|
Juillet 2003 (page 3/3)
Sommaire du mois de Juillet : Clic
!
|
|
|
|
22 Juillet 2003 |
|
Alexandre
réécrit : |
|
|
|
Je n'ai malheureusement pas
réussi à trouver une biographie sur Perse
(l'auteur) et ce même après avoir continuellement
recherché sur le Web.
Pourriez-vous s.v.p. m'éclairer
de vos sages lumières ? |
|
|
|
|
|
RÉPONSE : |
|
|
|
Sages lumières : voilà
qui s'appliquerait infiniment mieux aux écrits
de Perse qu'à ma modeste prose !
Perse (Aulus Persius Flaccus) fut un poète
satirique latin. Né en 34 ap. J.-C. à Volaterrae
en Étrurie dans une famille appartenant à
l'ordre équestre, c'était un parent de la
célèbre Arria
Vous vous souvenez,
cette courageuse matrone qui, voyant son mari Pætus,
condamné sous l'empereur Claude, hésiter
à se suicider, lui montra l'exemple en se poignardant
elle-même, puis qui tendit l'arme sanglante à
son douillet d'époux en disant : "Ça ne
fait pas mal, Pætus !" (Pæte, non dolet !).
Avec un tel exemple de fermeté romaine dans sa
famille, nul ne s'étonnera que, venu à Rome
pour parfaire son éducation, le jeune Perse devint
le disciple d'un philosophe stoïcien nommé
Cornute. Celui-ci comptait aussi parmi ses élèves
le célèbre poète épique Lucain,
auteur de la Pharsale (et de l'Évangile
selon Luc, ajouterait Jean-Charles Pichon - voir
son Saint Néron - ; mais vous n'êtes
pas obligé de le croire sur parole
).
Son stage près de Cornute achevé, Perse
entra dans le groupe stoïcien de son parent Thrasea
Pætus, cet aristocrate qui complotera si bien contre
Néron qu'il finira par être exécuté
en 66 ap. J.-C. Mais à cette époque-là,
Perse déjà mort : une maladie (?) l'avait
emporté à l'âge de 28 ans (62 ap.
J.-C). Il avait, dit-on, légué ses livres
ainsi qu'une partie de sa (grande) fortune à son
mentor, le philosophe Cornute ; celui-ci accepta les livres
et refusa l'argent.
Perse était, paraît-il, un homme modeste
et doux qui répugna à s'impliquer dans les
querelles politiques de son temps (ce qui, vu ses antécédents
familiaux, peut se comprendre !). Il n'a laissé
que six satires, genre de sermons littéraires où,
dans un langage parfois obscur mais avec un enthousiasme
(voire un fanatisme) tout juvénile, cet apprenti-philosophe
prône une morale stoïcienne rigide.
Dans cette vieille Histoire universelle qui fit
les délices de mes jeunes années, j'ai retrouvé
cette courte analyse de l'uvre de Perse qu'aujourd'hui
encore, je trouve fort intéressante. Je vous la
livre :
| "Les satires bon-enfant d'Horace ne trouvèrent
aucun écho auprès des générations
vivant à l'époque troublée
de Tibère et de ses successeurs. La satire
devint un libelle ou un prêche moral en
style boursouflé. Telles furent les satires
de Perse.
Rarement la poésie fut aussi délibérément
sacrifiée à la rhétorique
que chez ce jeune poète, riche et distingué.
Sa santé délicate l'avait toujours
empêché de prendre part aux jeux
des autres garçons : il fut et resta un
enfant gâté par sa mère, ne
fréquentant que des femmes : sa mère,
sa sur, ses tantes ; tout ce qu'il savait
de la vie lui était appris par les livres.
C'est pourquoi ses poèmes ne furent jamais
que des sermons stoïciens en vers. On n'y
découvre aucune trace de cet humour qui
fait accepter la satire par l'homme auquel elle
s'adresse ; aucune trace non plus d'espièglerie
sous quelque forme que ce fût ; on ne trouve
chez Perse que phrases redondantes et enflées.
Et l'on finit par penser que le seul mérite
de ce poète réside dans ses bonnes
intentions. Mais il ne suffit pas d'avoir de bonnes
manières et d'être animé d'un
beau zèle pour être un auteur satirique.
Le poète devient insupportable lorsque,
comme chez Perse, sa virginale innocence ignore
tout de cette vie qu'il flagelle. Perse mourut
à vingt-huit ans; il n'avait pas encore
appris à connaître le monde. Malgré
cela, il fut applaudi par des stoïciens admiratifs."
(Carl Grimberg, Histoire Universelle, vol.
III, Éditions Marabout, 1974). |
Notez aussi qu'une traduction française des Satires
de Perse est disponible sur l'excellent site Nimispauci
d'Ugo Bratelli. :
- Traduction française des Satires de
Perse :
Clic !
- Notice sur Perse : Clic
!
|
|
|
|
|
|
|
|
|
22 Juillet 2003 |
|
David a écrit : |
|
|
|
(
) Je cherche des informations
sur les textes des visions de Saint Paul, références
que j'ai le plus grand mal à collecter. Je me tourne
vers vous pour savoir si vous avez des infos. |
|
|
|
|
|
RÉPONSE : |
|
|
|
En général, les études consacrées
à saint Paul s'attachent davantage à
son uvre qu'à l'homme lui-même, celui-ci
restant en bonne partie insaisissable bien que (ou parce
que ?) de nombreux écrits placés sous son
nom soient parvenus jusqu'à nous. Devant l'impossibilité
d'appréhender réellement le personnage,
une école exégétique néerlandaise
à même fini par conclure que cet "Apôtre
des Gentils", ce "VRP" acharné d'un Jésus
qu'il n'avait jamais rencontré en chair et en os,
cet intarissable propagandiste d'un message évangélique
dont il semblait tout ignorer, n'était qu'un mythe.
Une opinion que je ne partage pas : "il n'y a pas de fumée
sans feu", disaient déjà les Romains en
64 de notre ère !
Malgré le (relatif) silence des historiens sur
la personnalité de Paul, et malgré la modestie
de ma bibliothèque, j'ai toutefois trouvé
quelques informations sur les visions du saint. Je crains
cependant que leur niveau de pertinence historique ne
soit pas tout à fait celui requis par une étude
de type universitaire. Enfin, ce sera à vous de
juger
Commençons par ce bon Daniel-Rops qui,
sans surprise, prend au pied de la lettre le récit
de la conversion de Paul sur le chemin de Damas (Actes,
9 : 1-9) puis s'émerveille du mysticisme de l'Apôtre
des Gentils :
| "(Paul) était alors
(au moment de sa conversion) un jeune homme,
peut-être un très jeune homme, un
petit juif d'aspect peu glorieux. Certain apocryphe
grec du second siècle, dit les Actes de
Paul en a laissé une description sans flatterie
: « De médiocre stature, trapu,
les jambes torses, la tête chauve, les sourcils
touffus et joints, le nez bombé. »
L'image est caractéristique de sa race
(sic). Mais une étrange puissance émanait
de ce visage dont il est dit encore qu'il tenait
parfois de l'ange plus que de l'homme.
On observe souvent, chez des êtres que
la nature a dépourvus de toute force physique,
une puissance spirituelle d'une intensité
extrême, plus violente, plus émouvante
d'être associée ainsi à l'on
ne sait quelle mystérieuse fragilité.
Saul était de ces hommes qui n'existent
vraiment que par l'âme. Toute sa vie, on
le verra se réaliser dans la tension et
le combat. Rien ne pourra l'abattre de ce qui
vient des hommes : « affligé mais
non écrasé, dénué,
mais non désespéré, battu
mais non perdu », tel il s'est dit légitimement
lui-même. Une âme de maître,
et que l'extrême souplesse de l'intelligence,
la sensibilité la plus réceptive,
la vigueur d'un esprit à la fois réaliste
et passionné d'absolu avaient armée
pour toutes les luttes. Un homme difficile à
vivre, exigeant et tenace, l'étoffe même
où Dieu taille volontiers les saints. Debout
dans la nuit soudaine, qu'éprouvait-il,
celui qui venait d'être appelé par
son nom ? Il se sentait percé.
Il lui était « dur de regimber
sous l'aiguillon » (Ac, 26 : 14). Mais
il avait appris, d'un coup, que désormais
il lui faudrait vivre avec cette blessure inguérissable,
cette « écharde dans la chair
» (2 Co, 12 : 7) par où la vérité
l'avait atteint. Humainement, que signifiait-elle,
cette blessure ? On en a proposé des explications
médicales que l'examen rend inacceptables.
L'hystérie, ce mal d'ailleurs peu défini,
dont un des plus nets symptômes est d'inciter
le sujet à une soi-te de constant mimétisme
pathologique, n'a aucun support dans cette personnalité
si originale, si authentique dont toutes les déterminations
procèdent évidemment d'une volonté
lucide. Et l'épilepsie, dont les deux caractères
principaux sont de provoquer des ruptures soudaines
dans la logique de l'action et de déterminer
des phantasmes qui échappent à la
mémoire quel rapport a-t-elle avec cette
existence parfaitement équilibrée
et unie, avec cet engagement efficace, comme avec
la précision objective du témoignage
que saint Paul donna sur ses visions ? Le fait
est là, irrécusable comme il le
sera pour saint François d'Assise ou pour
Jeanne d'Arc : ce n'est pas dans les limbes d'une
conscience plus ou moins troublée par la
démence que retentit l'appel qui devait
arracher Saul à soi ; c'est dans la réalité
des choses de la terre, sur une route d'Asie,
au dur soleil d'un jour de juillet." (
) |
|
Puis, après avoir relaté les années
d'apprentissage de Saül-Paul, Daniel-Rops reprend
:
| "Mais aurions-nous assez dit
de cette formation, si nous omettions de marquer
que tout cet effort, toute cette application à
l'efficacité se reliaient profondément,
dans l'âme de l'Apôtre, à une
participation ininterrompue à la vie divine
? Chez les hauts mystiques, il n'y a aucune séparation
entre l'action pratique et la connaissance transcendante.
Depuis l'heure où Saul le pharisien avait
été renversé par la lumière,
tout en lui avait été donné
à Dieu, perdu en Dieu ; comme il devait
plus tard le dire, ce n'était plus lui
qui vivait, mais le Christ qui vivait en lui.
Cette incorporation véritable par laquelle
le Dieu fait homme s'unit à ceux qui croient
en lui, dont l'affirmation sera l'axe de la théologie
paulinienne, l'apôtre lui-même y puisera
le meilleur de ses moyens. C'est à Antioche,
sans doute entre 42 et 44, qu'il bénéficia
d'une extase mémorable, dont le bref compte
rendu qu'il en donna est un des textes les plus
essentiels de toute la littérature mystique
:
« Je sais un homme qui, dans le Christ, -
était-ce avec son corps ? je ne sais ;
était-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu
le sait, - fut ravi jusqu'au troisième
ciel. Et il y entendit des choses ineffables qu'il
n'est point permis à l'homme de redire
» (2 Co 12 : 2 - 4.)
Quelles précisions reçut-il
alors, quelles nouvelles révélations
foudroyantes ? Par une noble pudeur l'âme,
il se retint toujours de s'en expliquer. Au reste,
les mots humains, même ceux d'un saint,
peuvent-ils jamais être adéquats
à ces illuminations divines ? Mais, 14
ans après, amené à en parler
à ses amis de Corinthe, on sent encore
l'émotion lui serrer la gorge : l'instant
dut être décisif, où le Maître
acheva de le consacrer à la tâche
où il l'appelait. "
(DANIEL-ROPS, L'Église des Apôtres
et des Martyrs, Vol I, chap. 2, Éditions
Desclée de Brouwer, 1971). |
"Noble pudeur", "émotion" ?
Tel n'est pas l'avis de Gérald Messadié
qui, quant à lui, explique l'apparente incapacité
de Paul à fournir un récit cohérent
de ses visions par la nécessité de rester
dans le vague afin de conférer à son message
christique - en bonne partie radicalement différent
de celui que les Évangiles prêtent à
Jésus - l'apparence d'une légitimité
"apostolique" :
|
"La plus confondante de toutes
les énigmes que pose le personnage
(de Saül - Paul) est celle de son enseignement.
D'où le tient-il ? Pas de jésus,
fût-ce indirectement, puisque Saül
ne s'est converti qu'après la lapidation
d'Etienne, c'est-à-dire en 32-34, donc
de deux à quatre ans après la Crucifixion.
Certes pas des Évangiles, qui n'ont pas
encore été écrits. De Luc,
alors, qui sera un compagnon épisodique
? Il ne le rencontre qu'une quinzaine d'années
après sa conversion. A-t-il été
alors convaincu par les prêches que dispensent
à travers la Palestine les onze et les
soixante-dix ou soixante-douze ? Non plus, puisqu'on
le trouve furieusement antichrétien jusqu'au
prétendu chemin de Damas.
Les exégètes n'ont qu'effleuré
le sujet, expliquant la conversion par un cheminement
intérieur, quasiment une infiltration insensible
de la parole de jésus. On conviendra toutefois
que l'affaire est singulière : voilà
un homme qui s'en va par le monde prêchant,
le plus souvent au péril de sa vie, le
ralliement à un homme dont il ne sait que
ce qu'on en dit, et encore, bien peu de chose,
car il en ignore et les paraboles et les attitudes
et les prodiges que lui prêtent les prêcheurs.
| Lui-même brouille
savamment les pistes ; il assure que la
connaissance qu'il a de jésus, il
ne la tient « d'aucun homme ».
On le croirait volontiers, si l'on était
tant soit peu enclin à prêter
foi à des transmissions surnaturelles
de savoir. L'ennui est que ce savoir est
bien maigre, comme on l'a vu plus haut.
Autrement dit, Saül prêche pour
un enseignement qu'il méconnaît.
C'est là un cas évidemment
fascinant.
Pourquoi Saül ne dit-il pas en
clair qu'il a vraiment vu jésus,
et où ? C'est que, s'il le faisait,
il annulerait l'objet de la mission qu'il
s'est lui-même assignée : conquérir
le monde romain. S'il déclare avoir
rencontré Jésus en chair et
en os, c'est que celui-ci avait survécu
longtemps à la Crucifixion, donc
c'est qu'il n'était qu'humain, ce
que sous-entendent d'ailleurs les Évangiles
(à l'exception du passage de l'Ascension,
rajouté tardivement à Marc),
quand ils décrivent la dernière
rencontre des apôtres avec jésus
en Palestine. Si jésus était
humain, lui aurait-on objecté, que
venez-vous nous raconter de sa divinité
et de sa résurrection ? Le voilà
donc prisonnier de son secret. Il tire son
ascendant d'apôtre sur le fait qu'il
a vu jésus, mais s'il détaille
sa rencontre, il le perd. Il est donc tenu
de maintenir un certain clair-obscur, ce
qui est bien le cas, d'ailleurs, des Épîtres.
Saül tiendrait-il donc son enseignement
de jésus en personne ? je l'admets,
prenant en cela Saül littéralement
au mot, car il dit bien qu'il a vu jésus,
ce qui doit être différencié
de ses deux références au
chemin de Damas, où il n'a fait que
l'entendre. On pourrait donc supposer, en
admettant mon postulat, que c'est jésus
lui-même qui l'a instruit. |
|
Mais là, on ne ferait que déplacer
le problème. D'abord, parce que jésus
l'aurait bien mal instruit. Et même, l'aurait
instruit de travers, à moins qu'il n'eût
changé d'avis après la Crucifixion.
Le refus de jésus de soigner l'enfant de
la femme syro-phénicienne exprime sans
ambiguïté son refus de prêcher
aux Gentils : « On ne jette pas de perles
aux pourceaux ", dit-il avec un surprenant
mépris, avant de céder quand même
à la compassion. Or, Saül, lui, prêche
obstinément aux Gentils. Visiblement, on
l'a vu plus haut, Saül ne connaît pas
vraiment l'enseignement de Jésus."
(Gérald MESSADIÉ, L'Incendiaire,
vie de Saül, Apôtre, les sources,
Robert Laffont, 1991) |
Outre le fait que, même si elles sont souvent contradictoires
entre elles et toujours fort confuses, ces visions arrangeaient
bien les affaires de Paul, son état de santé
l'aurait aussi prédisposé à de telles
hallucinations :
| "L'épilepsie de Saül
: l'hypothèse en découle à
la fois d'une indication de l'apôtre lui-même,
sur « une écharde dans sa chair
», et d'une interprétation logique.
Dans ses épîtres (Il Cor., XII
; 2-9), Saül, parlant de lui-même,
écrit : « Je sais un homme dans
le Messie, voici quatorze ans - était-ce
dans le corps ? je ne sais, mais Elohim sait -
qui fut ravi jusqu'au troisième ciel. Et
je sais que cet homme était-ce dans le
corps ou hors du corps ? je ne sais, mais Elohim
sait - fut ravi au paradis. Il y a entendu des
mots ineffables, qu'il n'est pas permis à
un homme de dire. je mettrai ma fierté
dans un tel homme, mais pour moi-même je
ne mettrai ma fierté que dans mes faiblesses.
Oui, si je voulais être fier, je ne serais
pas fou, je ne dirais que la vérité.
Mais j'en fais l'épargne, de peur qu'on
ne me compte pour plus qu'il n'est vu ou entendu
de moi sur l'importance de ces découvrements.
Aussi, de peur que je ne m'exalte, il m'a été
donné une écharde dans la chair,
un messager de Satan, pour me souffleter, afin
que je ne m'exalte pas. Pour cela, par trois fois,
j'ai imploré l'Adôn de l'écarter
de moi. Mais il m'a dit : "Mon chérissement
te suffit, oui, parfaite est la puissance dans
la faiblesse." » (Trad. A. Chouraqui)
Il ressort de cette exceptionnelle mixture de
pathos et d'amphigouri, où Saül prétend
ne pas dire la vérité parce qu'elle
serait trop flatteuse pour lui, mais où
il se laisse aller jusqu'à confesser des
entrevues privées avec le Créateur,
excentricité qui a été pourtant
reprochée à l'auteur de l'Évangile
de Thomas, il ressort donc que Saül souffre
d'une maladie, de prime abord mystérieuse,
puisqu'elle n'est définie que comme
« une écharde dans la chair ».
Or, cette « écharde » resterait
mystérieuse n'était que, dans sa
très filandreuse rhétorique, Saül
l'associe à ses entrevues avec Dieu. Il
a prié Dieu de l'en délivrer, mais
dans cet inconcevable tête-à-tête,
Dieu a refusé, alléguant que la
puissance de Saül résidait dans cette
faiblesse.
Deux déductions s'imposent alors :
la maladie est chronique et c'est l'esprit de
l'apôtre qu'elle atteint, puisque, selon
les termes mêmes du texte, passablement
immodestes soit dit en passant, elle participe
de la « puissance » de Saül.
À coup sûr, ce ne sont ni des
hémorroïdes ni une furonculose, par
exemple. L'indication d'une maladie qui ressortirait
à la psychiatrie moderne est fournie par
la tournure répétée :
« Était-ce dans le corps ? Ou hors
du corps ? » C'est que la maladie
en question entraîne des absences, pendant
lesquelles Saül a des visions célestes.
Voilà donc l'essentiel de ce qui touche
à l'indication fournie par Saül lui-même.
À ce point-ci de l'analyse, le diagnostic
moderne opterait pour l'hystérie plutôt
que l'épilepsie, du moins selon les notions
courantes. (
)
Mais Saül oriente lui-même les
indications (
)
Comme on le voit, la frontière est
ténue entre l'hystérie épileptoïde
et l'épilepsie, surtout l'épilepsie
partielle. À titre purement spéculatif,
je postule que les signes indiqués dans
les Actes et les Épîtres
me paraissent indiquer une épilepsie partielle,
en raison des troubles visuels décrits.
Mais il faut signaler que ce choix n'exclut pas
un apparentement de la crise hystérique
épileptoïde avec l'épilepsie
partielle. (
)
L'épilepsie de Saül a été,
jusque récemment, rejetée, sous
le prétexte qu'elle n'expliquerait rien.
Il semble, bien au contraire, qu'elle expliquerait
bien des traits de Saül, notamment son irritabilité,
qui l'a mené à des attitudes querelleuses
avec Pierre et Jacques, et la religiosité,
qui est un trait notoire du comportement épileptoïde.
Il ne s'agit donc pas là d'une affliction
sans effet sur la vie de l'apôtre, mais
au contraire d'une composante fondamentale de
la biographie de l'inventeur du Christianisme.
(Gérald MESSADIÉ, op. cit.
- Note 6) |
Enfin, Robert Ambelain, qui consacre tout le chapitre
14 de sa Vie secrète de saint Paul à
l'étude des visions de Paul et de leurs
contradictions. Impossible naturellement de citer
ici l'intégralité de ce texte. Je signalerai
seulement que cet auteur met les hallucinations de Saül-Paul
sur le compte de la syphilis - en partie héréditaire
(héritée de son ancêtre, le roi Hérode
le Grand) et en partie acquise - dont aurait souffert
le bon apôtre :
| "Quant aux « auditions
» de voix diverses, n'oublions pas que dans
le cas de lésions syphilitiques se produisant
dans l'appareil auditif, (labyrinthe, limaçon),
le malade est l'objet d'hallucinations auditives
qui viennent s'ajouter aux hallucinations visuelles.
Le délire des grandeurs devient alors de
la théomanie, et le malade se prend alors
pour un nouveau prophète, ou pour la réincarnation
d'un apôtre, voire pour Dieu lui-même.
Pour peu que les lésions cérébrales
soient compensées par l'apparition de facultés
supranormales, ce qui est fréquent, il
trouvera des fidèles, et une secte se constituera
autour de lui.
Nous pensons donc que la grave maladie qui
intrigue tant les exégètes et les
historiens du paulinisme ne fut ni la malaria
ni l'épilepsie. Ce fut tout simplement
et plus communément, eu égard à
la région et à l'époque,
autant qu'au mode de vie initial de Saül-Paul,
la syphilis, maladie fort répandue alors.
S'il fut également paludéen, (ce
qui n'est pas impossible non plus, en ces contrées),
ce détail explique et justifie les manifestations
tardives de la maladie à son stade tertiaire,
associé à l'hérédité
qui, nous l'avons vu, retarde comme le paludisme
les effets de la syphilis acquise.
Tel fut, croyons-nous, cet « aiguillon
en la chair » dont Saül-Paul reconnaît
en lui la présence, (IIe Épître
aux Corinthiens, XII, 2-9). Or, il utilise
le terme grec akôloph pour désigner
cet aiguillon, et akôloph ne désigne
pas un aiguillon, mais « un ensemble
d'aiguillons », quelque chose entre l'écharde
épineuse et la peau toute hérissée
de pointes, de l'animal appelé précisément
« hérisson », nous dit Mgr
Ricciotti en son Saint Paul apôtre.
Il s'agissait là de la syphilis à
son stade secondaire, caractérisé
par des syphilides d'un type éruptif généralisé,
et affectant justement cet aspect. "
(Robert AMBELAIN, La Vie secrète de
saint Paul, Robert Laffont, 1972) |
|
|
|
|
|
|
|
| |
| 23 Juillet 2003 |
| Benjamin (Voir
ici : Clic !)
réécrit : |
| |
| 1.
Avez-vous des renseignements sur la vague de persécutions
anti-païennes initiées par Valentinien III
en 435 ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
| Ne s'agirait-il pas plutôt
d'un édit de l'empereur d'Orient Théodose
II ordonnant la destruction des temples païens ? Voyez
à ce sujet cette page internet (Clic
!), laquelle vous fournira d'ailleurs (mais uniquement
en langue anglaise, hélas) l'ensemble des lois promulguées
par les empereurs romains à l'encontre des païens
entre 321 et 529 ap. J.-C. |
| |
|
| |
| 2.
Des détails sur Simonidès, martyr païen
en 370 ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
|
Dans les années 370, à
Antioche, une vague de répression s'abattit
sur les anciens amis de feu l'empereur Julien.
Si le célèbre rhéteur Libanios ne
fut qu'inquiété, d'autres s'en tirèrent
moins bien : Maxime d'Éphèse, le célèbre
"gourou" de l'empereur apostat, son ami, son conseiller,
son confident, fut étranglé. Quant à
notre ami Simonidès, jeune philosophe, il mourut
sur le bûcher, brûlé vif au milieu
de ses uvres.
Lui et ses infortunés amis furent-ils exécuté
à cause de leur paganisme ? Officiellement, non
! Bien qu'il fût un fanatique chrétien arien
de la plus belle eau, l'empereur Valens,
qui régnait sur l'Orient à cette époque,
était très soucieux de se présenter
comme un protecteur de tous les cultes de son Empire.
Ces intellectuels, fort actifs du temps de Julien et qui
avaient sans doute vu d'un il assez favorable l'usurpation
de Procope
furent donc accusés de sorcellerie, une accusation
d'autant plus commode qu'elle épouvantait le peuple
tout en étant parfaitement invérifiable.
La sorcellerie, l'éternel subterfuge judiciaire
du pouvoir pour justifier ses crimes politiques ! voyez
Philippe le Bel et les Templiers, les Anglais avec Jean
d'Arc, Louis XIII avec Leonora Galigaï
Quand on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse
de la rage !
Bien qu'il n'évoque pas précisément
notre Simonidès, ce texte d'André Piganiol
nous fournit nombre de détails fort intéressants
sur cette persécution des intellectuels
:
|
"À la fin de 371, Valens passait son
premier hiver à Antioche. Le préfet
du prétoire d'Orient était l'Arabe
Domitius Modestus. Comte d'Orient sous Constance,
il avait présidé avec cruauté
la commission de Scythopolis (359), chargée
d'une enquête pour des crimes de haute trahison.
Il avait apostasié sous Julien, puis était
redevenu chrétien. Cet ami de Libanius, ce
bon juriste, était pourtant un homme dur
et sauvage.
Valens, comme Constance, avait la terreur de
la magie, et il avait interdit en 370 d'étudier
la science des mathematici. Or, à
la fin de 371, le notaire Théodore fut dénoncé
par un chambellan, Héliodore, qui lui-même
était un mathematicus. Il raconta
que certaines personnes avaient consulté
un trépied pour connaître le nom du
successeur de Valens. Autour du trépied étaient
inscrites les lettres de l'alphabet ; au-dessus,
on faisait balancer un anneau au bout d'un fil,
et on retenait les lettres vers lesquelles il se
dirigeait. On avait ainsi épelé
THEOD. Libanius et un descendant de Jamblique
auraient procédé autrement, par
alektromanteia : on écrit des lettres
sur le sable, on pose sur chacune un grain de blé,
on lâche un coq, on note l'ordre des lettres
qui l'attirent ; cela donna aussi « Theod ».
Le notaire Théodore, d'ailleurs homme de
mérite, aurait connu l'affaire du trépied
et se prenait pour l'élu.
Modestus, chargé
de l'enquête, la conduisit atrocement.
Il s'attaqua aux personnages du plus haut
rang. Même le proconsul d'Asie Eutrope
fut en danger, et même les deux consuls
de l'année 359, Eusebius et Hypatius,
parents de l'impératrice Eusébie.
Rien n'avait encore égalé l'horreur
des tortures auxquelles on soumit les suspects.
« C'était partout comme si on
abattait du bétail. » On choisit
comme proconsul d'Asie Festus, parce qu'on
savait qu'il ne laisserait survivre aucun
homme cultivé. Maxime, qui était
redevenu très riche, avoua qu'il avait
eu connaissance de l'oracle et fut étranglé
à Éphèse. Libanius de
nouveau fut en grand péril ; de nombreux
philosophes néo-platoniciens furent
massacrés. On s'en prit aussi aux livres
et on condamna au bûcher, non seulement
les livres de magie, mais une foule d'ouvrages
inoffensifs. À travers tout l'Orient
les riches épouvantés se hâtaient
de brûler leurs bibliothèques.
Modestus fut récompensé
en 372 par le consulat. Il est bien probable
que c'est à la suite de cette affaire
que fut édictée l'interdiction
des sacrifices sanglants. On n'autorisa plus
que les « fumigations » et l'encens.
En vain Thémistius, au cours de
toutes ses exhortations, essayait de convertir
ce prince brutal à la philosophie.
Valens trembla pendant tout son règne
et il avait raison de trembler, car il était
toujours en danger de mort. En vain tenait-il
les prisons pleines. Vivus ardeat Valens !
« puisse-t-il brûler vif ! »,
tel était le souhait que répétait
la plèbe d'Antioche et que les Goths
allaient exaucer."
(A. PIGANIOL, L'Empire Chrétien, PUF,
1972) |
|
|
|
| |
|
| |
| 3.
Est-ce vrai que
l'empereur Caligula pour renflouer les caisses de l'État
vidées par ses orgies fit construire un "bateau
bordel" où les filles et femmes de Sénateurs
devaient se prostituer ? |
| |
| |
| |
| RÉPONSE
: |
| |
|
Ah, cette fameuse galère-bordel
de Caligula
avec son équipage de sénatrices en goguette,
plus expertes en "caresses buccales et manuelles"
qu'Emmanuelle à ses heures les plus torrides !
Elle constitue l'une des plus belles (et des plus chaudes)
attractions du film "Caligula" de Tinto Brass (1979) qu'évoque
si brillamment notre érudit ami Michel Eloy dans
le site associé Peplum
- images de l'Antiquité (voir ici : Clic
!)
Pourtant, et au risque de vous décevoir, ce délire
rococo-erotico-naval semble dépourvu de tout fondement
historique.
Cette trouvaille "scénaristique" de Gore Vidal
(?) trouverait son origine dans le télescopage
de deux extraits de la Vie
de Caligula de Suétone.
Dans le premier texte, l'historien explique qu'à
l'exemple des souverains lagides de l'Égypte hellénistique,
eux aussi un tantinet mégalomanes sur les bords,
le jeune empereur romain s'était fait construire
deux luxueuses galères de plaisance : "Il fabriqua
des galères liburniennes à dix rangs de
rames. Les poupes étaient garnies de pierreries,
et les voiles enrichies de diverses couleurs. On y voyait
des bains, des galeries et des salles à manger
d'une large dimension, des vignes et des arbres fruitiers
de toute espèce. C'était sur ces navires
qu'il parcourait les côtes de la Campanie, assis
à table au milieu des danses et du son des instruments."
(Suétone, Vie
de Caligula, 37)
Dans un second passage de cette même Vie de
Caligula, Suétone, plus médisant (calomniateur
?) que jamais, narre par le menu comment, devenu complètement
siphonné, le jeune César Caius établit
un bordel
dans aile de palais impérial, pas
à bord desdites galères ! "Pour essayer
toute espèce de rapine, il établit un mauvais
lieu dans son palais. Un grand nombre de cabinets furent
construits et meublés conformément à
la majesté du local. On y plaça des matrones
et des hommes de condition libre. Des esclaves nomenclateurs
étaient envoyés sur les places et dans les
basiliques pour inviter à la débauche les
jeunes gens et les vieillards. On prêtait aux arrivants
de l'argent à usure, et des employés recueillaient
publiquement leurs noms, comme favorisant les revenus
de l'empereur." (Suétone, Vie
de Caligula, 51).
| 
|
Notez bien que dans ce texte il n'est
pas plus question de sénatrices que
de galère ! Suétone ne parle
que de femmes de naissance libre "invitées"
au palais
Mais là encore, à
mon avis, l'historien latin se laisse emporter par
sa verve calomniatrice ! Dans la Rome antique, on
ne badinait pas avec la vertu des vierges, la respectabilité
des épouses et honneur de mâles. Si
elle n'avait pas eu le courage de mettre elle-même
préventivement fin à ses jours afin
d'échapper au déshonneur (voyez l'exemple
d'une certaine Mallonia, rapporté par le
même Suétone, Vie
de Tibère, 45),
une matrone qui aurait regagné le domicile
conjugal, souillée de stupre et d'opprobre,
après avoir batifolé dans des lieux
de débauche n'aurait pas eu "la vie facile"
- et c'est un euphémisme ; même si
c'est contrainte et forcée qu'elle s'était
livrée à la prostitution !
Quant à son digne époux, après
avoir dûment rossé, voire éliminé
le "corps du délit", il n'aurait rien eu
de plus pressé que d'aller laver son honneur
bafoué dans le sang de l'empereur. Or, Caligula
était peut-être fou, mais pas suicidaire !
Il semble toutefois y avoir un fond de vérité
dans le récit de Suétone : les galères
de plaisance de Caligula auraient bien existé.
On en aurait même retrouvé deux en
1923
Pas le long du golfe de Naples, où,
Suétone dixit, Caligula avait coutume
de faire de la plaisance à bord de ses galères
liburniennes, mais au fond du joli lac de Nemi,
au Sud de Rome. Elles étaient, paraît-il,
en excellent état de conservation et furent
exposées jusqu'à ce qu'un bombardement
les détruise, en 1944.
Un projet de reconstruction de ces deux bateaux
est actuellement en cours (voir à ce sujet
ici : Clic
! et Clic
!).
Mais naturellement, le fait que ces navires existèrent
ne prouve pas qu'ils servirent jamais de "bordel-flottant"
! |
|
| |
| |
|
| |
| 28 Juillet 2003 |
| Gricca
a écrit : |
| |
Profitant
des vacances j'ai eu l'occasion de lire le petit
ouvrage d'André LAMA intitulé
Des Dieux et des Empereurs - mélanges
romains aux Éditions des écrivains,
PARIS, 1998, que je recommande aux connaisseurs
et dont je reporte le résumé inscrit
au dos de l'ouvrage :
"Pour tout le
monde, ou presque, le premier empereur romain chrétien
fut Constantin. Or, c'est inexact, ce fut Philippe
l'Arabe.
L'empereur Gallien, lui, signe un édit de
persécution anti-chrétienne et, moins
de trois ans plus tard, un édit de tolérance.
Pourquoi ?.
Quand on parle de culte solaire, on pense généralement
aux Incas et aux Aztèques
Or, il exista
un empire solaire romain : celui instauré
par l'empereur Aurélien. Savez-vous que l'empereur
Dioclétien, qu'on ne cite guère qu'à
l'occasion des persécutions anti-chrétiennes,
fut l'un des plus grands souverains de la Rome antique
?. Savez-vous que Constantin Ier, dit le " Grand
" par la grâce de l'Église, fut un
horrible criminel ?. L'empereur Théodose
Ier fut, lui aussi, auréolé du titre
de " Grand " par l'Église. Pourquoi et comment
ce titre se méritait-il ?. Savez-vous que
les Théodosiens, dernière dynastie
régnante de l'Empire romain d'Occident, furent,
bien que chrétiens, des empereurs calamiteux
?.
Enfin, vision de l'histoire occultée de nos
jours, mais dont il faut cependant parler :
La chute de Rome a-t-elle eu aussi des causes ethniques
?" |
|
Par la même occasion, je
tenais à signaler deux plus gros ouvrages aux Éditions
Perrin, celui de Maurice VALLERY-RADOT l'Église
des premiers siècles paru en 1999 et celui
d'Anne BERNET, Les chrétiens dans
l'empire romain - des persécutions à la
conversion Ier -IVe siècle, paru en 2003,
ainsi que deux biographies, celle de Septime Sévère
par Anne DAGUET-GAGEY chez Payot 2000 et celle
de Zénobie par Violaine VANOYEKE,
chez Michel Lafon 2002. |
| |
| |
|

|