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Janvier 2003 (page 3/3)
Sommaire du mois de Janvier : Clic
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| 21 Janvier 2003 |
| Brice a écrit : |
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| Je fais un exposé, voire
étude, sur la Rome Antique. Le sujet central de
mon étude est : l'intoxication au plomb à
t-elle accentué le déclin de l'empire romain
?
La partie que je traite est : le
plomb dans l'empire romain.
Mais je suis confronté à
un manque de données concernant le plomb, son usage
dans l'empire romain. Ainsi je vous contacte afin que
vous puissiez m'aider en me fournissant des infos ou lien
pouvant m'aider dans ma recherche. |
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| RÉPONSE : |
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| Je dois vous l'avouer, l'idée d'attribuer
la chute de l'Empire romain au saturnisme dont auraient
été affligés ses habitants m'a quelque
peu fait sourire. Je sais que certains incriminent les
invasions barbares, le recul démographique, les
épidémies ou le christianisme, mais je n'avais
jamais encore entendu cette explication originale.
Cependant, après une petite recherche sur internet,
j'ai constaté - ô surprise - que cette hypothèse
du plomb (dissous dans l'eau des aqueducs, le vin ou les
produits cosmétiques) comme facteur du Déclin
de Rome n'était pas aussi farfelue que je pensais
de prime abord. Si je n'en avais jamais entendu parler,
c'est parce que, me semble-t-il, cette explication a surtout
été le fait d'historiens anglo-saxons.
Ceci explique aussi pourquoi je n'ai pas trouvé
de sites internet francophones consacrés à
ce sujet, mais seulement, dans cette bibliographie (Clic
!), deux titres qui seraient susceptibles de vous
intéresser
- Le plomb des Romains. Sciences & Avenir,
n° 573 , p. 24. Novembre 1994 : Détection
de traces de plomb dans les glaces du Groenland, il
s'agirait de l'indication d'une intense utilisation
de ce métal par les Romains.
- Plomb et pollution chez les Romains. Pour la
Science, n° 207 , pp. 14 - 15. Janvier 1995 - Historique
de l'exploitation des minerais de plomb dans l'Antiquité.
Évolution de la concentration en plomb dans les
carottes de glace du Groenland. Le saturnisme chez les
romains.
Mais si vous maîtrisez l'anglais, vous trouverez
sur le Web de nombreuses pages consacrées à
cette question, en particulier cette bibliographie :
- nipissingu.ca - Lead and the Fall of Rome: A Bibliography
: Clic
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| Conclusion de Brice : |
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| En effet, beaucoup de personnes
sont surprises lorsqu'elles entendent le sujet de mon
étude. Cela est dû au fait, comme vous l'avez
précisé, d'un manque d'étude sur
la question.
J'espère en tout cas que
mon projet servira plus tard comme aide, ou support pour
d'autres personnes s'intéressant au problème
du plomb dans l'Antiquité romaine. |
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| 24 Janvier 2003 |
| Jean-Louis a écrit : |
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| J'aimerais me permettre une
remarque. Je suis enseignant de philosophie et plutôt
spécialisé sur les philosophies de l'Antiquité
ainsi que les courants religieux de cette époque.
J'ai pour cela une grande admiration
pour Marc Aurèle et Julien. Or, je ne peux
pas m'empêcher de trouver TRES péjoratif
de reprendre pour le désigner le terme "l'apostat"
qui lui a été donné par ses "adversaires"
les Chrétiens. Certes, je comprends bien qu'il
faille mentionner que les Chrétiens l'avaient désigné
ainsi, mais de là à le mettre en titre,
je continue à trouver cela diffamant pour sa mémoire.
Si vous pouviez en titre laisser
seulement :
361 - 363 Julien
(Flavius Claudius
Julianus)
ce serait tellement mieux.
Le texte suffira bien pour préciser
qu'il fut surnommé ainsi. |
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| RÉPONSE : |
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| Voltaire appelle Julien
"le Philosophe", un surnom certes plus flatteur
que l'infâme "Apostat" !
| Pourtant, ne croyez pas que c'est
par étourderie que j'ai commis ce titre qui
tant vous choque. Au moment d'intituler cette notice
que je savais pleine de chausse-trappes, j'ai longuement
hésité, ballotté que j'étais
entre l'obligation d'être compris par les
visiteurs de mon site, qui, le plus souvent, ne
connaissent de l'empereur Julien
que le surnom dont les Chrétiens l'affublèrent,
et mon désir de respecter la mémoire
posthume d'un homme dont, du moins, la volonté
d'uvrer pour le bonheur de ses sujets n'est
pas contestable.
Finalement, estimant que, d'une certaine façon,
c'était un titre de gloire que d'être
injurié, vilipendé, honni, calomnié
par des fanatiques (et Dieu sait si des individus
de genre de Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome
ou saint Athanase en furent, et de la plus belle
eau), j'ai opté pour le titre : Julien
dit "l'Apostat" - le mot dit et les guillemets
soulignant que l'appellation injurieuse apostat
n'était pas de mon fait quoiqu'elle fût,
hélas, devenue classique. Naturellement,
je n'aurais jamais choisi comme titre "Julien
l'Apostat" tout court, c'eût été
clairement injurieux !
Grâce à vous, j'ai maintenant la preuve
que mes scrupules hier, ceux que je ressentais au
moment d'écrire la notice consacrée
à Julien, étaient pleinement justifiés.
Je ne sais pas encore si je vais modifier le titre
ainsi que vous le suggérez, ou si je me contenterai
d'un renvoi à cette correspondance justificative.
Mais, en tout état de cause, je vous remercie
pour cette remarque qui me démontre que les
précautions que j'avais prises pour éviter
d'ajouter ne serait-ce qu'une rognure d'ongle aux
monceaux d'immondices déversés depuis
des siècles sur la mémoire du pauvre
empereur Julien s'avèrent encore insuffisantes. |
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| 26 Janvier 2003 |
| Caroline a écrit : |
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| Je suis une élève
du primaire au Québec. Je fais une recherche
sur Cléopâtre, et j'aimerais que vous
me renseigniez à son sujet.
En fait, il me faut pour cette
recherche ceci :
- sa date de fête
- des renseignements à
propos de sa famille
- son job
- ses intérêts
- ses passe-temps
- sa richesse ou pauvreté
(dépendant) ainsi que
- sa manière de s'habiller
Je sais que certains de ces sujets
ne sont pas faciles à trouver, mais ça me
ferait plaisir si vous en répondiez le plus possible
PS : Si vous trouvez d'autres renseignements
à son propos faites-les moi parvenir |
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| RÉPONSE : |
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| C'est vrai que tes questions ne sont
pas simples ! Il est vrai aussi qu'à l'époque
à laquelle vivait cette belle Cléo qui t'intéresse
tant, les magazines "people" n'avaient pas encore été
inventés, et aucun "paparazzi" n'était là
pour nous informer de ses petites manies, de l'élégance
de ses toilettes, ou de ses amours tumultueuses
Il faut dire aussi que Cléopâtre est née
en 69 av. J.-C. (on ne connaît ni le jour ni le
mois), c'est-à-dire plus de deux mille ans avant
Britney Spears ou Jennifer Lopez. Son père s'appelait
Ptolémée XII Aulète, et était
roi d'Égypte (mais il jouait aussi très
bien de la flûte). Sa mère, qui s'appelait
aussi Cléopâtre, était également
la sur de son mari Ptolémée - ça
peut paraître bizarre mais, à l'époque,
en Égypte, les frères et surs se mariaient
parfois entre eux.
| Bien que papa Ptolémée
et maman Cléopâtre fussent les souverains
du beau, grand et riche pays d'Égypte, ils
n'étaient pas Égyptiens pour un sou
: leur famille venait de Macédoine (au Nord
de la Grèce). Quand la petite Cléopâtre
vint au monde, les Ptolémées régnaient
sur l'Égypte depuis plus de 250 ans (arbre
généalogique de la dynastie des Ptolémées
ici : Clic
!)
Son job ?
Avec des parents qui étaient roi et reine
d'Égypte, le destin de Cléo était
tout tracé : elle devint elle aussi reine
d'Égypte ! Mais ce ne fut cependant pas aussi
facile que tu le penses peut-être car, comme
elle ne voulait pas partager le pouvoir avec son
frère (qu'elle avait aussi épousé,
conformément à la funeste coutume
égyptienne de l'époque), elle entra
en conflit avec lui, et cela se termina tragiquement
pour le frangin.
Ses intérêts ?
Comme je viens de le dire, Cléopâtre
avait une passion : le pouvoir. Elle voulait régner
sur l'Égypte, et, si possible, régner
seule ! Seulement, à l'époque, il
n'était pas concevable qu'une femme dirige
seule un pays, même si elle était aussi
intelligente que notre Cléopâtre. Aussi,
celle-ci dut-elle prendre de puissants protecteurs
en la personne des généraux romains
Jules
César et Marc
Antoine qu'elle épousa successivement
(et plus ou moins secrètement). Les deux
époux romains de Cléopâtre connurent
également une mort tragique
mais ça,
c'est une autre histoire. |

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Ses passe-temps ?
Dans mon site internet, je raconte qu'un jour, la belle
Cléo fit une bonne blague à son deuxième
mari romain, le général Antoine (voir ici
: Clic
!). On raconte aussi qu'elle s'amusait à
dissoudre des grosses perles dans du vinaigre (voir ici
: Clic
!). Mais tout ça, c'est peut-être
des racontars, car crois-moi, occupée comme elle
l'était à gouverner l'Égypte et à
séduire ses puissants protecteurs romains, Cléopâtre
"travaillait à plein temps" et avait fort peu de
loisirs
En fait, on pourrait dire que ses "loisirs"
(comme, par exemple, voyager avec Jules César pour
qu'il succombe au charme de l'Égypte (et au sien),
ou préparer de somptueux banquets pour Marc Antoine)
faisaient AUSSI partie de son boulot !
Sa richesse ?
Puisqu'à l'époque, l'Égypte était
le pays le plus riche du monde, et puisqu'on raconte qu'elle
dissolvait des perles dans du vinaigre, alors, inutile
de te dire que Cléopâtre était riche,
très riche
immensément riche, même.
Comment s'habillait-elle ?
À peu près comme tu pourras le voir sur
ces images :
et, plus authentique :
Voilà. J'ai essayé de répondre à
toutes tes questions en restant le plus simple possible.
Tu pourras cependant trouver d'autres infos - bien plus
détaillées - sur Cléopâtre
dans mon propre site :
Ou encore, sur ces autres sites :
- eg.ovh.org - Cléopatre VII Théa Philopator
: Ciic
!
- Histoire romaine - Cléopâtre : Ciic
!
- mythegypte.free.fr - Cléopâtre : Ciic
!
- wanadoo.fr/spqr - Cléopâtre VII : Ciic
!
- globetrotter.net - Cléopâtre, dernier
pharaon d'Égypte : Ciic
!
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| 28 Janvier 2003 |
| Amon a écrit : |
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| En effectuant des recherches
concernant le célèbre feu grégeois
sur Internet, je suis tombé entre autre sur ce
détail assez vague : "le feu grégeois était
projeté à l'aide de pompes aspirantes
et refoulantes dont l'usage était courant depuis
longtemps" (dans la marine Byzantine pour incendier les
navires adverses).
J'aimerais savoir si vous avez
des informations concernant ces pompes qui devaient donc
être connues sous l'Antiquité : mode de fonctionnement,
applications
Par ailleurs, il semblerait que
la poudre noire des Chinois fut utilisée
par les Romains dans leurs spectacles théâtraux
au IVe siècle. Vu le pragmatisme de ces derniers,
prompts à utiliser toute nouveauté étrangère
à des fins militaires, comment expliquer qu'aucune
utilisation de ce type ne fut conçue ? |
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| RÉPONSE : |
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| Au début des années '70 - autant dire
la Préhistoire -, dans la revue Pilote paraissait
une BD mettant en scène un pirate du XVIIe siècle
nommé Barbe Rouge. Vous ne connaissez pas ? Mais
si !
ce Barbe Rouge et son patibulaire équipage
(Baba, Triple-Patte, etc
) ont servi de modèle
aux affreux-pas-beaux écumeurs des mers qui réapparaissent
épisodiquement dans les albums d'Astérix,
juste histoire de prendre de quelques volées de
baffes, de se faire naufrager ou de se saborder. Et bien,
le Faucon Noir, le navire de ce Barbe Rouge disposait,
entre autres armes secrètes, du fameux feu grégeois
: par un jeu de "tubulures", des pompes disposées
dans les cales propulsaient le liquide inflammable jusqu'aux
vergues d'où il était projeté sur
les vaisseaux ennemis.
Bien sûr, cela, c'est de la fiction
L'histoire des sciences et des techniques, ce n'est vraiment
pas trop ma tasse de thé. Cependant, d'après
les renseignements que j'ai pu glaner sur quelques sites
internet, je n'ai pas l'impression que les hommes de l'Antiquité
connaissaient les pompes aspirantes-foulantes.
Celles-ci n'apparaissent, semble-t-il, que vers le XVIe
siècle. Pour élever l'eau, les Romains n'employaient
les moyens techniques hérités des Grecs
: vis d'Archimède et pompes à piston.
"Et la propulsion du feu grégeois, alors ?",
m'objecterez-vous.
Voici un renseignement que j'ai trouvé à
ce sujet. Il s'agit d'une note figurant à la fin
d'un excellent romain historique, en général
fort bien documenté : "Les Chinois sont sans
doute les inventeurs du feu grégeois, mais Byzance
le perfectionna et protégea comme un secret d'État
le mystère de sa fabrication : les composants sont
les mêmes que dans la poudre à canon, seules
les proportions diffèrent. Profitant de l'effet
propulseur de la combustion, les Grecs l'utilisaient parfois
dans des tubes de cuivre. Avant de retrouver la formule
du feu grégeois, les musulmans utilisaient
(
) un mélange de naphte additionnée
de résine, de soufre et de salpêtre. Contre
ces mélanges enflammés, les Francs utilisaient
le sable (efficace), l'urine et le vinaigre (qui ne semblent
pas avoir de vertus supérieures à celles
de l'eau)" ( Pierre Barret et Jean-Noël Gurgand,
Les Tournois de Dieu, vol. I : Le Templier de
Jérusalem, Édition Robert Laffont, 1977
- Livre de Poche N° 5485)
Jusqu'à présent (et faute d'informations
plus pertinentes), ces renseignements me conviennent parfaitement.
Je ne sais rien d'une éventuelle utilisation de
la poudre à canon par les Romains. J'ai
toujours cru - peut-être naïvement - que la
poudre noire avait été inventée par
les Chinois (entre les IVe et VIIe siècles), que
c'étaient les Mongols qui, les premiers, l'avaient
utilisée à des fins militaires (XIIIe siècle),
et que c'étaient les Arabes qui avaient transmis
son mode de fabrication aux Occidentaux - la première
utilisation attestée en Europe occidentale étant
le siège de La Réole (en 1324) ou la bataille
de Crécy (en 1346). Mais, comme je vous l'ai dit
d'emblée, mes connaissances en matière de
sciences et techniques sont vraiment très limitées.
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| 29 Janvier 2003 |
| Bidzina
a écrit : |
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| Connaissez-vous le motif
du remplacement du calendrier julien par le grégorien
? |
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| RÉPONSE : |
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| Si le pape Grégoire XIII instaura le calendrier
dit "grégorien", c'est parce qu'il aimait les
"Noëls blancs", et qu'il ne voulait en aucun cas
que cette jolie fête ne finisse par tomber au beau
milieu de l'été. Rendez-vous compte : la
messe de minuit avec des paroissiens en short, des paroissiennes
en bikini, et les effluves de crème solaire concurrençant
celles de l'encens, quelle horreur !!!
Je plaisante, bien sûr, mais l'idée est
là
. Le pape voulait éviter que le
décalage entre année solaire et année
civile (qui était à l'époque également
le calendrier liturgique) ne finisse par devenir gênant.
Pour des infos complémentaires, voyez cet excellent
article que j'ai extrait du Dictionnaire historique
de la Papauté (Éditions Fayard) :
| Calendrier grégorien
:
Promulgué par Grégoire XIII
le 24 février 1582 (bulle Inter gravissimas),
le calendrier grégorien a réformé
le calendrier julien en rapprochant la durée
de l'année civile moyenne (365,2425 jours)
de celle de l'année tropique (temps d'une
révolution de la Terre autour du Soleil
: 365,2422 jours). La réforme du calendrier
opérée en 46 av. J.-C. à
l'initiative de Jules César (calendrier
julien), faisant succéder une année
bissextile de 366 jours à trois années
communes de 365 jours, aboutissait à une
année moyenne (365,25 jours) un peu trop
longue par rapport an mouvement des astres (excédent
annuel d'environ 11 minutes et 14 secondes, soit
près d'un jour tous les 128 ans). L'équinoxe
de printemps, qui tombait le 25 mars à
l'époque de Jules César, fut ainsi
observé le 21 mars en 325, aimée
où, d'après la tradition médiévale,
le concile de Nicée choisit ce terme comme
point de départ du calcul de la date de
Pâques.
| Dès le XIIIe siècle,
les astronomes furent capables d'expliquer
le décalage et de proposer des corrections,
même s'il fallut attendre Copernic
pour arriver à une mesure précise
de l'année tropique. Comme de juste,
c'est la papauté qui fut destinatrice,
si ce n'est inspiratrice, de leurs réflexions
(
) ; le concile prit la relève
au XVe siècle (
). La question
fut encore agitée devant Sixte IV,
Jules II, Léon X, et au concile de
Latran V. Sur le point de se séparer,
le 4 décembre 1563, le concile de
Trente avait chargé le pape de la
rédaction d'un nouveau missel et
d'un nouveau bréviaire. Grégoire
XIII, dans une interprétation extensive,
lia la réforme du calendrier à
la réfection des livres liturgiques,
qui avait été assurée
par Pie V. Une première commission
fut réunie vers 1575 ; l'équinoxe
vrai tombant désormais le 11 mars,
elle proposa de réduire de 10 jours
l'écart entre année civile
et année tropique, sans avancer de
solution pratique. En 1577, le pape consultait
les princes et leurs universités,
sans mieux aboutir. La commission pontificale
reprit ses travaux (
) (elle) préconisa
la suppression brutale de 10 jours du calendrier
civil et la réduction de trois intercalations
bissextilaires tous les 400 ans : lorsque
les deux premiers chiffres des années
séculaires seraient multiples de
quatre (1600, 2000, etc.), celles-ci seraient
bissextiles, comme dans le calendrier julien,
mais les autres (1700, 1800, 1900, 2100,
etc.) seraient communes. |

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Grégoire XIII prescrivit la mesure
sans tarder : le lendemain du jeudi 4 octobre
1582 devait être appelé vendredi
15 octobre. Seuls l'Italie, l'Espagne et le Portugal
avec leurs colonies, la Pologne appliquèrent
la réforme à la lettre. Les autres
pays catholiques suivirent avec un léger
décalage : on passa ainsi du dimanche 9
décembre au lundi 20 décembre 1582
dans le royaume de France et en Lorraine ; du
vendredi 21 décembre 1582 au samedi Ier
janvier 1583 (en sautant donc Noël) en Savoie
et dans les Pays-Bas catholiques ; on attendit
février-mars 1583 en Hollande (pour une
application inégale), mars 1583 au Pérou,
janvier 1584 en Suisse catholique, en Bohême,
en Moravie, 1587 en Hongrie. L'Empire manifesta
son morcellement : Augsbourg passa au nouveau
calendrier en février 1583, une partie
de l'Autriche et la Bavière en octobre,
les villes de Würzburg, Münster et Mayence
à des moments différents de novembre,
le reste de l'Autriche en décembre.
La réception du calendrier grégorien
rencontra une véhémente opposition
dans les pays protestants et orthodoxes : il s'ensuivit,
parfois jusqu'au début du XXe siècle,
des décalages chronologiques entre pays,
qui compliquèrent la tâche des diplomates
et des marchands avant que de gêner les
historiens. Il est vrai que la révision
du calendrier, lancée depuis Rome, avait
été clairement placée sous
le signe de la Réforme catholique. Quoi
qu'il en soit de l'authenticité de la boutade
« mieux vaut vivre en désaccord avec
le soleil qu'en accord avec le pape », la
comparaison de l'introduction du calendrier grégorien
avec celle d'un cheval de Troie dans la citadelle
réformée fleurit dans la littérature
polémique ; l'opinion plus nuancée
d'astronomes comme Brahe et Kepler et les inconvénients
pratiques mirent du temps à s'imposer aux
pouvoirs civils. L'Allemagne réformée
et le Danemark n'adoptèrent le calendrier
grégorien qu'en février 1700 ; les
cantons suisses protestants suivirent en 1701,
les Grisons en 1811. La Suède décida
de se rapprocher d'un jour du calendrier grégorien
en faisant de 1700 une année commune ;
elle revint au strict calendrier julien en ajoutant
un 30 février à l'année 1712
et ne reçut le calendrier grégorien
qu'en 1753. L'Angleterre et ses colonies, après
une farouche opposition au calendrier « papiste
», l'adoptèrent en passant du 2 au
14 septembre 1752, À l'époque contemporaine,
la suprématie du calendrier grégorien
l'a fait choisir aux pays en mal d'occidentalisation
(Japon en 1873, au moment de la légalisation
du culte chrétien ; Chine en 1912 puis
1929 ; Turquie en 1914).
Les pays de tradition orthodoxe furent les
derniers à résister (le décalage
était alors de 13 jours avec le calendrier
julien) : 1918, l'une des premières mesures
du gouvernement bolchevique, en Union soviétique
(définitivement en 1940 après des
essais de calendrier perpétuel lancés
en 1923), 1923 en Grèce (en prévoyant
des années bissextiles en 2900 et 3300
à la place de 2800 et 3200 !), 1927 ailleurs
; les Églises orthodoxes ont progressivement
ajusté leurs fêtes. Le calendrier
grégorien est ainsi devenu le seul grand
représentant des calendriers solaires face
aux systèmes traditionnels de calcul des
temps longs, à commencer par les calendriers
lunaires musulman et juif."
(Olivier GUYOTJEANNIN Dictionnaire Historique
de la Papauté (Sous la direction de
Philippe Levillain) - Art. Calendrier grégorien,
Édition Fayard, 1994) |
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