-> vox + emp
vox : courrier emp
-> vox + emp

Juin 2003 (page 4/4)

Sommaire du mois de Juin : Clic !

26 Juin 2003

Mario a écrit : 

J'ai une question intéressante à vous poser / partager. En consultant le manuel d'entraînement d'al Qaida sur l'Internet (la traduction anglaise), j'ai constaté, à l'article 11 du chapitre 2 (intitulé Deuxième leçon), une référence à des activités d'espionnage de la part des Romains.

Je tente de déterminer à quels événements l'auteur du manuel se réfère. Je déduis que les " Tomidians " sont les Perses, mais qui sont Speer, Lilius et King Sifax ? S'agit-il de l'invasion de Julien en 363 ? La traduction des noms et des lieux est " phonétique " de l'anglais. Il est donc difficile d'en déduire quoique ce soit. Des suggestions ? Merci !

Voici le texte :

11. Caution and Prudence

In his battle against the king of Tomedia, the Roman general Speer sent an emissary to discuss with that king the matter of truce between the two armies. In reality, he had sent him to learn about the Tomedians' ability to fight. The general picked, Lilius (ph), one of his top commanders, for that task and sent with him some of his officers, disguised as slaves. During that mission, one of the king's officers, Sifax pointed to one of the (disguised) slaves and yelled, "That slave is a Roman officer I had met in a neighboring city. He was wearing a Roman uniform." At that point, Lilius used a clever trick and managed to divert the attention of the Tomedians from that by turning to the disguised officer and quickly slapping him on the face a number of times. He reprimanded him for wearing a Roman officer's uniform when he was a slave and for claiming a status that he did not deserve. The officer accepted the slaps quietly. He bowed his head in humility and shame, as slaves do.

Thus, Sifax men thought that officer was really a slave because they could not imagine that a Roman officer would accept these hits without defending himself.

King Sifax prepared a big feast for Lilius and his entourage and placed them in a house far away from his camp so they could not learn about his fortifications. They (the Romans) made another clever trick on top of the first one. They freed one of their horses and started chasing him in and around the camp. After they learned about the extent of the fortifications they caught the horse and, as planned, managed to abort their mission about the truce agreement. Shortly after their return, the Roman general attacked King Sifax' camp and burned the fortifications. Sifax was forced to seek reconciliation.

TRADUCTION WEBMASTER :

11. Attention et prudence

Lors de la bataille contre le roi de Tomedia, le général romain Speer envoya un émissaire pour discuter avec ce roi de la conclusion d'une trêve entre les deux armées. En réalité, il l'envoya pour se renseigner sur la combativité des Tomedians. Pour accomplir cette tâche, le général choisit Lilius, un de ses meilleurs commandants, et envoya avec d'autres officiers, déguisé en esclaves. Pendant cette mission, Sifax, l'un des officiers du roi, s'approcha d'un des esclaves (déguisés) et se mit à crier : "cet esclave est un officier romain que j'ai déjà rencontré dans une ville voisine. Il portait un uniforme romain !" Lilius recourut alors une ruse pour détourner l'attention des Tomedians : il se tourna vers l'officier déguisé et lui asséna une volée de gifles, lui reprochant d'oser porter l'uniforme d'un officier romain alors qu'il n'était qu'un esclave et se prévalant ainsi d'une qualité à laquelle il n'avait aucun droit. L'officier reçut placidement les gifles, en baissant la tête en signe d'humilité et de honte, comme le font les esclaves.

Ainsi, les hommes de Sifax pensèrent que l'officier était vraiment un esclave parce qu'ils ne pouvaient imaginer qu'un officier romain ait pu recevoir ces coups sans se défendre.

Le Roi Sifax prépara un grand banquet pour Lilius et son entourage, et les logea dans une maison très éloignée de son camp afin qu'ils ne puissent se renseigner sur ses défenses. Ils (les Romains) recoururent alors à une autre ruse, aussi intelligente que la première. Ils libérèrent un de leurs chevaux et se mirent à le poursuivre à travers tout le camp ainsi qu'aux alentours. Après s'être renseignés sur l'ampleur des fortifications, ils attrapèrent le cheval puis, selon le plan prévu, ils parvinrent à faire échouer leur mission de conciliation. Peu de temps après leur retour, le général romain attaqua le camp du Roi Sifax et brûla les fortifications. Sifax fut forcé de demander la paix.

RÉPONSE :

Au premier abord, cette histoire d'espionnage romain m'a laissé aussi perplexe que vous…

L'anecdote décrite dans le manuel d'Al Qaida, me faisait un peu songer à une ruse "à la Caracalla", comme lorsque cet empereur feignit de convoler en justes noces avec une princesse parthe afin de tomber à bras raccourcis sur la noblesse ennemie, convoquée pour célébrer ce mariage du siècle…

Et puis, comme on dit trivialement, "mon franc est tombé" ! Ce Sifax, c'est Syphax, roi de Numidie (les prétendus Tomedians restent un mystère pour moi) ; Lilius, c'est Lælius… et Speer, et bien figurez-vous qu'il ne s'agit pas de l'Albert du même nom (l'architecte de Hitler), mais du grand Scipion l'Africain himself, le vainqueur d'Hannibal à Zama.

Quant à l'histoire que colportent (j'allais écrire "cloporte"- lapsus calami révélateur !) ces terroristes, elle me semble inspirée par l'Histoire romaine de Tite-Live (Livre XXX, 4 - voir ici : Clic !)…

nav vox - emp

 

26 Juin 2003

Benjamin (Voir ici : Clic !) a écrit : 

1. Pouvez-vous me donner des précisions sur la destruction des livres sibyllins par Stilicon peu après 400.

RÉPONSE :

Des infos sur la destruction des livres sibyllins par Stilicon ?…

Et bien, je pense bien que l'on n'en possède pas. Dans la documentation dont je dispose, on se contente d'enregistrer le fait, sans plus : En 83 av. J.-C., les livres sibyllins originaux furent détruits par un incendie, et une nouvelle collection d'oracle dut être recueillie. Plus tard, Auguste fit déposer ces livres dans le Temple d'Apollon, et ils s'y trouvaient encore quand, au début du Ve siècle, le général Stilicon, en bon Vandale qu'il était, les fit détruire. On signale aussi que la dernière consultation officielle de l'oracle sibyllin semble s'être déroulée en 363 p. J.-C., sous le règne de l'empereur Julien.

La raison du geste iconoclaste de Stilicon ?

Je n'ai rien trouvé à ce sujet dans mes bouquins (ni sur le Net, d'ailleurs), mais j'ai quand même ma petite idée :

Les Juifs, puis (et surtout) les Chrétiens avaient forgé de faux oracles sibyllins, qui prédisaient la venue, puis le triomphe du Messie, et annonçaient les pires catastrophes aux affreux païens idolâtres. Évidemment, si les "vrais" livres avaient subsisté, la fraude chrétienne aurait été par trop patente. Mieux valait donc se débarrasser de ces témoins littéraires gênants ; il ne restait plus qu'à trouver un vandale qui voulût bien se charger de cette épuration, et ce fut Stilicon.

2. Que savez-vous sur les contorniates, monnaie émise à Rome de 358 à 472 dans une intention de propagande antichrétienne.

Pourquoi, après l'édit de Théodose, les Empereurs ont toléré l'émission d'une telle monnaie ?

RÉPONSE :

Avec cette question, vous m'avez collé grave - si j'ose m'exprimer ainsi !

Je n'avais jamais entendu parler de ces "contorniates". Aussi, comme je suis fort ignorant en matière de numismatique, je me suis aussitôt adressé à un de mes plus fidèles correspondants, Michel Verburg, webmaster du site Archeobel qui a la bonté de m'aider à résoudre ce genre d'énigme, et voici ce qu'il m'a répondu :

Et bien pour être une colle, ç'en est une !

Figurez vous que jusqu'à ce jour, je n'avais jamais entendu parler de contorniates ! En fait, ces pièces ne font pas partie de la numismatique courante. Apparemment, il s'agit plutôt de jetons, un peu comme les tokens anglais (voir ici : Clic !). Leurs bords sont entourés d'un genre de moulure ronde ("contorniates" de l'italien contorno, contour)

Les textes des avers et des revers de ces "contorniates" ne correspondraient pas entre eux. En outre, ces pièces sont souvent de très mauvaise facture, ce qui laisse supposer qu'elles ne furent pas frappées dans des ateliers officiels.

Très peu de "contorniates" sont parvenus jusqu'à nous. Personnellement, j'ai aussi l'impression que certaines de ces "pièces" sont parfois confondues avec les monnaies dites "barbares" (voir ici : Clic !)

Sur le Web, j'ai aussi découvert ceci :

Site Biblitheoca Classica Selecta de l'UCL :
"Alföldi A., Die Kontorniaten, ein verkanntes Propagandamittel der stadtrömischen heidnischen Aristokratie in ihrem Kampfe gegen das christliche Kaisertum, Leipzig, 2 vol., 1943-1944, 196 p., 71 pl.: Les médaillons contorniates sont des "pseudo-monnaies" qui étaient frappées pour être offertes en cadeau au début de l'année. Ces médaillons furent utilisés, à la fin de l'Empire, comme instruments de propagande religieuse, au service du paganisme". (voir ici : Clic !)

Donc on parle clairement de "médaillons" et non de "monnaies" ! Autant mélanger les torchons et les serviettes !

Et aussi ceci :

Site russian-coins.net :
"213 Late Roman Empire. Ca. 4th Century. AE Contorniate. Laureate head of Nero, palm branch engraved before; (NERO CLAV)DIVS CAESAR AVG GER PM TR P IMP (PP) / Warrior (Nero) on horseback r. spearing fallen barbarian. 35.9 mm. 21.35 gm. Alfoldi, Pl.XXVII, 2. Very Rare. A few shallow, minor pits VF / F 700.
In the 4th Century, likely the late 4th Century, a series of coin-like, Sestertius-size objects were unofficially produced in the Roman Empire. Known as contorniate because of the incised line, or furrow, around the circumference of both obverse and reverse, these pieces commonly portray early emperors, notably Nero and Trajan. There are a variety of reverses, but the most common depictions are those relating to Roman Games or the Circus. The Contorniates function is uncertain, theories range from usage as gaming pieces or as tickets for the games to usage as propaganda pieces - recalling and praising the old Roman ways against the rising sway of Christianity."(voir ici : Clic !)

 Donc, en définitive, un jeton de propagande pouvait, éventuellement, être anti-chrétien, mais pas une monnaie légale émise par un empereur….

Pour résumer les propos de notre ami - Il s'agirait donc de jetons (de jeu ? de cirque ?) dont les bords, relevés, sont entourés d'un genre de moulure ronde (d'où leur nom "contorniates" de l'italien contorno, contour). Seulement quelques rares exemplaires de ces contorniates sont parvenus jusqu'à nous. Ils furent frappés vers la fin du IVe siècle, mais pas par des ateliers monétaires officiels. L'avers représente un grand empereur du passé (Trajan, Néron) et le revers, fantaisiste, peut receler de la propagande anti-chrétienne.

Ceci étant posé, à mon avis, même s'il ne s'agissait pas de monnayage officiel, jamais un empereur chrétien du Bas-Empire n'aurait toléré la moindre critique du christianisme, devenu religion d'État. À cette époque-là, la tolérance religieuse et la liberté d'expression n'existaient pas, et un "tenancier de casino" qui aurait fait circuler des jetons ridiculisant la Foi de l'Empereur (vicaire de Dieu sur terre) n'aurait pas vécu assez longtemps pour se vanter de son exploit !

Il me semble donc que ces jetons sacrilèges n'ont guère pu circuler que sous le règne d'un souverain "réactionnaire païen", comme Julien "l'Apostat" ou l'usurpateur Eugène.

Mais ce n'est là qu'une hypothèse de ma part…

D'autres infos sur les contorniates ?

Voyez ces autres courriers : Clic ! et Clic !

nav vox - emp

 

26 Juin 2003

Xavier a écrit : 

En janvier dernier, je vous avais demandé quelques renseignements sur d'hypothétiques voyages de Romains en Chine.

Aujourd'hui je récidive :

Connaissez-vous l'hypothèse selon laquelle après la bataille de Carrhae en 53 av. J.C. Un bataillon de quelques milliers d'hommes aurait franchi les lignes de défenses parthes, mais aurait été repoussé ensuite à l'extrémité Est de l'Empire, avant d'être incorporé comme mercenaires parmi les troupes Hun combattant l'armée chinoise a l'actuelle frontière Chine-Kazakhstan. Ces Romains auraient été ensuite faits prisonnier par les Chinois et réemployés par ces derniers pour défendre des avant-postes de montagne (certains textes chinois anciens décrivent ces étrangers aux techniques de combat "étranges", interloqués qu'ils étaient par la formation "en tortue" entre autres).

Certains historiens pensent que ces Romains auraient été (au moins après avoir franchi les lignes parthes) sous le commandement de Publius Licinius Crassus, le fils du triumvir.

À vrai dire les hypothèses vont bon train (une autre dit que les Romains, prisonniers des Parthes, auraient été déportés à l'Est comme mercenaires avant d'être incorporés successivement par les différents Royaumes qu'ils étaient censés combattre (des recrues de choix !).

Toujours est-il qu'aujourd'hui, il existe un village en Chine du nom de Zhelaizhai (province du Gansu) où les habitants se targuent de descendre de ces Romains, arguant qui de sa mèche de cheveux un peu frisés, qui de ses yeux clairs, qui de sa haute taille, etc… (pour un héritage génétique vieux de 2000 ans, il semble bien tenace), et pour sceller définitivement tout ça, les habitants ont érigé une statue représentant un Romain debout à côté d'un représentant du Parti Communiste Chinois.

J'aimerais bien (si vous avez le temps) connaître votre avis sur ce sujet. Est-ce que ceci vous semble plausible ? À vrai dire c'est une théorie récente datant des années 50 et seulement étayée par un ou deux textes chinois qui remontent à l'an 35 ou 36 avant notre ère, mentionnant des prisonniers étrangers dont les techniques militaires rappellent celles des Romains.

Merci de votre réponse.

REACTION À CE COURRIER :

10 Mai 2005
Thierry a écrit :
 

L’université de Lanzhou a montré que 46 % des habitants de Zhelaizhai présentent des séquences génétiques caractéristiques des européens.

NOTE DU WEBMASTER
Quelques liens sur le village de Zhelaizhai

  • L'Express - La Légion perdue de l'Empire du Milieu : Clic !
  • China.org - Un village romain dans la province du Gansu : Clic ! - Angl. : Clic !
  • FS Ancient Mysteries - Digging For Romans In China : Clic !
  • All Empires History Forums - Roman City in China : Clic !
 

RÉPONSE :

Je crois que vous avez excellemment résumé l'état des connaissances actuelles sur cette histoire de légionnaires de Crassus devenus mercenaires de l'Empire de Chine.

Je ne sais trop ce qu'en disent les vieilles chroniques chinoises - ces sources sont fort peu diffusées en Occident.

Du côté des écrivains de l'Antiquité gréco-romaine, à ma connaissance seul Plutarque (Vie de Crassus, LX) fournit un "état des pertes" de la bataille de Carrhes. Selon lui, vingt mille Romains furent tués et dix mille faits prisonniers (sans faire mention de leur sort ultérieur). Notez aussi que, dans le même ouvrage, Plutarque raconte longuement (chap. XLVII à XLIX) comment Publius Crassus, fils du triumvir Marcus Crassus, ayant témérairement chargé l'ennemi avec un détachement de 1.300 cavaliers et de 500 archers, fut tué (blessé puis décapité par les Parthes) dès le début de l'engagement.
Si des prisonniers romains furent "envoyés sur le front de l'Est" ce ne fut donc point sous le commandement de Crassus Junior …

Cela, c'est pour les auteurs anciens.

Du côté des historiens modernes, j'ai trouvé, dans ma modeste bibliothèque, deux ouvrages qui semblent corroborer l'hypothèse de cette légion perdue aux confins de la Chine.

Dans son Empire du Levant (Payot, 1949), l'académicien René Grousset écrit que "Crassus suivit les perfides conseils du prince d'Édesse Abgar II et s'engagea dans les solitudes de la Djeziré où il fut encerclé et écrasé par les Parthes près de Karrhai ou Carrhes (Harrân) (28 mai 53) et finalement massacré (1er juin). Vingt mille Romains ou auxiliaires perdirent la vie, dix mille furent faits prisonniers. Orodès déporta ceux-ci dans la région de Merv" (Merv, c'est l'ancienne Alexandrie de Margiane - aujourd'hui Mary, au Turkménistan).

Pierre Lévêque, (Empires et Barbaries IIIe s av. - Ier s. ap., Larousse - Le Livre de Poche, 1968), lui, est plus explicite que René Grousset, même si lui non plus ne mentionne pas ses sources : "En 44 avant notre ère, sous la pression chinoise et sous l'effet de discordes internes, si fréquentes dans le monde instable de la steppe, l'unité des Huns est rompue. Les Huns orientaux, établis dans le Gobi, se scindent eux-mêmes en 44 après J.-C. : les Huns méridionaux (Mongolie intérieure, en bordure de la Grande Muraille) sont soumis par les Han qui en établissent un grand nombre dans l'Empire comme fédérés, tandis que les Huns septentrionaux (Mongolie extérieure) restent indépendants. Quant aux Huns occidentaux, fixés dans les steppes du Kazakhstan, ils sont poursuivis par les Chinois qui les défont (36 avant J.C.) dans une grande bataille à laquelle semblent participer, aux côtés des Huns, des légionnaires romains faits prisonniers à Carres après la mort de Crassus (et qui, ralliés ensuite aux Chinois, fonderont peut-être la petite ville de Li-jien sur les marches de l'Empire)." (René Lévêque, op. cit.)

Ce sont là toutes les infos dont je dispose sur cette affaire… Pas grand-chose, comme vous pouvez le constater !

Que penser de tout cela ?

Si des Romains furent faits prisonniers par les Parthes après le désastre de Carrhes (ce qui est probable), il est raisonnable de penser que les vainqueurs les sommèrent de choisir : servir dans leur armée ou être égorgé sur le champ (de bataille).
Et si des légionnaires acceptèrent de servir les Parthes, il est tout aussi probable que ceux-ci les envoyèrent aux confins orientaux de leur royaume, là où aucune désertion n'était possible.

Cette hypothèse de soldats romains ralliés aux Parthes, puis aux Huns, pour finir comme "colons" de l'Empire du Milieu me paraît donc au moins vraisemblable… à défaut d'être historiquement fondée.

Cela dit, s'il s'agit seulement de justifier la présence, au Ier siècle av. J.-C., de soldats "de type occidental" dans les steppes d'Asie centrale, point n'est nécessairement besoin de solliciter d'hypothétiques légions perdues de Crassus. C'est en effet précisément à l'époque du désastre de Carrhes que s'effondrèrent, sous les coups des Scythes (les Saka) et des Parthes, les derniers royaumes hellénistiques) de Bactriane et de Sogdiane, ultimes vestiges orientaux de l'immense empire d'Alexandre le Grand (en 55 av. J.-C., défaite d'Hermaios, dernier roi "indo-grec")…
S'ensuivit sans doute une diaspora de combattants macédoniens dans les pays barbares voisins ; ce qui peut également expliquer la présence de combattants "exotiques" dans les armées hunniques ou chinoises.

Pour les cavaliers des steppes ou pour les fantassins chinois, les évolutions de la phalange macédonienne devaient paraître aussi bizarroïdes que celles d'une légion romaine formant la "tortue"…

nav vox - emp

 

29 Juin 2003

Ben a écrit : 

Je sais que certains grands artistes du passé (de Vinci, Beethoven) et que de nombreux sportifs célèbres (Pelé, McEnroe, Senna) sont gauchers. Pourriez-vous me dire quels empereurs sont gauchers ?

RÉPONSE :

Des empereurs romains gauchers ? Oh, nul doute qu'il y en eût, mais, à ma connaissance, aucune liste de ce ceux-ci ne fut jamais été établie.

Il faut aussi préciser, dans l'Antiquité romaine (ainsi d'ailleurs que chez bien d'autres peuples, anciens ou modernes) tout le côté gauche était réputé mauvais, pernicieux, néfaste, de mauvais augure… bref, en un mot comme en cent, "sinistre" (latin sinister = gauche). Dès lors, on peut se douter qu'un gaucher qui devenait empereur romain n'avait aucun intérêt à clamer cette particularité sur tous les toits. Être gouverné par un homme réputé porteur du "mauvais œil", ce n'était certes pas la meilleure tactique pour plaire au peuple, fort superstitieux. Mieux valait lui cacher cela, comme s'il s'agissait d'une maladie honteuse !

Je ne connais qu'une seule exception : Commode… Mais si ce détestable empereur mit sa gaucherie en exergue, ce fut uniquement afin de mieux vanter ses exploits de gladiateur (voir sa titulature sur cette page du site Noctes Gallicanae : Clic !)

Notez aussi qu'aux temps de la République, les membres de la gens (famille) Mucia s'enorgueillirent de porter le surnom Scaevola (= le Gaucher") en souvenir de l'un de leurs ancêtres de la fin du VIe siècle av. J.-C.

Pour rappel, alors que les Étrusques assiégeaient Rome, le jeune Romain Caius Mucius aurait pénétré dans le camp ennemi afin d'assassiner le roi Lars Porsenna. Mais il se trompa ! Au lieu de poignarder le souverain ennemi, il trucida par erreur son secrétaire. Fait prisonnier, Caius Mucius montra alors son courage et son mépris de la mort en mettant sa main droite dans le feu, la laissant se calciner lentement sans broncher ni proférer la moindre plainte. Impressionné, le roi Porsenna laissa partir ce jeune fanatique. C'est donc libre, respecté par ses ennemis, et bientôt admiré par ses concitoyens que Mucius sortit du camp étrusque. Mais il était aussi devenu gaucher pour le restant ses jours ! D'où ce surnom de Scaevola (le Gaucher) par lequel les Romains le désignèrent ; un surnom qui, bien sûr, n'était glorieux que parce que ce Caius Mucius n'était pas gaucher de naissance.

À moins que, tout en feignant de rendre hommage à sa blessure de guerre, les Romains qui étaient, on le sait, toujours un tantinet caustiques en matière de surnoms (voyez Cicéron = cicero = "pois chiche"), n'aient également voulu stigmatiser l'insigne maladresse dudit Mucius, cet étourdi qui n'avait pas été fichu de faire la différence entre un roi étrusque et un vulgaire scribouillard. En effet, Mucius Scaevola, cela peut tout aussi bien vouloir dire "Mucius le Maladroit" que "Mucius le Gaucher" (adjectif latin scaevus = gauche, ou maladroit).

Comme quoi le préjugé contre la gaucherie était déjà tenace bien avant les empereurs !…

nav vox - emp

 

Juin 2003

Michel a écrit : 

Nouveautés du site Archeobel :

  • Un bracelet en argent gallo-romain de tradition celtique et une grande épingle romaine en os : Clic !
  • Une lampe à huile romaine de tradition grecque, datant des environs du début de notre ère : Clic !

Chaque période de l'Antiquité a connu des styles différents de lampes à huile, voire même des néo-styles (tradition celtique, égyptienne, syrienne, etc)

L'exportation était énorme, et - l'Empire romain étant très vaste et ses populations très variées - certains ateliers devaient s'adapter au goût du temps ou à celui de peuples auxquels leurs lampes étaient destinées.

Au premier siècle, la Gaule importe des lampes d'origine italique ; de cette Italie, qui quant à elle, baigne encore dans la culture grecque et aime tout ce qui est en rapport avec cette civilisation. On retrouvera donc des personnages mythologiques grecs sur des lampes romaines.
Plus a l'Est, les Grecs eux, privilégient toujours leurs traditions. Les ateliers résistent tant bien que mal à l'importation romaine.
En Égypte, les potiers refusent également l'art romain et préfèrent les traditions millénaires de leur culture.

site archeobel

Vers le deuxième siècle, en Afrique du Nord, les ateliers carthaginois assimilèrent un peu toutes ces traditions ; ils imitent les styles romain, égyptien, et tout ce qui leur tombe sous la main. C'est un peu le made in HongKong de l'époque. Cette production se caractérise par son aspect bâclé, vite fait mal fait ; les lampes n'ont pas le cachet de ces lampes romaines dont elles ne sont que des "copies".
De leur côté, les Syriens continuent à produire un type de lampes qui va avoir un certain succès au Moyen-Orient.

Aux IIe et IIIe siècles, les lampes de caractère palestinien vont disparaître pour faire place à une nouvelle génération de lampes d'origine balkanique. Il s'agit d'imitations des imitations carthaginoises ; de vrais "produits blancs" !
En Italie, la fabrication de belles lampes perd son souffle devant cette concurrence. Elle recevra le coup de grâce du chef des potiers gaulois qui, dans leur propre style, imiteront les lampes romaines.

J'ai déjà parlé des liens qui existent entre monnaies et lampes à huile (Clic !). Cela se poursuit au IIIe siècle et même au IVe siècle quand, avec le christianisme, commence à se répandre un nouveau style de lampes (avec des symboles bibliques ou chrétiens - poissons et colombes par exemple) qui, évidemment, connaît beaucoup de succès chez les chrétiens de l'époque.
En Syrie également, les chrétiens développent, dès le début du Ve siècle, un style différent du carthaginois, avec des symboles chrétiens plus explicites (des petites croix par exemple).

Pour certaines régions, on peut donc parler de standardisation, mais avec des styles qui évoluent avec temps et selon les cultures. Quand un style de lampe disparaît, un autre apparaît.
On peut également affirmer qu'en général, les lampes des deux premiers siècles sont encore jolies, mais après le troisième siècle, cela se dégrade, les différentes ethnies de l'Empire marquant de plus en plus de leur empreinte une production qui, quoique locale, est aussi destinée à exportation

 

nav vox - emp