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Juin 2003 (page 2/4)
Sommaire du mois de Juin : Clic
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| 8 Juin 2003 |
| Vincent
a écrit : |
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| 1.
Valérien a-t-il
établi son culte solaire "sol invictus"
sur le modèle du culte d'Émèse ? |
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| RÉPONSE
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| Si j'en crois l'excellent
livre qu'Eugen Cizek a consacré à Aurélien,
le culte solaire institué par cet empereur ne ressemblait
guère à celui d'El Gabal, divinité
solaire d'Émèse.
Je cite :
"Nous avons déjà montré
que pour Aurélien le culte solaire relevait d'une
tradition de sa famille (note du webmaster : sa mère
aurait été prêtresse du Soleil dans
son village natal de Mésie). (
) Pendant
ses campagnes militaires, Aurélien avait fait preuve
d'une réelle ferveur solaire. Sur la route qui
allait de Palmyre à la mer, à Émèse,
il y avait le culte d'un aérolithe noir qu'on appelait
Elagabal, divinité liée à des hauts
lieux, « dieu de la montagne », passant en plus
pour une image sacrée du Soleil Invaincu ou Invincible.
Ce culte bénéficiait d'un temple et d'un
clergé riche, dirigé par une dynastie arabe
de rois-prêtres. Des femmes de cette dynastie sacerdotale
avaient dominé l'Empire, sous les Sévères.
Oui plus est, Bassianus devint empereur. Connu sous le
nom d'Héliogabale, il fut membre de cette dynastie
et grand-prêtre du culte d'Elagabal. Aurélien,
au cours de sa campagne contre Palmyre, eut une apparition
divine qui l'exhorta à la victoire. Voilà
pourquoi, ensuite, l'empereur visita le temple d'Elagabal
(H.A., Aurel., 25, 5). Pourtant la religion solaire
d'Aurélien n'avait guère trait au culte
d'Elagabal. En revanche, le prince montra une attitude
relativement différente à l'égard
du culte solaire développé à Palmyre
même : il consacra dans le temple du Soleil de Rome,
dont nous parlerons plus loin, une statue de Bôl
ou Bêl, membre de la triade divine adorée
à Palmyre. De cette triade faisait également
partie lahribôl, dieu des sources et équivalent
du Soleil." (Eugen Cizek, Aurélien et son
temps, Les belles Lettres, Paris, 1994).
| Comme la plupart de ses collègues,
ces empereurs-soldats d'origine balkanique qui gouvernèrent
Rome et son Empire dans la deuxième moitié
du IIIe siècle, Aurélien paraît
avoir été initié aux mystères
de Mithra, une autre divinité solaire, d'origine
perse, celle-là. J'ai d'ailleurs déjà
eu l'occasion de faire allusion à son adhésion
possible au mithriacisme en évoquant le très
controversé Ulpius Crinitus, père
adoptif - ou "répondant" religieux - d'Aurélien
(voir ici : Clic
!).
Cependant, le culte solaire que le "restaurateur
du Monde romain" voulut imposer audit monde n'était
ni celui pratiqué par sa chère bonne
vieille môman (la prêtresse de Mésie),
ni celui du pervers Élagabal
(dit Héliogabale), ni celui de la cité
déchue de Palmyre, ni le mithriacisme "franc-maçonnique"
de l'hypothétique Ulpius Crinitus
Étant appelée à devenir la
religion officielle de l'Empire romain, et le culte
principal de ses sujets (sinon le seul), la religion
solaire d'Aurélien
devait transcender les particularismes régionaux
propres au Baal d'Émèse ou à
son divin collègue de Palmyre, et renoncer
au caractère occulte, secret, mystérieux
du mithriacisme.
Dans l'esprit d'Aurélien, le Sol Invictus,
le Soleil invaincu (ou invincible) devait devenir,
à terme, le maître suprême de
l'Empire romain (Sol Dominus Imperii Romani).
Étant entendu, bien sûr, que le Soleil
invaincu était aussi le Sol comes,
le compagnon solaire du Prince, et que l'empereur
romain était le "vicaire" sur terre de ce
Dieu solaire. |

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Inutile de vous dire que les projets religieux de l'empereur
n'étaient guère nature à réjouir
ses sujets chrétiens et que ceux-ci poussèrent
un fameux "ouf" de soulagement quand ce futur persécuteur
mourut - dans des circonstances d'ailleurs assez suspectes
(voir ici : Clic
!). |
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| 2.
Le roman d'Antonin
Artaud sur Héliogabale vous paraît-il un
peu délirant ? Où beaucoup ?
Héliogabale d'Antonin
Artaud est un ouvrage poétique qui me paraît
bien documenté. L'identification y joue dans tous
les sens. Bassanius est Artaud, et Antonin, Héliogabale.
Artaud serait-il persuadé qu'Héliogabale
est un Antonin
comme lui-même ? |
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| RÉPONSE
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| Tiens oui, c'est vrai, Élagabal
s'appelait Antonin comme Artaud
Notez cependant que cet empereur n'avait aucun lien de
parenté avec les souverains de la "dynastie" antonine.
En fait, il faisait partie de la famille syrienne des
Bassianus dont était issue sa grand-tante Julia
Domna, épouse de l'empereur Septime
Sévère (voir tableau généalogique
des Sévère : Clic
!). Il ne prit le nom d'Antonin (Marcus Aurelius
Antoninus) que pour des raisons politiques ; parce
qu'afin de faciliter son accession au pouvoir, sa mère
Julia
Soaemias crut habile d'affirmer que cet enfant n'était
pas de son époux (un certain Sextus Varius Marcellus
dont on ne connaît pas grand-chose), mais qu'il
était né de ses amours adultérins
avec son petit-cousin Caracalla,
empereur adulé des soldats et du bon peuple de
Rome
Vous m'objecterez que Caracalla, lui non plus, ne faisait
pas partie de la dynastie des Antonins
Exact ! mais
quand son père Septime Sévère s'empara
du pouvoir, il se proclama fils adoptif de Marc
Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus). Fictivement,
Caracalla devint donc le petit-fils de Marc Aurèle
et prit le nom d'Antonin.
Bref, Élagabal n'est aussi "Antonin" qu'Artaud
qu'au prix de deux gros mensonges généalogiques
ou si vous préférez seulement à cause
de deux manipulations politiciennes !
Cela dit, et au risque de vous étonner (et peut-être
de vous décevoir), je dois vous avouer que je ne
connais pas l'Héliogabale d'Antonin Artaud,
et les rares extraits que j'ai eu l'occasion d'en lire
ne suffisent pas pour que je me permette de porter le
moindre jugement sur la valeur historique ou littéraire
de cette uvre (bien que, personnellement le style
un peu beaucoup emphatique du sombre Antonin me laisse
un peu froid
mais c'est uniquement une question
de goût !).
Cependant, à première vue, il me semble
que l'objectif d'Artaud en écrivant cette uvre
n'était pas à proprement parler "historique"
; le titre choisi (Héliogabale, ou l'anarchiste
couronné) suffit à le démontrer
! |
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| 3.
Quel était
le statut des évêques de Rome avant et après
Constantin ? |
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| RÉPONSE
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| Naturellement, il est impossible
d'évoquer ici - même brièvement -
toute l'histoire de la Papauté, des origines à
la fin du IVe siècle : plusieurs mails, même
très longs, n'y suffiraient pas. Mais si vous voulez
seulement savoir si le statut des évêques
de Rome changea fondamentalement après le règne
de Constantin
- où, si vous préférez, si c'est
Constantin qui fit de l'évêque de Rome ce
qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire le Pape, le
chef de l'Église catholique -, la réponse
peut être beaucoup plus brève
et elle
est négative.
La reconnaissance de la primauté de l'évêque
de Rome sur ses prestigieux collègues d'Alexandrie,
d'Antioche, puis de Constantinople et même de Carthage,
fut très lente à s'établir. Bien
sûr, dans certains cas bien particuliers, la médiation
du "successeur de Pierre" fut réclamée dès
le IIIe siècle (par exemple lors de la pénible
affaire de la destitution de Paul de Samosate, évêque
d'Antioche - voir ici : Clic
!). Mais il ne s'agissait là que d'interventions
ponctuelles, qui ne remettaient pas en cause l'indépendance
de fait des grands patriarcats orientaux vis-à-vis
de Rome.
Cela c'est pour le domaine spirituel.
Au point de vue temporel, si vous faites allusion à
la trop fameuse Donation de Constantin par laquelle
le premier empereur chrétien aurait cédé
au successeur de Pierre le pouvoir (Imperium) sur
Rome, sur l'Italie et sur tout l'Occident romain, j'ai
déjà abondamment parlé de ce faux
fameux dans ces anciennes correspondances : Clic
! et Clic
!.
Précisons encore que longtemps encore après
le règne de Constantin
(qui, soit dit en passant, donna d'ailleurs, en fondant
Constantinople, un prestigieux rival supplémentaire
au futur "Pape" - et un motif de bisbrouille de plus entre
Chrétiens occidentaux et orientaux), le pouvoir
temporel du pape se limita à la ville de Rome et
à ses environs immédiats. Et encore !
Seulement quand les maîtres successifs de l'Italie
(rois ostrogoths, empereurs byzantins, ou rois lombards)
étaient trop faibles pour imposer leur autorité
à la Ville éternelle et à son ambitieux
évêque.
Il n'y eut aucune "répartition de pouvoir" entre
ces souverains et le pape : celui-ci n'était que
l'évêque (certes un peu plus prestigieux
que ses collègues) d'une ville qui avait été
la maîtresse de l'univers, mas qui, à cette
époque, n'était plus qu'une bourgade ruinée
qui ne comptait plus guère que 40.000 habitants
(estimation optimiste) au lieu du million d'âmes
qu'elle hébergeait au temps de sa splendeur impériale.
Ce n'est qu'au milieu du VIIIe siècle que les
papes, alliés de la dynastie carolingienne, revendiquèrent
le pouvoir temporel sur l'Italie centrale, et ce n'est
qu'à partir des XIe - XIIe siècles qu'ils
imposèrent leur autorité spirituelle sur
toute la chrétienté occidentale. À
ce moment, l'Empire romain n'existait plus depuis belle
lurette, sauf en Orient où, quand l'empereur était
fort, l'Église orthodoxe était faible, et
vice-versa. |
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| 4. Y
a-t-il eu des Empereurs adeptes de Mithra autre culte
oriental dans le vent ? |
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| RÉPONSE
: |
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| Le plus célèbre
empereur adepte de Mithra fut, bien sûr, le fameux
Julien dit "l'Apostat".
Cependant, ainsi que je vous l'ai signalé plus
haut, quasiment tous les empereurs-soldats de la fin du
IIIe siècle furent sans doute frottés de
mithriacisme. Le culte de Mithra était en effet
quasiment la religion "officielle" des légions
romaines. Je lis d'ailleurs dans le livre de Cizek sur
Aurélien (op. cit.) que Claude
II le Gothique ainsi que son frère Quintillus
émirent des monnaies glorifiant le Soleil Invaincu.
Certaines mauvaises langues prétendent aussi qu'avant
sa conversion au Christianisme, Constantin
le Grand fut un fervent adepte des cultes solaires.
Il fit ériger une statue le représentant
sous les traits d'Apollon, la divinité solaire
de la mythologie classique ; et quand le Sénat
le félicita de sa victoire du Pont Milvius, remportée
contre son rival Maxence, les Pères conscrits attribuèrent
ses succès "à l'inspiration de la Divinité",
en se gardant bien de préciser laquelle. |
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13 Juin 2003 |
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Julien a écrit : |
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À la suite d'un voyage
en Italie organisé par le Collège où
je suis professeur de sciences, j'aurais une question
à vous poser : comment les romains faisaient-ils
pour fabriquer de la glace, comme notre guide nous
l'a affirmé ? |
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RÉPONSE : |
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S'il était Italien, votre guide fut sans doute,
en l'occurrence, quelque peu chauvin !
À ma connaissance, on n'a guère pu fabriquer
artificiellement de la glace avant le XIXe siècle
(voir ici : Clic
!). Le "froid domestique" c'est une bien belle
et bien utile invention, mais qui est toute récente
: pensez que nos grands-parents étaient encore
condamnés aux bières tièdes (si pas
chaudes) et au beurre semi-liquide !
Comme beaucoup d'autres peuples avant eux (et après
eux d'ailleurs), les Romains se contentaient de conserver
de la glace naturelle - venant des montagnes ou récoltée
en hiver - dans des caves, des grottes, des souterrains,
bref, dans des "glacières".
Il n'empêche que ce serait à l'empereur
romain Néron
(54-68 ap. J.-C.) que l'on devrait, le premier sorbet
de fruit (voir ici : Clic !),
sans doute confectionné à l'aide de glace
provenant des clairs lacs des Apennins, gelés l'hiver,
ou récoltée dans les glaciers des Alpes
et acheminée à grands frais (c'est le cas
de la dire) jusqu'à Rome. |
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13 Juin 2003 |
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Chaima a écrit : |
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En fait je n'ai jamais fais
de latin, mais je m'intéresse beaucoup à
cette civilisation, en particulier à son art ;
donc pourriez-vous me renseigner et peut-être me
dire ou je peux trouver des infos sur la Maison dorée
? Merci |
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RÉPONSE : |
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Voici comment l'historien latin Suétone
(début du IIe siècle ap. J.-C.) décrit
la fameuse "Maison dorée", cet extraordinaire
palais-jardin que fit construire Néron
à la fin de son règne :
"Il (= Néron) étendit
son palais depuis le mont Palatin jusqu'aux Esquilies.
Il l'appela d'abord « le Passage ». Mais,
le feu l'ayant consumé, il le rebâtit, et
l'appela « la Maison dorée ». Pour en
faire connaître l'étendue et la magnificence,
il suffira de dire que, dans le vestibule, la statue colossale
de Néron s'élevait de cent vingt pieds de
haut ; que les portiques à trois rangs de colonnes
avaient un mille de longueur ; qu'il renfermait une pièce
d'eau, semblable à une mer bordée d'édifices
qui paraissaient former autant de villes ; qu'on
y voyait des champs de blé, des vignobles, des
pâturages, des forêts peuplées de troupeaux
et d'animaux sauvages de toute espèce. Dans les
diverses parties de l'édifice, tout était
doré et enrichi de pierreries et de coquillages
à grosses perles. Les salles à manger avaient
pour plafonds des tablettes d'ivoire mobiles, qui, par
différents tuyaux, répandaient sur les convives
des parfums et des fleurs. La principale pièce
était ronde, et jour et nuit elle tournait sans
relâche pour imiter le mouvement du monde. Les bains
étaient alimentés par les eaux de la mer
et par celles d'Albula. Lorsque après l'avoir achevé,
Néron inaugura son palais, tout l'éloge
qu'il en fit se réduisit à ces mots : «
Je commence enfin à être logé comme
un homme. »" (Suétone, Vie
de Néron, 31)
Le nouveau palais voulu par Néron s'étendait
sur toute la colline du Palatin, sur une partie de l'Esquilin
et du Cælius, ainsi que sur la vallée qui
séparait ces trois collines (là où,
plus tard, se dressera le grand amphithéâtre
des Flaviens (le "Colisée"), Sa surface totale
était trois fois celle des jardins du Vatican et
de la basilique de Saint-Pierre.
Les limites du domaine de Néron suivaient les
pentes des collines, formant une espèce de bassin
naturel dont le centre était le grand lac mentionné
par Suétone (c'est sans doute à cet emplacement
que s'élève aujourd'hui le Colisée).
Le palais doit son nom (Domus aurea - "la Maison
dorée") au fait que construction de cette folie
néronienne coûta un énorme tas d'or
au trésor romain (et aussi, naturellement, parce
que ce palais était splendide).
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Les travaux - gigantesques - commencèrent
immédiatement après le grand
incendie de 64. ils ne furent jamais terminés.
Les architectes, Severus et Celer, sans doute des
Romains, déployèrent sur ce chantier
toutes les ressources de leur imagination et recoururent
à toutes les ingéniosités techniques
disponibles : mécanismes complexes, structures
inédites (la voûte en forme de dôme,
par exemple), matériaux inconnus (un genre
de béton composite lié par un mortier
indestructible)
Parmi les nombreuses constructions énumérées
par Suétone, se détache l'édifice
central. Ce grand bâtiment, le palais proprement
dit, peut encore être visité de nos
jours. Notons cependant qu'à l'époque
de Néron,
cet édifice n'avait pas aspect terne qu'il
présente aujourd'hui (en effet, toutes ses
ouvertures furent condamnées sous le règne
de l'empereur Trajan, un demi-siècle après
la mort de Néron).
La "pièce ronde" dont parle Suétone,
salle d'apparat du palais,, n'a pas été
conservée. Nous ne saurons donc jamais quel
mécanisme hydraulique assurait la rotation
de son dôme.
Dans le vestibule - grande cour à colonnes
- s'élevait une statue colossale représentant
Néron (le fameux "colosse" qui, déménagé
devant l'amphithéâtre des Flaviens,
lui donnera son nom, le "Colisée").
Les fresques qui ornaient les murs des bâtiments
furent exécutées sous la direction
d'un peintre de grand talent, le célèbre
Fabullus (ou Famulus). Un luxe tout urbain et une
nature champêtre s'y mariaient harmonieusement.
Partout, on trouvait des sculptures d'artistes célèbres.
Les fresques de Fabulus éclairaient les bâtiments
de leurs couleurs vives et lumineuses. Des paysages,
des personnages, des animaux, des trophées,
des scènes mythologiques animaient ces vastes
surfaces peintes, aux lignes précises. L'or,
les pierres précieuses, les marbres et les
mosaïques donnaient à l'édifice
un éclat éblouissant. |
Parmi les successeurs de Néron,
seul Othon
s'efforça de poursuivre la construction du gigantesque
palais. Les empereurs qui suivirent n'en firent pas autant.
Vespasien
affecta une partie du parc à l'usage public. Les
Flaviens bâtirent le Colisée, là où,
auparavant, on avait déplacé le Colosse
et où se trouvait le grand lac. Titus
édifia des thermes sur le territoire du complexe
architectural. Trajan
fit boucher les ouvertures des bâtiments néroniens
et, tout autour du palais de Néron, éleva
lui aussi des thermes ainsi que d'autres édifices.
(Source : Eugen Cizek, Néron, Librairie
Arthème Fayard, 1982)
Sur le Net francophone, je n'ai pas trouvé beaucoup
de pages consacrées à la "Maison dorée"
de Néron. Citons seulement :
- Encyclopédie Yahoo - Maison dorée :
Clic
!
- Site "Dialogus" - Néron s'explique : Clic
!
- architectedunet.com - De l'Antiquité à
la Renaissance italienne - Néron : Clic
!
En revanche, les sites anglais foisonnent. Parmi eux
:
- Site LacusCurtius - Domus Aurea (in A Topographical
Dictionary of Ancient Rome - Platner and Ashby) : Clic
!
- Rome Guide - City Tours - Domus aurea : Clic
!
- Domus aurea - The Golden house : Clic
!
- Plan of Domus Aurea and Baths of Trajan : Clic
!
- Domus aurea (Golden House of Nero) - Photos : Clic
!
-
Et sur ce site allemand, d'autres photos de
la Domus Aurea : Clic
!
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17 juin 2003 |
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Gricca a écrit (synthèse
de 5 mails) : |
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1.
Contrairement à ce que vous affirmez (voir
ici : Clic
!) existe bien un TERTULLUS qui fut consul
à ROME sous l'usurpateur Priscus Attalus en
410. Sa nomination fut bien accueillie par le peuple.
C'était un païen qui aurait manifesté
au Sénat une certaine ambition à devenir
empereur, il fut bien sûr exécuté
peu après, sans doute lorsque le roi goth Alaric
réconcilié avec Honorius eut déposé
sa créature impériale Attale et quitté
Rome à l'été 410. Attale, lui, échappa
à la mort, car avec son fils Ampélius, il
fut emmené par les Wisigoths et subit leur avatar,
mais c'est une autre histoire.
Référence : The
Prosopography of the Later Roman Empire de la Cambridge
University Press par J.R. Martindale volume II - mine
impressionnante (3 volumes en 4 tomes) d'informations
sur tous les personnages laïques de l'empire romain
entre 260 et 641. |
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RÉPONSE : |
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Et oui, vous avez raison : un Tertullus fut bien consul
de Rome au début du siècle. Évidemment,
comme il fut nommé par Priscus Attale, un usurpateur
doublé d'un fantoche, il ne figurait pas dans la
liste "officielle" que j'avais consultée. Il s'agit
d'ailleurs d'un personnage fort évanescent. À
ma connaissance, seul l'historien grec Zosime (VIe siècle)
en parle. Dans son Histoire Nouvelle (VI, 7) il
écrit en effet qu'au début du règne
d'Attale, "les Romans furent transportés de
joie non seulement parce qu'ils avaient obtenu de désignation
autres magistrats expérimentés, en particulier
l'élévation au consulat de Tertullus dont
la promotion au consulat".
Un point, c'est tout !
Question infos, on ne va pas loin avec ça
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2.
J'aimerais savoir ce que vous pensez des généalogies
que ce sont fabriqués Constantin Ier et Licinius.
Ils ne prétendent plus comme sous la République
descendre des Dieux, mais préfèrent s'apparenter
à des empereurs qui ont vécu peu de temps
avant leur naissance.
Constantin prétendit
se rattacher à l'empereur Claude II le Gothique
(268-270). On donna à Claude II, outre Quintillus,
un autre frère Crispus, qui aurait eu une fille
Claudia, laquelle de son mari Eutropius, eut un fils Constance
Chlore, le père de Constantin. Ce Claude II était
né en Dardanie, dont le chef-lieu était
Naïssus, aujourd'hui Nish en Serbie, ville natale
de Constantin, or Claude II, en 268 peu avant la naissance
de Constantin vers 274 (la date exacte n'est pas connue),
venait de vaincre définitivement, précisément
à Naïssus, les Goths, qui depuis de nombreuses
années sillonnaient et pillaient les Balkans (l'empereur
Dèce y avait trouvé la mort en 251 en les
combattant). Cette victoire eut un grand retentissement
non seulement dans la ville natale de Constantin mais
aussi dans le reste de l'empire et l'empereur Claude II
reçut pour la postérité son surnom
de Gothique, dès lors quoi de plus prestigieux
pour Constantin que de se rattacher à cet empereur
compatriote dont le souvenir était encore vivace
dans les légions et les Balkans.
Pour Licinius (308-324),
originaire de Dacie (en Roumanie) né vers 265,
le fait qu'il prétendit descendre de Philippe l'Arabe
(244-249), originaire des environs de Bostra en Syrie,
laisse perplexe. Comme son beau-frère et collègue
Constantin, Licinius se devait, question de prestige,
de descendre d'un empereur romain, mais pourquoi Philippe
l'Arabe, qui n'a rien d'un dace et n'a pas laissé
une grande renommée ?. Je pense que ce choix peut
s'expliquer par le fait que Philippe l'Arabe passa une
grande partie de son règne à défendre
la Dacie menacée de tous côtés, et
remporta des victoires au point que l'ère de la
province débuta avec l'année 247 (en fait
ces guerres de Philippe en Dacie sont très mal
connues). L'empereur et sa famille ont donc marqué
profondément de leur présence la région
natale de Licinius. Philippe fut aussi l'empereur qui
présida le millénaire de ROME, mais en plus
il passait pour un empereur chrétien, et pour Licinius,
tolérant envers les chrétiens, qui avait
grandement contribué à l'édit de
Milan, cela ne pouvait que lui porter avantage à
un moment où Constantin pratiquait une politique
ouvertement favorable aux chrétiens. Enfin, plus
symboliquement, par simple assimilation phonétique
Philippe l'Arabe pouvait se comprendre chez les Daces
et leurs voisins comme Philippe le Sarabe, les Sarabes
étant la caste sacerdotale-royale dacique, ce qui
rehaussait le prestige de la famille de Licinius. |
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RÉPONSE : |
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Je dois vous avouer que je n'ai pas d'opinion bien
tranchée à propos de ces empereurs illyriens
et autres Tétrarques qui prétendaient descendre
de leurs illustres prédécesseurs sur le
trône des César
Tout ce que je sais,
c'est que la plupart des bons historiens modernes pensent
que ces généalogies, c'est du pipeau, des
fariboles et surtout (comme vous l'avez d'ailleurs justement
souligné) de la propagande politique.
Pensez donc, pour Constantin,
descendre en ligne directe du père de l'illustre
Claude
II, le glorieux "Grand Gothique", cela faisait un
peu oublier qu'il n'était finalement qu'un bâtard
né d'une fille d'auberge !
Je ne connaissais pas les prétentions de Licinius
à descendre de Philippe
l'Arabe, un empereur qui semble pourtant ne pas avoir
laissé que d'excellents souvenirs aux Romains
chrétiens exceptés ! Mais justement, après
avoir flatté le parti chrétien lors de son
alliance avec Constantin, Licinius reprit (à moins
vaste échelle et moins cruellement il est vrai)
la politique persécutrice de feu son rival, Maximin
Daïa
Effectivement, comme le vous dites si bien, il y a là
de quoi rester perplexe
À lire tout cela,
on dirait vraiment qu'il suffisait à un soldat
de naître dans un trou perdu des Balkans pour se
prétendre arrière petit-cousin "à
la mode de Dacie" d'un illustre souverain.
À beau mentir qui vient de loin ! |
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3.
Il va de soi que ces généalogies fabriquées
ne sont pas l'apanage des païens, il est toujours
prestigieux de se rattacher à un empereur. Les
chrétiens en ont forgé aussi.
D'après les actes de Ste
Suzanne, Dioclétien eut deux frères. On
ne connaît que le nom de l'un d'entre eux, Caius
Maximinus, lequel eut deux fils, le pape Caius
et Gabinius futur prêtre et martyr. Celui-ci ayant
été marié eut pour fille Ste Suzanne,
vierge et martyre. L'autre frère de Dioclétien,
dont on ne dit pas le nom, eut aussi une descendance qui
versa le sang pour le Christ pendant la grande persécution
de 303.
Gabinius aurait été
jeté en prison avec sa fille et se serait laissé
mourir de faim après le martyre de celle-ci, décapitée
à Rome en 295 sur ordre de Dioclétien (ou
égorgée dans sa maison par un prétendant
qu'elle refusait, qui était le fils de l'empereur
(s'agit-il de Maxence, fils de Maximien, il devait avoir
à l'époque présumée du martyre
15 à 16 ans et il épousera Valéria
Maximilla la fille de l'empereur Galère et d'une
inconnue, a-t-il essayé avant d'épouser
une nièce de Dioclétien ?).
Une basilique fut dédiée
à Ste Suzanne près de Thermes de Dioclétien,
Gabin y sera enterré. N'oublions pas aussi le martyre
comme chrétiennes à Rome le 28 octobre 269
de Tryphonia et de Cyrilla, qu'on fit passer pour veuve
et fille de l'empereur Quintus Herennius Etruscus (en
251), comme par hasard fils aîné et associé
de son père Trajan Dèce, persécuteur
des chrétiens.
Qu'y a-t-il de vrai là-dedans
puisque les actes de Ste Suzanne sont tardifs ? On pourrait
se dire qu'un pape compatriote (originaire de Dalmatie)
et contemporain de l'empereur Dioclétien est une
coïncidence qui poussa plus tard les auteurs des
actes à faire du pape Caius le neveu de l'empereur.
Mettre des chrétiens dans la famille du plus grand
persécuteur montre que ceux-ci étaient partout.
Mais cela n'est peut-être
pas aussi surprenant que cela, puisqu'aux dires de Lactance,
Prisca et Valéria, femme et fille de Dioclétien
étaient chrétiennes, même si on les
obligea à apostasier pendant la grande persécution.
De plus Eusèbe va jusqu'à affirmer que Dioclétien
lui-même avait une grande inclination pour la vraie
foi.
Alors Caius, neveu de Dioclétien
? Pourquoi pas puisque même si son pontificat du
17 décembre 283 au 22 avril 296 (selon le Chronographe)
est enveloppé d'obscurité, il semble que
le pape fut entouré d'une grande vénération
: une inscription funéraire révèle
qu'une pieuse chrétienne s'était achetée
un arcosolium (monument arqué qu'on trouve
fréquemment dans les catacombes et cimetières
chrétiens) auprès du sépulcre de
Caius, en outre sa maison fut transformée en église
et devint un titre cardinalice "titulus Caii".
Quand le pape Urbain VIII reconstruit cette église
en 1631 (elle sera détruite en 1880), il découvrit
les corps du pape Caius et celui de Gabinius; son frère.
L'église dédiée à Ste Suzanne
se trouve à quelque distance.
Toujours dans les liens familiaux
entre chrétiens et empereurs selon les actes des
martyrs Cance, Cancien et Cancianille, habitants d'Aquilée,
ceux-ci n'ont pas été mis à mort
vers 300 en raison de leur foi, mais en 285 en raison
de leur parenté avec l'empereur Carin. Comme quoi
il y aurait eu des chrétiens dans les familles
impériales païennes. |
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RÉPONSE : |
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Merci pour ces précieuses infos.
J'avais déjà rencontré chez certains
historiens (chrétiens, cela va de soi) cette hypothétique
parenté du pape Caius avec Dioclétien himself.
Qu'y a-t-il de vrai là-dedans, nul ne le sait
seule certitude : Dioclès - futur Dioclétien
- était né dans une famille de condition
vraiment très très très modeste
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4. On
connaît l'épisode naval d'une troupe franque
sous le règne de Probus (276-282). Cet empereur,
qui avait combattu Francs et Alamans envahisseurs des
Gaules à la suite de l'assassinat d'Aurélien
en 275, s'était retrouvé avec un grand nombre
(60.000 dit-on) de "barbares" prisonniers qui se soumirent
et seront installés comme colons militaires dans
tout l'empire (politique continuée par ses successeurs
à une autre échelle lorsqu'on vit des peuples
entiers s'installer avec leurs rois sur le territoire
romain et échappant ensuite au contrôle impérial).
Parmi ceux-ci un grand nombre de Francs capturés
fut établi par Probus dans le Pont pour assurer
la défense des côtes méridionales
de la mer Noire menacées depuis les années
253 par les raids de Goths et d'Hérules (encore
en 276 les empereurs Tacite et Florien les combattait
en Asie Mineure).
Nous sommes en 278 et semble t-il
dès l'année suivante éclata en Orient
une guerre civile avec la proclamation comme empereur
à Antioche du gouverneur de la Syrie, le maure
C. Julius Saturninus.
Cet excellent général
ayant servi et gagné la confiance d'Aurélien
en Gaule, puis en Afrique du Nord, avait été
nommé par Probus en Syrie, poste important, en
raison du lien étroit qui les unissait. Saturnin
chercha probablement à se faire reconnaître
par Probus, mais ayant échoué, il décida
de se diriger vers la Palestine pour faire face aux troupes
restées fidèles à Probus et se joindre
à l'Egypte où Alexandrie révoltée
contre Probus le reconnut empereur. Arrivé à
Apamée, toujours en Syrie, Saturnin se trouva bloqué
par les soldats de Probus, et comme l'empereur légitime
approchait, les partisans de Saturnin finirent par se
retourner contre lui et l'assassinèrent. Cette
aventure n'avait duré que quelques mois vers 279-280
(Selon la chronique de Jérôme en 281). Les
monnaies frappées à son effigie le montre
âgé le visage maigre, le front avec de nombreuses
rides, les cheveux sont sans volume et aussi la barbe
qui descend jusque sur la gorge.
Revenons à nos Francs, qui
probablement profitèrent de cette situation pour
se rebeller, ayant sans doute la nostalgie de la liberté
dans leur pays. Ils se saisirent des bateaux de la flotte
romaine et se transformant en pirates ils vont entamer
un voyage épique pour revenir chez eux sur le Bas
Rhin. Passons sur les détails que l'on ignore,
mais en gros ils franchirent le Bosphore et les Dardanelles,
gagnèrent la mer Egée où ils pillèrent
les côtes d'Asie Mineure et de Grèce, traversèrent
la Méditerranée pour attaquer la Cyrénaïque.
De là sans encombre, ils mirent le cap sur la Sicile,
où ils purent débarquer à Syracuse
et piller la ville y faisant de nombreuses victimes. Enhardis
par cet exploit facile, attirés par les richesses
de l'Afrique proche, ils débarquèrent en
Tunisie, mais là les forces romaines purent les
repousser près de Carthage, mais pas les empêcher
de se réembarquer et de gagner l'Atlantique par
les colonnes d'Hercule (le détroit de Gibraltar).
Ensuite en longeant les côtes d'Espagne et de Gaule,
ils purent regagner ainsi leur patrie sur le Rhin où
leur fabuleux exploit marqua longtemps la mémoire
puisqu'au VIIe après J.C. on disant la race des
Francs d'origine troyenne (venant de Troie sur les Dardanelles)
comme les historiens romains ont raconté l'origine
troyenne des Latins avec les princes Enée et son
fils Ascagne, fondateurs respectivement de Lavinium et
d'Albe-la-Longue. |
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RÉPONSE : |
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Tout cela me semble fort intéressant. En gros,
c'est d'ailleurs ce que j'ai écrit (origine fabuleuse
des Francs exceptée) dans les notices biographiques
consacrées à Probus
et à Saturninus.
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