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Août 2003 (page 3/3)
Sommaire du mois d'Août : Clic
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24 Août 2003 |
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Gricca
a écrit : |
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Les personnages
qui refusèrent d'être empereurs
Le 11 août 2003, un internaute
posait la question pourquoi tant de prétendants
à l'Empire au cours de son histoire ? (voir ici
: Clic !) Il
existe aussi des personnages qui, choisis comme empereurs
par des militaires, refusèrent d'en assumer la
charge et ainsi ne figurèrent jamais dans les listes
des empereurs et usurpateurs romains. Le plus célèbre
est L. Verginius Rufus, légat de Germanie
Supérieure. Sa victoire en 68 sur le gaulois Vindex
le rendit si populaire que ses légions l'acclamèrent
par 3 fois empereur mais il ne voulut jamais accepter
ce titre, réitérant son refus après
la mort d'Othon
en 69. Il mourut en 97 dans un accident banal provoqué
par son âge avancé, il avait 83 ans. Il fut
trois fois consul en 63, 69 et le 1er janvier 97 comme
collègue de l'empereur Nerva. Il fut aussi le précepteur
de Pline le Jeune.
- La succession de Commode
assassiné le 31 décembre 192, donna lieu
à deux épisodes rapportés par Hérodien
et Dion Cassius où l'on voit Pertinax,
choisi comme empereur par le chambellan Eclectus et
Marcia l'ex concubine de Commode, hésiter devant
le Sénat et proposer le trône à
un sénateur plus illustre M'Acilius Glabrio,
mais celui-ci préféra s'effacer devant
Pertinax qui fut acclamé empereur. Cependant
sa politique de rétablissement de la discipline
et d'économie déplut aux prétoriens,
dont le préfet Laetus, qui, un peu à contre
cur, avait demandé à ses hommes
d'accepter le choix de Pertinax, chercha en les soulevant
à faire élire à sa place le consul
de l'année Q. Pompeius Sosius Falco, qui
avait reproché à Pertinax, Eclectus et
Marcia d'avoir servi Commode. La révolte ne trouva
aucun soutien populaire et fut rapidement réprimée,
et Falco, qui n'y avait pas pris une part active, fut
simplement obligé par Pertinax à se retirer
sur ses domaines probablement en février 193.
Il y eut aussi deux préfets
du prétoire qui refusèrent la pourpre :
- M. Oclatinius Adventus,
qu'après l'assassinat de Caracalla
en 217, les soldats, un peu décontenancés,
choisirent comme empereur, car ce membre de l'ordre
équestre était un vieux partisan "Sévérien",
mais en raison de son grand âge Adventus refusa
la pourpre qui fut alors donnée à son
collègue plus jeune Macrin.
Celui-ci en récompense le nomma préfet
de la Ville (Rome) avec le consulat ordinaire pour l'année
218. A Rome il ne fut guère apprécié
par le Sénat dont il n'était pas issu,
ce qui ne joua pas en faveur de Macrin, ce qui fait
qu'il resta consul avec le nouvel empereur Elagabal.
- Saturninius Secundus Salutius,
qui se voit offrir le trône après la mort
de Julien
en 363 (selon Ammien Marcellin, car Zosime, probablement
à tort, place cela après la mort de Jovien
en 364), ce gaulois païen cultivé, hautement
apprécié par tous pour son incorruptibilité
et impartialité, était devenu l'ami intime
de Julien, mais il refusa en raison de sa mauvaise santé
et de son grand âge, ce qui ne l'empêcha
pas de rester, avec une petite interruption, préfet
du prétoire d'Orient de Jovien et de Valens jusqu'en
367.
Après la déposition
de l'empereur Avitus
en 456, suivie peu de temps après de sa mort, Sidoine
Apollinaire nous parle d'une "conjuration Marcelliana"
en Gaule, dirigée par un leader Paeonius qui, assumant
"de facto" le titre vacant de préfet du prétoire
des Gaules, avait pris la tête d'un mouvement de
jeunes nobles destiné peut-être à
placer un Marcellin sur le trône. Ce Marcellin
est probablement le commandant militaire de Dalmatie,
qui depuis l'assassinat de son ami Aetius en 454, avait
rompu avec la cour de Ravenne. Mais là encore rien
n'indique que Marcellin favorisa cette idée d'être
empereur. C'est finalement un officier d'Aetius, Majorien
que l'armée acclamera empereur le 1er avril 457
et qui chargera son camarade Marcellin de défendre
la Sicile contre les Vandales. C'est dans cette île,
qu'il sera plus tard assassiné en août 468
et que Genséric, roi des Vandales, se serait écrié
"Les Romains se sont coupés la main droite, avec
la main gauche".
Enfin autre cas curieux, celui
du procurateur des deux Maurétanies Luceius
Albinus, un partisan d'Othon,
qui vers avril 69, ne se proclama pas empereur contre
Vitellius,
mais roi de Maurétanie sous le nom de Juba ; Tacite
(Hist. Livre II 58) précise toutefois que c'est
ce qu'on laissa croire pour justifier sa rapide élimination
par son collègue d'Espagne Cluvius Rufus qui s'était
senti menacé.
Comme on le voit le refus principal
de ces personnages à assumer la pourpre c'est leur
état de santé et l'âge, bien que cela
n'empêcha pas d'autres de l'accepter et, pour certains,
de se choisirent un collaborateur plus jeune, ainsi Galba
se choisit Pison,
Nerva
prit Trajan,
etc
Le problème de l'âge n'en était
pas un : Verginius Rufus vécut jusqu'à 83
ans et, dans la première moitié du VIe siècle,
on voit un haut fonctionnaire romain Libérius encore
actif jusqu'à sa mort le 13 août 554 à
89 ans. Sur ce Libérius, né vers 465 en
Italie, qui eut une très longue carrière
dans tout l'empire aussi bien en Occident (Italie, Sicile,
Espagne), qu'en Orient (Constantinople, Alexandrie) -
voir le site en anglais : ccat.sas.upenn.edu.
La santé semble aussi être une excuse commode
: ainsi Macrien,
qui ne pouvait monter à cheval et faisait état
de son oubli des choses de la guerre, s'engage pourtant
dans une longue campagne militaire devant le conduire
jusqu'à Rome. Il apparaît donc que l'ambition
ou la prudence de chacun, ainsi que les circonstances,
jouaient leur rôle dans l'acceptation ou non du
pouvoir, même si on nous rapporte les cas de généraux
qui durent accepter l'empire l'épée sous
la gorge, comme un arrêt de mort, où d'autres
plus nombreux qui se lancèrent dans l'aventure
sans grande chance objective de réussite, mais
devaient croire en leur bonne étoile (les présages
entraient en ligne de compte).
Peut-être connaissez-vous
d'autres personnages dépourvus d'ambition que j'aurais
omis et avez-vous votre opinion sur leur refus d'être
empereurs ? (mon mail : gricca@free.fr). |
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27 Août 2003 |
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Sophie a écrit : |
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Je suis passionnée d'histoire
romaine et d'archéologie, j'effectue des fouilles
archéologiques depuis 3 ans tous les étés
et je recherche des renseignements sur la pratique
du faux monnayage dans l'empire romain et plus généralement
dans le monde antique -> localisation des ateliers,
intérêts et identités des faussaires,
attitudes du pouvoir impérial à leur égard
et lois concernant la répression de cette pratique,
caractéristique des fausses monnaies (proportions
différentes dans les alliages des métaux
les plus chers ? placages de métaux précieux
?), relations éventuelles avec la crise économique
du IIIe siècle ?
Merci d'avance
Mlle Sophie - e-mail |
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28 Août 2003 |
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Jean-Do a écrit : |
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Je note sur votre site quelques-unes
de vos réactions systématiques qui m'amusent.
Nous n'avons manifestement vous et moi pas la même
manière de forcer la lecture de l'histoire. Et
pourtant il faut bien la forcer pour qu'elle livre ses
secrets et ses trésors comme une ville prise.
Vous relevez la correspondance
passionnée de Fronton et de Marc Aurèle,
mais preuve à l'appui (Mario Meunier dixit)
vous écartez toute possibilité d'un sentiment
autre que "une noble et pure amitié", "brûlante"
néanmoins - pour faire bon poids bonne mesure.
Il y a quelque temps, j'ai relu
la manière dont d'admirables livres d'anthologie
de la littérature française (pour ne pas
les nommer les Lagarde et Michard) cernaient en quelques
lignes les brûlantes découvertes de Gide
au Maroc : "Les ardentes surprises des oasis".
Bien malin celui qui, dans cette prude évocation
aussi floue qu'un mirage, aurait pu se douter que la traduction
en était : "Gide aimait à se taper de jeunes
Algériens". Dans la même collection d'ailleurs
je me souviens que l'évocation de la relation Rimbaud
- Verlaine était parfaitement incompréhensible
puisque toute sexualité en était évacuée.
Ainsi le coup de feu de Verlaine devenait encore plus
fou et aberrant qu'il ne l'était déjà
puisqu'on lui ôtait son cadre passionnel.
Prenez garde, vous qui décortiquez
si intelligemment les cancans de Suétone et des
pseudo Spartien, Capitolin, Lampride, Pollion et Vopiscus
de ne pas tomber dans ce travers que la divine Marguerite
évoque dans un de ces textes les plus fins consacré
justement à l'Histoire Auguste. Elle commente
ainsi le scepticisme des historiens modernes : "la
pruderie gourmée d'un certain type d'historiens
du XIXe siècle, leur curieux respect pour les gens
au pouvoir, même morts depuis dix-huit cents ans,
ou tout simplement le manque d'expérience de la
vie chez ces hommes de cabinet, leur firent souvent déclarer
impossibles ou improbables des faits qu'un lecteur plus
habitué à regarder en face la réalité
n'hésite guère à juger plausibles
ou à croire vrais. Les atrocités auxquelles
nous avons assisté en plein XXe siècle nous
ont appris à lire avec moins de scepticisme le
récit des crimes d'empereurs de la décadence
; et, en ce qui concerne l'histoire des murs, La
Rochefoucauld notait déjà que les débauches
d'Élagabal nous surprendraient moins si l'histoire
secrète de nos contemporains était mieux
connue." Et en l'occurrence sans aller jusqu'au "crime"
qui est un mot bien lourd pour qualifier ce genre de chose
(du moins quand on habite de ce côté de l'Atlantique)
vous savez sans doute comme moi que dans la Aula Regia
du Palais Blanc où règnent les prétendus
César de l'empire dominant de notre époque
les puissants aiment toujours à se livrer aux gâteries
que leur proposent leurs zélés secrétaires.
Ne me faites pas dire ce que je
ne dis pas. Je n'affirme pas que Marc Aurèle a
eu des relations amoureuses avec Fronton ou avec un quelconque
homme d'ailleurs - il me semble me souvenir qu'il existe
cependant une évocation des vagues hésitations
sexuelles de l'empereur dans ses Pensées où
traîne le nom d'un certain Théodote mais
je suis incapable de vous citer le passage car je n'arrive
plus à remettre la main sur le texte. Mais je trouve
que votre démonstration n'est pas convaincante
et que votre doute quant à la sexualité
des empereurs est révélateur de vos légers
a priori.
J'ai noté en effet cette
même réticence dans votre évocation
de l'expérience bithynienne de César avec
Nicomède où vous accusez la médisance
de Suétone et le peu de crédibilité
que l'on puisse accorder à l'évocation d'un
César passif dans un monde profondément
actif et phallocrate. Mais il semble bien que l'ambiguïté
du jeune César lui ait justement fortement nui.
Rappelez-vous la parole de Sylla : "Méfiez vous
de ce jeune homme à la ceinture dénoué"
(signe de négligente mollesse et d'efféminement).
On a, en outre, les fameuses litanies des légionnaires
qui accompagnaient le triomphe de César : " Voici
venir l'homme de toutes les femmes et la femme de tous
les hommes". On peut aussi penser que Suétone,
secrétaire ab epistuli d'Hadrien, aurait
sans doute quelque peine à trop insister sur un
travers que même l'empereur de son temps semble
partager si le fait n'était historique.
Allons, admettons que tous ces
indices d'une aventure masculine de César sont
encore douteux puisque après tout Suétone
en reste l'ultime dépositaire.
Mais là où je ne
peux vraiment pas m'empêcher de m'agacer c'est à
propos d'une de vos notices sur Antinoüs : "ce
fameux Antinoüs, ce beau et jeune homme (
)
qui fut le favori (ami ? amant ?) de l'empereur Hadrien,
qui se noya (suicide par honte ou par dépit amoureux
? sacrifice ?) dans le Nil en 130 ap. J.-C. et qui fut
placé au rang des dieux par son impérial
amant (ami ?) ".
Là vous dépassez
les bornes de la méfiance et de l'hypercritique.
L'Histoire Auguste évoque une folle passion
mais bien sûr c'est seulement l'Histoire Auguste,
je sais.
Mais la numismatique ? Mais les
objets à un sou de la propagande impériale
? Mais la cité d'Antinoé sur les lieux de
la mort de l'aimé ? Mais les preuves de sa divinisation
? Mais tout ce peuple de statues qui hantent tous les
grands musées du monde et, de la plus médiocre
à la plus belle, participent toutes à reconstituer
trait après trait un visage unique, un visage évidemment
aimé ? Cela fait sans doute longtemps que vous
n'avez pas regardé de près une statue du
jeune bithynien ? Regardez ce visage, ces grands yeux
obliques, cette gorge tendue, cette poitrine triomphante.
Ce ne sont pas les statues d'un ami et si l'affection
que lui portait Hadrien était certainement "socratique",
je me refuse à penser qu'elle ait pu demeurer "platonique".
Vous l'aurez compris sans peine,
je partage, comme le dit encore Yourcenar dans une autre
uvre, ces "mystérieuses appétences"
qui me poussent à préférer les anges
aux boucles de sel de Sodome plutôt que le fruit
d'Ève. Et bien je peux vous assurer que même
en ayant une conception très athénienne
de l'amour, c'est-à-dire en considérant
le rapport de l'éraste et de l'éromène
comme un moment privilégié de l'éducation
et de la formation de l'individu, même en considérant,
donc, que cette relation "platonique" se retrouvait dans
les rapports du vieil Hadrien (quelque cinquante ans passés)
et du jeune garçon (partageant sa vie environ entre
ses quinze et ses vingt ans), je vous assure, pour plagier
une expression triviale, qu'à la place d'Hadrien,
avec un Antinoüs dormant sous le toit de ma Villa,
je ne serais pas allé coucher dans le bassin du
Canope ou du Pcile.
Entendons-nous bien j'ai toujours
pensé que la sexualité des hommes illustres
et des grands artistes n'était jamais qu'un détail
tout à fait anecdotique dans leurs uvres,
sauf si l'anecdote devient Histoire elle-même (Si
L'homosexualité de Tchaïkovski ou de Shakespeare
sont essentielles à la compréhension de
leurs uvres je n'ai jamais pensé que celle
de Michel-Ange était indispensable à une
lecture du plafond de la Sixtine).
La sexualité de César
je vous la laisse, après tout elle est plus amusante
que véritablement importante bien qu'encore elle
pourrait insister sur ces traits particulièrement
marqués dans la personnalité de César
: l'ambition quels que soient les moyens (Suétone
parle de prostitution de César et on espère
dès lors que le jeune homme en tira au moins quelques
avantages dans sa carrière) et sa ténacité,
puisque si l'anecdote est vraie, il dut imposer son immense
figure de conquérant et de Maître de Rome
par-dessus même cette réputation.
La sexualité de Marc Aurèle
m'indiffère et devait déjà de son
temps indifférer jusqu'à son entourage (et
jusqu'à sa chère Faustine elle-même
semble-t-il).
Mais la sexualité d'Hadrien
fait, je le crois, partie bien trop intégrante
de la vie de ce grand monarque aux idées orientales
et monarchiques, aux idées hellénistisantes
veux-je dire, et sa douleur à la mort de l'aimé
se traduit en une telle déferlante de fantômes
de marbre ou de bronze sur les terres de l'Empire qu'aussi
bien pour l'histoire de l'évolution de l'image
impériale et de l'idée monarchique du principat
que pour l'histoire de l'art et l'histoire du portrait
faire de la figure d'Antinoüs un ami est insulter
à une manifeste réalité par un scrupule
trop grand de preuves indubitables ou un surcroît
de pudibonderie.
Il y a un seul point sur lequel
je relâcherais ma critique. C'est sur l'importance
même du fait homosexuel à l'époque
qui nous préoccupe. Je vous avouerai que sur ce
point, parler de l'homosexualité de César,
de Trajan ou d'Hadrien me paraît aussi surréaliste
et anachronique que d'évoquer la conscience du
prolétariat ou celle de la lutte des classes à
l'époque impériale. Hadrien aimait Antinoüs,
cela ne fait pas de doute pour moi, mais que l'empereur
Hadrien, époux finalement de la pâle Sabine,
ait envisagé sa vie avec ce garçon comme
nous envisagerions un couple d'hommes contemporains me
fait sourire. Il faut être Néron ou Élagabal
pour tenter un mariage (un PACS ?) avec un homme. Mais
il s'agit alors beaucoup plus pour Néron de choquer
la vieille classe sénatoriale ou pour Élagabal
de gagner une nouvelle sacralité orientale des
corps et du coït que d'entreprendre de vivre avec
un homme que l'on aime. La pédérastie antique
(puisqu'il faut lui donner ce nom pour être proche
des sources et du sens exact) erre sûrement au milieu
des mêmes questionnements sensuels et sexuels que
l'homosexualité moderne, car les hommes ne changent
guère, mais c'est le décor qui a changé.
Si les plaisanteries de corps de garde sont certainement
semblables et si des préjugés identiques
se retrouvent d'une époque à l'autre, l'idéal
à suivre n'est sans doute pas du tout le même
à notre époque contemporaine et au temps
des César. Mais c'est un autre débat.
Enfin un mot : La plupart des couples
ont comme référent absolu leur Roméo
et Juliette, leur Tristan et Iseult et tous les couples
immortels qui peuplent la littérature et les images
depuis vingt siècles au moins et qui depuis vingt
siècles présentent l'amour d'un homme pour
une femme.
Laissez aux autres leur Hadrien
et leur Antinoüs ! |
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RÉPONSE : |
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J'attendais depuis longtemps une réaction de
ce genre, mais, à vrai dire, je n'osais l'espérer
aussi pondérée et aussi pertinente que la
vôtre.
Dieu merci, vous ne me taxez pas d'homophobie ! Vous
me reprochez seulement de "légers a priori" qui
me pousseraient à considérer trop "systématiquement"
que la réputation homosexuelle de certains grands
Romains (Jules César, Marc Aurèle, Hadrien)
ne serait pas le reflet de réalité, mais
plutôt le fruit de ragots contemporains ou de médisances
d'historiens malveillants.
Ces "a priori", je crois surtout en avoir été
victime quand, avant d'avant d'avoir entrepris la construction
de site dédié aux "empereurs romains", mes
connaissances sur leurs règnes et leurs personnalités
ne dépassaient guère le niveau d'une bonne
"culture générale". À cette époque,
encore rempli de vieux souvenirs scolaires, je croyais
les penchants homosexuels de Jules
César aussi avérés que, par exemple,
les frasques pédophiles de Tibère,
l'élévation au consulat du cheval de Caligula,
la responsabilité de Néron
dans l'incendie de Rome, etc
Ensuite, la relecture
attentive des auteurs antiques tels que Tacite ou Suétone
m'a fait comprendre que leurs assertions sont trop systématiquement
hostiles pour être acceptées comme parole
d'Évangile.
La partialité des sources antiques ; c'est bien
là que gît le lièvre (lequel a d'ailleurs
déjà été partiellement levé
à l'occasion de cette correspondance du mois d'octobre
2002 : Clic
!) !
Car, bien sûr, personne ne pourra jamais savoir
si Jules
César fut homo ou hétéro. Aucune
machine à remonter le temps ne nous permettra jamais
d'aller vérifier s'il prit plus de plaisir avec
Nicomède de Bithynie qu'avec ses amours féminines,
telle Servilia (mère de Marcus Brutus) ou la belle
Cléo des bords du Nil. Le grand Jules n'a pas laissé
de témoignage attestant ses préférences
sexuelles ; et en eût-il laissé, que, voulant
apparaître à la fois comme un vrai Romain
et un philhellène, il eût sans doute affirmé
être aussi sensible aux charmes des beaux éphèbes
qu'à ceux des jolies femmes. Pas parce que c'était
nécessairement vrai, mais parce qu'à l'époque,
c'était "politiquement correct"
Ce qui, en revanche, me semble certain, c'est que, quand
Suétone raconte que César, alors jeune et
fringant officier, se "prostitua" au roi de Bithynie,
ce n'est pas pour le féliciter de cette royale
conquête. Que du contraire ! les tendances homosexuelles
du grand dictateur ne sont évoquées que
dans le dessein de ternir l'image du premier "Julio-Claudien".
Et la question demeure : quel crédit accorder à
des ragots malveillants ?
Je dois également vous avouer que, lorsque j'ai
entrepris la rédaction de mes modestes notices
biographiques d'empereurs, cette connotation systématiquement
négative de l'homosexualité chez Suétone
fut pour moi un sujet d'étonnement.
À la lecture des poètes antiques, chantres
enthousiastes de beaux garçons folâtrant
gaiement, tuniques retroussées au vent, dans des
paysages agrestes, on pourrait croire qu'à cette
heureuse époque, l'homosexualité était
un fait généralement accepté, socialement
admis. La prose de Suétone nous ramène à
la réalité : les homos, surtout les partenaires
passifs, étaient objets de dérision ou de
mépris. Bref, tandis que Virgile chantait l'amour
brûlant du berger Corydon pour le bel Alexis, les
politiciens traitaient leurs adversaires d'invertis ou
de "jaquette flottante"... Et de nos jours, où
il est pourtant de très bon ton d'avoir des amis
"gays", où l'on se "pacse", et où l'on peut
même parfois se marier tout à fait légalement
homo ou lesbien, les plus cinglantes injures véhiculées
par le cinéma et la télé restent
cependant "enculé" et "pédé"
Rien de bien neuf sous le soleil de l'hypocrisie !
| À ce qu'il me semble, ce qu'en
fait vous me reprochez le plus, c'est de paraître
douter de la réalité du bel et grand
amour - à la fois physique et passionné
- d'Hadrien
pour son bel Antinoüs
Je crois sincèrement, qu'en l'occurrence,
vous me faites un mauvais procès d'intentions.
En fait le courrier que vous citez (voir ici :
Clic
!) montre surtout que j'évite soigneusement
de me prononcer sur la nature exacte des relations
entre Hadrien et Antinoüs - le terme "favori"
pouvant signifier (comme je le signale) aussi bien
amant, qu'ami. Et si je ne me prononce
pas sur cette question délicate, ce n'est
certes pas parce que certains a priori moraux
me pousseraient à nier le caractère
charnel de cette liaison, mais simplement parce
que, d'une part, je n'ai pas étudié
suffisamment la question, et que, d'autre part,
à l'instar de ce j'avais signalé dans
une autre réponse consacrée à
l'éventuelle homosexualité de Marc
Aurèle (voir ici : Clic
!), il me paraît assez incongru (et
historiquement aussi difficile que vain) d'aller
vérifier "avec qui, et dans quelles positions"
cet autre grand empereur "plongeait dans le stupre
et fornication".
Cela dit, à première vue, je suis
entièrement d'accord avec vous : il me semble
presque impossible de soutenir sérieusement
que la liaison d'Hadrien et d'Antinoüs resta
purement platonique. Ce bel amour contribue d'ailleurs
à humaniser un empereur doté d'une
intelligence quasi monstrueuse.
Cependant, il n'en reste pas moins que même
si la déification posthume du beau jeune
homme constitue peut-être un indice de cette
passion brûlante, elle est aussi une manifestation
de la politique philhellène d'Hadrien. |
|
Mémorial amoureux ou manifeste politico-artistique,
ces deux aspects du culte d'Antinoüs peuvent s'être
superposés.
RÉACTION
À CE COURRIER :
CLIC
! |
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| Août 2003 |
| Michel
a écrit : |
Nouveautés
du site Archeobel
:
- Dorénavant, la
recherche d'une monnaie d'un empereur sera
simplifiée : sur la page
d'accueil figurent désormais les noms
des principaux empereurs des deux premiers siècles.
Il suffit de cliquer sur le nom pour tomber (sans
se faire mal..) à la bonne page.
- Une seconde monnaie
en plomb gauloise (tribu des Sénons).
Des faux archi-faux d'époque, trouvés
dans l'Oise (territoire bellovaque à l'époque
ce sont donc des Belges qui ont fait le coup !)
: Clic
!
- Une seconde monnaie
romaine en fer, de Trajan cette fois. La précédente
était d'Hadrien : Clic
!
- Je suis parvenu à
mettre la main sur un denier de Tibère
- Celui que les Américains appellent le
"tribute penny" : Clic
!
(petit commentaire webmaster)
Et aussi
une question : J'ai aussi trouvé un nummus
en bronze de Dalmatius. Je me suis mis à
la recherche de ce monsieur en commençant
par votre site, mais je ne crois pas qu'il n'y figure
pas, tout comme son frère Hannibalianus.
Selon un site américain, ces deux personnages
serraient les fils du demi-frère de Constantin.
Nommés Césars par celui-ci, ils auraient
été liquidés, pour quelque
sombre raison par les fils de Constantin, aussitôt
après la mort de ce dernier. Pourriez-vous
m'en dire plus sur cette histoire de demi-frère
et autres demi-Césars
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| RÉPONSE
: |
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| Vous me dites que vous avez
consulté "un site américain" au sujet de
Dalmatius et de son frangin Hannibalianus (ou,
en bon français, Hannibalien). Sans doute
s'agit-il de l'excellent site De
Imperatoribus romanis et, plus particulièrement
de ces pages : Clic
! et Clic
! qui, à ce qu'il me semble, résument
bien tout ce que l'on sait de ces deux personnages assez
peu importants du point de vue historique.
Il faut dire qu'HŽlne,
la sainte et très influente mère de mère
de Constantin,
qui n'avait été que la concubine de Constance
Chlore vouait une haine féroce aux fils nés
du mariage "officiel" de celui-ci avec Théodora
(la fille de Maximien
Hercule). Tant qu'Hélène vécut,
la branche légitime de la descendance de Constance
Chlore fut donc soigneusement maintenue à l'écart
de tout pouvoir et de tous les honneurs. Ce n'est que
quand sainte Hélène fut rappelée
au ciel que Constantin osa tenter un timide rapprochement
avec ses demi-frères : Jules Constance (père
de Julien l'Apostat)
devint consul et Dalmatius (père de notre Dalmatius
- voir ici : Clic
!) fut nommé censeur - des titres purement
honorifique, sans aucun pouvoir réel. Les neveux
"de la main gauche" de Constantin (c'est-à-dire
Dalmatius et Hannibalien, les fils de Dalmatius "le Censeur)
ne furent pas oubliés non plus. Cependant, pour
eux aussi, les fonctions que le vieil empereur leur octroya
me semblent avoir été plus symboliques qu'autre
chose ! Dalmatius reçut le gouvernement d'un territoire
situé à deux pas de Constantinople (Thrace,
Macédoine, Péloponnèse), c'est-à-dire
placé sous étroite surveillance d'un empereur
particulièrement suspicieux. Quant à Hannibalien,
on lui octroya la Cappadoce, un pays pauvre, désertique
et très exposé, avec, à la clef,
un titre de "Roi des Rois" et un trône de Perse
qui restait à conquérir. Autant dire du
vent !
Naturellement, quand Constantin expira, les choses se
gâtèrent : les disputes entre héritiers
sont les pires, n'est-ce pas ?
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y avait très
peu d'amour fraternel entre les trois fils de Constantin
(Constantin II, Constant et Constance II) ; mais il y
avait au moins un point sur lequel ils tombaient d'accord,
c'était se de se partager l'Empire romain entre
eux, en excluant leurs cousins de la "branche légitime".
"On" retrouva donc fort opportunément un petit
billet tout froissé, que Constantin mourant aurait
serré dans sa main, par lequel il précisait
qu'il mourait empoisonné par ses demi-frères
et conseillait à ses chers enfants de liquider
au plus vite ces traîtres infâmes. Comme vous
le pensez bien, les Constantine's brothers s'empressèrent
de diffuser cette nouvelle à leurs soldats. Ivres
de rage, ceux-ci se ruèrent dans les appartements
qui abritaient l'autre branche de la famille impériale
et passèrent tout ce petit monde au fil de l'épée
(septembre 337). Seuls réchappèrent de ce
massacre le futur empereur Julien
et son demi-frère Gallus
: il était en effet difficile de faire croire à
l'opinion publique que de si jeunes enfants étaient
coupables d'un régicide.
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Très intéressant
votre "denier
du tribut"
Mais, je ne vois pas comment
on peut être sûr ce qu'est bien cette
monnaie-là qui aurait servi de prétexte
à Jésus pour dire qu'il "fallait
rendre à César ce qui était
à César"
Sans doute est-ce
uniquement parce que la date d'émission de
cette pièce se situe aux alentour des années
30 de notre ère.
Vous vous souvenez de l'anecdote
Ces hypocrites
de Pharisiens veulent une fois de plus tendre un
piège à Jésus : ils lui demandent
s'il faut payer l'impôt aux Romains impies.
Jésus ne répond pas directement. Il
demande d'abord à voir la pièce de
monnaie qui sert à payer l'impôt. On
lui en donne une. Il questionne alors : "De qui
sont cette effigie et cette inscription ?" -
"De César", rétorquent les
Méchants. Et Jésus de conclure par
la phrase bien connue : "Rendez donc à
César ce qui est à César et
à Dieu ce qui est à Dieu !".
Alors, à votre avis, Jésus a-t-il
réellement permis aux Juifs de payer l'impôt
impie ?
Si on prend la phrase au pied de la lettre, oui
! Mais alors, pourquoi, lors du procès de
Jésus, les mêmes pharisiens accuseront-ils
Jésus - et ce sera une de leurs plus graves
accusations - d'inciter les Juifs à ne pas
payer le tribut dû à César ?
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En réalité, par cette petite phrase anodine,
Jésus stigmatise l'attitude des Juifs "collabos"
:
"En échange de toutes sortes de services que
vous leurs rendez, dit-il en substance, vous, mauvais
Juifs que vous êtes, vous recevez de l'argent des
occupants Romains ? Mais puisqu'ainsi, en pactisant avec
l'ennemi, vous avez accumulé des monceaux d'argent
romain, il est donc « normal » que les Romains
vous en réclament une partie sous forme d'impôts !
Si vous refusiez tout service aux impies et entriez dans
la « Résistance juive », vous rendriez
« à Dieu ce qui lui appartient » et n'auriez
plus à vous préoccuper du denier de César.
Bref, puisque vous vous voulez les fidèles sujets
de César, acceptez-en les conséquences !"
C'est pour cela que Jésus demande à voir
la pièce qui sert à payer l'impôt
: puisque, en définitive, cet or appartient à
César, il est donc juste qu'il lui revienne un
jour. |
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