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Février 2003 (page 2/3)

Sommaire du mois de Février : Clic !

12 Février 2003 :

Michèle a écrit : 

Je voudrais savoir comment les riches romains recevaient leurs hôtes de marque (accueil, repas, animation) sous l'Empire.

RÉPONSE :

La vie quotidienne des anciens Romains n'étant pas spécifiquement l'objet d'étude de mon site internet, je ne dispose malheureusement que d'assez peu de documentation sur les arts de la table dans la Rome antique.

Dans cette ancienne réponse à un internaute (Clic !) j'indique quelques liens relatifs à la gastronomie romaine… Peut-être y trouveras-tu l'un ou l'autre renseignement susceptible de t'intéresser. Mais en qui concerne plus précisément l'organisation des repas de fête chez les riches Romains, je n'ai trouvé d'autres renseignements que ceux fournis par Jérôme Carcopino dans son excellent petit bouquin La Vie quotidienne à Rome à l'Apogée de l'Empire (Librairie Hachette 1939 - Livre de Poche n° 5800). Ce texte traite de la cena, repas principal des anciens Romains. Il y est bien question, de ces intermèdes qui t'intéressent particulièrement, mais seulement "en passant".

Le problème, c'est que ce texte est un peu long (17 pages) et un fifrelin trop moralisateur à mon goût (sans compter quelques remarques quelque peu désobligeantes pour nos amis Arabes). Alors, me suis permis - les mânes du grand Carcopino me le pardonnent !- de condenser ces pages - au demeurant fort intéressantes. Voici ce résumé (au demeurant encore assez copieux) :

La cena

À Rome, le petit-déjeuner (jentaculum) et le déjeuner (prandium) n'étaient guère que des repas froids, pris sur le pouce. Le seul repas digne de ce nom c'était le dîner du soir : la cena. Ainsi, lorsqu'on évoque la mémoire de Vitellius et de ses pareils, on serait tenté de croire que les Romains passaient leur vie à table. Au contraire, si l'on regarde de plus près la réalité, on s'aperçoit que, pour la plupart, ils ne se mettaient à table que leur journée finie. On se les représentait comme d'insatiables gloutons, et l'on constate que, du matin jusqu'au soir, ils se passaient à peu près de manger.

Il est vrai qu'alors ils étaient fort capables de mettre les bouchées doubles et de rattraper le temps perdu. Mais, là encore, il convient de se méfier des opinions trompeuses et d'un jugement précipité.

En se figurant les cenae d'autrefois comme autant d'effroyables bombances, on commettrait la même erreur qu'en attribuant à tous nos banquets la longueur, la consistance et l'allure d'une grasse noce campagnarde. La vérité est que, dans des décors semblables, avec des usages et un protocole identiques, les cenae ne se ressemblaient guère, et que, suivant les circonstances, leurs tempéraments, leur niveau moral, les Romains étaient capables de faire de leur unique dîner une grossière ripaille ou un régal plein de distinction et de délicatesse.

Si l'on fait abstraction des monstres historiques, un Vitellius ou un Néron qui s'attablait dès midi, l'heure où commence la cena était sensiblement la même pour tous : après le bain, c'est-à-dire à la fin de la huitième heure en hiver, de la neuvième en été. En revanche, l'heure à laquelle se terminait la cena différait selon qu'il s'agissait d'un dîner sans apprêts ou d'un festin d'apparat, et qu'on avait affaire à un hôte frugal ou à un goinfre. En principe, une cena décente devait finir avant la nuit noire. Toutefois la règle a souffert de nombreuses et notables exceptions, et, pour envisager tout de suite les cas extrêmes, la cena de Néron se prolongeait jusqu'à minuit, celle des "Trimalcions" (héros du Satiricon de Pétrone), c'est-à-dire des "noceurs", jusqu'au petit jour…

Quelle qu'en soit la durée, quand elle est offerte par des gens aisés, la cena a toujours lieu dans une pièce à part de la maison ou de l'appartement : le triclinium, qui mesure une longueur double de sa largeur et tire son nom des lits (lectus) à trois places (triclinia) sur lesquels se couchent les convives. Car, pour rien au monde, un Romain n'aurait consenti à manger assis : cela avait été bon, jadis, pour les femmes aux pieds de leurs maris, mais maintenant que les matrones prenaient place à côté des hommes sur les triclinia, ce n'était plus le fait que des enfants, des esclaves, des rustauds de village, des provinciaux de la Gaule lointaine, ou des clients des cabarets et des auberges.

Autour d'une tablé carrée, dont un côté demeurait libre pour le service, étaient rangés trois lits en pente, qui montaient vers elle de sorte que leur appui arrivât un peu au-dessus de son plateau ; et sur chaque lit, plus ou moins luxueux, et couvert de matelas et de couvertures, il y avait trois places marquées par des coussins de séparation. Les places étaient en quelque sorte hiérarchiquement "superposées" par la vétilleuse étiquette qui présidait à leur répartition. Sur chaque lit, les occupants étaient allongés de biais, le coude gauche appuyé sur un coussin, les pieds, libérés de leurs chaussures et lavés, au bas du lit. Il était fréquent qu'on préférât à une table carrée une table ronde (stibadium), et, par conséquent, à trois lits un lit unique dessiné autour d'elle en arc de cercle, et sur lequel il y avait place, à la rigueur, pour neuf personnes, mais qui n'en admettait d'ordinaire que sept ou huit. Si l'on traitait plus de neuf convives, il fallait dresser d'autres stibadia ou d'autres triclinia dans la salle à manger habituellement prévue pour trente-six convives, soit quatre tables, ou pour vingt-sept convives, soit trois tables seulement.

Un huissier (nomenclator) les annonçait et leur désignait leur lit et leur place. De nombreux serveurs (ministratores) leur apportaient les plats et les coupes sur les tables qu'on avait pris l'habitude, depuis la fin du Ier siècle ap. J.-C., de recouvrir de nappes, mais dont, auparavant, on se bornait à essuyer le bois ou le marbre après chaque service. Les convives avaient à leur disposition des couteaux, des cure-dents, et des cuillères de formats différents. Les Romains ne se servaient pas de fourchettes. Ils devaient manger avec leurs doigts, et cet usage entraînait celui d'ablutions répétées. Des esclaves portant des aiguières circulaient près des lits ; et chacun d'eux versait sur les mains des convives une eau fraîche et parfumée qu'il essuyait ensuite avec la serviette qu'il portait sur l'autre bras. En outre, les invités s'étaient munis d'une serviette personnelle qu'ils disposaient devant eux pour ne point salir la couverture de leur lit, et qu'ils pouvaient aussi utiliser afin d'emporter avec eux certains bons morceaux qu'ils n'avaient pas eu le temps d'absorber (ce n'était point contraire aux bons usages).

Il aurait fallu l'appétit de Gargantua pour venir à bout des menus que nous a transmis la littérature, en ces festins où l'amphitryon subjuguait ses hôtes sous la profusion des mets et la richesse de l'argenterie. Ils se composaient d'au moins sept services, ou fercula : les hors-d'œuvre, ou gustatio, trois entrées, deux rôtis, et le dessert, ou secundae mensae.

Une première libation inaugurait le repas. Après les hors-d'œuvre, on dégustait du vin miellé : mulsum. Entre les autres services, les ministratores, en même temps qu'ils réapprovisionnaient les convives de petits pains chauds, s'empressaient à remplir leurs coupes des crus les plus divers, depuis ceux du Vatican et de Marseille, fort décriés, jusqu'à l'immortel Falerne. Le vin était conservé, grâce à la résine et à la poix qu'on y avait mêlées, dans des amphores dont, le goulot était obturé avec des bouchons de liège ou d'argile et nanti d'une étiquette mentionnant l'origine et l'année de la récolte. Les amphores se débouchaient pendant le festin ; et, avec une passoire (colum) qui filtrait le liquide, on en versait le contenu dans le cratère où, préalable obligatoire avant le remplissage des coupes, avait lieu le mélange du vin avec l'eau, refroidie avec de la neige ou au contraire, chauffée, et dont la proportion ne descendait guère au-dessous du tiers et pouvait atteindre les quatre cinquièmes. En effet, les Romains qui buvaient purs ces vins épais étaient considérés comme des anormaux et des vicieux que l'on se montrait du doigt.

Après la cena, la commissatio, sorte de beuverie protocolaire, consistait en une suite de coupes vidées d'un trait, suivant les instructions du président, seul qualifié pour prescrire le nombre des coupes également imposé à tous, le nombre de cyathes (45,6 cl) à verser dans chaque coupe, qui variait de 1 à 11, et surtout la façon de boire, soit à la ronde, soit successivement, chacun remplissant la coupe qu'il venait de vider et la tendant à son voisin avec un souhait de bon augure, soit encore en élisant un assistant dont chacun portait la santé par autant de coupes qu'il y avait de lettres dans ses trois noms de citoyen romain.

On se demande comment les estomacs les plus solides pouvaient s'accommoder de ces excès de mangeaille, comment les têtes les mieux plantées pouvaient résister aux rasades abusives des commissationes ?

Peut-être, d'abord, le nombre des victimes était-il, en définitive, moins élevé que celui des convives ? Souvent, en effet, par pingrerie ou égoïsme, le maître de maison s'abstenait de traiter ses hôtes comme lui-même. Pline le Jeune a beau protester contre l'incongruité de pareilles pratiques, la concordance des témoignages démontre qu'elles étaient fort répandues. Du moins ont-elles eu l'avantage de limiter les dégâts de la gloutonnerie dans les cenae.

D'autre part, la lenteur même avec laquelle la cena déployait son programme démesuré atténuait sûrement sa virulence. Nombre de banquets duraient huit ou dix heures ; et ils étaient coupés d'intermèdes. Dans le banquet de Trimalcion (du Satiricon de Pétrone) on voit apparaître, après les entrées, un concert qui accompagne les mouvements d'un squelette d'argent ; après un rôti, des tours d'équilibristes et un spectacle de danse ; avant le dessert, des devinettes, une loterie et la surprise du plafond qui s'ouvre pour livrer passage à un immense cerceau auquel étaient suspendues des fioles de parfums aussitôt distribuées. Un peu partout, l'on jugeait que la cena n'eût pas été complète sans les pitreries des bouffons, les agaceries des mignons, surtout sans les danses lascives, exécutées au son des castagnettes. Pline le Jeune, qui ne s'amusait pas de ces divertissements et ne les tolérerait pas chez lui, était bien obligé de les supporter chez les autres.

Le rot à table était une politesse justifiée par les philosophes pour qui suivre la nature était le dernier mot de la sagesse. Poussant plus loin leur doctrine, l'empereur Claude avait pris un édit pour autoriser l'émission d'autres bruits gazeux. Dans ses épigrammes, Martial en montre même plusieurs hôtes qui, d'un claquement de doigts, appellent l'esclave qui leur apporte l'urinal et les aide à s'en servir. Enfin, il était fréquent de voir à la fin de la cena les vomissements souiller les précieuses mosaïques du plancher; et l'indigestion provoquée dans une chambre à côté demeurait toujours le moyen le plus sûr d'aller jusqu'au bout de l'invraisemblable ripaille.

Mais nous aurions tort de généraliser. Il n'est pas permis de confondre toutes les cenae romaines avec ces galimafrées grotesques ou répugnantes que les auteurs antiques relatèrent précisément parce qu'elles étaient exceptionnelles ou scandaleuses. Dans le même temps où elles avaient lieu, un grand nombre de Romains étaient habitués à transformer le dîner qui couronnait leur journée en une fête discrète et charmante, où l'esprit prenait autant de part que les sens, et dont la méticuleuse ordonnance n'excluait ni la mesure ni la simplicité. Grâce à une lettre de Pline le Jeune, nous savons quelles cenae donnait Trajan en sa villa de Centumcellae (Civitavecchia) : elles étaient modestes, ne comportaient d'autres divertissements que des auditions de musique ou de comédie, et le début de la nuit s'y passait en agréables conversations. Pline le Jeune lui-même nous a conservé le menu qu'il avait établi pour recevoir Septicius Clarus. Bien qu'il s'y soit mis en frais, c'est un modèle de frugalité : une laitue, trois escargots, deux œufs par personne; des olives, des oignons et des courges; un gâteau d'épeautre arrosé d'un vin miellé et refroidi dans la neige; et, pour intermèdes, soit un lecteur, soit un comique, soit un joueur de lyre, soit les trois à la suite.

Dans la petite bourgeoisie prédominait la même sobriété raffinée. Voici, par exemple, de quoi se compose la cena que Juvénal annonce à son ami : "Écoute le menu : le marché n'en aura point fait les frais. Des pâturages de Tibur viendra un chevreau bien gras, le plus tendre du troupeau. Il n'aura pas encore brouté l'herbe, ni osé mordre aux pousses des jeunes saules ; il a plus de lait que de sang. Des asperges de montagne que, laissant là son fuseau, la fermière a cueillies ; puis de gros œufs, encore tout chauds du foin fripé où ils étaient déposés, et les poules qui les ont pondus; des raisins conservés une partie de l'année, aussi beaux que sur les ceps; des poires de Signia; des pommes au frais parfum, rivales de celles du Picenum."

livre carcopino

Que nous voilà donc loin des turpitudes criardes dont on nous a rebattu les oreilles !

  (D'après : J. Carcopino, La Vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'Empire, Librairie Hachette 1939 - Livre de Poche n° 5800)

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14 Février 2003

Éric a écrit : 

Je suis à la recherche d'un empereur grec, que je n'ai malheureusement pas trouvé sur votre site Web. J'ai trouvé la trace de cet empereur dans un ouvrage de Hotman de Villiers de 1603.

Il parle d'un empereur nommé Emmanuel qui aurait fait crever les yeux à l'ambassadeur de Venise qui lui avait manqué de respect.

RÉPONSE :

Vous n'aviez aucune chance de trouver ce renseignement dans mon site puisque celui-ci ne concerne que les empereurs romains d'Occident (en gros de 27 av. J.-C. à 476 ap. J.-C.) et que le personnage qui vous intéresse est, à ce qu'il me semble, Manuel Ier Comnène, un basileus byzantin du Moyen Age (1143-1180).

D'après une tradition rapportée par la chronique de Novgorod, dans les années 1171, le noble vénitien Enrico Dandolo aurait été envoyé en ambassade à Constantinople afin de mettre un terme à la guerre qui opposait sa sérénissime cité à l'Empire byzantin. Mais l'empereur Manuel Comnène, très irrité de l'arrogance de ladite sérénissime république, aurait fait brûler les yeux de cet ambassadeur, en dépit de tous les usages diplomatiques. Il paraît cependant que Dandolo ne perdit pas complètement la vue : sa capacité de verser d'abondantes larmes à volonté aurait protégé ses pauvres mirettes.

Cette infirmité n'empêcha cependant pas ce Dandolo d'être élu doge en 1192. C'est ainsi que ce fut lui qui dirigea, à l'âge de cent ans bien sonnés, la tristement célèbre quatrième croisade qui s'acheva par la prise de Constantinople, l'abominable saccage de la ville et l'instauration de l'éphémère Empire latin d'Orient en replacement du vieil empire byzantin.

Une vendetta vénitienne aussi recuite que son homologue sicilienne !

Pour en revenir à Manuel Comnène, ce fut un très grand soldat et un empereur énergique. Il soumit les Hongrois et les Serbes, annexa la Dalmatie et fit reconnaître sa suzeraineté sur les principautés latines d'Orient (l'humiliation qu'il infligea à Renaud de Châtillon, alors prince d'Antioche et vassal théorique de l'Empire byzantin, est restée célèbre). En revanche, sa politique occidentale, inspirée par des ambitions démesurées, ne fut pas des plus heureuses. Ses négociations avec le pape pour l'union des deux Églises échouèrent, et les mesures prises contre les négociants vénitiens provoquèrent cette fameuse guerre avec Venise, au terme de laquelle il dut consentir à d'importantes concessions économiques. Ses difficultés en Occident encouragèrent les Seldjoukides en Asie mineure et le sultan d'Iconion lui infligea une sévère défaite à Mirioképhalon (1176) qui précipita l'effondrement de l'Empire et dont lui-même ne se remit jamais.

manuel

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21 Février 2003

Amandine a écrit : 

Je cherche l'arbre généalogique d'Aphrodite.

Je veux un vrai arbre avec des photos.

RÉPONSE :

Certains affirment que la belle Aphrodite (que les Romains appelaient Vénus) serait née de l'écume de la mer (qui se rassembla autour des parties sexuelles du dieu Ouranos quand celui-ci fut châtré par son fils Cronos). Mais d'autres disent qu'elle serait la fille de Zeus et de Dionée. Comme vous voyez, on patauge dans l'incertitude comme jadis la déesse Aphrodite dans la Mer de Chypre ! …

Cela dit, comme la mythologie gréco-romaine et ses dieux et déesses légendaires n'ont qu'un lointain rapport avec le sujet d'étude de mon site internet, , j'ai trouvé sur le Web quelques pages qui pourraient vous intéresser :

  • Mythologie gréco-romaine - Aphrodite - Vénus : Clic ! (Vous trouverez dans cette page un tableau reprenant la filiation de la déesse).
  • Site de Mike Morice : Clic ! (Vous trouverez également ici un tableau généalogique sommaire concernant Aphrodite).
  • Site "Mapaj Ouaib" de BenoÎt Brosse - Aphrodite : Clic !
  • Site d'Edmond Rust - La Mythologie grecque - Aphrodite : Clic !
  • Histoire du monde - Aphrodite : Clic !
  • Dictionnaire mythologique : Aphrodite : Clic !
  • Site de Barbara Coquelle - Les dieux de l'Olympe et leurs attributs : Clic !

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21 Février 2003

Bertrand a écrit : 

(…) J'ai fait un calcul simple (et même carrément simpliste, j'en conviens) pour avoir une idée de la fortune nécessaire pour être chevalier et pour être sénateur.

Je ne sais pas si vous serez d'accord avec mes calculs.

1 lingot de 1kg coûte environ 10000 euros.

Sous le Haut Empire 1 aureus pèse 7,3 grammes.

Il faut donc environ 137 aureus pour obtenir 1kg d'or.

1 aureus vaut 25 deniers et 1 denier vaut 4 sesterces, donc 1 aureus vaut 100 sesterces.

13.700 sesterces valent donc 10000 euros par conséquent 1 euro vaut 1,37 sesterces et 1 sesterce vaut 73 centimes d'euros.

Il faut avoir une fortune de 400 000 sesterses pour être chevalier et de 1 000 000 sesterces pour être sénateur, soit 292 000 euros (1,9 millions de francs français ou 11,8 millions de francs belges) pour être chevalier et 730 000 euros (4,8 millions de francs français ou 29,5 millions de francs belges) pour être sénateur.

Ce calcul est bien évidemment plus un clin d'œil (j'insiste sur le fait qu'il n'est pas à prendre au sérieux). qu'un véritable "cours des changes" dans la mesure où non seulement on ne connaît pas la quantité d'or monétaire sous l'Empire mais que par-dessus le marché, la valeur de la monnaie dans nos économies contemporaines ne repose plus du tout sur nos réserves d'or. (Tony Blair a par exemple vendu d'importantes quantité d'or de la réserve de la Banque d'Angleterre sans que le cours de la livre sterling en soit affecté).

RÉACTION À CE COURRIER : Clic !

RÉPONSE :

Bravo pour votre calcul monétaire… J'ai beaucoup oublié des mathématiques qui horripilaient mes études, cependant il me semble, qu'au strict point de vue arithmétique, il n'y a rien à redire à sa validité. Mais, hélas, et même si je ne suis pas très savant ni en économie ni en numismatique, je crains que l'estimation de la valeur actuelle des monnaies ancienne constitue un exercice bien plus compliqué que cela.

J'ai parfaitement compris qu'il ne s'agissait là que d'un clin d'œil. Toutefois, il est possible d'évoquer légèrement des choses complexe, et comme, de mon côté, je n'ai jamais compris grand-chose à ces problèmes d'estimation de la valeur actuelle des monnaies anciennes (dans la plupart des bouquins, on se contente de donner une contre-valeur en une autre monnaie aussi absconse - genre "franc or de 1903 -, ce qui, convenez-en, ne fait pas avancer le schmilblick d'un pouce !), je pense qu'il serait intéressant de demander éventuellement l'avis d'autres internautes. Il ne faut jamais perdre une occasion de s'instruire. Et puis, comme on dit, "il n'y a pas de bêtes questions"…

 

En revanche j'ai des questions plus sérieuses (et qui n'ont tien à voir les unes avec les autres) à vous poser :

1. Comment un soldat romain était-il choisi pour faire partie de la garde prétorienne ?

RÉPONSE :

En ce qui concerne le recrutement des Prétoriens, j'ai un peu farfouillé dans la documentation dont je dispose, ainsi que sur internet, et je n'ai guère trouvé que ces pages qui fournissent les quelques infos à ce sujet :

  • Site de Karl Claerhout - L'Armée impériale romaine : Clic !
  • Site d'Emilia Robin :
    • L'organisation de l'armée romaine sous l'Empire - les Prétoriens : Clic !
    • L'armée romaine au IIIe siècle : Clic !
  • reynier.com - L'armée romaine sous l'Empire : Clic !
  • Site Wikipedia : Préfet du Prétoire

Bref, rien de vraiment très précis sur le recrutement de ces dangereux Prétoriens.

De mon côté, tout ce que j'en sais, c'est que, sous la République, chaque général pouvait disposer de gardes de corps, ce qu'on appelait sa cohors prætoria (= cohorte prétorienne). Quand Auguste devint maître de l'Empire romain, il assura sa sécurité personnelle, celle de la Ville ainsi que celle de l'Italie (qui étaient jusque-là quasiment "démilitarisées") en constituant un corps permanent de neuf cohortes, soit environ neuf mille hommes : la Garde prétorienne. Les soldats d'élites qui la composaient furent choisis parmi la "cohorte prétorienne" personnelle d'Auguste et parmi les vétérans des guerres civiles.

Aux premiers temps de l'Empire, l'affectation à la Garde prétorienne fut d'abord strictement réservée aux soldats (d'élite, naturellement) d'originaires d'Italie. Mais, cela ne dura pas ; dès la fin du IIe siècle, les Prétoriens furent majoritairement des Gaulois, des Belges, des Germains ou des Illyriens. C'est d'ailleurs un certain Tausius, prétorien d'origine belge, qui trucida le brave empereur Pertinax.

Quoi qu'il en soit, transplantés à Rome, vivant dans le luxe et l'oisiveté, corrompus par les largesses impériales, les Prétoriens, même les plus grossièrement romanisés, perdaient rapidement toute ardeur combative. Bien vite, ces soldats d'opérette ne firent plus le poids face aux armées des frontières. Quand l'une de celles-ci avait décidé de placer son général sur le trône impérial, les Prétoriens avaient tout intérêt à jouer les béni-oui-oui, car, question agressivité, entre eux et ces rudes guerriers, il n'y avait pas photo !…

2. Connaissez vous le livre d'Henri Wallon : Histoire de l'esclavage dans l'Antiquité qui date du XIXe siècle et qui a été réédité chez Robert LAFFONT en 1988 dans la collection BOUQUINS. Si oui, qu'en pensez-vous ?

Connaissez-vous le livre de Marcel Simon : La Civilisation de l'Antiquité et le christianisme publié chez Arthaud (1972).
Si oui, qu'en pensez-vous ?

RÉPONSE :

Je ne connais ni le livre d'Henri Wallon et ni celui de Marcel Simon, et je ne peux donc rien vous en dire.

Désolé. J'ai bien peur qu'en l'occurrence, vous n'ayez surestimé mon érudition…et ma bibliothèque !

3. Je suis fasciné par le fait qu'il y a 70 générations (2000 ans si on part du principe qu'un siècle compte 3 ou 4 générations) nos ancêtres vivaient dans une société esclavagiste et que nous descendons vous comme moi des maîtres et des esclaves (puisque les démographes nous apprennent que, si un homme de l'Antiquité qui vivait dans le bassin méditerranéen a aujourd'hui des descendants vivants, alors il est l'ancêtre de tous, européens et américains blancs et métis).

Pourtant, nous avons des mentalités très différentes avec ces ancêtres qui ne sont distants que de 70 générations. Si nous pouvions parler avec l'un d'eux, quel qu'il soit, il serait ans doute très surpris de voir que nos préoccupations sont si éloignées des siennes.

RÉACTION À CE COURRIER : Clic !

RÉPONSE :

Vous êtes étonné qu'en 70 générations seulement, un tel "fossé culturel", un tel "gouffre idéologique" se soit creusé entre les anciens Romains et nous.

Vous avez raison : nos préoccupations, notre mode de vie, notre système de valeurs sont sensiblement différents de ceux des hommes de l'Antiquité… Mais je vous pose une question : votre grand-père (ou même votre père, je ne connais pas votre âge), aurait-il pensé cela lui aussi ?

À ce qu'il me semble, l'humanité a davantage évolué (en bien ou en mal, je ne sais) en trois ou quatre générations (celles qui se sont succédées durant le XXe siècle) qu'au cours de toutes celles qui les ont précédées. L'histoire s'accélère… et les mentalités changent "comme de chemise" (du moins dans les sociétés occidentales).

Vous évoquez l'esclavage, qui était effectivement un des fondements de la société antique… mais aussi de la société sudiste américaine jusqu'à la Guerre de Sécession (jusqu'en 1864) ; et le Tsar de toutes les Russies n'affranchit ses "serfs" qu'en 1861.
Alors qu'il s'agit d'une question de société très importante, concernant des pays déjà "modernes" , voilà un "changement de mentalité" très récent !

Mais, finalement, il n'est même pas besoin d'aller si loin géographiquement ou temporellement.
Je suis né en 1956 et, à cette époque, ma Belgique natale était, comme la plupart des pays occidentaux, une puissance coloniale… Et tout le monde (ou presque), tant en Belgique qu'en France ou qu'en Angleterre, trouvait "normal et juste" d'asservir (car c'est bien le mot) des peuples jugés "inférieurs", de les contraindre à travailler qui dans des mines, qui dans des champs, de leur inculquer la religion chrétienne à coups de chicotte, bref de les "civiliser" sous peine de mort ! Et si l'on remonte encore d'une génération (celle de mon père, né en 1923), l'acceptation d'une politique coloniale - même plus oppressive - était encore plus largement partagée par l'opinion publique.

Bien sûr, loin de moi l'idée de faire l'amalgame (un mot à la mode) entre colonialisme et esclavagisme (d'ailleurs les colonisateurs européens d'Afrique centrale eurent souvent maille à partir avec les esclavagistes arabes…). Mais il faut reconnaître que dans les cas extrêmes, le premier avait bien le goût amer, l'odeur nauséabonde et la couleur rouge sang du second !

Et aujourd'hui encore, des millions d'ouvriers des "pays émergents" (ô merveilleux euphémisme !) triment encore dans des conditions proches de l'esclavage, dans une misère physique, morale et sexuelle que n'aurait probablement pas tolérée les empereurs romains stoïciens du IIe siècle, à fabriquer des godasses de sport ou du prêt-à-porter pour le "marché occidental", sans que cela n'empêche grand monde de dormir de ce côté-ci de l'Équateur…

Comme j'aurais tendance à m'énerver, passons à autre chose.

4. Je suis également fasciné par la réussite du christianisme, puis de l'islam, alors que le concept du dieu unique, n'est qu'une religion du bassin méditerranéen parmi tant d'autres, la religion des juifs. La réussite du monothéisme tient à mon sens à son intransigeance dogmatique qui n'admettait aucun syncrétisme. Ça passe ou ça casse. C'est passé. (Personnellement, je le regrette mais ce n'est qu'un avis personnel).

RÉPONSE :

Leur intransigeance dogmatique aurait permis aux religions monothéistes de triompher de religions à vocation plus syncrétique ?

Oui, peut-être… et aussi leur alliance avec un pouvoir temporel capable d'imposer, de gré ou de force, la nouvelle religion aux tenants des anciennes croyances. Car il n'y a pas de miracle (si j'ose m'exprimer ainsi) : si Constantin n'avait pas favorisé les Chrétiens pour des raisons purement politiques, si "on" avait laissé le temps à Julien "l'Apostat" de vaincre les Perses puis d'imposer sa "contre-réforme païenne", et si Théodose n'avait pas interdit, sous peine de mort atroce, l'exercice des cultes "païens", il n'est pas dit que le Christianisme serait devenu une religion "universelle".

Avec des si…

livre 1 rachel tanner

Et justement, si vous avez envie de vous distraire intelligemment, je vous conseille la lecture de deux fantaisies historiques de Rachel TANNER : L'Empreinte des Dieux, et Le Glaive de Mithra (Éditions Imaginaire sans Frontières).

L'action de ces romans se situe au XVIe siècle de la Fondation de Rome (VIIIe siècle de notre ère) dans un Empire romain d'Occident qui a survécu - tant bien que mal - aux invasions barbares, mais qui s'est converti au culte de Mithra, et non au christianisme (lequel n'est plus qu'une petite secte orientale)…

Bien sûr, il s'agit de "fantasy" à l'état pur. Dans ces "uchronies" pleines de bruit, de tripes, de sang, de magie et de fureur, les ensorcelantes sorcières, les démons rancuniers, les nouveaux dieux aux dents longues ainsi que les vieilles divinités aux abois ont au moins autant de consistance, s'agitent autant que les personnages de chair et de sang (qui d'ailleurs coule à flots !)...

Cependant, ces récits colorés, souvent féeriques, parfois épiques, reposent sur une très solide documentation. Paradoxalement, l'Empire romain imaginaire du VIIIe de Rachel Tanner est bien le digne héritier de celui que décrivirent jadis les romanciers Henryk Sienkiewicz (Quo Vadis ?), Hubert Monteilhet (Neropolis), ou l'historien Jérôme Carcopino (La Vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'Empire).

livre 2 rachel tanner

Avec l'Empreinte des dieux et Le Glaive de Mithra, vous passerez donc quelques heures en compagnie d'un auteur imaginatif, bien documenté, d'une impertinence ironique aussi retenue que jouissive et qui, de plus, manie aussi habilement l'art difficile de l'anachronisme amusant que son héroïne sa rapière.

Bref, "des putains de bons livres !" (comme apprécieraient les personnages de Rachel Tanner, qui ont parfois "légèrement" tendance à user - et à abuser ? - du langage fleuri des grandes banlieues modernes plutôt que de celui des bas-fonds du Transtévère antique).

5. Un autre mystère est que Rome a loupé le coche avec le progrès technique. Il me semble qu'elle avait les moyens de faire mieux. Elle aurait pu, par exemple développer le travail mécanique surtout lorsque la pénurie de main d'œuvre servile s'est fait sentir. Pourquoi Rome n'a pas inventé la poudre, la machine à vapeur, le papier, l'imprimerie, le gouvernail d'étambot et la voile triangulaire qui permet de naviguer au plus près du vent, etc. ? C'était sans doute une question de mentalité. La mentalité de l'époque n'était sans doute pas capable de faire ces efforts mais quand même ! Quel dommage.

Une toute dernière question, comment faites-vous pour tenir ce site immense à jour et répondre à tous ? Vous avez un secret ? Locuste ou Panoramix vous ont confectionné une potion magique ?

RÉPONSE :

Non, non, ni Panoramix ni Locuste ! Simplement du temps, ainsi une bonne organisation de travail, seul héritage de l'époque révolue où je sévissais dans ce prestigieux service public que sont les Postes belges… Cependant, et malgré tous mes efforts, la "tenue au jour" de mon site pose quelques problèmes, surtout pour les liens que je propose au bas de chaque notice, et que je n'ai vraiment pas le temps de compléter ou même vérifier régulièrement. Faudra encore que je trouve une solution…

En ce qui concerne les progrès techniques qu'aurait "loupés" la civilisation romaine, je vous conseille d'aller un jeter un coup d'œil sur ces pages "Courrier", dans lesquelles certains internautes (et votre humble serviteur aussi, à l'occasion) donnent leur avis sur cette question assez controversée : Clic !, Clic !, Clic !, Clic !, Clic !, et Clic !).

Si les Romains avaient songé à inventer des pompes aspirantes-foulantes, et s'ils avaient trouvé le secret de la poudre noire, ils auraient pu se lancer dans l'exploitation à grande échelle, et qui sait, commencer la "révolution industrielle" avec seize siècles d'avance.

Encore une fois, avec des si…

nav vox - emp