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Sommaire Mai 2003 :

  • 1er Mai :
    • Pourquoi sainte Hélène est-elle parfois appelée "l'Égale des Apôtres" ? : Clic !
  • 2 Mai :
  • 4 Mai :
    • Pourquoi Caracalla n'est-il pas repris sur la liste des "empereurs-enfants" ? : Clic !
    • La mort de Caracalla : Clic ! 
  • 5 Mai :
    • Connait-on le nombre de victimes du grand incendie de Rome ? : Clic !
      • … et le "bilan officiel" des persécutions anti-païennes de Théodose ? : Clic ! 
  • 5 Mai :
    • Encore et toujours à propos de ces descendants d'empereurs romains… : Clic ! 
  • 5 Mai :
    • À la recherche d'un gâteau romain : Clic !
      • Des liens pour d'antiques recettes : Clic ! 
  • 6 Mai :
    • Quelques mots sur les prisons romaines : Clic ! 
  • 7 Mai :
    • Pourpre, or, améthyste... et bleu : l'emploi et la signification de certaines couleurs à Rome : Clic ! 
  • 9 Mai :
    • Le film Caligula de Tinto Brass (1977) est disponible en DVD : Clic !  

PAGE SUIVANTE 

  • 10 Mai :
    • Où trouver quelques infos sur la condition féminine dans l'Antiquité romaine : Clic ! 
  • 11 Mai :
    • Un buste de Gordien III ? : Clic ! 
  • 13 Mai :
    • En quoi Marthe et Marie (sœurs de Lazare) seraient-elles les "égales des apôtres" ? : Clic !
  • 13 Mai :
  • 15 Mai :
    • Hypatie sans apathie ! : Clic !
  • 18 Mai :
    • Quelques précisions quant aux tableaux généalogiques figurant dans ce site : Clic !
    • Venissa (ou Genuissa) Julia, fille de Claude et reine des Bretons : Clic !
  • 18 Mai :
    • Constantin se posa-t-il en protecteur des Chrétiens de Perse ? : Clic ! 
  • 18 Mai :
    • Jules, descendant de Vénus… et de Mars ! : Clic !
  • 19 Mai :

3e PAGE

  • 19 Mai :
    • Pourquoi le grand Jules, d'ordinaire si résolu, se laissa-t-il si trucider avec un tel tatalisme ?  : Clic !
  • 20 Mai :
    • Des clowns romains en Chine ? : Clic !
    • Verre mou contre empereur inflexible… : Clic !
  • 23 Mai :
    • À la recherche d'un Tertullus, consul au Ve siècle ap. J.-C. : Clic !
    • Les "forfaits" de saint Augustin : Clic !
  • 25 Mai :
  • 30 Mai :
    • Webmaster pro Probus ? : Clic !
  • Mai 2003 :
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"EMPEREURS ROMAINS"
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1er Mai 2003

Bidzina a écrit : 

Ste Hélène est parfois dite "l'égale des apôtres".

Je voudrais connaître votre avis sur ce sujet.

RÉPONSE :

De prime abord, je pensais que l'appellation "égale des apôtres" était propre à l'Église orthodoxe. Cependant, je constate que certains sites, pourtant des plus catholiques (par exemple : Clic !), l'utilisent aussi pour qualifier la bonne sainte Hélène.

D'où provient ce titre ?

À vrai dire, je ne suis pas sûr à 100 %, mais je crois que les chrétiens orthodoxes appelèrent d'abord "isapostole", c'est-à-dire "égales aux apôtres", les Saintes Femmes qui suivaient Jésus (Marie Madeleine, Marthe, Marie-Salomé, etc). Ensuite, ce titre fut conféré un peu arbitrairement à divers saints ou saintes, sans qu'aucune règle universellement admise ne préside à son attribution. La liste de ces saints "égaux aux apôtres" est donc susceptible de varier selon les branches de l'orthodoxe. Par exemple, saint Vladimir (le premier souverain chrétien de Russie) est "isapostolos" (= égal aux apôtres) pour l'Église orthodoxe russe, mais ne l'est sans doute pas (?) pour les Églises grecque, serbe, ou roumaine… (à ce sujet, voyez ici : Clic !)

Notez également qu'à l'instar d'Hélène, sa sainte maman, l'empereur Constantin fut lui aussi gratifié de ce titre glorieux. Oui, vous avez bien lu : parce qu'il favorisa les Chrétiens et reçut le baptême in articulo mortis, le cruel Constantin, renégat, parjure, meurtrier de son fils et de son épouse, est considéré par certains comme "l'égal des apôtres" !

De tous, non… mais de Judas, peut-être bien !…

Comme dirait San Antonio : "Il a des coups de pied au culte qui se perdent !"

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2 Mai 2003

Greg a écrit : 

Mon site Web consacré au monnayage de Probus est maintenant à :

http://probvs.info

 

site probus

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4 Mai 2003

Christine a écrit : 

Je ne vois pas Caracalla dans la liste des empereurs-enfants. Il existe pourtant des pièces à son effigie à l'age de neuf ans.

Et de quoi est-il mort à 29 ans ?

RÉPONSE :

Vous avez raison, Caracalla n'est pas repris dans la courte liste des "empereurs-enfants"… Mais c'est parce que celle-ci ne prend en considération que ceux qui, dès leur plus jeune âge, "régnèrent" seuls (théoriquement s'entend) sur l'Empire romain ; et non ceux qui furent (tout aussi théoriquement) associés au pouvoir par leur empereur de père alors qu'ils étaient encore "dans les maillots de l'enfance".

Notre Caracalla par exemple.

Né le 4 avril 188, son père, l'empereur Septime Sévère, le nomma César (= empereur-adjoint) en 196 - il avait donc 8 ans -, et des monnaies furent frappées à son effigie. Le 28 janvier 198, Caracalla fut promu au rang d'Auguste (= empereur), tandis que son cadet Geta prenait sa place de César. Mais, naturellement, aucun de ces bambins, âgés respectivement de 10 et 9 ans, ne régnait réellement : tout le pouvoir restait concentré entre les mains, ô combien fermes et autoritaires - de papa Septime !

Ce ne fut que quand celui-ci mourut (en 211 ap. J.-C.) que Caracalla s'empara effectivement des rênes de l'État, d'abord avec Geta, puis seul après qu'il eut assassiné ce frère détesté (27 février 212). Il était alors âgé de près de 24 ans… un peu vieux pour être considéré comme un "empereur-enfant" !

caracalla

Quant aux circonstances - rien moins qu'"impériales" - de la mort de Caracalla, je les ai brièvement évoquées dans la notice biographique consacrée à son successeur Macrin, mais peut-être n'est-il pas inutile de compléter ce récit tiré des Histoires Hérodien, un écrivain à peu près contemporain de ces événements.

En 217, après sa campagne victorieuse contre les Parthes, Caracalla fut curieux de connaître son avenir : deviendrait-il un nouvel Alexandre le Grand, son modèle ? Mais, bien qu'il fut vaniteux, l'empereur n'en était pas moins lucide. Jugeant les mages et devins de son entourage trop serviles, il demanda à un certain Maternianus, l'un de ses plus fidèles amis, resté à Rome, de consulter anonymement les meilleurs devins d'Occident.

On ne sait si l'ami en question "consulta" réellement ou bien s'il se fit seulement l'écho de rumeurs, mais toujours est-il qu'il adressa une lettre à l'empereur où il lui enjoignait vivement d'avoir à se méfier de Macrin, son préfet du Prétoire, qui quoiqu'efféminé n'en était pas moins ambitieux : "Tu feras de vieux os et connaîtra un destin glorieux, écrivit en substance Maternianus, si tu te débarrasses au plus vite de ce Macrin qui guigne ton trône comme une hyène lorgne sur le festin du lion."

Fatalité ! quand cette lettre arriva, enliassée parmi un tas d'autres qui semblaient de peu d'intérêt, Caracalla, empereur sportif malgré sa petite taille, était tout occupé à une course de char. Estimant avoir mieux à faire que de s'occuper des affaires de l'État, il confia la liasse de correspondances à… Macrin, à charge pour lui de dépouiller tout ce fatras pour ne l'informer que de l'essentiel ! Je vous laisse à imaginer la tête du préfet du prétoire quand il lut que le complot qu'il ourdissait depuis des semaines y était décrit par le menu…

Prenons maintenant la prose d'Hérodien :

"Tombant alors sur la lettre qui le condamne à la mort, il (= Macrin) voit qu'un danger manifeste le menace. Et comme, il connaissait l'irascibilité et les penchants sanguinaires qui animaient Antoninus (= Caracalla) à la lecture de telles lettres et qu'il saisissait l'excellent prétexte que celle-là fournirait à l'Empereur, Macrin l'enlève du paquet tandis que, pour les autres, il fait savoir à Antoninus qu'elles sont ordinaires.

Il craignait cependant que Maternianus n'expédiât une seconde lettre. Il voulut donc agir plutôt que de rester dans une dangereuse expectative et élabora l'audacieux plan que voici. Il y avait un centurion, du nom de Martialis, qui appartenait à la garde personnelle d'Antoninus et le suivait partout. Macrin le fit venir (…) et le persuada de guetter une occasion favorable pour tramer un complot contre Antoninus. (…)

Or quelque temps après cette concertation, il arriva qu'Antoninus, alors à Carrhes, en Mésopotamie, voulut quitter son camp et se rendre au temple de la Lune, que la population locale entoure d'une vénération toute particulière. Ce temple se trouvait assez loin de la cité pour que sa visite nécessitât les apprêts d'un voyage. Aussi Antoninus, qui se refusait à tourmenter la totalité de l'armée, n'effectua-t-il cette visite qu'avec quelques cavaliers, afin de pouvoir revenir dès la fin du sacrifice qu'il offrirait à la déesse. Saisi, au milieu de la route, de douleurs au ventre, il invita tous ses compagnons à rester à distance et les quitta, accompagné d'un seul serviteur, pour mettre un terme aux embarras qu'il ressentait. Tous s'écartèrent donc et se tinrent le plus loin possible de lui, par respect et par bienséance. Martialis, qui guettait toutes les occasions, constata qu'Antoninus se trouvait à ce moment-là tout seul. Il court alors vers l'Empereur, comme si, d'un signe, ce dernier l'avait appelé pour l'entendre ou lui parler, le surprend tandis qu'Antoninus, le dos tourné, fait glisser ses vêtements le long de ses cuisses, et le frappe avec un poignard qu'il tenait caché dans ses mains. Le coup, porté à la clavicule, fut mortel, et Antoninus mourut à son insu, sans même pouvoir se défendre." (Hérodien, Histoire des empereurs romains de Marc Aurèle à Gordien III, livre IV, 12-13, trad. Denis ROQUES, Les Belles Lettres, coll. La roue à livres, 1990).

Voilà ce qui s'appelle mourir sur son trône !

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5 Mai 2003

Benjamin (Voir ici : Clic !) a écrit : 

Il n'y a aucun chiffre "officiel" pour les victimes de l'incendie de Rome en 64 après J.C., à combien les estimez-vous ?

Sous le règne de Gratien et de Théodose, une déferlante de répression s'est abattue sur les païens, idem pour les victimes ?

RÉPONSE :

Il est rigoureusement impossible de donner une estimation chiffrée - même approximative - du nombre de victimes de l'incendie de Rome. Tacite, le seul historien antique qui relate cette catastrophe avec un tant soi peu de détails, ne mentionne que les dégâts matériels (voir : Annales, XV, 40).

Et pour savoir combien de païens tombèrent lors des répressions ordonnées par Gratien et Théodose, il faudrait disposer de sources historiques non chrétiennes. Or, quand elles existent, celles-ci ne parlent jamais des persécutions, ni celles dirigées contre les chrétiens, ni celles dirigées contre les païens. La censure impériale veillait avec ses longs ciseaux !…

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5 Mai 2003

Philippos2003 a écrit : 

Objet : Descendant d'empereur romain.

Il y a peu de familles qui peuvent faire remonter sûrement leur généalogie jusqu'à l'Antiquité. Je connais la Maison de Bourbon qui remonte à Clovis (donc toutes les familles apparentées, royales, nobles ou non), la maison royale de Géorgie (les princes Bagration), la maison impériale japonaise (moins sûr que la généalogie soit vraiment selon le sang et non adoptive).

Cela fait quand même du monde

De toute manière nous avons tous un ancêtre qui vivait à l'époque de Cro-Magnon donc aussi aux temps des empereurs romains…

RÉPONSE :

Je ne connais pas la généalogie des rois de Géorgie, ni celle des empereurs nippons (leur premier ancêtre n'est-il pas issu du soleil et de la lune ?). En ce qui concerne la maison de Bourbon, ce dont on est sûr, c'est qu'elle descend de Robert de Clermont (1256 - 1318), dernier fils de saint Louis, et qu'elle peut donc, par celui-ci, se relier à Hugues Capet (début du Xe siècle), comte de Paris puis Duc de France. Jusque-là, c'est (à peu près) bétonné, mais cela se complique dès que l'on veut remonter plus haut ! De qui descendait le grand Hugues Capet ? D'un noble carolingien, qui serait lui-même un descendant des rois mérovingiens, et qui se pourrait se rattacher par là à Clovis ?… Ou d'un boucher parisien comme le veut une légende dont le "divin" Dante se fit l'écho ?…

Tout cela est hautement conjectural.

Pour le reste, je suis à fait d'accord avec vous. Nous avons tous un ancêtre qui vivait au temps des Romains… mais ce n'était pas nécessairement l'empereur lui-même. Et quand bien même ce le serait, personne ne pourrait jamais le prouver avec certitude !…

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5 Mai 2003

Natacha a écrit : 

Ma demande va vous paraître quelque peu étrange, mais je n'ai pas assez de documentation sur ce sujet. Voilà, je suis enseignante en latin et j'aimerais faire goûter à mes élèves un gâteau traditionnel de l'Antiquité romaine. Pourriez-vous s'il vous plaît me donner une recette qui puisse leur plaire ou me donner les références d'une documentation intéressante sur la cuisine antique romaine.

Je vous en remercie.

RÉPONSE :

Ça risque de les changer du "Macdo", votre gâteau "à la mode d'Apicius" !

Personnellement, je ne dispose pas de recettes culinaires romaines, mais j'ai trouvé sur le Net quelques sites où vous pourrez sans doute trouver ce que vous recherchez. Malheureusement, la plupart de ces textes sont en anglais… mais si vous maîtrisez moins bien la langue de Shakespeare que celle de Cicéron, nul doute qu'un de vos collègues se fera un plaisir de vous aider à traduire la recette que vous aurez choisie.

Voici donc ces pages gastronomiques (liste vérifiée et complétée le 25/01/04) :

  • perso.wanadoo.fr/o.dournes - Le pâté de roses (en latin + vocabulaire du texte) : Clic !
  • cvco.org - Latin food - Index des recettes : Clic ! - avec en particulier :
    • les Butryri crustula - Cookies au beurre : Clic !… encore que je crois savoir que les maîtres-queux romains dédaignaient superbement le beurre, et ne pâtissaient qu'à l'huile d'olive.
    • Une tarte au sésame, miel et fromage blanc : Clic !
  • mit.edu - Antique roman dishes collection : Clic ! - De nombreuses recettes, mais, à première vie, pas beaucoup de gâteaux.
  • The Roman orgy page : Clic !

 Et pour approfondir le sujet :

  • Le "De Re coquinaria" d'Apicius - Texte latin : Clic !
  • ac-orleans-tours.fr
    • Autour d'Apicius - les repas à Rome (recettes - textes latins) : Clic !
      • Liens - Banquet latin : Clic ! - Vous y trouverez aussi les références d'un livre qui, paraît-il, fait autorité en matière de cuisine romaine antique.
  • Et enfin, sur ce site, quelques liens sur la gastronomie romaine (en général) : Clic !

 J'espère que vous trouverez votre bonheur (et ferez celui de vos élèves !…) grâce à l'un ou l'autre de ces bons vieux petits plats qui, de mon côté, m'ont mis l'eau à la bouche.

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6 Mai 2003

Michel ELOY a écrit : 

(…) J'ai remarqué qu'à l'écran, quantitativement, les prisons étaient plus fréquentées (par les chrétiens évidemment) que les thermes ! D'où mon questionnement : la Mamertine, cet infâme cul de basse-fosse, n'était certainement pas l'unique lieu de détention. La logique filmique suggère que les cachots étaient souvent des dépendances des amphithéâtres, chrétiens et gladiateurs passant dans l'arène sans transition. Dans GLADIATOR, par contre, Maximus "loge" au LUDUS MAGNUS, la caserne des gladiateurs : c'est en passant de l'un à l'autre qu'il est abordé, dans la rue, par son ancien secrétaire. Avez-vous des éclairages sur d'autres lieux de relégation à Rome, outres les ergastules privées ?

Au cinéma, c'est toujours le même décor qui sert dans tous les films : vastes cellules voûtées, avec de larges grilles, des meubles de bois mal dégrossis. Mettez-y quelques soldats en uniformes du premier Empire ou coiffés du morion, et vous aurez au choix une geôle napoléonienne ou un cachot de l'Inquisition. Des légionnaires romains ? Et voilà Fabiola ou Lygie prêtes à affronter le martyre.

RÉPONSE :

Si vous avez lu (ce dont d'ailleurs je ne doute nullement) le Néropolis d'Hubert Monteilhet, vous vous souvenez probablement que cet auteur, aussi ingénieux et malicieux que généralement fort documenté, écrit quelque part (mais je n'ai pas eu le courage de rechercher exactement où) que Rome ignorait la détention préventive. C'est ainsi que Monteilhet y évoque saint Paul assigné à résidence sous le régime de la custodia militaris en attendant son procès, mais montre la belle Séléné, convaincue du meurtre de son maître, internée au vivarium d'Ostie en attendant son exécution. Et la fin du roman, c'est dans le célèbre Tullianum où il a été enfermé après sa condamnation à mort que le jeune Kæso tient compagnie à un saint Pierre quelque peu paniqué à l'idée de son imminente crucifixion…

En dehors du domaine romanesque, j'ai trouvé dans un intéressant petit livre que je viens d'acquérir un non moins intéressant petit articulet sur les prisons romaines. Le voici :

"La peine de prison est rarement prononcée à Rome contre des citoyens car, au civil, les condamnations sont pécuniaires et, au pénal, il n'y a que deux catégories de peines, la mort et l'exil. De même leur épargne-t-on généralement la prison préventive. car une fuite avant le procès est considérée comme un aveu de culpabilité : les prévenus étaient confiés a la garde de particuliers. Selon Juvénal (3, 312--314), il n'y eut longtemps qu'une prison à Rome: c'était le Tullianum ou prison Mamertine, au pied du Capitole, où furent incarcérés et exécutés Jugurtha, les complices de Catilina, Vercingétorix, et bien d'autres. Sous l'Empire, la situation semble avoir changé, mais nous n'avons en fait aucun renseignement précis ni sur la criminalité ni sur l'emprisonnement. Les prisonniers de guerre n'étaient pas incarcérés : ils étaient vendus comme esclaves ou exécutés. Il existe enfin une sorte de prison régulière, les ergastules, où l'on enferme le soir les esclaves des grandes propriétés rurales."
(in Dictionnaire de l'Antiquité grecque et romaine, article Prison, sous la direction de Jean-Paul Thuillier, Éditions Hachette, 2002).

livre thuillier

Le même petit dictionnaire précise aussi (article Justice) que "sous l'Empire, l'essentiel du pouvoir juridictionnel passe progressivement à l'Empereur, mais il le délègue, notamment aux préfets de la ville ou du prétoire". Il me semble donc probable que les prévenus étaient incarcérés tout près de l'endroit où ils allaient être jugés. À mon avis, des cellules devaient être aménagées dans les caves des bâtiments qui abritaient les préfectures du prétoire ou de la ville… N'en existe-t-il pas encore aujourd'hui au sous-sol du Palais de Justice de Bruxelles ? Mais, naturellement, je ne dispose d'aucune preuve, ni historique ni archéologique, qui me permette d'étayer cette hypothèse…

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7 Mai 2003

Maryline a écrit : 

Voilà, je me pose une question par rapport à un texte dans lequel l'auteur insiste principalement sur deux couleurs : le pourpre et le dorée.

Dans la mesure où il s'agit d'une histoire se déroulant à l'époque de Néron, pourrait-on supposer que ces deux couleurs sont symboliques du pouvoir et de la richesse ?

En fait, je me demande si les Romains avaient un "code "des couleurs, il me semble me rappeler qu'une bande de pourpre se trouvait sur certaines toges. D'autre part, il est dit dans ce texte que la couleur améthyste est interdite aux mortels et réservée aux dieux…

J'aimerais en savoir plus sur ce sujet, j'espère que vous pourrez m'éclairer sur l'emploi des couleurs dans l'Antiquité.

RÉPONSE :

Sans être un grand expert ès signification des couleurs dans l'Antiquité romaine, je crois que l'on peut effectivement affirmer que la couleur pourpre symbolisait le pouvoir, et la couleur dorée, la richesse (l'un étant souvent lié à l'autre, aussi bien dans la Rome antique que de nos jours). Le premier volume de Murena, la célèbre - et excellente - bande dessinée "des temps néroniens", s'intitule d'ailleurs La Pourpre et l'or (voir ici : Clic !)… Tout un programme !

La pourpre étant symbole de pouvoir, les sénateurs romains portaient le laticlave, c'est-à-dire une tunique ornée d'une large bande ("latus clavus") de pourpre qui courait de l'ourlet avant à l'ourlet arrière en passant par les épaules. Les chevaliers, eux, n'avaient droit qu'à l'angusticlave, tunique à bande de pourpre étroite ("angustus clavus"). Quant aux jeunes gens de naissance libre, ils portaient la toge prétexte, ourlée de pourpre, jusqu'à ce qu'ils revêtent la toge virile (uniformément blanche) le jour où, atteignant la majorité civile, ils devenaient citoyens à part entière. Cependant, la toge prétexte n'était pas strictement réservée aux jeunes gens : certains prêtres et certains magistrats la revêtaient aussi dans l'exercice de leurs fonctions. Toujours cette symbolique du pouvoir…

Pourpre aussi la cape des imperators

Suétone (Vie de Caligula, 35) rapporte que Caligula fit assassiner son cousin Ptolémée, roi de Maurétanie, uniquement parce qu'il aurait été jaloux de son beau manteau de pourpre. Mais en fait, ce n'était pas la coquetterie de l'empereur que Ptolémée avait humiliée, c'était son autorité ! Ce vêtement était réservé aux triomphateurs, et, depuis Germanicus, seul l'empereur avait droit au triomphe. En s'exhibant paré de son bel habit d'apparat, ce n'est donc pas seulement en matière d'élégance que le roi de Maurétanie se posait en rival de Caligula ; il affichait surtout ses prétentions au trône impérial ! Cependant, il est fort probable que l'éclat doré des richesses du royaume de Maurétanie (que Caligula finit par annexer à l'Empire) pesa autant sur son verdict fatal que l'éclat pourpre du beau manteau de son fastueux cousin…

Cette histoire d'allergie de Néron à la couleur améthyste se trouve dans la biographie que l'ineffable Suétone - encore lui - consacre à l'empereur-artiste (Vie de Néron, 32). Mais je vous avoue n'avoir pas réussi trouver la confirmation que le violet était "réservé aux dieux", bien qu'il me semble avoir lu cela quelque part moi aussi… mais où ?

Puisque les couleurs semblent vous intéresser, si vous avez vu l'excellent film Gladiator, vous vous souvenez peut-être que le cruel empereur Commode y apparaissait vêtu d'un superbe manteau bleu qui, s'il avait été semé de fleurs de lys, aurait fait pâlir d'envie les Roys de France le jour de leur sacre ! Le choix de cette couleur m'avait paru bizarre car je me souvenais avoir lu que les anciens Romains étaient, en quelque sorte, "aveugles au bleu". En farfouillant à la recherche d'infos pour répondre à votre courrier, j'ai retrouvé ce texte, et je vous le communique, au cas où il vous intéresserait :

"Envisagée dans la longue durée, l'histoire de la couleur bleue au sein des sociétés occidentales est celle d'un complet renversement des valeurs. Pour les peuples de l'Antiquité classique, effet, cette couleur compte peu. Or aujourd'hui le bleu est de loin la couleur préférée de tous les Européens, quel que soit leur pays d'origine. (…)

Ce qui est certain, (…) c'est que ce goût immodéré des Européens pour le bleu ne remonte nullement à « une lointaine Antiquité ». Il date du Moyen Age central, et plus précisément des XIIe -XIIIe, siècles. On peut même parler pour cette époque d'une véritable « révolution bleue ».

Dans l'Antiquité gréco-romaine, le bleu est une couleur généralement peu appréciée et dont on fait un usage modéré. Pour les Romains, par exemple, le bleu est la couleur des Barbares, notamment des Celtes et des Germains. Non seulement parce que ceux-ci ont souvent les yeux bleus - ce qui à Rome est dévalorisant - mais aussi parce que, chez plusieurs peuples de Gaule, de Bretagne et de Germanie, certains guerriers ont coutume de se peindre le corps en bleu avant de partir au combat. Pour ce faire, ils emploient de la guède, plante dont ils tirent une matière colorante leur servant à se peindre le corps et à teindre leurs vêtements. À Rome, personne ne s'habille de bleu ; ce serait extravagant. Aux dires de César et de Tacite, ce bleu un peu grisé donne à ces guerriers barbares un aspect « fantomatique » qui effraie leurs adversaires.

Le vocabulaire lui-même souligne cette méfiance ou ce désintérêt des Romains pour la couleur bleue. Dire « bleu » en latin classique n'est pas un exercice facile. Il existe certes un grand nombre de mots, mais aucun ne s'impose vraiment. Tous sont en outre polysémiques et expriment des nuances imprécises. Ainsi le mot cæruleus, le plus fréquent pour dire bleu à l'époque impériale, désigne à l'origine la couleur de la cire. Les frontières entre bleu et noir, bleu et vert, bleu et gris, bleu et violet et même bleu et jaune restent floues et perméables. Il manque au latin un ou deux termes de base qui permettraient d'asseoir solidement le champ lexical, chromatique et symbolique du bleu, comme cela se fait sans difficulté aucune pour le rouge, le vert, le blanc et le noir. Cette imprécision du lexique latin des bleus explique du reste pourquoi, quelques siècles plus tard, toutes les langues romanes seront obligées de solliciter deux mots étrangers au latin pour construire leur vocabulaire dans la gamme de cette couleur : d'un côté un mot germanique (blau), de l'autre un mot arabe (azur)…" .

(Michel PASTOUREAU, La révolution des couleurs ou le triomphe du bleu, in revue L'Histoire, N° 229 - Février 1999 - pp. 62 - 64).

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9 Mai 2003

Francis Moury a écrit : 

(...) J'écris régulièrement des critiques cinématographiques sur dvdrama.com

Je vous signale que dvdrama.com qui est le premier site français (par son audience en termes de connexions) consacré aux DVD a organisé il y a peu un concours à l'occasion de la réédition par un distributeur français en "zone 2" du film Caligula (1977) en édition "prestige" (1 DVD) et "collector" (coffret 2 DVD). (voir : ici : Clic !)

Je vous tiendrai au courant tous deux lorsque le "test" desdits coffrets sera paru sur dvdrama.com

DVD caligula

NOTE DU WEBMASTER
(1er Juillet 2003)
Les commentaires de Francis Moury sont maintenant disponibles sur dvdrama.com :
  • Caligula - Collection Prestige : Clic !
  • Caligula - Coffret Collector : Clic !

 

CALIGULA (1979)

Péplum atypique, film-culte, Caligula fut surtout un champ de bataille entre les producteurs, le scénariste et le réalisateur qui chacun voulurent tirer la couverture à soi. Il nous reste un film étrange, fascinant dans ses outrances, l'étonnante illustration d'un des ouvrages latin les plus connus du public, La Vie des Douze Césars.
Mais l'Histoire y a-t-elle gagné ?

 

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