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Juin 2003 (page 2/4)

Sommaire du mois de Juin : Clic !

8 Juin 2003

Vincent a écrit : 

1. Valérien a-t-il établi son culte solaire "sol invictus" sur le modèle du culte d'Émèse ?

RÉPONSE :

Si j'en crois l'excellent livre qu'Eugen Cizek a consacré à Aurélien, le culte solaire institué par cet empereur ne ressemblait guère à celui d'El Gabal, divinité solaire d'Émèse.

Je cite :

"Nous avons déjà montré que pour Aurélien le culte solaire relevait d'une tradition de sa famille (note du webmaster : sa mère aurait été prêtresse du Soleil dans son village natal de Mésie). (…) Pendant ses campagnes militaires, Aurélien avait fait preuve d'une réelle ferveur solaire. Sur la route qui allait de Palmyre à la mer, à Émèse, il y avait le culte d'un aérolithe noir qu'on appelait Elagabal, divinité liée à des hauts lieux, « dieu de la montagne », passant en plus pour une image sacrée du Soleil Invaincu ou Invincible. Ce culte bénéficiait d'un temple et d'un clergé riche, dirigé par une dynastie arabe de rois-prêtres. Des femmes de cette dynastie sacerdotale avaient dominé l'Empire, sous les Sévères. Oui plus est, Bassianus devint empereur. Connu sous le nom d'Héliogabale, il fut membre de cette dynastie et grand-prêtre du culte d'Elagabal. Aurélien, au cours de sa campagne contre Palmyre, eut une apparition divine qui l'exhorta à la victoire. Voilà pourquoi, ensuite, l'empereur visita le temple d'Elagabal (H.A., Aurel., 25, 5). Pourtant la religion solaire d'Aurélien n'avait guère trait au culte d'Elagabal. En revanche, le prince montra une attitude relativement différente à l'égard du culte solaire développé à Palmyre même : il consacra dans le temple du Soleil de Rome, dont nous parlerons plus loin, une statue de Bôl ou Bêl, membre de la triade divine adorée à Palmyre. De cette triade faisait également partie lahribôl, dieu des sources et équivalent du Soleil." (Eugen Cizek, Aurélien et son temps, Les belles Lettres, Paris, 1994).

Comme la plupart de ses collègues, ces empereurs-soldats d'origine balkanique qui gouvernèrent Rome et son Empire dans la deuxième moitié du IIIe siècle, Aurélien paraît avoir été initié aux mystères de Mithra, une autre divinité solaire, d'origine perse, celle-là. J'ai d'ailleurs déjà eu l'occasion de faire allusion à son adhésion possible au mithriacisme en évoquant le très controversé Ulpius Crinitus, père adoptif - ou "répondant" religieux - d'Aurélien (voir ici : Clic !).

Cependant, le culte solaire que le "restaurateur du Monde romain" voulut imposer audit monde n'était ni celui pratiqué par sa chère bonne vieille môman (la prêtresse de Mésie), ni celui du pervers Élagabal (dit Héliogabale), ni celui de la cité déchue de Palmyre, ni le mithriacisme "franc-maçonnique" de l'hypothétique Ulpius Crinitus…
Étant appelée à devenir la religion officielle de l'Empire romain, et le culte principal de ses sujets (sinon le seul), la religion solaire d'Aurélien devait transcender les particularismes régionaux propres au Baal d'Émèse ou à son divin collègue de Palmyre, et renoncer au caractère occulte, secret, mystérieux du mithriacisme.

Dans l'esprit d'Aurélien, le Sol Invictus, le Soleil invaincu (ou invincible) devait devenir, à terme, le maître suprême de l'Empire romain (Sol Dominus Imperii Romani). Étant entendu, bien sûr, que le Soleil invaincu était aussi le Sol comes, le compagnon solaire du Prince, et que l'empereur romain était le "vicaire" sur terre de ce Dieu solaire.

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Inutile de vous dire que les projets religieux de l'empereur n'étaient guère nature à réjouir ses sujets chrétiens et que ceux-ci poussèrent un fameux "ouf" de soulagement quand ce futur persécuteur mourut - dans des circonstances d'ailleurs assez suspectes (voir ici : Clic !).

2. Le roman d'Antonin Artaud sur Héliogabale vous paraît-il un peu délirant ? Où beaucoup ?

Héliogabale d'Antonin Artaud est un ouvrage poétique qui me paraît bien documenté. L'identification y joue dans tous les sens. Bassanius est Artaud, et Antonin, Héliogabale. Artaud serait-il persuadé qu'Héliogabale est un Antonin… comme lui-même ?

RÉPONSE :

Tiens oui, c'est vrai, Élagabal s'appelait Antonin comme Artaud…

Notez cependant que cet empereur n'avait aucun lien de parenté avec les souverains de la "dynastie" antonine. En fait, il faisait partie de la famille syrienne des Bassianus dont était issue sa grand-tante Julia Domna, épouse de l'empereur Septime Sévère (voir tableau généalogique des Sévère : Clic !). Il ne prit le nom d'Antonin (Marcus Aurelius Antoninus) que pour des raisons politiques ; parce qu'afin de faciliter son accession au pouvoir, sa mère Julia Soaemias crut habile d'affirmer que cet enfant n'était pas de son époux (un certain Sextus Varius Marcellus dont on ne connaît pas grand-chose), mais qu'il était né de ses amours adultérins avec son petit-cousin Caracalla, empereur adulé des soldats et du bon peuple de Rome…

Vous m'objecterez que Caracalla, lui non plus, ne faisait pas partie de la dynastie des Antonins… Exact ! mais quand son père Septime Sévère s'empara du pouvoir, il se proclama fils adoptif de Marc Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus). Fictivement, Caracalla devint donc le petit-fils de Marc Aurèle et prit le nom d'Antonin.

Bref, Élagabal n'est aussi "Antonin" qu'Artaud qu'au prix de deux gros mensonges généalogiques… ou si vous préférez seulement à cause de deux manipulations politiciennes !

Cela dit, et au risque de vous étonner (et peut-être de vous décevoir), je dois vous avouer que je ne connais pas l'Héliogabale d'Antonin Artaud, et les rares extraits que j'ai eu l'occasion d'en lire ne suffisent pas pour que je me permette de porter le moindre jugement sur la valeur historique ou littéraire de cette œuvre (bien que, personnellement le style un peu beaucoup emphatique du sombre Antonin me laisse un peu froid… mais c'est uniquement une question de goût !).

Cependant, à première vue, il me semble que l'objectif d'Artaud en écrivant cette œuvre n'était pas à proprement parler "historique" ; le titre choisi (Héliogabale, ou l'anarchiste couronné) suffit à le démontrer !

3. Quel était le statut des évêques de Rome avant et après Constantin ?

RÉPONSE :

Naturellement, il est impossible d'évoquer ici - même brièvement - toute l'histoire de la Papauté, des origines à la fin du IVe siècle : plusieurs mails, même très longs, n'y suffiraient pas. Mais si vous voulez seulement savoir si le statut des évêques de Rome changea fondamentalement après le règne de Constantin - où, si vous préférez, si c'est Constantin qui fit de l'évêque de Rome ce qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire le Pape, le chef de l'Église catholique -, la réponse peut être beaucoup plus brève… et elle est négative.

La reconnaissance de la primauté de l'évêque de Rome sur ses prestigieux collègues d'Alexandrie, d'Antioche, puis de Constantinople et même de Carthage, fut très lente à s'établir. Bien sûr, dans certains cas bien particuliers, la médiation du "successeur de Pierre" fut réclamée dès le IIIe siècle (par exemple lors de la pénible affaire de la destitution de Paul de Samosate, évêque d'Antioche - voir ici : Clic !). Mais il ne s'agissait là que d'interventions ponctuelles, qui ne remettaient pas en cause l'indépendance de fait des grands patriarcats orientaux vis-à-vis de Rome.

Cela c'est pour le domaine spirituel.

Au point de vue temporel, si vous faites allusion à la trop fameuse Donation de Constantin par laquelle le premier empereur chrétien aurait cédé au successeur de Pierre le pouvoir (Imperium) sur Rome, sur l'Italie et sur tout l'Occident romain, j'ai déjà abondamment parlé de ce faux fameux dans ces anciennes correspondances : Clic ! et Clic !.

Précisons encore que longtemps encore après le règne de Constantin (qui, soit dit en passant, donna d'ailleurs, en fondant Constantinople, un prestigieux rival supplémentaire au futur "Pape" - et un motif de bisbrouille de plus entre Chrétiens occidentaux et orientaux), le pouvoir temporel du pape se limita à la ville de Rome et à ses environs immédiats. Et encore !… Seulement quand les maîtres successifs de l'Italie (rois ostrogoths, empereurs byzantins, ou rois lombards) étaient trop faibles pour imposer leur autorité à la Ville éternelle et à son ambitieux évêque.

Il n'y eut aucune "répartition de pouvoir" entre ces souverains et le pape : celui-ci n'était que l'évêque (certes un peu plus prestigieux que ses collègues) d'une ville qui avait été la maîtresse de l'univers, mas qui, à cette époque, n'était plus qu'une bourgade ruinée qui ne comptait plus guère que 40.000 habitants (estimation optimiste) au lieu du million d'âmes qu'elle hébergeait au temps de sa splendeur impériale.

Ce n'est qu'au milieu du VIIIe siècle que les papes, alliés de la dynastie carolingienne, revendiquèrent le pouvoir temporel sur l'Italie centrale, et ce n'est qu'à partir des XIe - XIIe siècles qu'ils imposèrent leur autorité spirituelle sur toute la chrétienté occidentale. À ce moment, l'Empire romain n'existait plus depuis belle lurette, sauf en Orient où, quand l'empereur était fort, l'Église orthodoxe était faible, et vice-versa.

4. Y a-t-il eu des Empereurs adeptes de Mithra autre culte oriental dans le vent ?

RÉPONSE :

Le plus célèbre empereur adepte de Mithra fut, bien sûr, le fameux Julien dit "l'Apostat". Cependant, ainsi que je vous l'ai signalé plus haut, quasiment tous les empereurs-soldats de la fin du IIIe siècle furent sans doute frottés de mithriacisme. Le culte de Mithra était en effet quasiment la religion "officielle" des légions romaines. Je lis d'ailleurs dans le livre de Cizek sur Aurélien (op. cit.) que Claude II le Gothique ainsi que son frère Quintillus émirent des monnaies glorifiant le Soleil Invaincu.

Certaines mauvaises langues prétendent aussi qu'avant sa conversion au Christianisme, Constantin le Grand fut un fervent adepte des cultes solaires. Il fit ériger une statue le représentant sous les traits d'Apollon, la divinité solaire de la mythologie classique ; et quand le Sénat le félicita de sa victoire du Pont Milvius, remportée contre son rival Maxence, les Pères conscrits attribuèrent ses succès "à l'inspiration de la Divinité", en se gardant bien de préciser laquelle.

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13 Juin 2003

Julien a écrit : 

À la suite d'un voyage en Italie organisé par le Collège où je suis professeur de sciences, j'aurais une question à vous poser : comment les romains faisaient-ils pour fabriquer de la glace, comme notre guide nous l'a affirmé ?

RÉPONSE :

S'il était Italien, votre guide fut sans doute, en l'occurrence, quelque peu chauvin !…

À ma connaissance, on n'a guère pu fabriquer artificiellement de la glace avant le XIXe siècle (voir ici : Clic !). Le "froid domestique" c'est une bien belle et bien utile invention, mais qui est toute récente : pensez que nos grands-parents étaient encore condamnés aux bières tièdes (si pas chaudes) et au beurre semi-liquide !

Comme beaucoup d'autres peuples avant eux (et après eux d'ailleurs), les Romains se contentaient de conserver de la glace naturelle - venant des montagnes ou récoltée en hiver - dans des caves, des grottes, des souterrains, bref, dans des "glacières".

Il n'empêche que ce serait à l'empereur romain Néron (54-68 ap. J.-C.) que l'on devrait, le premier sorbet de fruit (voir ici : Clic !), sans doute confectionné à l'aide de glace provenant des clairs lacs des Apennins, gelés l'hiver, ou récoltée dans les glaciers des Alpes et acheminée à grands frais (c'est le cas de la dire) jusqu'à Rome.

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13 Juin 2003

Chaima a écrit : 

En fait je n'ai jamais fais de latin, mais je m'intéresse beaucoup à cette civilisation, en particulier à son art ; donc pourriez-vous me renseigner et peut-être me dire ou je peux trouver des infos sur la Maison dorée ? Merci

RÉPONSE :

Voici comment l'historien latin Suétone (début du IIe siècle ap. J.-C.) décrit la fameuse "Maison dorée", cet extraordinaire palais-jardin que fit construire Néron à la fin de son règne :

"Il (= Néron) étendit son palais depuis le mont Palatin jusqu'aux Esquilies. Il l'appela d'abord « le Passage ». Mais, le feu l'ayant consumé, il le rebâtit, et l'appela « la Maison dorée ». Pour en faire connaître l'étendue et la magnificence, il suffira de dire que, dans le vestibule, la statue colossale de Néron s'élevait de cent vingt pieds de haut ; que les portiques à trois rangs de colonnes avaient un mille de longueur ; qu'il renfermait une pièce d'eau, semblable à une mer bordée d'édifices qui paraissaient former autant de villes ; qu'on y voyait des champs de blé, des vignobles, des pâturages, des forêts peuplées de troupeaux et d'animaux sauvages de toute espèce. Dans les diverses parties de l'édifice, tout était doré et enrichi de pierreries et de coquillages à grosses perles. Les salles à manger avaient pour plafonds des tablettes d'ivoire mobiles, qui, par différents tuyaux, répandaient sur les convives des parfums et des fleurs. La principale pièce était ronde, et jour et nuit elle tournait sans relâche pour imiter le mouvement du monde. Les bains étaient alimentés par les eaux de la mer et par celles d'Albula. Lorsque après l'avoir achevé, Néron inaugura son palais, tout l'éloge qu'il en fit se réduisit à ces mots : « Je commence enfin à être logé comme un homme. »" (Suétone, Vie de Néron, 31)

Le nouveau palais voulu par Néron s'étendait sur toute la colline du Palatin, sur une partie de l'Esquilin et du Cælius, ainsi que sur la vallée qui séparait ces trois collines (là où, plus tard, se dressera le grand amphithéâtre des Flaviens (le "Colisée"), Sa surface totale était trois fois celle des jardins du Vatican et de la basilique de Saint-Pierre.

Les limites du domaine de Néron suivaient les pentes des collines, formant une espèce de bassin naturel dont le centre était le grand lac mentionné par Suétone (c'est sans doute à cet emplacement que s'élève aujourd'hui le Colisée).

Le palais doit son nom (Domus aurea - "la Maison dorée") au fait que construction de cette folie néronienne coûta un énorme tas d'or au trésor romain (et aussi, naturellement, parce que ce palais était splendide).

domus aurea

Les travaux - gigantesques - commencèrent immédiatement après le grand incendie de 64. ils ne furent jamais terminés. Les architectes, Severus et Celer, sans doute des Romains, déployèrent sur ce chantier toutes les ressources de leur imagination et recoururent à toutes les ingéniosités techniques disponibles : mécanismes complexes, structures inédites (la voûte en forme de dôme, par exemple), matériaux inconnus (un genre de béton composite lié par un mortier indestructible)

Parmi les nombreuses constructions énumérées par Suétone, se détache l'édifice central. Ce grand bâtiment, le palais proprement dit, peut encore être visité de nos jours. Notons cependant qu'à l'époque de Néron, cet édifice n'avait pas aspect terne qu'il présente aujourd'hui (en effet, toutes ses ouvertures furent condamnées sous le règne de l'empereur Trajan, un demi-siècle après la mort de Néron).
La "pièce ronde" dont parle Suétone, salle d'apparat du palais,, n'a pas été conservée. Nous ne saurons donc jamais quel mécanisme hydraulique assurait la rotation de son dôme.
Dans le vestibule - grande cour à colonnes - s'élevait une statue colossale représentant Néron (le fameux "colosse" qui, déménagé devant l'amphithéâtre des Flaviens, lui donnera son nom, le "Colisée").

Les fresques qui ornaient les murs des bâtiments furent exécutées sous la direction d'un peintre de grand talent, le célèbre Fabullus (ou Famulus). Un luxe tout urbain et une nature champêtre s'y mariaient harmonieusement. Partout, on trouvait des sculptures d'artistes célèbres. Les fresques de Fabulus éclairaient les bâtiments de leurs couleurs vives et lumineuses. Des paysages, des personnages, des animaux, des trophées, des scènes mythologiques animaient ces vastes surfaces peintes, aux lignes précises. L'or, les pierres précieuses, les marbres et les mosaïques donnaient à l'édifice un éclat éblouissant.

Parmi les successeurs de Néron, seul Othon s'efforça de poursuivre la construction du gigantesque palais. Les empereurs qui suivirent n'en firent pas autant. Vespasien affecta une partie du parc à l'usage public. Les Flaviens bâtirent le Colisée, là où, auparavant, on avait déplacé le Colosse et où se trouvait le grand lac. Titus édifia des thermes sur le territoire du complexe architectural. Trajan fit boucher les ouvertures des bâtiments néroniens et, tout autour du palais de Néron, éleva lui aussi des thermes ainsi que d'autres édifices.

(Source : Eugen Cizek, Néron, Librairie Arthème Fayard, 1982)

Sur le Net francophone, je n'ai pas trouvé beaucoup de pages consacrées à la "Maison dorée" de Néron. Citons seulement :

  • Encyclopédie Yahoo - Maison dorée : Clic !
  • Site "Dialogus" - Néron s'explique : Clic !
  • architectedunet.com - De l'Antiquité à la Renaissance italienne - Néron : Clic !

En revanche, les sites anglais foisonnent. Parmi eux :

  • Site LacusCurtius - Domus Aurea (in A Topographical Dictionary of Ancient Rome - Platner and Ashby) : Clic !
  • Rome Guide - City Tours - Domus aurea : Clic !
  • Domus aurea - The Golden house : Clic !
  • Plan of Domus Aurea and Baths of Trajan : Clic !
  • Domus aurea (Golden House of Nero) - Photos : Clic !
  • … Et sur ce site allemand, d'autres photos de la Domus Aurea : Clic !

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17 juin 2003

Gricca a écrit (synthèse de 5 mails) : 

1. Contrairement à ce que vous affirmez (voir ici : Clic !) existe bien un TERTULLUS qui fut consul à ROME sous l'usurpateur Priscus Attalus en 410. Sa nomination fut bien accueillie par le peuple. C'était un païen qui aurait manifesté au Sénat une certaine ambition à devenir empereur, il fut bien sûr exécuté peu après, sans doute lorsque le roi goth Alaric réconcilié avec Honorius eut déposé sa créature impériale Attale et quitté Rome à l'été 410. Attale, lui, échappa à la mort, car avec son fils Ampélius, il fut emmené par les Wisigoths et subit leur avatar, mais c'est une autre histoire.

Référence : The Prosopography of the Later Roman Empire de la Cambridge University Press par J.R. Martindale volume II - mine impressionnante (3 volumes en 4 tomes) d'informations sur tous les personnages laïques de l'empire romain entre 260 et 641.

RÉPONSE :

Et oui, vous avez raison : un Tertullus fut bien consul de Rome au début du siècle. Évidemment, comme il fut nommé par Priscus Attale, un usurpateur doublé d'un fantoche, il ne figurait pas dans la liste "officielle" que j'avais consultée. Il s'agit d'ailleurs d'un personnage fort évanescent. À ma connaissance, seul l'historien grec Zosime (VIe siècle) en parle. Dans son Histoire Nouvelle (VI, 7) il écrit en effet qu'au début du règne d'Attale, "les Romans furent transportés de joie non seulement parce qu'ils avaient obtenu de désignation autres magistrats expérimentés, en particulier l'élévation au consulat de Tertullus dont la promotion au consulat".

Un point, c'est tout !

Question infos, on ne va pas loin avec ça…

2. J'aimerais savoir ce que vous pensez des généalogies que ce sont fabriqués Constantin Ier et Licinius. Ils ne prétendent plus comme sous la République descendre des Dieux, mais préfèrent s'apparenter à des empereurs qui ont vécu peu de temps avant leur naissance.

Constantin prétendit se rattacher à l'empereur Claude II le Gothique (268-270). On donna à Claude II, outre Quintillus, un autre frère Crispus, qui aurait eu une fille Claudia, laquelle de son mari Eutropius, eut un fils Constance Chlore, le père de Constantin. Ce Claude II était né en Dardanie, dont le chef-lieu était Naïssus, aujourd'hui Nish en Serbie, ville natale de Constantin, or Claude II, en 268 peu avant la naissance de Constantin vers 274 (la date exacte n'est pas connue), venait de vaincre définitivement, précisément à Naïssus, les Goths, qui depuis de nombreuses années sillonnaient et pillaient les Balkans (l'empereur Dèce y avait trouvé la mort en 251 en les combattant). Cette victoire eut un grand retentissement non seulement dans la ville natale de Constantin mais aussi dans le reste de l'empire et l'empereur Claude II reçut pour la postérité son surnom de Gothique, dès lors quoi de plus prestigieux pour Constantin que de se rattacher à cet empereur compatriote dont le souvenir était encore vivace dans les légions et les Balkans.

Pour Licinius (308-324), originaire de Dacie (en Roumanie) né vers 265, le fait qu'il prétendit descendre de Philippe l'Arabe (244-249), originaire des environs de Bostra en Syrie, laisse perplexe. Comme son beau-frère et collègue Constantin, Licinius se devait, question de prestige, de descendre d'un empereur romain, mais pourquoi Philippe l'Arabe, qui n'a rien d'un dace et n'a pas laissé une grande renommée ?. Je pense que ce choix peut s'expliquer par le fait que Philippe l'Arabe passa une grande partie de son règne à défendre la Dacie menacée de tous côtés, et remporta des victoires au point que l'ère de la province débuta avec l'année 247 (en fait ces guerres de Philippe en Dacie sont très mal connues). L'empereur et sa famille ont donc marqué profondément de leur présence la région natale de Licinius. Philippe fut aussi l'empereur qui présida le millénaire de ROME, mais en plus il passait pour un empereur chrétien, et pour Licinius, tolérant envers les chrétiens, qui avait grandement contribué à l'édit de Milan, cela ne pouvait que lui porter avantage à un moment où Constantin pratiquait une politique ouvertement favorable aux chrétiens. Enfin, plus symboliquement, par simple assimilation phonétique Philippe l'Arabe pouvait se comprendre chez les Daces et leurs voisins comme Philippe le Sarabe, les Sarabes étant la caste sacerdotale-royale dacique, ce qui rehaussait le prestige de la famille de Licinius.

RÉPONSE :

Je dois vous avouer que je n'ai pas d'opinion bien tranchée à propos de ces empereurs illyriens et autres Tétrarques qui prétendaient descendre de leurs illustres prédécesseurs sur le trône des César… Tout ce que je sais, c'est que la plupart des bons historiens modernes pensent que ces généalogies, c'est du pipeau, des fariboles et surtout (comme vous l'avez d'ailleurs justement souligné) de la propagande politique.
Pensez donc, pour Constantin, descendre en ligne directe du père de l'illustre Claude II, le glorieux "Grand Gothique", cela faisait un peu oublier qu'il n'était finalement qu'un bâtard né d'une fille d'auberge !

Je ne connaissais pas les prétentions de Licinius à descendre de Philippe l'Arabe, un empereur qui semble pourtant ne pas avoir laissé que d'excellents souvenirs aux Romains… chrétiens exceptés ! Mais justement, après avoir flatté le parti chrétien lors de son alliance avec Constantin, Licinius reprit (à moins vaste échelle et moins cruellement il est vrai) la politique persécutrice de feu son rival, Maximin Daïa

Effectivement, comme le vous dites si bien, il y a là de quoi rester perplexe… À lire tout cela, on dirait vraiment qu'il suffisait à un soldat de naître dans un trou perdu des Balkans pour se prétendre arrière petit-cousin "à la mode de Dacie" d'un illustre souverain.

À beau mentir qui vient de loin !

3. Il va de soi que ces généalogies fabriquées ne sont pas l'apanage des païens, il est toujours prestigieux de se rattacher à un empereur. Les chrétiens en ont forgé aussi.

D'après les actes de Ste Suzanne, Dioclétien eut deux frères. On ne connaît que le nom de l'un d'entre eux, Caius Maximinus, lequel eut deux fils, le pape Caius et Gabinius futur prêtre et martyr. Celui-ci ayant été marié eut pour fille Ste Suzanne, vierge et martyre. L'autre frère de Dioclétien, dont on ne dit pas le nom, eut aussi une descendance qui versa le sang pour le Christ pendant la grande persécution de 303.

Gabinius aurait été jeté en prison avec sa fille et se serait laissé mourir de faim après le martyre de celle-ci, décapitée à Rome en 295 sur ordre de Dioclétien (ou égorgée dans sa maison par un prétendant qu'elle refusait, qui était le fils de l'empereur (s'agit-il de Maxence, fils de Maximien, il devait avoir à l'époque présumée du martyre 15 à 16 ans et il épousera Valéria Maximilla la fille de l'empereur Galère et d'une inconnue, a-t-il essayé avant d'épouser une nièce de Dioclétien ?).

Une basilique fut dédiée à Ste Suzanne près de Thermes de Dioclétien, Gabin y sera enterré. N'oublions pas aussi le martyre comme chrétiennes à Rome le 28 octobre 269 de Tryphonia et de Cyrilla, qu'on fit passer pour veuve et fille de l'empereur Quintus Herennius Etruscus (en 251), comme par hasard fils aîné et associé de son père Trajan Dèce, persécuteur des chrétiens.

Qu'y a-t-il de vrai là-dedans puisque les actes de Ste Suzanne sont tardifs ? On pourrait se dire qu'un pape compatriote (originaire de Dalmatie) et contemporain de l'empereur Dioclétien est une coïncidence qui poussa plus tard les auteurs des actes à faire du pape Caius le neveu de l'empereur. Mettre des chrétiens dans la famille du plus grand persécuteur montre que ceux-ci étaient partout.

Mais cela n'est peut-être pas aussi surprenant que cela, puisqu'aux dires de Lactance, Prisca et Valéria, femme et fille de Dioclétien étaient chrétiennes, même si on les obligea à apostasier pendant la grande persécution. De plus Eusèbe va jusqu'à affirmer que Dioclétien lui-même avait une grande inclination pour la vraie foi.

Alors Caius, neveu de Dioclétien ? Pourquoi pas puisque même si son pontificat du 17 décembre 283 au 22 avril 296 (selon le Chronographe) est enveloppé d'obscurité, il semble que le pape fut entouré d'une grande vénération : une inscription funéraire révèle qu'une pieuse chrétienne s'était achetée un arcosolium (monument arqué qu'on trouve fréquemment dans les catacombes et cimetières chrétiens) auprès du sépulcre de Caius, en outre sa maison fut transformée en église et devint un titre cardinalice "titulus Caii". Quand le pape Urbain VIII reconstruit cette église en 1631 (elle sera détruite en 1880), il découvrit les corps du pape Caius et celui de Gabinius; son frère. L'église dédiée à Ste Suzanne se trouve à quelque distance.

Toujours dans les liens familiaux entre chrétiens et empereurs selon les actes des martyrs Cance, Cancien et Cancianille, habitants d'Aquilée, ceux-ci n'ont pas été mis à mort vers 300 en raison de leur foi, mais en 285 en raison de leur parenté avec l'empereur Carin. Comme quoi il y aurait eu des chrétiens dans les familles impériales païennes.

RÉPONSE :

Merci pour ces précieuses infos.

J'avais déjà rencontré chez certains historiens (chrétiens, cela va de soi) cette hypothétique parenté du pape Caius avec Dioclétien himself. Qu'y a-t-il de vrai là-dedans, nul ne le sait… seule certitude : Dioclès - futur Dioclétien - était né dans une famille de condition vraiment très très très modeste…

4. On connaît l'épisode naval d'une troupe franque sous le règne de Probus (276-282). Cet empereur, qui avait combattu Francs et Alamans envahisseurs des Gaules à la suite de l'assassinat d'Aurélien en 275, s'était retrouvé avec un grand nombre (60.000 dit-on) de "barbares" prisonniers qui se soumirent et seront installés comme colons militaires dans tout l'empire (politique continuée par ses successeurs à une autre échelle lorsqu'on vit des peuples entiers s'installer avec leurs rois sur le territoire romain et échappant ensuite au contrôle impérial). Parmi ceux-ci un grand nombre de Francs capturés fut établi par Probus dans le Pont pour assurer la défense des côtes méridionales de la mer Noire menacées depuis les années 253 par les raids de Goths et d'Hérules (encore en 276 les empereurs Tacite et Florien les combattait en Asie Mineure).

Nous sommes en 278 et semble t-il dès l'année suivante éclata en Orient une guerre civile avec la proclamation comme empereur à Antioche du gouverneur de la Syrie, le maure C. Julius Saturninus.

Cet excellent général ayant servi et gagné la confiance d'Aurélien en Gaule, puis en Afrique du Nord, avait été nommé par Probus en Syrie, poste important, en raison du lien étroit qui les unissait. Saturnin chercha probablement à se faire reconnaître par Probus, mais ayant échoué, il décida de se diriger vers la Palestine pour faire face aux troupes restées fidèles à Probus et se joindre à l'Egypte où Alexandrie révoltée contre Probus le reconnut empereur. Arrivé à Apamée, toujours en Syrie, Saturnin se trouva bloqué par les soldats de Probus, et comme l'empereur légitime approchait, les partisans de Saturnin finirent par se retourner contre lui et l'assassinèrent. Cette aventure n'avait duré que quelques mois vers 279-280 (Selon la chronique de Jérôme en 281). Les monnaies frappées à son effigie le montre âgé le visage maigre, le front avec de nombreuses rides, les cheveux sont sans volume et aussi la barbe qui descend jusque sur la gorge.

Revenons à nos Francs, qui probablement profitèrent de cette situation pour se rebeller, ayant sans doute la nostalgie de la liberté dans leur pays. Ils se saisirent des bateaux de la flotte romaine et se transformant en pirates ils vont entamer un voyage épique pour revenir chez eux sur le Bas Rhin. Passons sur les détails que l'on ignore, mais en gros ils franchirent le Bosphore et les Dardanelles, gagnèrent la mer Egée où ils pillèrent les côtes d'Asie Mineure et de Grèce, traversèrent la Méditerranée pour attaquer la Cyrénaïque. De là sans encombre, ils mirent le cap sur la Sicile, où ils purent débarquer à Syracuse et piller la ville y faisant de nombreuses victimes. Enhardis par cet exploit facile, attirés par les richesses de l'Afrique proche, ils débarquèrent en Tunisie, mais là les forces romaines purent les repousser près de Carthage, mais pas les empêcher de se réembarquer et de gagner l'Atlantique par les colonnes d'Hercule (le détroit de Gibraltar). Ensuite en longeant les côtes d'Espagne et de Gaule, ils purent regagner ainsi leur patrie sur le Rhin où leur fabuleux exploit marqua longtemps la mémoire puisqu'au VIIe après J.C. on disant la race des Francs d'origine troyenne (venant de Troie sur les Dardanelles) comme les historiens romains ont raconté l'origine troyenne des Latins avec les princes Enée et son fils Ascagne, fondateurs respectivement de Lavinium et d'Albe-la-Longue.

RÉPONSE :

Tout cela me semble fort intéressant. En gros, c'est d'ailleurs ce que j'ai écrit (origine fabuleuse des Francs exceptée) dans les notices biographiques consacrées à Probus et à Saturninus.

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