
être.
Malheureusement l'autobiographie d'Hadrien n'est pas parvenue
jusqu'à nous. Une perte d'autant plus regrettable
que les sources antiques sur le règne d'Hadrien
ne sont pas légion !
En fait, l'essentiel de ce que nous savons de cet empereur
est concentré dans deux uvres seulement :
- Dans le chapitre 69 des Histoires de Dion Cassius,
un auteur qui écrivait environ un siècle
après Hadrien (traduction anglaise disponible
sur le site Lacuscurtius
: Clic
!)
- Et dans la Vie d'Hadrien d'un recueil tardif
(fin du IVe siècle) de biographies impériales,
connu sous le nom d'Histoire
Auguste. Texte latin : Clic
! -Traduction anglaise : Clic
!.
Je ne puis bien évidemment terminer ce mail consacré
aux sources du règne d'Hadrien sans vous signaler
cette bibliographie, établie par la Bibliothèque
des Sciences de l'Antiquité de l'Université
de Lille 3 (voir ici : Clic
!), et qui, le cas échéant, vous
permettra d'approfondir vos recherches. |
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