|
Mars 2003 (page 2/3)
Sommaire du mois de Mars : Clic
!
|
| |
| 11 Mars 2003 |
| Sandra a écrit : |
| |
| Je suis à la recherche
d'une illustration de la couronne de laurier de César
et si possible la signification de cette couronne |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| À la page que le site wildwinds.com consacre
au monnayage de Jules César (Clic
!), vous trouverez de nombreuses images de monnaies
où le dictateur est représenté le
front (dégarni) ceint de sa fameuse couronne
de laurier (par exemple : Clic
! ou Clic
!, mais il y en a bien d'autres).
Quant à la signification de cette couronne
de laurier, elle est assez simple. Le laurier étant
l'arbre d'Apollon, le dieu des arts et des sports, le
dieu de la Lumière, de la victoire du Soleil contre
les Ténèbres, du Bien contre le Mal. Il
était donc tout naturel d'attribuer des couronnes
de laurier à tous les vainqueurs - ceux des Jeux
olympiques ou des joutes artistiques -, et, aussi naturellement
aux généraux romains à qui étaient
accordés les honneurs de Triomphe. En exterminant
les ennemis de Rome, n'avaient-ils pas, à l'instar
d'Apollon, vaincu les forces des Ténèbres
- l'Axe du Mal dirait notre ami Bush ?
Comme vous voyez, il n'y a pas grand-chose de nouveau
sous le soleil ! |
| |
| |
|
| |
| 14 Mars 2003 |
| Maryline
a écrit : |
| |
| Dans quels textes,
chez quels auteurs, puis-je trouver une description
de Poppée, de son caractère, de sa relation
avec Néron ?
J'ai trouvé une référence
chez Suétone, ainsi que chez Tacite, mais il n'y
a pas assez de détails à mon goût. |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Malheureusement le cas de Poppée
est similaire à bien d'autres personnages du règne
de Néron (Pétrone, Tigellin, Acté
)
: les auteurs antiques sont beaucoup moins prolixes à
leur sujet que l'on ne l'imagine communément. Les
films nous les ont montrés comme s'ils étaient
encore vivants, les romans nous ont décrit par
le menu toutes leurs intrigues, jusqu'aux moindres ressorts
psychologiques de leurs actions, mais tout cela n'est
le plus souvent que le fruit de l'imagination des écrivains
et des scénaristes. Et quand se replonge dans les
textes antiques, on est tout étonné de constater
qu'en réalité, la grande histoire ne sait
rien - ou presque - de ces personnages que l'on croyait
pourtant si "accessibles".
Heureusement donc qu'il existe d'excellents historiens
pour tirer la quintessence de cette maigre documentation
! Ainsi, par exemple Eugen Cizek qui, dans son non moins
excellent livre sur Néron (Éditions Arthème
Fayard, 1982), exploite au mieux les sources antiques,
souvent laconiques (sinon lacunaires) pour nous tracer
un portait aussi réaliste - et aussi détaillé
- que possible de celle jolie Poppée
qui fut la seconde épouse de Néron.
Mais avant d'aborder le caractère, la psychologie
de la belle impératrice, voici quelques éléments
purement biographiques, tirés eux aussi du Néron
de Cizek, mais que je me suis permis de résumer
quelque peu :
| 
|
Un peu plus âgée que
Néron, Poppée était la file
de Titus Ollius, un sénateur, ancien ami
de Séjan,
exécuté lors de l'épuration
qui suivit la chute du puissant préfet de
Tibère.
Sabina Poppæa, comme elle s'appelait
désormais d'après le nom de son aïeul
maternel, haïssait donc Agrippine
puisque sa famille était l'ennemie "héréditaire"
de celle de Germanicus
Elle épousa d'abord Rufrius Crispinus, un
chevalier romain ancien préfet du prétoire,
mais en divorça pour convoler en secondes
noces avec Othon,
un des principaux favoris de Néron. Elle
fut alors admise à la cour, où elle
séduisit très vite le Princeps encore
à peine sorti de l'adolescence
à
moins qu'Othon ne lui ait bien "vendu" sa jeune
et jolie épouse. Quoi qu'il en soit, le mari
de la nouvelle favorite impériale fut bien
vite envoyé gouverner les Lusitaniens (pour
plus de détails sur cette affaire, voyez
ici : Clic
!)
Néron attendit l'année 62 pour épouser
Poppée, douze jours après avoir divorcé
d'Octavie
(Suétone., Vie
de Néron, 35,
5). L'amour de l'empereur pour sa jolie impératrice
toute neuve ne cessa de grandir. Pline l'Ancien
(Histoires naturelles, 37, 50) prétend
même qu'il lui écrivit un poème
où il chantait ses cheveux d'ambre. Autre
preuve de cet amour fou : Poppée reçut
officiellement le titre d'Augusta en 63 (alors qu'Octave
n'avait jamais reçu cet honneur). De plus
des monnaies furent frappées à son
effigie (pour le monnayage de Poppée, voir
ici : Clic !). |
Et pour en venir à cet aspect psychologique qui
vous intéresse plus particulièrement chez
Poppée, voici ce qu'Eugen Cizek écrit :
| "Poppée était
intelligente, spirituelle mais sans scrupules,
et d'une exceptionnelle beauté dont elle
prenait tout particulièrement soin. Elle
avait même inventé une pommade spéciale
pour entretenir son teint et, devenue impératrice,
elle se baignait dans le lait de cinq cents ânesses
(Juvénal, Satires, 6, 462 ; Tacite,
Annales, 13 : 45, 1-7 ; Dion Cassius,
62, 28) (
)
Le crédit dont jouit Poppée
à la cour, avant comme après son
mariage, fut loin d'être négligeable.
(
) Poppée n'était néanmoins
ni Messaline ni Agrippine: Jamais elle ne joua
un rôle politique comparable au leur sous
Claude. Néron se laissant assez peu guider
par les femmes, son influence fut moindre et se
limita à encourager le prince dans la voie
de la répression lorsqu'il s'agissait de
sévir. Présente à ses côtés
pour châtier les factieux de la conjuration
de Pison, elle le fut également quand Néron
prit la décision d'éliminer Sénèque.
Rapportant cette scène, Tacite ne manque
pas de rappeler qu'elle et Tigellin étaient
les « conseillers intimes du prince dans
ces cruautés » (Annales, 15
: 61, 4).
| Peu influente politiquement,
Poppée en revanche brillait à
la cour par son intelligence et sa beauté.
Elle partageait le goût du faste et
de l'Orient de Néron et encourageait
son hellénisme. Tout comme son ancien
mari, Othon, elle était passionnée
d'astrologie et fascinée par le culte
de la déesse Isis. Sans être
pour autant une adepte du mosaïsme,
elle protégea les Juifs, parmi lesquels
elle comptait nombre d'amis. Flavius Josèphe
la disait « pieuse », autrement
dit très favorable au judaïsme
(Antiquités Judaïques, 20
: 8, 11). Sans doute est-ce exagéré.
Poppée était surtout philorientale
et les Juifs, par leur dynamisme mais aussi
par l'attrait qu'exerçait leur étonnante
religion, jouaient un rôle important
en Orient et à Rome. Les funérailles
qu'on réserva à l'impératrice
comportaient des rites orientaux qui indignèrent
les vieux Romains, rites sans doute davantage
égyptiens que judaïques (Tacite,
Annales, 16 : 6, 2). Comme Néron
et même plus que lui, Poppée
semble d'ailleurs avoir penché pour
une synthèse de ces deux religions
en rivalité de par leur égal
rayonnement en Orient (
)
Au mois de janvier 63, Poppée
mit au monde une fille, Claudia Augusta,
qui mourra, comme l'on sait, au bout de
quatre mois (M. Smallwood, n' 24,
se référant aux Actes
des Arvales, et Tacite. Annales,
15 :23 ; Suétone, Néron,
35, 6). La naissance de l'enfant donna
lieu à de magnifiques fêtes.
Après sa mort, des temples lui furent
élevés, des prêtres
furent attachés à son culte
et on lui rendit les honneurs divins. |
|
L'année suivante, probablement durant
l'été et après les jeux néroniens,
Poppée, de nouveau enceinte, meurt à
son tour. A-t-elle été, comme le
suggère Tacite, « victime d'un
emportement de son époux » et du
« violent coup de pied » qu'il lui
aurait donné ? Si c'est le cas, nous ne
pensons pas que ce fut volontaire de la part de
Néron. Sans doute l'impératrice
mourut-elle en fait des suites d'un malheureux
accident survenu pendant sa grossesse. Le prince
resta d'ailleurs fidèle à sa mémoire
et continua de l'aimer. Ses obsèques furent
somptueuses, Néron y prononça une
vibrante oraison funèbre et organisa l'apothéose
de cette singulière femme (Tacite,
Annales, 16 : 6 ; Suétone, Néron,
35, 5 ; Dion Cassius, 62 : 26-28 ; 63 :
9, 5).
Malgré les efforts des historiens pour
cerner sa personnalité, l'étrange
Poppée conserve de nos jours encore son
mystère."
(Eugen Cizek, Néron, librairie
Arthème Fayard, 1982). |
Un mystère
on ne peut mieux dire ! |
| |
| |
|
| |
| 17 Mars 2003 |
| Solio
a écrit : |
| |
| Je cherche de la documentation
sur FAUSTINA senior.
Je n arrive pas à en trouver.
Pouvez-vous m aider ? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Je dois avouer que je n'ai pas effectué de
recherches fort approfondies à ce sujet, mais je
ne pense pas qu'il existe grand-chose sur le Net concernant
Faustine l'Ancienne, la digne épouse du
non moins digne empereur Antonin
le Pieux. Il faut aussi dire que, faute de sources
historiques contemporaines, les impératrices romaines
du IIe siècle sont assez mal connues
Et en
particulier cette Faustine, flanquée qu'elle était
de Antonin de mari, personnage presque falot à
force d'être si "politiquement correct" !
Voici donc à peu près tout ce que l'on
sait d'elle :
Comme vous le verrez en consultant le tableau généalogique
de la dynastie dite "des Antonins" (voir ici : Clic
!), Faustine l'Aînée était
la nièce de l'impératrice Sabine (épouse
d'Hadrien).
De son mariage avec Antonin naquit (au moins) une file
: Faustine la Jeune, qui épousa Marc
Aurèle, l'empereur-philosophe.
Il faut croire qu'Antonin le Pieux aimait beaucoup sa
Faustine car, dès qu'il devint empereur (après
la mort d'Hadrien qui était devenu son père
adoptif), il lui accorda le titre d'Augusta (=
impératrice sacrée) et fit frapper de nombreuses
monnaies à son effigie.
| 
|
Faustine dut aussi être fort
aimée de son peuple car elle se serait beaucoup
"investie dans l'humanitaire" (comme on dit aujourd'hui).
Elle aurait en particulier institué un fonds
destiné à venir en aide (nourriture,
éducation) à de pauvres jeunes filles
romaines. L'on appellera d'ailleurs ces malheureuses
donzelles les "Filles de Faustine" (en latin Puellae
Faustinianae).
"Ce sont les meilleures qui s'en vont les premières"...
L'impératrice Faustine l'Ancienne mourut
dès la troisième année du règne
de son époux (en 140 ou 141 ap. J.-C.). L'empereur,
le Sénat et le peuple romains la pleurèrent
et, reconnaissants, lui accordèrent aussitôt
les honneurs de l'Apothéose. Elle
fut donc mise au rang des divinités et, pour
confirmer son nouveau statut, on érigea un
temple en son honneur (qui devint plus tard le "Temple
d'Antonin et de Faustine", et dont on peut encore
admirer la façade aujourd'hui - voir sur
le site "Maquette de Rome" : Clic
!). Le Sénat et l'empereur honorèrent
encore en organisant des jeux du cirque à
sa mémoire et en ordonnant que son image
soit exposée lors de tous les jeux qui suivraient.
L'Histoire
Auguste, prétend même que le
Sénat proposa de donner au mois de septembre
les noms de Faustine et d'Antonin, mais que l'empereur,
modeste (cela va de soi - il avait toutes les qualités,
cet Antonin !), refusa cet honneur
Cependant,
il ne faut pas toujours croire sur parole l'Histoire
Auguste, un recueil de biographies assez tardif
(fin du IVe siècle au bas mot) et souvent
très fantaisiste !
Si les monnaies frappées à l'effigie
de Faustine vous intéressent - et si vous
lisez l'anglais - vous trouverez sans doute d'utiles
renseignements dans cette courte notice que l'excellent
site "The Throne of the Cæsars" lui consacre
(Clic
!). Voyez également cette page du
site wilwinds.com
où vous trouverez de nombreuses représentations
de ces forts jolies pièces . Clic !
|
|
| |
| |
|
| |
| 19 Mars 2003 |
| Anne a écrit : |
| |
| Je voudrais savoir quels
sont les principaux traits de caractère d'Hadrien.
|
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| En farfouillant un peu dans mes archives, j'ai déniché
ce petit texte qui parle d'Hadrien,
et plus précisément de son caractère.
Je te le soumets donc :
| "Intellectuellement Hadrien
était un homme supérieur. Doué
d'une mémoire prodigieuse, il se rappelait
les noms des gens qu'il n'avait vus qu'une fois,
pouvait réciter les livres qu'il venait
de lire et connaissait les comptes publics dans
leurs détails. Il savait tout, ou croyait
tout savoir, la poésie et la littérature,
l'arithmétique et la géométrie,
la peinture, la musique et le chant, l'architecture
et l'art de la guerre. Ses dons étaient
servis par une résistance physique peu
commune et par une facilité de travail
qui lui permettait de lire, de dicter et de discuter
en même temps. Épris d'hellénisme,
attiré par la beauté et le mystère,
curieux de tout et sans préjugé,
il était aussi prompt à réaliser
que hardi dans ses conceptions. Au total, si son
goût est parfois jugé contestable,
sa puissante personnalité et la diversité
de ses talents séduisent les Modernes.
| Son caractère ne
valait pas son intelligence et les contemporains
n'ont pas aimé Hadrien. Son ambition
était extrême autant qu'habile,
et il est hors de doute qu'il a intrigué
auprès de Trajan. Il ne pouvait pas
supporter l'idée qu'on lui fût
supérieur, qu'il s'agisse de grammaire,
d'architecture ou d'échange de cadeaux.
Généreux pour les petits,
il était porté à la
jalousie et, comme il était capable
de cruauté (ainsi qu'on le soupçonnait
et que l'ont révélé
ses dernières années), sa
fréquentation était dangereuse.
De plus sa curiosité l'incitait à
percer les secrets d'autrui, sa versatilité
lui faisait détester rapidement ceux
qu'il avait aimés et son égoïsme
lui épargnait les devoirs de la reconnaissance.
Ses qualités et ses défauts
ne pouvaient le mettre à la remorque
: au besoin, il aurait pris une position
contraire plutôt que de s'en tenir
à des idées reçues
ou suggérées. (
)
Partout on trouve la trace de son intelligence
organisatrice et généreuse
(
) Et tout cela en jouissant de la
vie, car il était homme de plaisir,
aimant la chasse avec passion, les raffinements
de la sobriété comme ceux
du luxe, et son bel Antinoüs. Plus
capable d'affronter le danger et la mort
que la souffrance et le déclin, il
eut une fin difficile (
) : on eut
du mal à empêcher son suicide.
En somme, un homme de génie doué
d'un caractère difficile et un grand
empereur mal apprécié".
(Jean-Marie Engel, L'Empire romain,
PUF, Coll. Que sais-je, n° 1536). |
|
|
Hadrien
était donc un surdoué, doté d'une
mémoire prodigieuse ainsi que d'une stupéfiante
puissance de travail. Tout cela doublé d'un esthète,
non seulement ami de l'art grec, mais curieux de tout.
Revers de cette médaille, ce prodige très
conscient de sa supériorité intellectuelle,
pouvait se montrer prétentieux, voire pédant.
Il supportait mal la concurrence d'autres personnes de
talent. Généreux de nature, il abhorrait
l'ingratitude (sauf la sienne) et la châtiait avec
une rigueur. Son insatiable curiosité pouvait se
transformer en indiscrétion malsaine et suspicieuse.
Il aimait les plaisirs de la vie, se montrant aussi curieux
dans ce domaine que dans tous les autres.
Il n'y a qu'un point de ce portrait sur lequel je me
permettrais de mettre un bémol.
Jean-Marie Engel dit qu'Hadrien "était capable
de cruauté"
. Outre le fait, que, finalement,
absolument tout le monde en est un jour ou l'autre "capable",
de cruauté, il n'est pas sûr qu'Hadrien (même
à la fin de sa vie) se soit montré plus
"cruel" que d'autres empereurs, même ceux
qui sont réputés "bons"
En
fait, cette réputation vient du fait que, dans
les dernières années du règne d'Hadrien,
alors que sa santé déclinait, l'opposition
sénatoriale releva la tête. L'empereur réagit
vigoureusement à cette menace en décapitant
(au propre comme au figuré) ce mouvement réactionnaire
qui menaçait ses projets successoraux, et, partant,
la stabilité future de l'empire.
Mais, malheureusement, l'autobiographie originale d'Hadrien
étant perdue (il ne reste plus que celle reconstituée
par Marguerite Yourcenar), nous ne connaissons plus l'histoire
de sa vie que par les récits d'historiens antiques
qui, tous, sont favorables au Sénat et qui, partiaux,
estimèrent qu'Hadrien avait agi "cruellement"
en abattant quelques têtes qui complotaient contre
lui.
Fallait-il pour leur plaire que lui et ses successeurs
putatifs "tendent l'autre joue" et se laissent tuer comme
agneaux à l'abattoir ? (Je ne sais pas si tu as
vu ce lien, mais j'évoque déjà un
peu cette question dans cette page de mon site : Clic !).
|
| |
| |
|
| |
| 19 Mars 2003 |
| Ben a écrit : |
| |
| Aucun site (même le vôtre
!) n'a pu satisfaire ma curiosité sur un point,
alors peut-être pourrez-vous m'éclairer
Voilà, l'homosexualité masculine,
comme chacun le sait, était monnaie courante chez
les Romains, et l'arrivée du christianisme
a inévitablement sonné le glas de
la liberté des murs. J'aimerais savoir quelles
en ont été les répercussions concrètes,
mais aussi connaître les dates, les lois et les
décrets relatifs à ce changement, et aussi
le nom des empereurs qui les ont promulgués. Merci
! |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| J'ai déjà eu l'occasion de parler d'homosexualité
dans mon site, en particulier de celle de Jules César
(Clic
!), ou de celle de Marc Aurèle (Clic
!). En outre, dans la toute nouvelle page consacrée
à l'hypothétique appartenance de Philippe
l'Arabe à la religion chrétienne (Clic
!), j'évoque également - on se rapproche
de ce qui vous intéresse - son décret interdisant
la prostitution masculine et dans lequel certains voient
peut-être le souci de cet empereur d'instaurer de
"bonne murs" chrétiennes à Rome. Mais,
naturellement, même si ces réponses fournissent
quelques renseignements sur la perception de l'homosexualité
dans l'Antiquité romaine, elles ne résolvent
pas le problème qui vous préoccupe
En réalité, ce qui est compliqué
dans cette histoire, ce n'est pas de tellement savoir
quand l'homosexualité fut interdite par le pouvoir
impérial. Pour cela, quelques lignes en fin de
ce mail suffiront. La question la plus controversée
consiste à se demander dans quelle mesure, et sous
quelles conditions l'homosexualité était
tolérée dans l'Antiquité romaine.
Nous ne pourrons certainement pas résoudre ici
ce problème complexe, mais on peut au moins essayer
de décrire en quelques mots les positions, radicalement
antagonistes, des "païens" et des Chrétiens
face à l'homosexualité.
Vous écrivez que "l'homosexualité était
monnaie courante chez les Romains". Vous avez raison,
et d'ailleurs, les auteurs antiques parlent beaucoup.
Mais il ne faut pas croire pour autant que, dans l'Antiquité,
toutes les formes d'homosexualité (masculine uniquement,
car les textes antiques ignorent superbement l'homosexualité
féminine) étaient tolérées,
que ce soit moralement ou légalement.
Tout d'abord, la vieille loi Scantilla, qui datait
de 149 av. J.-C. et qui protégeait les adolescents
de naissance libre des concupiscences sexuelles adultes,
resta en vigueur sous l'Empire (elle fut même réactualisée
par Auguste). C'est vous dire que s'il avait vécu
à Rome, le philosophe Socrate aurait fait une carrière
encore moins longue qu'à Athènes !
Cependant, malgré son apparence "morale" cette
loi visait moins à protéger l'intégrité
physique ou psychologique des purs jeunes gens qu'à
empêcher qu'un citoyen romain ne soit traité
comme un esclave. Car, bien sûr, avec les esclaves,
tout était permis
si du moins le citoyen
restait le partenaire actif !
En effet, comme l'écrit le célèbre
historien Paul Veyne : "Un mépris colossal accablait
(
) l'adulte mâle et libre qui était
homophile passif ou, comme on disait « impudicus
» (tel est le sens méconnu de ce mot).
Cette société ne passait pas son temps à
se demander si les gens étaient homosexuels ou
pas ; mais elle prêtait une attention démesurée
à d'infimes détails de toilette, de prononciation,
de gestes, de démarche, pour poursuivre de son
mépris ceux qui trahissaient un manque de virilité,
quels que fussent leurs goûts sexuels. On aurait
tort de regarder l'Antiquité comme un paradis de
la non-répression et de s'imaginer qu'elle n'avait
pas de principes ; simplement ses principes nous semblent
ahurissants, ce qui devrait nous faire soupçonner
que nos propres convictions ne valent pas mieux".
(Paul Veyne, Rome, une société d'hommes
- in revue L'Histoire n° 221, mai 1998,
p. 37).
On ne peut mieux dire en peu de mots !
Mais la religion chrétienne, quant elle, rejetait
catégoriquement toute forme d'homosexualité
masculine. Elle avait repris à son compte les interdits
mosaïques : "Quand un homme couche avec un homme
comme on couche avec une femme, ce qu'ils ont fait tous
les deux est une abomination ; ils seront mis à
mort, que leur sang retombe sur eux" (Lévitique,
20 : 13). Ou encore : "Tu ne coucheras pas avec un
homme comme on couche avec une femme ; ce serait une abomination"
(Lévitique, 18 : 22).
En outre, et comme si cela ne suffisait pas, le bon "apôtre
des Gentils" saint Paul en avait remis une couche ! Selon
lui, les chrétiens qui se livrent à des
actes contre nature sont absolument indignes du Royaume
des Cieux (I Cor, 6 : 9). Quant aux païens
qui ont "remplacé la majesté du Dieu
incorruptible par des images représentant l'homme
corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des
reptiles", et bien, le bon Dieu les punit "en les
livrant à l'impureté au gré des convoitises
de leur cur". C'est-à-dire que, pendant
que leurs femmes changent "l'usage naturel en un autre
qui est contre nature", ces maudits païens, dépravés
comme pas un, entretiennent "d'homme à homme
des relations infâmes, et reçoivent en leur
corps un salaire digne de leur égarement"
Et en punition de telles abominations, ils connaîtront
le jugement de Dieu qui "déclare dignes de mort
ceux qui accomplissent de tels actes". (Romains,
I : 23-32).
Comme je dis toujours en ces cas-là : "Doux Jésus
!"
Bon, heureusement, à l'époque du bon saint
Paul, les Chrétiens n'étaient pas encore
assez influents pour anticiper le (présumé)
jugement de Dieu et expédier au bûcher tous
les homos, sodomites et autres "pauvres bougres". Et quand
ils commencèrent à le devenir, à
l'époque de Constantin,
ils n'osèrent pas, de but en blanc, imposer cette
morale judéo-chrétienne radicale : il leur
fallait d'abord s'organiser, asseoir leur puissance, bref,
ménager encore les susceptibilités païennes.
À ma connaissance, la première condamnation
officielle de l'homosexualité par l'Église
chrétienne fut prononcée par le concile
d'Elvire (Espagne) en 306. Elle était encore très
modérée puisque, reprenant les termes de
la vieille loi Scantilla, elle se bornait à
exclure de la communion chrétienne "tout homme
qui souillait un jeune garçon".
Ce n'est qu'à la fin du IVe siècle (en
390 pour être précis) que l'empereur très
chrétien Théodose
le Grand promulgua l'édit qui vouait tous les
homosexuels à la mort par les flammes (Cod.Theod.
IX. 7). Cet édit sera repris, expliqué et
amplifié par dans les codes de l'empereur byzantin
Justinien. Vous trouverez ces textes à cette page
(Clic
!)
mais seulement en traduction anglaise.
De mon côté, je n'ose risquer une traduction
française car mon anglais est un peu "court" pour
ces textes juridiques. Mille excuses ! |
| |
| |
|
| |
| 20 Mars 2003 |
| Ramaille
a écrit : |
| |
| Je me demandais : pour quelles
raisons objectives "Pontifex Maximus" aurait-il
laissé son pouvoir au pape de l'église romaine
? D'autant qu'il me semble après avoir lu vos pages,
que l'autorité de "Pontifex maximus" n'était
pas remise en cause, mais qu'au contraire, les différents
schismes chrétiens recherchaient son arbitrage. |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Je me serai donc mal exprimé
En fait, le Pontifex Maximus, c'est-à-dire
le "Prêtre suprême", était, à
l'origine, le magistrat (élu) chargé de
veiller à ce que le culte de la religion officielle
romaine (païenne, bien sûr - rien à
voir avec l'Église chrétienne !) soit accompli
conformément aux rites prescrits. Dans l'esprit
des Romains, seule cette conformité minutieuse
garantissait la bienveillance des dieux envers Rome. Ce
Pontifex maximus romain, simple fonctionnaire,
ne devait pas nécessairement "avoir la foi". Du
moment qu'il faisait correctement son boulot et veillait
scrupuleusement à ne pas susciter l'ire des dieux
en laissant les cérémonies se dégénérer
en n'importe quoi, notre Pontifex maximus pouvait
penser, par exemple, que Jupiter Capitolin, Junon, Vesta
et tout le toutim, tout cela n'était qu'une vaste
arnaque, et même proclamer ses opinions irréligieuses
à tout venant sur le Forum ; tout le monde s'en
fichait éperdument.
Jules
César, puis, après lui, tous les empereurs
romains exerceront cette charge qui représentera
ainsi la composante religieuse de leur pouvoir absolu
- l'empereur romain étant aussi, d'autre part,
commandant en chef des forces armées (Imperator),
président du Sénat (Princeps), représentant
suprême et inviolable du peuple romain (Tribunus
plebis), et juge suprême (Censor).
Ce fut l'empereur chrétien Gratien
(367 - 383) qui renonça au titre de Pontifex
maximus, mais sans le transmettre pour autant à
l'évêque de Rome
Comme je vous le signalais
dans notre dernière correspondance (Clic
!), cela c'est de la pure fiction ! Bien sûr,
les papes reprendront ce titre, mais bien après
la chute de l'Empire romain. Je crois qu'ils ne se nommeront
ainsi que vers la fin du Moyen Age ou au début
de la Renaissance (XVe - XVIe siècle) ; avant cela,
ils se désigneront plutôt comme "Consul
du Christ", "Vicaire de Dieu" ou "Serviteur
des Serviteurs de Dieu".
Pour le reste, vous avez raison : dès la fin du
IIIe siècle, l'évêque de Rome (que
l'on appellera bientôt le "pape", mais qui ne porte
pas encore à cette époque le titre de Pontifex
maximus des Chrétiens) bénéficia
d'un grand prestige, et les évêques d'autres
provinces de l'Empire romain - ainsi que les empereurs,
quand ils furent devenus chrétiens - leurs demandèrent
bien souvent d'arbitrer des conflits dogmatiques
Mais les empereurs romains ne leur laissèrent pas
pour autant la moindre parcelle de leur pouvoir, ni leur
pouvoir temporel sur Rome et son Empire, qui avait été
"pris d'assaut" par les Barbares, ni leur pouvoir spirituel
de "Pontifex maximus", qui s'était littéralement
évaporé à mesure que le christianisme
triomphait. |
| |
| |
|
| |
| 25 Mars 2003 |
| Annie a écrit : |
| |
| Je ne parviens
pas à traduire cette inscription gravée
sur la plaque d'un esclave :
TENEMEQUI
AFVCIETREBOC
AMEINBIALATA
ADGEMELLIN
VMEDICV
Pourriez-vous m'éclairer
? Je vous en remercie vivement par avance. |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Malheureusement, la traduction d'une telle inscription
dépasse largement mes très faibles compétences
épigraphiques. Je vais donc soumettre ce texte
à la sagacité des internautes via les pages
"Courrier" de mon site, et, le cas échéant,
je ne manquerai de vous informer des renseignements qui
me seraient communiqués. |
| |
| |
|
|