-> vox + emp
vox : courrier emp
-> vox + emp

Juillet 2003 (page 3/3)

Sommaire du mois de Juillet : Clic !

 

22 Juillet 2003

Alexandre réécrit : 

Je n'ai malheureusement pas réussi à trouver une biographie sur Perse (l'auteur) et ce même après avoir continuellement recherché sur le Web.

Pourriez-vous s.v.p. m'éclairer de vos sages lumières ?

 

RÉPONSE :

Sages lumières : voilà qui s'appliquerait infiniment mieux aux écrits de Perse qu'à ma modeste prose !

Perse (Aulus Persius Flaccus) fut un poète satirique latin. Né en 34 ap. J.-C. à Volaterrae en Étrurie dans une famille appartenant à l'ordre équestre, c'était un parent de la célèbre Arria… Vous vous souvenez, cette courageuse matrone qui, voyant son mari Pætus, condamné sous l'empereur Claude, hésiter à se suicider, lui montra l'exemple en se poignardant elle-même, puis qui tendit l'arme sanglante à son douillet d'époux en disant : "Ça ne fait pas mal, Pætus !" (Pæte, non dolet !).

Avec un tel exemple de fermeté romaine dans sa famille, nul ne s'étonnera que, venu à Rome pour parfaire son éducation, le jeune Perse devint le disciple d'un philosophe stoïcien nommé Cornute. Celui-ci comptait aussi parmi ses élèves le célèbre poète épique Lucain, auteur de la Pharsale (et de l'Évangile selon Luc, ajouterait Jean-Charles Pichon - voir son Saint Néron - ; mais vous n'êtes pas obligé de le croire sur parole…).

Son stage près de Cornute achevé, Perse entra dans le groupe stoïcien de son parent Thrasea Pætus, cet aristocrate qui complotera si bien contre Néron qu'il finira par être exécuté en 66 ap. J.-C. Mais à cette époque-là, Perse déjà mort : une maladie (?) l'avait emporté à l'âge de 28 ans (62 ap. J.-C). Il avait, dit-on, légué ses livres ainsi qu'une partie de sa (grande) fortune à son mentor, le philosophe Cornute ; celui-ci accepta les livres et refusa l'argent.

Perse était, paraît-il, un homme modeste et doux qui répugna à s'impliquer dans les querelles politiques de son temps (ce qui, vu ses antécédents familiaux, peut se comprendre !). Il n'a laissé que six satires, genre de sermons littéraires où, dans un langage parfois obscur mais avec un enthousiasme (voire un fanatisme) tout juvénile, cet apprenti-philosophe prône une morale stoïcienne rigide.

Dans cette vieille Histoire universelle qui fit les délices de mes jeunes années, j'ai retrouvé cette courte analyse de l'œuvre de Perse qu'aujourd'hui encore, je trouve fort intéressante. Je vous la livre :

"Les satires bon-enfant d'Horace ne trouvèrent aucun écho auprès des générations vivant à l'époque troublée de Tibère et de ses successeurs. La satire devint un libelle ou un prêche moral en style boursouflé. Telles furent les satires de Perse.
Rarement la poésie fut aussi délibérément sacrifiée à la rhétorique que chez ce jeune poète, riche et distingué. Sa santé délicate l'avait toujours empêché de prendre part aux jeux des autres garçons : il fut et resta un enfant gâté par sa mère, ne fréquentant que des femmes : sa mère, sa sœur, ses tantes ; tout ce qu'il savait de la vie lui était appris par les livres. C'est pourquoi ses poèmes ne furent jamais que des sermons stoïciens en vers. On n'y découvre aucune trace de cet humour qui fait accepter la satire par l'homme auquel elle s'adresse ; aucune trace non plus d'espièglerie sous quelque forme que ce fût ; on ne trouve chez Perse que phrases redondantes et enflées. Et l'on finit par penser que le seul mérite de ce poète réside dans ses bonnes intentions. Mais il ne suffit pas d'avoir de bonnes manières et d'être animé d'un beau zèle pour être un auteur satirique. Le poète devient insupportable lorsque, comme chez Perse, sa virginale innocence ignore tout de cette vie qu'il flagelle. Perse mourut à vingt-huit ans; il n'avait pas encore appris à connaître le monde. Malgré cela, il fut applaudi par des stoïciens admiratifs.
"
(Carl Grimberg, Histoire Universelle, vol. III, Éditions Marabout, 1974).

Notez aussi qu'une traduction française des Satires de Perse est disponible sur l'excellent site Nimispauci d'Ugo Bratelli. :

  • Traduction française des Satires de Perse : Clic !
  • Notice sur Perse : Clic !

 

nav vox - emp

 

22 Juillet 2003

David a écrit : 

(…) Je cherche des informations sur les textes des visions de Saint Paul, références que j'ai le plus grand mal à collecter. Je me tourne vers vous pour savoir si vous avez des infos.

 

RÉPONSE :

En général, les études consacrées à saint Paul s'attachent davantage à son œuvre qu'à l'homme lui-même, celui-ci restant en bonne partie insaisissable bien que (ou parce que ?) de nombreux écrits placés sous son nom soient parvenus jusqu'à nous. Devant l'impossibilité d'appréhender réellement le personnage, une école exégétique néerlandaise à même fini par conclure que cet "Apôtre des Gentils", ce "VRP" acharné d'un Jésus qu'il n'avait jamais rencontré en chair et en os, cet intarissable propagandiste d'un message évangélique dont il semblait tout ignorer, n'était qu'un mythe.
Une opinion que je ne partage pas : "il n'y a pas de fumée sans feu", disaient déjà les Romains en 64 de notre ère !…

Malgré le (relatif) silence des historiens sur la personnalité de Paul, et malgré la modestie de ma bibliothèque, j'ai toutefois trouvé quelques informations sur les visions du saint. Je crains cependant que leur niveau de pertinence historique ne soit pas tout à fait celui requis par une étude de type universitaire. Enfin, ce sera à vous de juger…

Commençons par ce bon Daniel-Rops qui, sans surprise, prend au pied de la lettre le récit de la conversion de Paul sur le chemin de Damas (Actes, 9 : 1-9) puis s'émerveille du mysticisme de l'Apôtre des Gentils :

"(Paul) était alors (au moment de sa conversion) un jeune homme, peut-être un très jeune homme, un petit juif d'aspect peu glorieux. Certain apocryphe grec du second siècle, dit les Actes de Paul en a laissé une description sans flatterie : « De médiocre stature, trapu, les jambes torses, la tête chauve, les sourcils touffus et joints, le nez bombé. » L'image est caractéristique de sa race (sic). Mais une étrange puissance émanait de ce visage dont il est dit encore qu'il tenait parfois de l'ange plus que de l'homme.

On observe souvent, chez des êtres que la nature a dépourvus de toute force physique, une puissance spirituelle d'une intensité extrême, plus violente, plus émouvante d'être associée ainsi à l'on ne sait quelle mystérieuse fragilité. Saul était de ces hommes qui n'existent vraiment que par l'âme. Toute sa vie, on le verra se réaliser dans la tension et le combat. Rien ne pourra l'abattre de ce qui vient des hommes : « affligé mais non écrasé, dénué, mais non désespéré, battu mais non perdu », tel il s'est dit légitimement lui-même. Une âme de maître, et que l'extrême souplesse de l'intelligence, la sensibilité la plus réceptive, la vigueur d'un esprit à la fois réaliste et passionné d'absolu avaient armée pour toutes les luttes. Un homme difficile à vivre, exigeant et tenace, l'étoffe même où Dieu taille volontiers les saints. Debout dans la nuit soudaine, qu'éprouvait-il, celui qui venait d'être appelé par son nom ? Il se sentait percé.

Il lui était « dur de regimber sous l'aiguillon » (Ac, 26 : 14). Mais il avait appris, d'un coup, que désormais il lui faudrait vivre avec cette blessure inguérissable, cette « écharde dans la chair » (2 Co, 12 : 7) par où la vérité l'avait atteint. Humainement, que signifiait-elle, cette blessure ? On en a proposé des explications médicales que l'examen rend inacceptables. L'hystérie, ce mal d'ailleurs peu défini, dont un des plus nets symptômes est d'inciter le sujet à une soi-te de constant mimétisme pathologique, n'a aucun support dans cette personnalité si originale, si authentique dont toutes les déterminations procèdent évidemment d'une volonté lucide. Et l'épilepsie, dont les deux caractères principaux sont de provoquer des ruptures soudaines dans la logique de l'action et de déterminer des phantasmes qui échappent à la mémoire quel rapport a-t-elle avec cette existence parfaitement équilibrée et unie, avec cet engagement efficace, comme avec la précision objective du témoignage que saint Paul donna sur ses visions ? Le fait est là, irrécusable comme il le sera pour saint François d'Assise ou pour Jeanne d'Arc : ce n'est pas dans les limbes d'une conscience plus ou moins troublée par la démence que retentit l'appel qui devait arracher Saul à soi ; c'est dans la réalité des choses de la terre, sur une route d'Asie, au dur soleil d'un jour de juillet." (…)

saint paul

Puis, après avoir relaté les années d'apprentissage de Saül-Paul, Daniel-Rops reprend :

"Mais aurions-nous assez dit de cette formation, si nous omettions de marquer que tout cet effort, toute cette application à l'efficacité se reliaient profondément, dans l'âme de l'Apôtre, à une participation ininterrompue à la vie divine ? Chez les hauts mystiques, il n'y a aucune séparation entre l'action pratique et la connaissance transcendante. Depuis l'heure où Saul le pharisien avait été renversé par la lumière, tout en lui avait été donné à Dieu, perdu en Dieu ; comme il devait plus tard le dire, ce n'était plus lui qui vivait, mais le Christ qui vivait en lui. Cette incorporation véritable par laquelle le Dieu fait homme s'unit à ceux qui croient en lui, dont l'affirmation sera l'axe de la théologie paulinienne, l'apôtre lui-même y puisera le meilleur de ses moyens. C'est à Antioche, sans doute entre 42 et 44, qu'il bénéficia d'une extase mémorable, dont le bref compte rendu qu'il en donna est un des textes les plus essentiels de toute la littérature mystique :
« Je sais un homme qui, dans le Christ, - était-ce avec son corps ? je ne sais ; était-ce sans son corps ? je ne sais, Dieu le sait, - fut ravi jusqu'au troisième ciel. Et il y entendit des choses ineffables qu'il n'est point permis à l'homme de redire… » (2 Co 12 : 2 - 4.)

Quelles précisions reçut-il alors, quelles nouvelles révélations foudroyantes ? Par une noble pudeur l'âme, il se retint toujours de s'en expliquer. Au reste, les mots humains, même ceux d'un saint, peuvent-ils jamais être adéquats à ces illuminations divines ? Mais, 14 ans après, amené à en parler à ses amis de Corinthe, on sent encore l'émotion lui serrer la gorge : l'instant dut être décisif, où le Maître acheva de le consacrer à la tâche où il l'appelait. "

(DANIEL-ROPS, L'Église des Apôtres et des Martyrs, Vol I, chap. 2, Éditions Desclée de Brouwer, 1971).

"Noble pudeur", "émotion" ?
Tel n'est pas l'avis de Gérald Messadié qui, quant à lui, explique l'apparente incapacité de Paul à fournir un récit cohérent de ses visions par la nécessité de rester dans le vague afin de conférer à son message christique - en bonne partie radicalement différent de celui que les Évangiles prêtent à Jésus - l'apparence d'une légitimité "apostolique" :

"La plus confondante de toutes les énigmes que pose le personnage (de Saül - Paul) est celle de son enseignement. D'où le tient-il ? Pas de jésus, fût-ce indirectement, puisque Saül ne s'est converti qu'après la lapidation d'Etienne, c'est-à-dire en 32-34, donc de deux à quatre ans après la Crucifixion. Certes pas des Évangiles, qui n'ont pas encore été écrits. De Luc, alors, qui sera un compagnon épisodique ? Il ne le rencontre qu'une quinzaine d'années après sa conversion. A-t-il été alors convaincu par les prêches que dispensent à travers la Palestine les onze et les soixante-dix ou soixante-douze ? Non plus, puisqu'on le trouve furieusement antichrétien jusqu'au prétendu chemin de Damas.

Les exégètes n'ont qu'effleuré le sujet, expliquant la conversion par un cheminement intérieur, quasiment une infiltration insensible de la parole de jésus. On conviendra toutefois que l'affaire est singulière : voilà un homme qui s'en va par le monde prêchant, le plus souvent au péril de sa vie, le ralliement à un homme dont il ne sait que ce qu'on en dit, et encore, bien peu de chose, car il en ignore et les paraboles et les attitudes et les prodiges que lui prêtent les prêcheurs.

Lui-même brouille savamment les pistes ; il assure que la connaissance qu'il a de jésus, il ne la tient « d'aucun homme ». On le croirait volontiers, si l'on était tant soit peu enclin à prêter foi à des transmissions surnaturelles de savoir. L'ennui est que ce savoir est bien maigre, comme on l'a vu plus haut. Autrement dit, Saül prêche pour un enseignement qu'il méconnaît. C'est là un cas évidemment fascinant.

Pourquoi Saül ne dit-il pas en clair qu'il a vraiment vu jésus, et où ? C'est que, s'il le faisait, il annulerait l'objet de la mission qu'il s'est lui-même assignée : conquérir le monde romain. S'il déclare avoir rencontré Jésus en chair et en os, c'est que celui-ci avait survécu longtemps à la Crucifixion, donc c'est qu'il n'était qu'humain, ce que sous-entendent d'ailleurs les Évangiles (à l'exception du passage de l'Ascension, rajouté tardivement à Marc), quand ils décrivent la dernière rencontre des apôtres avec jésus en Palestine. Si jésus était humain, lui aurait-on objecté, que venez-vous nous raconter de sa divinité et de sa résurrection ? Le voilà donc prisonnier de son secret. Il tire son ascendant d'apôtre sur le fait qu'il a vu jésus, mais s'il détaille sa rencontre, il le perd. Il est donc tenu de maintenir un certain clair-obscur, ce qui est bien le cas, d'ailleurs, des Épîtres.

Saül tiendrait-il donc son enseignement de jésus en personne ? je l'admets, prenant en cela Saül littéralement au mot, car il dit bien qu'il a vu jésus, ce qui doit être différencié de ses deux références au chemin de Damas, où il n'a fait que l'entendre. On pourrait donc supposer, en admettant mon postulat, que c'est jésus lui-même qui l'a instruit.

livre messadie

Mais là, on ne ferait que déplacer le problème. D'abord, parce que jésus l'aurait bien mal instruit. Et même, l'aurait instruit de travers, à moins qu'il n'eût changé d'avis après la Crucifixion. Le refus de jésus de soigner l'enfant de la femme syro-phénicienne exprime sans ambiguïté son refus de prêcher aux Gentils : « On ne jette pas de perles aux pourceaux ", dit-il avec un surprenant mépris, avant de céder quand même à la compassion. Or, Saül, lui, prêche obstinément aux Gentils. Visiblement, on l'a vu plus haut, Saül ne connaît pas vraiment l'enseignement de Jésus."
(Gérald MESSADIÉ, L'Incendiaire, vie de Saül, Apôtre, les sources, Robert Laffont, 1991)

Outre le fait que, même si elles sont souvent contradictoires entre elles et toujours fort confuses, ces visions arrangeaient bien les affaires de Paul, son état de santé l'aurait aussi prédisposé à de telles hallucinations :

"L'épilepsie de Saül : l'hypothèse en découle à la fois d'une indication de l'apôtre lui-même, sur « une écharde dans sa chair », et d'une interprétation logique. Dans ses épîtres (Il Cor., XII ; 2-9), Saül, parlant de lui-même, écrit : « Je sais un homme dans le Messie, voici quatorze ans - était-ce dans le corps ? je ne sais, mais Elohim sait - qui fut ravi jusqu'au troisième ciel. Et je sais que cet homme était-ce dans le corps ou hors du corps ? je ne sais, mais Elohim sait - fut ravi au paradis. Il y a entendu des mots ineffables, qu'il n'est pas permis à un homme de dire. je mettrai ma fierté dans un tel homme, mais pour moi-même je ne mettrai ma fierté que dans mes faiblesses. Oui, si je voulais être fier, je ne serais pas fou, je ne dirais que la vérité. Mais j'en fais l'épargne, de peur qu'on ne me compte pour plus qu'il n'est vu ou entendu de moi sur l'importance de ces découvrements. Aussi, de peur que je ne m'exalte, il m'a été donné une écharde dans la chair, un messager de Satan, pour me souffleter, afin que je ne m'exalte pas. Pour cela, par trois fois, j'ai imploré l'Adôn de l'écarter de moi. Mais il m'a dit : "Mon chérissement te suffit, oui, parfaite est la puissance dans la faiblesse." » (Trad. A. Chouraqui) Il ressort de cette exceptionnelle mixture de pathos et d'amphigouri, où Saül prétend ne pas dire la vérité parce qu'elle serait trop flatteuse pour lui, mais où il se laisse aller jusqu'à confesser des entrevues privées avec le Créateur, excentricité qui a été pourtant reprochée à l'auteur de l'Évangile de Thomas, il ressort donc que Saül souffre d'une maladie, de prime abord mystérieuse, puisqu'elle n'est définie que comme « une écharde dans la chair ». Or, cette « écharde » resterait mystérieuse n'était que, dans sa très filandreuse rhétorique, Saül l'associe à ses entrevues avec Dieu. Il a prié Dieu de l'en délivrer, mais dans cet inconcevable tête-à-tête, Dieu a refusé, alléguant que la puissance de Saül résidait dans cette faiblesse.

Deux déductions s'imposent alors : la maladie est chronique et c'est l'esprit de l'apôtre qu'elle atteint, puisque, selon les termes mêmes du texte, passablement immodestes soit dit en passant, elle participe de la « puissance » de Saül. À coup sûr, ce ne sont ni des hémorroïdes ni une furonculose, par exemple. L'indication d'une maladie qui ressortirait à la psychiatrie moderne est fournie par la tournure répétée : « Était-ce dans le corps ? Ou hors du corps ? » C'est que la maladie en question entraîne des absences, pendant lesquelles Saül a des visions célestes.

Voilà donc l'essentiel de ce qui touche à l'indication fournie par Saül lui-même. À ce point-ci de l'analyse, le diagnostic moderne opterait pour l'hystérie plutôt que l'épilepsie, du moins selon les notions courantes. (…)

Mais Saül oriente lui-même les indications (…)

Comme on le voit, la frontière est ténue entre l'hystérie épileptoïde et l'épilepsie, surtout l'épilepsie partielle. À titre purement spéculatif, je postule que les signes indiqués dans les Actes et les Épîtres me paraissent indiquer une épilepsie partielle, en raison des troubles visuels décrits. Mais il faut signaler que ce choix n'exclut pas un apparentement de la crise hystérique épileptoïde avec l'épilepsie partielle. (…)

L'épilepsie de Saül a été, jusque récemment, rejetée, sous le prétexte qu'elle n'expliquerait rien. Il semble, bien au contraire, qu'elle expliquerait bien des traits de Saül, notamment son irritabilité, qui l'a mené à des attitudes querelleuses avec Pierre et Jacques, et la religiosité, qui est un trait notoire du comportement épileptoïde. Il ne s'agit donc pas là d'une affliction sans effet sur la vie de l'apôtre, mais au contraire d'une composante fondamentale de la biographie de l'inventeur du Christianisme.
(Gérald MESSADIÉ, op. cit. - Note 6)

Enfin, Robert Ambelain, qui consacre tout le chapitre 14 de sa Vie secrète de saint Paul à l'étude des visions de Paul et de leurs contradictions. Impossible naturellement de citer ici l'intégralité de ce texte. Je signalerai seulement que cet auteur met les hallucinations de Saül-Paul sur le compte de la syphilis - en partie héréditaire (héritée de son ancêtre, le roi Hérode le Grand) et en partie acquise - dont aurait souffert le bon apôtre :

"Quant aux « auditions » de voix diverses, n'oublions pas que dans le cas de lésions syphilitiques se produisant dans l'appareil auditif, (labyrinthe, limaçon), le malade est l'objet d'hallucinations auditives qui viennent s'ajouter aux hallucinations visuelles. Le délire des grandeurs devient alors de la théomanie, et le malade se prend alors pour un nouveau prophète, ou pour la réincarnation d'un apôtre, voire pour Dieu lui-même. Pour peu que les lésions cérébrales soient compensées par l'apparition de facultés supranormales, ce qui est fréquent, il trouvera des fidèles, et une secte se constituera autour de lui.

Nous pensons donc que la grave maladie qui intrigue tant les exégètes et les historiens du paulinisme ne fut ni la malaria ni l'épilepsie. Ce fut tout simplement et plus communément, eu égard à la région et à l'époque, autant qu'au mode de vie initial de Saül-Paul, la syphilis, maladie fort répandue alors. S'il fut également paludéen, (ce qui n'est pas impossible non plus, en ces contrées), ce détail explique et justifie les manifestations tardives de la maladie à son stade tertiaire, associé à l'hérédité qui, nous l'avons vu, retarde comme le paludisme les effets de la syphilis acquise.

Tel fut, croyons-nous, cet « aiguillon en la chair » dont Saül-Paul reconnaît en lui la présence, (IIe Épître aux Corinthiens, XII, 2-9). Or, il utilise le terme grec akôloph pour désigner cet aiguillon, et akôloph ne désigne pas un aiguillon, mais « un ensemble d'aiguillons », quelque chose entre l'écharde épineuse et la peau toute hérissée de pointes, de l'animal appelé précisément « hérisson », nous dit Mgr Ricciotti en son Saint Paul apôtre. Il s'agissait là de la syphilis à son stade secondaire, caractérisé par des syphilides d'un type éruptif généralisé, et affectant justement cet aspect. "
(Robert AMBELAIN, La Vie secrète de saint Paul, Robert Laffont, 1972)

livre ambelain

 

nav vox - emp

 

 
23 Juillet 2003
Benjamin (Voir ici : Clic !) réécrit : 
 
1. Avez-vous des renseignements sur la vague de persécutions anti-païennes initiées par Valentinien III en 435 ?
 
 
 
RÉPONSE :
 
Ne s'agirait-il pas plutôt d'un édit de l'empereur d'Orient Théodose II ordonnant la destruction des temples païens ? Voyez à ce sujet cette page internet (Clic !), laquelle vous fournira d'ailleurs (mais uniquement en langue anglaise, hélas) l'ensemble des lois promulguées par les empereurs romains à l'encontre des païens entre 321 et 529 ap. J.-C.
 
 
2. Des détails sur Simonidès, martyr païen en 370 ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Dans les années 370, à Antioche, une vague de répression s'abattit sur les anciens amis de feu l'empereur Julien. Si le célèbre rhéteur Libanios ne fut qu'inquiété, d'autres s'en tirèrent moins bien : Maxime d'Éphèse, le célèbre "gourou" de l'empereur apostat, son ami, son conseiller, son confident, fut étranglé. Quant à notre ami Simonidès, jeune philosophe, il mourut sur le bûcher, brûlé vif au milieu de ses œuvres.

Lui et ses infortunés amis furent-ils exécuté à cause de leur paganisme ? Officiellement, non ! Bien qu'il fût un fanatique chrétien arien de la plus belle eau, l'empereur Valens, qui régnait sur l'Orient à cette époque, était très soucieux de se présenter comme un protecteur de tous les cultes de son Empire. Ces intellectuels, fort actifs du temps de Julien et qui avaient sans doute vu d'un œil assez favorable l'usurpation de Procope furent donc accusés de sorcellerie, une accusation d'autant plus commode qu'elle épouvantait le peuple tout en étant parfaitement invérifiable. La sorcellerie, l'éternel subterfuge judiciaire du pouvoir pour justifier ses crimes politiques ! voyez Philippe le Bel et les Templiers, les Anglais avec Jean d'Arc, Louis XIII avec Leonora Galigaï…
Quand on veut se débarrasser de son chien, on l'accuse de la rage !

Bien qu'il n'évoque pas précisément notre Simonidès, ce texte d'André Piganiol nous fournit nombre de détails fort intéressants sur cette persécution des intellectuels :

"À la fin de 371, Valens passait son premier hiver à Antioche. Le préfet du prétoire d'Orient était l'Arabe Domitius Modestus. Comte d'Orient sous Constance, il avait présidé avec cruauté la commission de Scythopolis (359), chargée d'une enquête pour des crimes de haute trahison. Il avait apostasié sous Julien, puis était redevenu chrétien. Cet ami de Libanius, ce bon juriste, était pourtant un homme dur et sauvage.

Valens, comme Constance, avait la terreur de la magie, et il avait interdit en 370 d'étudier la science des mathematici. Or, à la fin de 371, le notaire Théodore fut dénoncé par un chambellan, Héliodore, qui lui-même était un mathematicus. Il raconta que certaines personnes avaient consulté un trépied pour connaître le nom du successeur de Valens. Autour du trépied étaient inscrites les lettres de l'alphabet ; au-dessus, on faisait balancer un anneau au bout d'un fil, et on retenait les lettres vers lesquelles il se dirigeait. On avait ainsi épelé THEOD. Libanius et un descendant de Jamblique auraient procédé autrement, par alektromanteia : on écrit des lettres sur le sable, on pose sur chacune un grain de blé, on lâche un coq, on note l'ordre des lettres qui l'attirent ; cela donna aussi « Theod ». Le notaire Théodore, d'ailleurs homme de mérite, aurait connu l'affaire du trépied et se prenait pour l'élu.

Modestus, chargé de l'enquête, la conduisit atrocement. Il s'attaqua aux personnages du plus haut rang. Même le proconsul d'Asie Eutrope fut en danger, et même les deux consuls de l'année 359, Eusebius et Hypatius, parents de l'impératrice Eusébie. Rien n'avait encore égalé l'horreur des tortures auxquelles on soumit les suspects. « C'était partout comme si on abattait du bétail. » On choisit comme proconsul d'Asie Festus, parce qu'on savait qu'il ne laisserait survivre aucun homme cultivé. Maxime, qui était redevenu très riche, avoua qu'il avait eu connaissance de l'oracle et fut étranglé à Éphèse. Libanius de nouveau fut en grand péril ; de nombreux philosophes néo-platoniciens furent massacrés. On s'en prit aussi aux livres et on condamna au bûcher, non seulement les livres de magie, mais une foule d'ouvrages inoffensifs. À travers tout l'Orient les riches épouvantés se hâtaient de brûler leurs bibliothèques.

Modestus fut récompensé en 372 par le consulat. Il est bien probable que c'est à la suite de cette affaire que fut édictée l'interdiction des sacrifices sanglants. On n'autorisa plus que les « fumigations » et l'encens.

En vain Thémistius, au cours de toutes ses exhortations, essayait de convertir ce prince brutal à la philosophie. Valens trembla pendant tout son règne et il avait raison de trembler, car il était toujours en danger de mort. En vain tenait-il les prisons pleines. Vivus ardeat Valens ! « puisse-t-il brûler vif ! », tel était le souhait que répétait la plèbe d'Antioche et que les Goths allaient exaucer."
(A. PIGANIOL, L'Empire Chrétien, PUF, 1972)

livre piganiol
 
 
3. Est-ce vrai que l'empereur Caligula pour renflouer les caisses de l'État vidées par ses orgies fit construire un "bateau bordel" où les filles et femmes de Sénateurs devaient se prostituer ?
 
 
 
RÉPONSE :
 

Ah, cette fameuse galère-bordel de Caligula avec son équipage de sénatrices en goguette, plus expertes en "caresses buccales et manuelles" qu'Emmanuelle à ses heures les plus torrides ! Elle constitue l'une des plus belles (et des plus chaudes) attractions du film "Caligula" de Tinto Brass (1979) qu'évoque si brillamment notre érudit ami Michel Eloy dans le site associé Peplum - images de l'Antiquité (voir ici : Clic !)…
Pourtant, et au risque de vous décevoir, ce délire rococo-erotico-naval semble dépourvu de tout fondement historique.

Cette trouvaille "scénaristique" de Gore Vidal (?) trouverait son origine dans le télescopage de deux extraits de la Vie de Caligula de Suétone.

Dans le premier texte, l'historien explique qu'à l'exemple des souverains lagides de l'Égypte hellénistique, eux aussi un tantinet mégalomanes sur les bords, le jeune empereur romain s'était fait construire deux luxueuses galères de plaisance : "Il fabriqua des galères liburniennes à dix rangs de rames. Les poupes étaient garnies de pierreries, et les voiles enrichies de diverses couleurs. On y voyait des bains, des galeries et des salles à manger d'une large dimension, des vignes et des arbres fruitiers de toute espèce. C'était sur ces navires qu'il parcourait les côtes de la Campanie, assis à table au milieu des danses et du son des instruments." (Suétone, Vie de Caligula, 37)

Dans un second passage de cette même Vie de Caligula, Suétone, plus médisant (calomniateur ?) que jamais, narre par le menu comment, devenu complètement siphonné, le jeune César Caius établit un bordel… dans aile de palais impérial, pas à bord desdites galères ! "Pour essayer toute espèce de rapine, il établit un mauvais lieu dans son palais. Un grand nombre de cabinets furent construits et meublés conformément à la majesté du local. On y plaça des matrones et des hommes de condition libre. Des esclaves nomenclateurs étaient envoyés sur les places et dans les basiliques pour inviter à la débauche les jeunes gens et les vieillards. On prêtait aux arrivants de l'argent à usure, et des employés recueillaient publiquement leurs noms, comme favorisant les revenus de l'empereur." (Suétone, Vie de Caligula, 51).

caligula

Notez bien que dans ce texte il n'est pas plus question de sénatrices que de galère ! Suétone ne parle que de femmes de naissance libre "invitées" au palais… Mais là encore, à mon avis, l'historien latin se laisse emporter par sa verve calomniatrice ! Dans la Rome antique, on ne badinait pas avec la vertu des vierges, la respectabilité des épouses et honneur de mâles. Si elle n'avait pas eu le courage de mettre elle-même préventivement fin à ses jours afin d'échapper au déshonneur (voyez l'exemple d'une certaine Mallonia, rapporté par le même Suétone, Vie de Tibère, 45), une matrone qui aurait regagné le domicile conjugal, souillée de stupre et d'opprobre, après avoir batifolé dans des lieux de débauche n'aurait pas eu "la vie facile" - et c'est un euphémisme ; même si c'est contrainte et forcée qu'elle s'était livrée à la prostitution !… Quant à son digne époux, après avoir dûment rossé, voire éliminé le "corps du délit", il n'aurait rien eu de plus pressé que d'aller laver son honneur bafoué dans le sang de l'empereur. Or, Caligula était peut-être fou, mais pas suicidaire !

Il semble toutefois y avoir un fond de vérité dans le récit de Suétone : les galères de plaisance de Caligula auraient bien existé. On en aurait même retrouvé deux en 1923… Pas le long du golfe de Naples, où, Suétone dixit, Caligula avait coutume de faire de la plaisance à bord de ses galères liburniennes, mais au fond du joli lac de Nemi, au Sud de Rome. Elles étaient, paraît-il, en excellent état de conservation et furent exposées jusqu'à ce qu'un bombardement les détruise, en 1944.
Un projet de reconstruction de ces deux bateaux est actuellement en cours (voir à ce sujet ici : Clic ! et Clic !).

Mais naturellement, le fait que ces navires existèrent ne prouve pas qu'ils servirent jamais de "bordel-flottant" !

 
 

nav vox - emp

 

 
28 Juillet 2003
Gricca a écrit :
 

Profitant des vacances j'ai eu l'occasion de lire le petit ouvrage d'André LAMA intitulé Des Dieux et des Empereurs - mélanges romains aux Éditions des écrivains, PARIS, 1998, que je recommande aux connaisseurs et dont je reporte le résumé inscrit au dos de l'ouvrage :

"Pour tout le monde, ou presque, le premier empereur romain chrétien fut Constantin. Or, c'est inexact, ce fut Philippe l'Arabe.
L'empereur Gallien, lui, signe un édit de persécution anti-chrétienne et, moins de trois ans plus tard, un édit de tolérance. Pourquoi ?.
Quand on parle de culte solaire, on pense généralement aux Incas et aux Aztèques… Or, il exista un empire solaire romain : celui instauré par l'empereur Aurélien. Savez-vous que l'empereur Dioclétien, qu'on ne cite guère qu'à l'occasion des persécutions anti-chrétiennes, fut l'un des plus grands souverains de la Rome antique ?. Savez-vous que Constantin Ier, dit le " Grand " par la grâce de l'Église, fut un horrible criminel ?. L'empereur Théodose Ier fut, lui aussi, auréolé du titre de " Grand " par l'Église. Pourquoi et comment ce titre se méritait-il ?. Savez-vous que les Théodosiens, dernière dynastie régnante de l'Empire romain d'Occident, furent, bien que chrétiens, des empereurs calamiteux ?.
Enfin, vision de l'histoire occultée de nos jours, mais dont il faut cependant parler :
La chute de Rome a-t-elle eu aussi des causes ethniques ?
"
livre lama

Par la même occasion, je tenais à signaler deux plus gros ouvrages aux Éditions Perrin, celui de Maurice VALLERY-RADOT l'Église des premiers siècles paru en 1999 et celui d'Anne BERNET, Les chrétiens dans l'empire romain - des persécutions à la conversion Ier -IVe siècle, paru en 2003, ainsi que deux biographies, celle de Septime Sévère par Anne DAGUET-GAGEY chez Payot 2000 et celle de Zénobie par Violaine VANOYEKE, chez Michel Lafon 2002.

 
 

nav vox - emp