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Mars 2003 (page 3/3)
Sommaire du mois de Mars : Clic
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| 25 Mars 2003 |
| Caroline a écrit : |
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| Je suis étudiante et
je travaille actuellement sur l'empereur Julien dans le
cadre de mon cours portant sur les religions de l'Occident
ancien.
Question : Croyez-vous que l'entreprise
de Julien était désespérée
(implantation du paganisme) car le christianisme était
déjà trop bien implanté ? S'il avait
vécu est-ce qu'il aurait eu des chances de réussir
à implanter la religion grecque malgré la
proclamation du christianisme comme religion d'État
sous Constantin ? Peut-être que le christianisme
avait déjà touché trop de gens ou
il avait touché l'aristocratie ? Bref, la ré-instauration
du paganisme grecque était peut-être déjà
mort avant Julien ?
Votre réponse serait très
appréciée. |
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| RÉPONSE : |
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| Très intéressante, votre
question ; mais pas des plus simples. Vous vous demandez
donc si Julien
aurait pu mener à bien son entreprise de rénovation
et de restauration des anciens cultes "païens" ?
C'est évidemment très subjectif : les admirateurs
de Julien répondront par l'affirmative tandis que
les historiens chrétiens démontreront la
vanité des efforts de "l'Apostat" !
Cependant, dans ce monceau d'incertitudes, de partialité,
de haines recuites ou de délires dithyrambiques,
deux faits me paraissent incontestables : la sincérité
de Julien et la frousse bleue qu'il inspira à sujets
chrétiens.
Mais essayons d'examiner cela dans l'ordre :
Quand Julien s'empara définitivement de l'Empire
(en 361), il estimait ne devoir son trône qu'à
la protection des dieux. C'était grâce à
eux qu'il avait échappé au massacre général
de sa famille. C'étaient eux qui l'avaient protégé
de la jalousie de l'empereur Constance,
des intrigues de ses courtisans, et qui l'avaient soutenu
lorsqu'il avait repoussé, au prix de durs combats,
les Barbares au-delà du Rhin, libérant ainsi
toutes les Gaules. C'est le "Génie de l'Empire"
en personne qui l'avait convaincu de revêtir la
pourpre et de se poser en rival de son impérial
cousin. Et enfin, la mort providentielle et inopinée
de Constance juste avant l'affrontement décisif
des deux prétendants au trône impérial
n'était-elle pas le signe manifeste de la protection
divine ?
Or, s'il était le protégé des dieux
(du Soleil, de Mithra, et de tous les dieux de l'Olympe),
n'était-ce pas parce que c'était lui seul,
et nul autre mortel, qui devait accomplir le grand dessein
des dieux ? N'était-ce pas lui qui devait rétablir
la grandeur de Rome (la Rome de l'empereur-philosophe
Marc
Aurèle, son modèle) et de restaurer
le culte des divinités qui avaient favorisé
l'épanouissement de la civilisation gréco-romaine
?
Julien se croyait prédestiné à accomplir
cette tâche de rénovation de la société
romaine, et il s'y attela avec tout l'enthousiasme de
l'idéaliste militant qu'il était
Mais cette société en voie de christianisation
résistait au changement. Julien avait gravement
sous-estimé l'opposition à laquelle lui
et ses projets de rénovation, structurelle autant
que religieuse, allaient être confrontés.
Les élites païennes ne soutinrent que du bout
des lèvres ses initiatives administratives, fiscales
et judiciaires, tandis que les Chrétiens sabotaient
systématiquement sa politique religieuse.
Car l'Église chrétienne semble avoir redouté
les mesures discriminatoires de Julien presque davantage
qu'une "bonne vieille" persécution bien avérée
dans le genre de celle de Dioclétien.
Il faut dire aussi qu'à cette époque, les
Chrétiens ne formaient pas encore la majorité
de la population, loin de là ! Le christianisme
était, certes, prédominant dans certaines
villes ou districts d'Orient, mais il était encore
largement inconnu dans les régions occidentales
ou septentrionales de l'Empire.
Contrairement à ce que vous écrivez, il
n'était pas encore exactement la "religion d'État"
de l'empire romain - pour cela, il faudra attendre pour
cela le règne de Théodose
et l'interdiction générale et définitive
des cultes païens (Constitution de Constantinople
du 8 novembre 392). Constantin
et ses fils s'étaient contentés de "favoriser",
parfois outrageusement, leurs coreligionnaires (souvent
des hérétiques d'ailleurs) et de mépriser
les cultes païens, mais sans pour autant imposer
de force leur religion personnelle.
À l'avènement de Julien,
l'Église n'était pas encore toute-puissante,
et les dispositions que celui qu'elle nommait haineusement
"l'Apostat" avait prises à son encontre
risquaient de compromettre gravement ce triomphe définitif
qu'elle croyait si proche. En effet, non content d'avoir
chassé les Chrétiens de l'enseignement ("en
commentant les textes des Anciens qui honoraient les dieux,
les Galiléens enseignent le contraire de ce qu'ils
croient"), l'empereur envisageait de les écarter
de toute fonction publique, qu'elle fût politique,
administrative ou judiciaire, et même de l'armée.
C'est dire que si le règne de Julien perdurait,
les Chrétiens, marginalisés dans un ghetto
intellectuel, réduits au rang de citoyens de seconde
zone, marginalisés dans tous les secteurs de la
société, risquaient de voir leurs rangs
s'éclaircir de façon drastique.
Ce n'est pas le lieu ici de narrer dans le détail
toutes les tentatives de "déstabilisation" dont
Julien fut l'objet, mais il est incontestable que, lorsqu'il
quitta Antioche pour entrer en campagne contre les Perses,
l'empereur avait perdu beaucoup de ses illusions. On était
loin du jeune "César" flamboyant qui avait écrasé
sur les Barbares au bord du Rhin ! Julien n'était
plus qu'un homme aigri, déçu par l'ingratitude
de ses sujets, doutant désormais de la faveur des
dieux, et qui était très conscient de jouer
sa dernière carte avec cette guerre hasardeuse
contre l'ennemi héréditaire perse.
Ces prémisses étant posées, nous
pouvons maintenant en venir précisément
à votre question : Julien avait-il des chances
de réussir ?
Ma réponse serait oui
s'il était
revenu vainqueur de son expédition contre les Perses.
"Pourquoi cela ?" me direz-vous.
Et bien voilà.
On ne connaît pas précisément les
buts de la campagne militaire de Julien, mais il semble
bien qu'il s'agissait pas seulement d'une simple expédition
punitive destinée à donner - une fois encore
- une leçon à ces Perses qui, depuis toujours,
contestaient à Rome l'hégémonie du
monde civilisé. Julien avait divisé son
armée en deux colonnes, l'une, sous la direction
de Procope,
devant pénétrer en territoire ennemi par
le Nord-Est, et l'autre, sous son commandement, devant
l'envahir par le Sud-Ouest. On peut donc supposer qu'il
envisageait de prendre l'armée perse en tenaille,
de l'écraser sous les murs de Ctésiphon,
la capitale des rois sassanides, et puis de foncer vers
l'Est (vers les "Sources du Soleil") afin de réaliser
le rêve de tous les grands conquérants romains
: rétablir l'empire d'Alexandre le Grand et contrôler
enfin des routes commerciales qui drainaient les richesses
fabuleuses de l'Extrême-Orient vers la Méditerranée.
| Si tels étaient bien les objectifs
de Julien (irréalistes, bien sûr, mais
l'empereur était un idéaliste et un
mystique, ne l'oublions pas), inutile de préciser
qu'en cas de réussite, il serait revenu de
cette guerre auréolé d'un prestige
plus grand qu'aucun autre empereur avant lui. Ces
victoires inouïes auraient démontré
une fois pour toutes aux "Galiléens athées"
que ses dieux, ceux qui l'avaient placé sur
le trône des Césars, ceux au nom desquels
il avait combattu, étaient les seuls "vrais",
les seuls "efficaces".
Surtout, le contrôle intégral des
grandes routes commerciales dites "de la soie" auraient
permis de mettre fin au déficit chronique
des finances romaines, de renflouer les caisses
de l'État
et de financer la coûteuse
politique intérieure de Julien. En effet,
la restauration de la grandeur romaine qu'il envisageait
passait par un soutien actif aux villes qui devaient
retrouver leur rôle de moteur de la civilisation.
Il fallait, entre autres, alléger la pression
fiscale (ce que Julien avait déjà
fait en Gaule, du temps où il n'était
que le "César" de Constance),
afin d'encourager l'évergétisme des
élites et que la désignation des citoyens
aux magistratures urbaines redevienne un honneur,
plus une malédiction. Il fallait reconstruire
les temples, payer les prêtres, rendre aux
cultes des dieux tout leur lustre d'antan
En entreprenant son expédition contre les
Perses, Julien, loin de commettre la "folie" dont
l'accusèrent ses détracteurs Chrétiens,
renouait avec la politique de conquêtes qui
avait fondé la grandeur et prospérité
de la Rome des Antonins
Mais hélas,
depuis Trajan,
les temps avaient bien changé ! |
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Après une ultime victoire "à la Pyrrhus",
Julien l'"Apostat" mourut au fin fond de la Mésopotamie,
touché mortellement par une javelot "perdu"
enfin, pas pour tout le monde ! Tout le reste n'est que
de l'histoire-fiction, n'est qu'une "uchronie", comme
on dit aujourd'hui.
Pour terminer, je voudrais citer ce texte qui résume,
bien mieux que je ne pourrais le faire, les raisons de
l'échec de Julien :
| "Le 27 juin (363) (
) Julien
fut blessé dans une escarmouche par un
javelot qui lui porta un coup mortel. Ammien relate
avec émotion l'agonie du prince ; résigné,
Julien se serait écrié : «
Hélios, tu m'as perdu ». Cette
formule ambiguë scelle le désespoir
d'un échec.
Une armée vaincue, commandée
par l'empereur chrétien Jovien, son successeur,
qui a traité avec le Perse, entame une
retraite humiliante : tous ces signes illustrent
l'échec du dernier empereur païen.
L'enthousiasme des chrétiens éclatait
sans vergogne. Dans tout l'Empire, les collaborateurs
proches de Julien furent expulsés du pouvoir,
poursuivis, contraints à l'exil. (
)
On retiendra surtout ici la polémique
chrétienne dont l'acharnement trahit une
grande peur rétrospective. Le Cappadocien
Grégoire (de Nazianze) n'avait pas
connu les angoisses de la persécution.
Pour les jeunes intellectuels chrétiens
de sa génération, dans un Empire
qui protégeait officiellement l'Église,
Julien semblait tout remettre en cause. En réalité,
son entreprise était soutenue par une équipe
dépourvue de véritable cohésion
: des théurges et des sophistes, partisans
des solutions extrêmes, des intellectuels
attachés au moins autant à un idéal
de culture qu'à des traditions religieuses.
plus conciliants et soucieux de préparer
pour l'avenir l'équilibre de la tolérance,
et enfin des politiques ralliés par calcul
ou par conviction à l'empereur. La restauration
païenne dans les grandes villes, à
Constantinople, à Antioche, ne mobilisait
pas les grandes foules et suscitait une vive résistance
de la part des chrétiens. Enfin, la géographie
de ces conflits, des émeutes païennes
ou chrétiennes, ne déborde pas au-delà
de l'Orient, la région sur laquelle Julien
exerce un contrôle direct. L'Occident, en
dehors de l'initiative de quelques administrateurs
zélés, est peu touché et
ne semble guère s'être beaucoup ému
de la politique de Julien.
En contrepartie, celle-ci heurtait de nombreux
intérêts. En particulier ceux de
la bureaucratie et de l'aristocratie palatine
qui s'étaient constituées autour
de la dynastie constantinienne et recrutaient
largement dans les milieux chrétiens ;
certes, on ne connaît pas de défection
parmi les généraux chrétiens,
mais, dans l'administration des provinces, Julien
doit compter avec la force d'inertie opposée
par nombre de bureaucrates et envisager l'exclusion
progressive des Galiléens.
Quant à l'aristocratie sénatoriale
de Rome, dans laquelle les païens sont majoritaires,
à quelques exceptions près, elle
ne se laisse guère entraîner, semble-t-il,
à accepter de bon gré l'ensemble
de la politique impériale pour la seule
raison que celle-ci apporte aussi la restauration
du paganisme. La politique monétaire du
prince, appuyée sur le bimétallisme,
sa défense des curies contre les exemptions
fiscales (dont bénéficiaient tous
les aristocrates échappant au sénat
municipal) pouvaient séduire les élites
des cités plus aisément que les
puissants personnages d'un ordre sénatorial
favorisé depuis un demi-siècle par
les Constantiniens. Dans l'Orient grec, l'appui
même des curiales (un groupe d'ailleurs
pénétré d'influences chrétiennes)
demeure fragile, car Julien ne peut faire valoir
auprès des notables municipaux le bénéfice
de mesures qui ne pouvaient porter des fruits
qu'à long terme. Aussi l'empereur ne parvint-il
pas à assurer sa politique religieuse sur
de larges bases sociales. Finalement, la tentative
de restauration païenne révèle
surtout les immenses progrès réalisés
par le christianisme depuis un demi-siècle.
Parfaitement conscient de ceux-ci, Julien a résolu
de mettre au service du paganisme revivifié
dont il rêvait ce qui faisait le succès
de la foi nouvelle, en tentant d'organiser une
Église païenne. Mais le temps lui
a manqué, et surtout il a surestimé
le rôle de l'intervention impériale,
sa capacité à remonter le courant
d'un évolution irréversible entraînant
le monde romain à la conversion."
(Jacques Flamant et Charles Pietri, L'échec
du système constantinien : Julien dit l'Apostat
(361-363), in "Histoire du Christianisme",
Vol 2 : "Naissance d'une chrétienté",
pp. 352-353 - Éditions Desclée) |
Naturellement, une politique, cela se finance, et des
ralliements, cela s'achète
Ah si seulement Julien avait eu un peu plus de temps
et beaucoup plus de sous !
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| 29 Mars 2003 |
| Valzannier a écrit : |
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| Dans le chapitre VI -6, pourquoi,
dans la soi-disant lettre envoyée au Sénat,
Gallien affirme-t-il que "tous les archers sont sous
le contrôle de Zénobie" |
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| RÉPONSE : |
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| Je ne comprends pas bien votre question.
Faites-vous allusion à cette lettre prétendument
envoyée par l'empereur Claude
le Gothique (et non par Gallien)
au Sénat et qui est cité dans l'Histoire
Auguste (Vie de Claude, VII, 2 - 5) ?
Je cite cette lettre telle qu'elle est retranscrite dans
l'édition que je possède : "L'empereur
Claude au Sénat et au peuple romain. (
)
Pères conscrits. C'est avec stupéfaction
que vous allez apprendre ce qui n'est que la vérité.
Trois cent vingt mille Barbares ont pénétré
en armes sur le territoire romain : si je parviens à
les vaincre, rendez justice à mes mérites
: si je n'y parviens pas, songez que c'est après
le règne de Gallien que je m'efforce de combattre.
L'État est complètement épuisé.
Nous avons à combattre lourds de l'héritage
de Valérien, d'Ingénuus. de Régilianus,
de Lolliamus, de Postumus, de Celsus, de mille autres
qui, par mépris envers l'empereur Gallien, se sont
rebellés contre l'État. Il ne reste plus
aujourd'hui ni boucliers, ni épées, ni javelots.
Les Gaules et les Fspagnes, sources Je la puissance de
l'État, se trouvent aux mains de Tetricus, et tous
les archers - j'ai honte de le dire - sont sous le contrôle
de Zénobie. Tout ce que nous réussirons
à accomplir sera presque un exploit." (Histoire
Auguste, Vie de Claude, VII, 2 - 5 - traduction
: André Chastagnol - Édition Robert Laffont,
Coll. Bouquins)
| La Zénobie
dont parle l'empereur Claude le Gothique est une
reine de Palmyre (ancienne ville de Syrie) qui
tenta de réunir l'Orient romain sous son
sceptre. Voulant fonder un empire sécessionniste,
elle aurait donc égoïstement accaparé
à son seul profit les ressources militaires
des provinces d'Orient ("les archers")
dont Claude aurait pourtant eu bien besoin pour
repousser la dangereuse invasion des Goths.
Notons aussi que si l'empereur "a honte"
d'avouer aux nobles Pères conscrits la
cruelle défection des forces armées
de l'Orient romain, c'est uniquement parce que
ces vaillants archers obéissent désormais
à Zénobie qui "n'est qu'une femme"
et parce que, ne lui en déplaise, Claude
n'était qu'un gros macho, tout "Gothique"
qu'il fut !
Précisons enfin que l'authenticité
de cette lettre est très très très
très discutable, l'auteur de l'Histoire
Auguste n'étant pas précisément
renommé pour son respect de la vérité
historique.
Pour plus d'infos, je vous invite à consulter
les pages suivantes de mon site :
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| Mars 2003 |
| Michel
a écrit : |
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| Nouveautés
du site Archeobel
:
- Un petit quadrans frappé à
Lyon (représentant l'autel de Lyon)
(pas facile à trouver !) avec à
l'avers la tête d'Auguste : Clic
!
- Deux nouvelles monnaies barbares de la
fin du IVe siècle.
- Une de Constantius Gallus de 1,38
gr.
Pour mémoire, Gallus
était le demi-frère du célèbre
Julien "l'Apostat". Il fut nommé "César"
(co-empereur) pour l'Orient par Constance
II (qui lui avait du même coup refilé
en mariage sa surette Constancia - et
ce n'était pas un cadeau, croyez-moi
!). Gallus résida à Antioche.
Subissant la funeste influence de son horrible
mégère d'épouse, il commit
de nombreuses exactions aussi diverses de
variées et fut finalement exécuté
sur l'ordre Constance en décembre 354
: Clic
!
- Une de Constantinopolis (pièces
commémoratives de la fondation
de Constantinople) de 0,85 gr. Normalement,
ces pièces montrent un empereur casqué
à l'avers et la victoire sur une proue
de navire au revers
Mais ici, côté
iconographie, c'est plutôt savoureux
! : Clic
!
- Sur la page relative aux divinités, (entre
autres) une oscille (oscillum) avec
une représentation de la tête de
Jupiter : Clic
! et Clic
!
Comme le mot le dit, cet oscillum devait
être suspendu et "osciller" afin de chasser
les "fascinum" ou le mauvais il. Cependant,
comme je n'ai pas appris le latin, je vous pose
la question : Ai-je bien compris toute l'affaire
? Auriez-vous une idée sur la chose ? |
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| RÉPONSE :
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Tout d'abord, figurez-vous qu'il paraît
qu'en français, un "oscillum", cela
devient une "oscille" ("Oh, comme mon oscille oscille
!" aurait pu s'offusquer une dame romaine
qui
aurait parlé français !).
Cela dit, et bien que jusqu'à la réception
de votre mail, j'ignorais totalement ce qu'était
un oscillum, je crois que votre explication est
la bonne. Voici, grosso modo, ce qu'écrit
un petit dictionnaire au sujet de ces "oscilles".
Il s'agit donc :
- De figurines humaines dont la tête seule était
bien formée. On les consacrait à Saturne
en les frottant à sa statue ou en les y suspendant
(notez cependant que même si toutes étaient
consacrées à Saturne, toutes ne représentaient
pas nécessairement ce dieu - celle que vous possédez,
par exemple, montre Jupiter). Elles étaient censées
préserver les gens de la magie, des charmes,
des enchantements et autres mauvais sorts, bref, des
"fascini" (du latin "fascinum" - un "fascinum",
des "fascini")
Mais les oscilles sont aussi :
- Des petits masques d'ivoire, qui représentaient
souvent Bacchus, et que les paysans suspendaient dans
leurs vignobles afin de protéger la vendange
(Bacchus était le dieu du vin
comme "Jupiler"
celui de la bière - si je puis me permettre cette
vieille blague belge).
Vous aviez donc vu juste.
Le même petit dictionnaire (Jean-Michel Thibaux,
Pour comprendre la Rome antique, Pocket n°
10851) signale aussi que Fascinus était un genre
de petit dieu portatif, un dieu-amulette que les enfants
portaient à leur cou et qui les protégeait
des accidents. On le plaçait aussi dans les chars
triomphaux (comme, aujourd'hui, saint Christophe dans
les autos) et son culte était confié aux
Vestales.
"Oh, mon Fascinus oscille !", aurait donc pu s'exclamer
un enfant romain
qui aurait parlé français
!
Puisque je vous tiens (si j'ose dire), je voudrais en
profiter pour vous poser une petite question que j'avais
gardée en réserve depuis le mois dernier
dans un recoin de ma mémoire alors embrumée
par un léger état grippal. Voilà
ce dont il s'agit : dans votre site, vous montrez des
pièces hybrides (voir ici : Clic
!)
J'aurais voulu savoir, si ce n'est pas abuser de votre
bon vouloir, ce que vous entendez par ce terme
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| RÉPONSE
DE MICHEL : |
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Bon, ce qui vous
tracasse, c'est donc le nom de "monnaie hybride".
Explication simple comme toujours
: la monnaie est frappée entre deux matrices. La
matrice inférieure, fixe, (pour le revers de la
pièce) ne reçoit qu'un choc amorti par le
flanc frappé. La matrice supérieure, manipulée
par le monnayeur (pour l'avers), reçoit un choc
direct du marteau, et comme, de plus, l'ouvrier ne tient
pas toujours sa matrice bien droite, cette matrice "flottante"
va donc s'user ou se briser plus rapidement que la matrice
"fixe".
Se posait alors le problème
du remplacement de cette pièce, surtout aux IIIe
et IVe siècles, période d'anarchie grandissante :
soit il n'y avait plus de "bons de commande", soit plus
de bic pour écrire sur ce bon, ou plus de papier-carbone
pour faire un duplicata
Je plaisante bien sûr
! Mais il n'en reste pas moins que des problèmes
insurmontables pouvaient se présenter dès
qu'il devenait nécessaire de remplacer cette fichue
matrice endommagée par une autre, tout aussi "officielle.
Alors - système "D" gaulois - on en faisait une
soi-même, gravée par un artiste gaulois qui,
bien évidemment, n'avait pas l'habitude de graver
de nobles têtes de romains et qui, de plus, ne savait
pas écrire. Et c'est ainsi qu'on obtenait une matrice
"barbare" flottante qui, associée à une
matrice "officielle" fixe, allait donner naissance à
une pièce hybride, moitié barbare, moitié
officielle ! (voir, par exemple, à cette page un
antoninien de Gallien où le revers est officiel
et l'avers barbare : Clic
! - ou encore, à cette page, une pièce
de Magnus Maximus où l'on a inversé les
textes : Clic
! - Vous voyez, on a le choix !)
Pour compléter ce petit
exposé sur la frappe des monnaies, je voudrais
encore ajouter ceci :
La frappe d'une monnaie est, comme
je viens de l'expliquer, exécutée à
l'aide d'une matrice fixe et d'une autre flottante (celle
tenue par le monnayeur). Ce qui est intéressant
à savoir, c'est qu'à chaque frappe, le monnayeur
tournait la matrice dans sa main d'un 1/6 ou 1/5 de tour
afin d'éviter que le coup soit toujours porté
vers le même côté, forcément
un peu incliné, à cause du mouvement de
la frappe. Cela aurait usé les matrices beaucoup
plus rapidement. C'est pour cela que l'avers et le revers
se trouvent toujours un peu (ou souvent beaucoup) décalés.
Une exception est la frappe
dite "médaille". Pour la reconnaître,
prenez une monnaie du côté avers entre le
pouce et l'index - avec l'effigie placée correctement
: cheveux en haut et menton en bas - puis faites pivoter
la pièce dans le plan horizontal
et si vous
retrouvez le revers dans la même position (avec
le personnage représenté la tête en
haut et les pieds en bas, ou le texte lisible), vous avez
affaire à une "frappe médaille".
La plupart des monnaies anciennes
ne répondent pas à ce critère, car
les revers sont à l'envers (!) ou tournés
dans l'un ou l'autre angle. Une frappe médaille
se retrouve le plus souvent parmi les belles pièces
de prestige. Notre bon vieux Cohen (voir site inumis.com
: Clic
!) parle d'ailleurs de médailles au lieu
de monnaies !
Au départ on ne prenait
en considération comme pièces valables que
celles qui étaient frappée en "médaille"
et le reste n'était que de la gnognotte. Maintenant,
bien sûr, on connaît la façon de faire
des monnayeurs antiques et le terme "frappe médaille"
n'est plus utilisé que pour caractériser
la qualité ou la beauté d'une monnaie.
Autre chose : Je vais vous paraître
ennuyeux avec mes remarques, mais je vois que vous écrivez
toujours "Julia Mammaea" avec deux "m".
Dans tous mes bouquins, on écrit toujours "Mamæa"
avec un seul "m"
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| RÉPONSE :
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Et bien voilà, grâce à
vous j'ai compris !
Et pas seulement ce que sont
ces fameuses pièces hybrides, mais aussi la façon
dont on frappait les pièces anciennes, et encore,
pour la bonne bouche, comment distinguer une "médaille"
d'une "bête" pièce.
Merci pour toutes ces infos !
Quant à notre bonne copine Julia
Mamæa (ou Mammæa),
je crois qu'on peut écrire son nom des deux manières,
mais la forme avec une seule "m" est plus répandue
(voir, par exemple, ce site : Clic
!).
Cependant (et croyez pas que je veuille avoir raison
à tout prix) j'ai quand même comme la vague
impression que la "bonne" orthographe, c'est celle que
j'ai adoptée, celle avec deux "m", comme dans "mammouth".
"Pourquoi cela ?", me demanderez-vous.
Et bien voilà :
Si l'on a donné à cette Julie le surnom
de "Mammaea" c'est sans doute parce que le Bon
Dieu avait été plus gentil avec elle qu'avec
la Valentine de la chanson de Maurice Chevalier (vous
vous souvenez : celle qui "avait de tout petits tétons,
Valentine, Valentine"). Notre Julia, elle, des "mammae"
(les tétons latins), elle en avait de fameux !
| Seulement, vous comprenez bien que,
quand elle devint la très autoritaire et
très respectable impératrice que l'on
sait, elle n'allait quand même pas permettre
que l'on frappât des monnaies à son
effigie qui auraient rappelé à tout
venant que, dans son patelin natal d'Émèse
(en Syrie), elle était un peu la "Lolo Ferrari"
du coin. Question image de marque, il y avait mieux
! On rabota donc un "m" de son surnom, et Julia
Mammæa, Julia "la Poitrinaire", Julia
"la Mamelue", devint ainsi Julia Mamæa,
c'est-à-dire quelque chose qui évoquait
vaguement sa glorieuse maternitématernité.
Elle serait désormais Julie "la Mère"
(de Sévère
Alexandre ou des armées), Julie "la Maternelle"
par excellence
Évidemment, ça changeait tout
Ce n'est bien sûr qu'une supposition de ma
part, mais c'est possible. D'ailleurs certains écrivains
modernes se refusent encore de traduire précisément
ce mammaea. J'ai devant moi un petit livre
où l'auteur voudrait nous faire croire que
Julia Mammaea, c'est "Julie la Mafflue",
c'est-à-dire "qui a d'énormes bajoues"
! Bien sûr, ce n'est pas vrai : en latin,
les joues, ça se dit "malae", pas
"mammae"
Grosse différence anatomique,
même si ladite Julie avait les seins hauts
perchés ! |
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Vous trouverez aussi une graphie avec deux "m" chez ces
historiens français qui ont fâcheuse manie
de "franciser" à tout va les noms des personnages
historiques : sous leur plume, Julia Mammaea devient Julie
Mammée.
Une traduction fort amusante pour nous, Wallons, car
en patois liégeois, Julie Mammée,
cela signifie quelque chose comme "Julie la Douce"
ce qui ne cadre pas réellement avec ce que l'on
sait de ce personnage ! |
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