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Août 2003 (page 2/3)

Sommaire du mois d'Août : Clic !

 

7 Août 2003

Rodolphe a écrit : 

Où trouver de bons renseignements techniques sur les navires militaires et civils utilisés par les romains ?

 

RÉPONSE :

Malheureusement, je ne dispose personnellement que de peu de documentation sur la marine romaine, sujet assez éloigné du thème de mon site (approche biographique des empereurs romains).

Mais heureusement, il se trouve que mon site Empereurs romains" est, depuis peu étroitement associé à un autre (Peplum - Images de l'Antiquité) dont le responsable, Michel ELOY, se trouve également être - le hasard fait parfois bien les choses ! - l'auteur (en collaboration avec Marc Henniquiau et Jacques Martin) de deux fort intéressants albums illustrés des Voyages d'Alix" consacrés à la Marine antique - le premier volume traitant surtout des marines égyptienne, phénicienne et grecque ; le second principalement axé sur l'art naval des Romains.

Pour info, voici les références exactes et complètes de ces deux livres :  

  • Marc HENNIQUIAU et Jacques MARTIN (textes et documentation : Michel ELOY), Les Voyages d'Alix, la Marine Antique (1), Dargaud Éditeur 1997.
  • Marc HENNIQUIAU et Jacques MARTIN (textes et documentation : Michel ELOY), Les Voyages d'Alix, la Marine Antique (2), Dargaud Éditeur 1999.

Nul doute que vous trouviez déjà de nombreux renseignements dans ces ouvrages d'excellente vulgarisation. Cependant, je me propose aussi de demander à notre ami Michel Eloy quelques références bibliographiques supplémentaires. Dès qu'il me les aura communiquées, je me ferai un plaisir de les partager avec vous (ainsi qu'avec les autres visiteurs de mon site).

 

livre marine antique 1
livre marine antique 2
RÉPONSE DE MICHEL ELOY
(Site internet : Peplum - Images de l'Antiquité)

Vaste sujet que la marine chez les Romains, et dans l'Antiquité en général. Je vais essayer d'y répondre de manière pratique, quoique j'aie essayé de faire l'état de la question dans un ouvrage de vulgarisation paru chez Dargaud dans les années quatre-vingt-dix (La Marine Antique, 2 vols, "Les Voyages d'Alix").
Je recommande en premier lieu le livre de Lucien Basch, Le Musée imaginaire…, mais c'est un ouvrage de référence très technique, basé sur les représentations figurées (bas-reliefs, peintures) davantage que sur l'archéologie. C'est aussi un ouvrage assez onéreux (env. 5.000 FB - 125 ¤), diffusé par Alain Ferraton.
  • BASCH, Lucien, Le musée imaginaire de la marine antique, Athènes, Institut hellénique pour la préservation de la tradition nautique, 1987, 525 p.
    ALAIN FERRATON
    chaussée de Charleroi 162/8 - 1060 Bruxelles
    Tél. (02) 538 69 17 - Fax (02) 537 46 05
    alain.ferraton@chello.be - www.biblioroom.com/ferraton
    Ouvert: mardi à samedi de 10h00 à 18h30

On trouvera de belles reconstitutions de navires de guerre romains dans un ouvrage généraliste, malheureusement épuisé (à ma connaissance).
  • WARRY, John, Histoire des guerres de l'Antiquité, Bordas-Elsevier-Sequoia, Paris-Bruxelles, 1980.

  • HAWS, Duncan, Les bateaux et la mer. Histoire de la navigation et des combats sur mer, Editions Plantyn, Annecy-le-Vieux, 1976, 240 p.
    Bon ouvrage généraliste, traduit du suédois. Une curiosité : la reconstitution du "Syracusa", le quarante construit par Archimède et qui fut offert au roi d'Egypte Ptolémée IV car aucun port de Sicile n'était assez grand pour l'accueillir ! Du pur délire d'architecte naval en chambre (pp. 30-31) ! Cette "reconstitution" inspirera Jacques Martin pour l'épisode du dessin animé "Alix" intitulé L'Argos (Carrère-Télévision).
  • LEFEBVRE des NOËTTES, Cdt, De la marine antique à la marine moderne. La révolution du gouvernail - Contribution à l'étude de l'esclavage, Masson & Cie, Paris, 1935, 150 p.
    C'est le bouquin qui déforma pour plusieurs générations nos conceptions sur les capacités des marines antiques, soi-disant incapables de louvoyer parce que munies d'un gréement primitif et dépourvues d'un gouvernail d'étambot. Maintenant cloué au pilori par tous les spécialistes contemporains. Il en circule encore quelques exemplaires non coupés chez certains bouquinistes de Bruxelles.
    Essayez chez Philippe Simon (Philippe.simon@yucom.be) :
    LIBRAIRIE IMAGINAIRE
    place du Jeu de Balle 30
    B 1000 BRUXELLES
    Tél. : (32) 25 11 22 23

Si vous avez accès à une bibliothèque de quelqu'importance, consultez les fichiers aux noms d'Auguste Jal (le "père" du cuirassé français, qui reconstitua pour Napoléon III une trirème romaine qui navigua sur la Seine), du vice-amiral Jurien de la Gravière et du contre-amiral P. Serre. Ces ouvrages du XIXe s. sont eux aussi quelque peu dépassés. Ainsi par exemple, dans une optique typique de son temps, P. Serre compilait sur la seule trière athénienne toutes sortes de types de voilures antiques sans se soucier de la chronologie ni de la finalité du bateau.

On complétera avec :

Généralités
  • ANDRÉ, Jean-Marie & BASLEZ, Marie-Françoise, Voyager dans l'Antiquité, Fayard, 1993, 594 p.
    (ne concerne pas la marine à proprement parler, mais le sentiment de voyager, l'attitude des Grecs et des Romains vis-à-vis de la navigation, la curiosité scientifique pour la géographie);
  • CASSON, Lionel, Les marins de l'Antiquité. Explorateurs et combattants sur la Méditerranée d'autrefois, Hachette, 1961;
  • COLL., "La navigation dans l'Antiquité", Dossiers de l'archéologie, n° 29, juillet-août 1978;
  • COLL., "Navigation dans l'Antiquité (La)", Dossiers de l'archéologie, n° 29, juillet-août 1978 [Bateaux puniques, grecs, étrusques et romains - Constructions et ports - Navigations de saint Paul - Les guerres navales];
  • COLL., Quand voguaient les galères, Association des Amis du Musée de la Marine, Ed. Ouest-France, 1990
    (contient une superbe reconstitution de la quinquérème de Marsalla, pp. 54-55);
  • COLL., "Marine antique", Les dossiers d'archéologie, n° 183, juin 1993;
  • GUILLERM, Alain, La Marine de guerre antique, Editions S.P.M./Kronos (Paris), 1993;
  • MEIRAT, Jean, Marines antiques de la Méditerranée, Fayard (coll. Résurrection du passé), 1964.

    Archéologie subaquatique

  • COLL., "Archéologie sous-marine", Archeologia. Trésors des âges, n° 48, juillet 1972;
  • COLL., L'archéologie subaquatique, une discipline naissante, Paris, Unesco, coll. Musées et monuments, XIII, 1973;
  • DUMAS, Frédéric, Trente siècles sous la mer, France-Empire, 1972;
  • GIANFROTTA, Piero Alfredo, "Archéologie sous-marine", ArchéOdossier, n° 2, éd. Atlas, 1986 (spéc. p. 12 sqq.).

    L'Egypte

  • JONES, Dilwin, Boats, British Museum, coll. Egyptian Bookshelf, 1995,96 p.;
  • LANDSTRÖM, Björn, Ships of the Pharaohs. 4.000 Years of Egyptian Shipbuilding, Londres, Allen & Unwin, coll. Architectura Navalis, 1970.

    Carthage

  • COLL., Archeologia. Préhistoire et archéologie, n° 170, septembre 1982
    (contient un article sur la quinquérème de Marsalla, avec une superbe reconstitution et des coupes, pp. 46-47) ;
  • DEMERLIAC, J.G. et MEIRAT, J., Hannon et l'Empire punique, Les Belles Lettres, 1983.

    La Grèce classique

  • CONNOLLY, Peter, L'armée grecque, Chantecler, 1979;
  • THURNEYSSEN, Jacques, "Le problème de la trière athénienne", Archéologia, n° 48, juillet 1972 [numéro spécial "Archéologie sous-marine"];
  • TILLEY, A.F., "Un grand problème d'archéologie navale. L'énigme de la trirème", Archeologia, n° 37, novembre-décembre 1970; pp. 58-65.

    Rome

  • BASCH, Lucien, "Le navire d'Enée" (d'après PROCOPE, G. des Goths, VIII, xxii, 5-17), Neptunia, n° 158, juin 1985, Paris, Association des amis du Musée de la marine, pp. 23-27;
  • CONNOLLY, Peter, L'armée romaine, Chantecler, 1976;
  • DUFOUR, Jean-Paul, "Les voiliers véloces de la marine romaine", Sciences & Avenir, n° 476, octobre 1986, pp. 84-91;
  • POMEY, Patrick, "Comment naviguait-on dans la Méditerranée romaine ?", L'Histoire, n° 36, juillet-août 1981.

Tels sont les principaux ouvrages qui - parmi d'autres comme ceyx de Tim Severin ou de Thor Heyerdahl - ont nourri ma Marine Antique.

Une dernière "bonne adresse" pour finir :

La Bouteille à Ancres - Librairie Marine (Henriette Luyckx)
Cour Rimbaud
rue de la Prairie 38
B 6890 REDU
Tél. : (061) 65 64 42 / Fax (061) 65 62 20
(librairiemarine@belgacom.net)

 

MICHEL ELOY

 

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9 Août 2003

Thymoclès a écrit : 

A-t-on découvert l'Amérique durant l'Antiquité ? Le rêve d'Icare, fut-il seulement un mythe ? Est-il fou de vouloir calculer, comme Archimède, le nombre de grains de sable contenus dans l'espace ? Une opération de la cataracte au Ier siècle ap. JC, est-ce possible ? Et si la machine à sous était une invention très ancienne ? Les Romains d'avant l'ère chrétienne, avaient-ils de l'eau chaude dans leurs salles de bains ?

Les galères, ont-elles seulement navigué en Méditerranée ? Les Romains, avaient-ils un moyen de garder leur nourriture au frais ? Qui étaient les Pléiades ?

Les réponses sur :

DÉCOUVERTES INCROYABLES
ET ÉNIGMATIQUES
DE L'ANTIQUITÉ GRÉCO-ROMAINE

Également, inventions et découvertes extraordinaires dans l'Antiquité universelle ; le mystère de Nazca au Pérou ; l'étonnant défi des pyramides d'Égypte ; les menhirs de Carnac ; les statues de l'île de Pâques…

 

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11 Août 2003

Camille a écrit : 

Je vous avais déjà écrit il y a de cela quelques mois pour vous dire combien j'appréciais votre site, et vous poser à mon tour quelques petites questions sur ces chers Romains qui nous intéressent tant !

À vos détracteurs, ceux qui critiquent votre travail, qui vous reprochent vos prises de positions, votre ton léger - je pense notamment au courrier intitulé "une volée de bois vert" du 24 Mai 2002 (Clic !), où je lis entre autres choses : "N'ayez pas peur d'ennuyer le public. Celui qui ne s'intéresse pas à l'histoire romaine n'a aucune chance de venir sur votre site, croyez-moi !"- , à ceux-là je vous propose de leur faire parvenir ce témoignage du modeste lecteur que je suis :

Bien que je ne me sois jamais particulièrement intéressé à l'histoire en général, je n'avais rien contre elle à part le fait que ce soit une matière scolaire donc obligatoire et enseignée de manière très ennuyeuse. Cependant mes quelques connaissances m'ayant permis de déceler - tout de même ! - certains anachronismes du film Gladiator (le "-180" au début du film !), et la curiosité me poussant à venir vérifier tout ça sur le Net après visionnage du film et discussion à ce sujet avec un ami, voilà que je me retrouve sur votre site ! Toujours par curiosité, et parce que Jules César est quand même considéré comme un des grands personnages de l'Histoire, je lis la notice qui lui est consacrée, puis comme il meurt mais que l'histoire continue ("histoire" avec un petit "h", dans le sens d'aventure), je lis la notice suivante, puis celle d'après, et ainsi de suite finalement jusqu'à épuisement des stocks. Aujourd'hui j'ai relu la plupart de vos notices, lu toutes les pages courriers, et relu une bonne partie de celles-ci. J'ai aussi commencé à explorer vos liens, lu les textes de Suétone, lu intégralement d'autres sites, de là je suis parti aussi vers des sites qui traitent d'autres époques comme l'Empire Byzantin, le Moyen Age… Bref, par votre site vous avez éveillé mon intérêt pour l'histoire, ça a été un véritable déclencheur pour moi, à un tel point que j'hésite maintenant à me laisser tenter, à la rentrée de septembre, par un deug d'histoire (études de 2 ans après le baccalauréat) ! Moi qui, il n'y a pas si longtemps, n'avais aucunement conscience du plaisir que peut procurer l'évocation de ces époques passées, leurs grandes aventures comme leurs petites anecdotes, etc… , je m'apprête peut-être à en faire le sujet de mes études cette année !

Je suis très certainement un exemple extrême de l'influence que votre site peut avoir ! ;-) Mais je pense à tous ces visiteurs chez qui vos textes au ton familier ou même comique, vos hypothèses un peu osées, peuvent déclencher un intérêt pour l'histoire ; affranchi de la rigueur académique dont chacun de nous a fait les frais à l'école. Si j'ai pris la liberté de vous écrire longuement mon parcours personnel, c'est pour vous mettre en garde contre la tentation de céder aux quelques critiques négatives que vous recevez, et ne rien changer à votre style. Encore une fois, je vous dis un grand merci, et vous engage à continuer comme ça ! (Et d'ailleurs elle viennent ces nouvelles notices ?!? Je m'impatiente, moi !
;-))

Tout ça commence à faire un peu long, je vais donc faire bref pour mes - inévitables - petites questions. Par contre vos réponses étant toujours aussi "facultatives", n'hésitez toujours pas à ne répondre qu'à celles pouvant servir d'autres internautes !

 

RÉPONSE :

Voilà, j'ai atteint mon objectif puisqu'en votre personne, et par la seule grâce de mes modestes notices biographiques d'empereurs romains, j'ai converti au moins un internaute aux plaisirs de l'Histoire. C'est avec le sentiment du devoir accompli que je pourrais donc dès à présent cesser de saccager leurs impériales plates-bandes de ma prose, selon certains, trop souvent iconoclaste !

Je plaisante, bien sûr, mais c'est pour tenter de dissimuler mon émotion. Votre mail, à nouveau très sympathique, votre enthousiasme renouvelé pour mon site internet, et surtout votre passion récente pour l'Histoire - toute l'Histoire, pas seulement celle de Rome - me prouve que mon travail n'est pas inutile. Et cela, c'est vraiment très important pour moi.

De nouvelles notices ? Oui, oui, cela viendra, rassurez-vous… Mais, outre que j'écris assez lentement (je suis assez perfectionniste question style, même si d'aucuns censeurs me reprochent mon ton par trop familier), la gestion du courrier du site - qui constitue également une de ses particularités - me prend beaucoup de temps, et celui-ci n'est, hélas, point extensible à l'infini !

Il vous faudra donc patienter encore quelque peu avant que la notice biographique consacrée à Vitellius, en préparation depuis un bon bout de temps déjà, soit enfin mise en ligne sur le site. Cependant, il y a toujours de la nouvelle matière à lire car le courrier s'enrichit constamment (en quantité et aussi - du moins à ce qu'il me semble - en qualité).

Et justement, puisqu'on y arrive, jetons un coup d'œil sur vos "petites questions", comme vous dites :

1. Quelle était donc la perception que les Romains avaient des empereurs passés ? Il y avait-il une sorte de matière à l'école où les enfants apprenaient par cœur les noms des empereurs ? Plus sérieusement, pensez-vous que le Romain moyen vivant sous Dioclétien pouvait, au moins plus facilement que l'homme d'aujourd'hui, réciter les noms des prédécesseurs de son empereur, leurs actions, leurs noms complets, etc… ?

 

RÉPONSE :

Depuis son indépendance (en 1830), seulement six rois ont régné sur la Belgique (Léopold Ier, Léopold II, Albert Ier, Léopold III, Baudouin, Albert II), mais je me demande quel pourcentage de la population belge serait capable, à brûle-pourpoint, de fournir la liste exacte de ces rois. Je serais étonné qu'un Belge sur deux y arrive… La plupart des gens interrogés citeraient sans doute sans (trop) hésiter nos deux derniers souverains (Albert II, notre roi actuel, ainsi que son frère et prédécesseur), Baudouin, et puis cela deviendrait certainement plus flou….
Il en va sans doute de même avec vos Présidents de la République. Une majorité de Français interrogés connaîtraient les noms des Présidents de la Ve République… Mais quid de ceux de la IVe ou de la IIIe République ? Et ne parlons pas de la liste des Rois de France depuis Charlemagne jusqu'à Louis-Philippe !

À mon avis, la connaissance (ou la méconnaissance) des Romains à l'égard de leurs anciens dirigeants devait être du même ordre. Les gens savaient le nom de l'empereur régnant (sauf naturellement si celui-ci régnait trop peu de temps pour s'imposer partout dans l'Empire) ainsi que celui de son prédécesseur. Pour les autres, c'était sans doute le "flou artistique"… Avec une nuance toutefois : comme tous les souverains antiques, les empereurs romains faisaient frapper des monnaies à leur effigie ; des pièces d'or, d'argent ou de bronze qui circulaient longtemps encore après la mort de l'empereur qu'elles glorifiaient, perpétuant son vague souvenir.

Il est donc probable que les habitants de l'Empire connaissaient les noms d'un certain nombre d'empereurs des siècles passés. Mais il est tout aussi vraisemblable qu'ils auraient été incapables de replacer tous ces noms dans un ordre chronologique exact. Pour le reste, les gens se souvenaient des meilleurs empereurs (ça tombait bien, c'étaient justement ceux qui avaient émis le plus de belle et bonne monnaie sonnante et trébuchante) et aussi des pires (dont l'évocation rendait les enfants sages), mais quant à savoir si ces empereurs du temps jadis, débonnaires ou méchants, avaient vécu un, deux, ou trois siècles plus tôt, c'était une autre paire de manches !…

2. Enfin une question plus subjective : d'après vous, pourquoi tant de prétendants à l'Empire au cours de son histoire ? C'est vrai quoi : je serais un grand général victorieux, je m'en contenterais et je n'irais pas briguer une fonction qui m'attirerait - forcément - tout un tas d'ennemis et qui raccourcirait - à coup sûr - mon espérance de vie ! Passe encore pour les empereurs païens qui voyaient certainement dans leur accession à la plus haute charge de l'Empire un signe divin, mais pour les empereurs chrétiens ?

L'ambition et la convoitise ne leur sont-elles pas interdites ? N'a-t-on pas de correspondances ou d'écrits d'empereur ou futur empereur dissertant sur leurs motivations, leur situation…? Je suis toujours étonné par la volonté de ces hommes, surtout à une époque où faire partie d'une famille noble permettait grosso modo de passer ses journées en loisirs…

 

RÉPONSE :

Il est vrai que quand on considère la destinée de beaucoup d'empereurs romains, l'accession au trône impérial ressemblait plus à une malédiction qu'à un honneur ! Cependant, l'ambition est un moteur puissant des actions humaines… Le grand Jules César ne n'affirma-t-il pas qu'il préférerait être le premier dans un village que le second à Rome ?

Si l'on néglige les princes qui reçurent l'empire par voie de succession, la plupart des empereurs romains furent des soldats, souvent d'humble extraction, qui s'emparèrent du pouvoir par la force. Or, un bon soldat se doit d'être ambitieux. Dénué d'ambition, il ne sera jamais que de la "chair à canon", risquant bien plus sa vie qu'un officier pour un profit infiniment moindre. Et un bon officier rêvera toujours de devenir général ; et un bon général de devenir généralissime, imperator, empereur … C'est dans la nature des choses.

Mais, Dieu merci, ambition et convoitise ne sont pas toujours liées. Certes, certains généraux ne guignèrent l'Empire que pour profiter de ses richesses et mener une vie oisive et luxueuse… Mais pas tous ! D'autres - et ils ne sont pas rares, surtout dans la deuxième moitié de l'épouvantable IIIe siècle - n'acceptèrent l'Empire que par "patriotisme", pour tenter de sauver l'État, restaurer son unité, chasser les envahisseurs.

Quant aux empereurs chrétiens que vous évoquez, ambitieux ou non, ils considéraient eux aussi (et même surtout eux) leur accession au pouvoir suprême (le plus souvent par voie successorale, grâce aux efforts acharnés de leurs prédécesseurs païens qui avaient restauré l'autorité impériale et sacralisé la personne impériale) comme un signe manifeste de la protection divine. Ils se qualifiaient eux-mêmes de "divin" (divus) ou de "vicaire de Dieu sur terre". Et un prêtre chrétien qui avait eu le culot de leur rappeler que ces titres ronflants, les fastes dont ils s'entouraient, le culte dont ils étaient l'objet, étaient contraires aussi bien à la lettre qu'à l'esprit des Évangiles, n'aurait probablement pas été promis à une brillante carrière ecclésiastique !

Vous me demandez également si des empereurs ont laissé des écrits relatant leur expérience…À ma connaissance, il n'y en a guère que deux dont les écrits nous ont été conservés : Marc Aurèle (voir site Nimispauci : Clic !) et Julien (voir ici : Clic !)… Et puis, bien sûr, n'oublions pas, toute "apocryphe" qu'elle soit, l'admirable autobiographie d'Hadrien restituée par Marguerite Yourcenar, les célèbres Mémoires d'Hadrien.

 

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13 Août 2003

Marc a écrit : 

J'aurais une question à propos de Théodose.

En chrétien fanatique qu'il était, il a fait interdire tous les cultes des dieux dans l'Empire en 390 (je vous cite). Pourriez-vous m'indiquer quel est le nom de cet édit et quelles en étaient les clauses précises ? En fait je chercherais à savoir si cette décision s'est accompagnée de démantèlements d'édifices religieux et en particulier d'autels.

 

RÉPONSE :

En fait, comme je le précise d'ailleurs dans ce courrier récent (voir ici : Clic !), Théodose ne promulgua pas un, mais plusieurs édits contre le paganisme. Je ne pense pas ce que ces lois portaient, à l'instar des vieilles lois romaines, le nom du magistrat censé en être le promoteur. À ma connaissance, les spécialistes en droit romain ne les connaissent que par leurs références du "Code théodosien". Si cela vous intéresse, les voici :

  • Loi du 24 février 391 : C. Th., XVI, 10
  • Loi du 10 juin 391 : C. Th., XVI, 11
  • Loi du 8 novembre 392 : C. Th., XVI, 12

Quelles étaient les prescriptions exactes de ces lois ?

Je ne dispose pas du texte intégral, mais en gros - et comme je le signalais déjà dans ce courrier mentionné ci-dessus -, elles interdisaient toutes les manifestations du culte païen (sacrifices publics ou privés, visites dans les temples, vénération des idoles). Elles ne prescrivaient nullement - pas même implicitement - la destruction des temples. Cependant, comme vous vous en doutez sans doute, les chrétiens zélés, qui n'avaient pas attendu l'aval des empereurs chrétiens pour se livrer à un iconoclasme éhonté, ne tinrent aucun compte de cette restriction tacite.

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En Occident, le grand saint Martin de Tours (celui du manteau partagé avec un pauvre hère) se distingua dans ce genre d'exercice : sans même attendre la promulgation des fameuses lois anti-païennes de Théodose, il parcourut tout l'Ouest de la Gaule à la tête d'une horde de moines aussi hirsutes que fanatisés en détruisant tous les temples et en abattant tous les arbres sacrés qu'il trouvait sur son chemin.

Dans son Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain (chap. XVIII), le brave Edward Gibbon nous parle aussi d'un évêque syrien nommé Marcellus qui se mit en tête de détruire tous les temples païens du diocèse d'Apamée. Après avoir démoli à grand-peine le temple de Jupiter (il fallut en miner les colonnes pour qu'il s'écroule enfin), ce saint homme réunit autour de lui une bande composée de gladiateurs fraîchement convertis ou de soldats en rupture d'armée et attaqua les villages des alentours afin de raser leurs temples. Marcellus fut massacré par des paysans rétifs à l'idée de voir saccager chrétiennement leurs biens et violées pieusement leurs femmes. L'Église considéra qu'il était mort en martyr de la Foi…

Autre bel exemple de destruction imbécile, celle du temple de Sérapis d'Alexandrie d'Égypte, du chef d'un autre saint homme : Théophile, l'évêque du lieu. J'évoque brièvement ce haut fait de l'Histoire de l'Église dans la notice biographique consacrée à Théodose le Grand, mais, pour la bonne bouche, voici la relation d'Edward Gibbon.
Elle n'est pas piquée des vers !

"Un homme audacieux et pervers, l'ennemi mortel de la paix et de la vertu, dont les mains se souillaient alternativement d'or et de sang, Théophile, occupait alors le siège d'Alexandrie. Les honneurs du dieu Sérapis excitèrent sa pieuse indignation ; et les insultes qu'il fit à l'ancienne chapelle de Bacchus avertirent les païens de l'entreprise plus importante qu'il méditait. Dans la tumultueuse cité d'Alexandrie, le sujet le plus léger suffisait pour donner lieu à une guerre civile. Les adorateurs de Sérapis, fort inférieurs en nombre et en force à leurs adversaires, prirent les armes à l'instigation du philosophe Olympius, qui les exhortait à mourir pour la défense des autels de leurs dieux. Ces païens fanatiques se retranchèrent dans le temple ou plutôt dans la forteresse de Sérapis, repoussèrent les assiégeants par d'audacieuses sorties, par une défense vigoureuse, et jouirent au moins dans leur désespoir de la consolation d'exercer sur leurs prisonniers chrétiens les plus horribles cruautés. Les efforts prudents des magistrats obtinrent enfin une trêve jusqu'au moment où les ordres de Théodose auraient décidé du destin de Sérapis. Les deux partis s'assemblèrent sans armes dans la place principale de la ville, où l'on lut à haute voix le mandat de l'empereur. Dès que la sentence de destruction fut prononcée contre les idoles d'Alexandrie, les chrétiens firent entendre un cri de joie et de triomphe, tandis que, gardant un profond silence, les malheureux païens, dont la fureur s'était changée en consternation, se retirèrent précipitamment pour échapper, par la fuite ou par leur obscurité, aux effets du ressentiment de leurs ennemis. Théophile exécuta la démolition du temple, sans autre difficulté que celles que lui opposèrent le poids et la solidité des matériaux ; mais cet obstacle insurmontable obligea l'archevêque à laisser subsister les fondements, et à se contenter d'avoir fait du bâtiment un vaste amas de ruines. On en déblaya dans la suite une partie, pour construire sur le terrain une église en l'honneur des saints martyrs."
(Edward Gibbon, Histoire du déclin et de la Chute de l'Empire romain, vol. I, chap. 18, Éditions Robert Laffont, coll. Bouquins)

Les auteurs chrétiens rapportent qu'une prédiction satanique, émanant des affreux idolâtres, annonçait que, si quelqu'un osait profaner la statue de Sérapis d'Alexandrie, le monde entier s'écroulerait dans un gigantesque tremblement de terre. Mais, quand la hache du saint évêque Théophile abattit l'idole, rien ne se passa : Sérapis se brisa et une multitude de rats s'échappèrent de la statue brisée.
Ambiance !…

 

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14 Août 2003

Solio a écrit : 

J'habite Grenoble (France) prés de Vienne et de Lyon. En face de chez moi, il existe une montagne appelé le NÉRON. Sur cette montagne, il existe, on le sait un camp romain. La question que je me pose depuis des années : y a-t-il un lien entre le nom de cette montagne et l'empereur romain ?

Pour info ; Grenoble au temps des Gaulois s'appelait CULARO, ensuite GRATIANOPOLIS, en hommage a l empereur GRATIEN de passage dans le quartier.

Mais NÉRON ?

 

RÉPONSE :

La montagne du Néron doit-elle son nom à l'empereur-artiste qui, dixit Tacite, brûla Rome avant de re transformer de pauvres chrétiens en lanternes japonaises ?

Une chose est sûre : "la légende du Néron", telle qu'elle est relatée dans une page du site internet de la commune de Saint-Martin-le-Vinoux (voir ici : Clic !), ne semble avoir été inventée que pour justifier, très a posteriori (et en déployant tous les trésors d'une imagination débridée), une simple coïncidence toponymique entre le nom de la montagne et celui de l'empereur romain !

Je dis bien "une coïncidence", car, d'après ce que je lis dans un ancien Guide Bleu Hachette consacré à votre belle région, ce nom du Néron trouverait son origine dans la couleur sombre de la montagne : le Néron s'appelle aussi "le Neiron" (le noiraud ?) ou "le Noir".

Toutefois, peut-être vaudrait-il mieux vous adresser à un érudit local afin de confirmer ou d'infirmer cette hypothèse que l'existence d'un camp romain sur la montagne du Néron ainsi que la profonde romanisation cette région des Gaules rendent peut-être un peu fragile.

le neron - grenoble

 

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17 Août 2003 :

Romuald a écrit :

Une petite question me turlupine, je me permets de vous la soumettre :

Qui fut vraiment St Martin ? Quel crédit peut-on apporter à sa légende ?
Il n'offrit, dit-on, que la moitié de son manteau car les officiers payaient de leurs propres deniers la moitié de leur équipement. Ne serait-il pas apparu plus généreux encore s'il avait aussi offert la part de César ?

Quelle étrange récupération a pu faire l'Église de ce général romain plus soucieux de civisme que de charité chrétienne.

 

RÉPONSE :

Puisqu'il vaut toujours mieux retourner aux documents originaux, voici comment Sulpice Sévère, premier biographe et (presque) contemporain de saint Martin, relate l'anecdote fameuse du manteau partagé :

"Un jour où il n'avait sur lui que ses armes et son manteau militaire fait d'une seule pièce, au milieu d'un hiver plus rigoureux qu'à l'ordinaire et si rude que bien des gens mouraient de froid, à la porte de la cité des Ambiens (Amiens), Martin rencontra un pauvre nu. Le malheureux avait beau prier les passants d'avoir pitié de lui, tous passaient outre. L'homme de Dieu, voyant que les autres n'étaient pas touchés de compassion, comprit que celui-là lui avait été réservé. Mais que faire ? Il n'avait rien que la chlamyde dont il était revêtu ; il avait déjà sacrifié le reste pour une bonne œuvre analogue. Alors, il saisit son épée, coupe le manteau par le milieu, en donne une partie au pauvre, se drape de nouveau dans le reste. Parmi ceux qui l'entouraient, quelques-uns se mettent à rire, le trouvant laid avec son habit tronqué. Mais beaucoup d'autres, plus sensés, gémissent profondément de n'avoir rien fait de semblable, alors qu'ils avaient plus de vêtements et qu'ils auraient pu vêtir le pauvre sans se mettre à nu.
La nuit suivante, comme il dormait, Martin vit le Christ, vêtu de la partie de sa chlamyde dont il avait couvert le pauvre. On l'invite à regarder attentivement le Seigneur, et à reconnaître le vêtement qu'il a donné. Puis, à la multitude des anges qui l'entourent, il entend Jésus dire d'une voix éclatante : « Martin, encore catéchumène, m'a couvert de ce vêtement », Vraiment, le Seigneur se souvenait ici de ses propres paroles. Il avait dit auparavant :
« Tout ce que vous avez fait pour l'un des moindres de vos frères, vous l'avez fait pour Moi » (Mt , 25 :40). Maintenant, Il proclamait qu'en la personne d'un pauvre, il avait été vêtu; et, pour confirmer le témoignage accordé à une si bonne œuvre, Il daignait se montrer dans l'habit même qu'avait reçu le pauvre." (Sulpice Sévère, Vie de Martin, Chap III)

Comme vous le constatez, il n'est nullement question ici d'un quelconque "respect de l'uniforme". Pour Martin, le don de la moitié de son manteau représente autant une œuvre - et un exemple - de charité que l'occasion de se mortifier en devenant la risée de certains de ses camarades.

Vous bombardez saint Martin du titre de général. C'est lui faire beaucoup d'honneur : il n'était sans doute qu'un cavalier de la garde impériale. Il quitta l'armée à l'âge de 40 ans environ pour devenir "soldat du christ" et évangéliser les Gaules - trop souvent, hélas, à grands coups de hache ou de barre à mine, et à grand renfort d'incendie purificateur. Bien sûr, le brave Sulpice Sévère prend grand soin de préciser que, le plus souvent, la sainte persuasion de l'homme de Dieu adoucissait l'âme des païens hostiles au point qu'ils renversaient eux-mêmes les idoles et brûlaient ce qu'ils avaient adoré. Et dans le cas contraire, si c'étaient Martin et ses sbires qui boutaient le feu aux temples (non sans avoir au préalable fait le coup de poing pour en déloger les idolâtres), l'hagiographe attitré du saint n'hésite pas à affirmer que les flammes obéissaient docilement au bienheureux pyromane, n'accomplissant leur œuvre que là où elles en avaient reçu l'ordre
On aimerait le croire !…

Il faut cependant mettre au moins une chose au crédit de ce saint : avec quelques autres évêques des Gaules, il recommanda à l'usurpateur Maxime de faire preuve de clémence à l'égard du l'hérétique Priscillien d'Avila (voir ici Clic ! et Clic !).
Si ce pauvre bougre finit quand même sur le bûcher, ce ne fut donc vraiment pas la faute de Martin.

Si vous souhaitez en savoir plus sur saint Martin, je vous recommande ce site internet :

 

nav vox - emp

 

 

22 Août 2003

Yohan a écrit : 

J'ai une grosse lacune concernant les Ptolémées. Sont-ils Macédoniens (descendant d'Alexandre Le Grand) ou sont-ils des Pharaons ?

 

RÉPONSE :

J'ai déjà eu l'occasion d'effleurer cette question dans ce courrier du mois de février (Clic !).

Dernière souveraine de la dynastie des Ptolémées, la belle Cléo en constitue un peu "l'exception qui confirme la règle" puisqu'elle fut sans doute la seule de sa lignée à avoir pris la peine d'apprendre la langue égyptienne et de s'intéresser un tant soit peu aux coutumes du pays qu'elle avait à gouverner. Pour ses ancêtres, très imbus de leurs ascendances macédoniennes, l'Égypte n'était qu'une prise de guerre, une énorme part de butin peuplée de Barbares ignares, de culs-terreux sous-développés, dont le seul et unique intérêt résidait dans les immenses richesses qu'ils produisaient et qui, grâce à un système très élaboré de taxes, de droits ou de monopoles, étaient détournées au seul profit du trésor royal. L'Égypte ptolémaïque, c'était un peu le royaume de l'apartheid : au-dessus se trouvaient les maîtres, les Macédoniens, et en dessous - bien séparés -, les esclaves égyptiens.

Signe évident que les Ptolémées, Macédoniens "pur jus", étaient très soucieux d'éviter toute compromission avec l'élément autochtone : le nom officiel de leur capitale n'était pas "Alexandrie d'Égypte" mais "Alexandrie près de l'Égypte".
Ne mélangeons les torchons et les serviettes !

Bien sûr, les Ptolémées se firent reconnaître comme "pharaons"… mais il ne s'agit là que de l'une des rares concessions de ces souverains macédoniens - très xénophobes et racistes - à une culture indigène qu'ils méprisaient aussi ouvertement que cordialement. Ce titre de "pharaon" n'était à leurs yeux qu'un moyen pour mieux assurer leur domination sur l'Égypte ; bref, de la propagande politico-religieuse, et rien de plus !

Propagande aussi - mais à destination de leurs compatriotes macédoniens, celle-là - que cette légende faisant du premier des Ptolémées (Ptolémée Ier Sôter), un demi-frère adultérin d'Alexandre le Grand.
Le roi Philippe II de Macédoine (père dudit Grand Alex) était, certes, un infatigable coureur de jupons - il avait d'autant plus intérêt à être infatigable qu'à cette époque, le jupon n'avait pas encore été inventé -, mais ce n'est pas une raison suffisante pour prétendre qu'il engendra le premier Ptolémée.

 

nav vox - emp