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Novembre 2002 (page 2/3)

Sommaire du mois de Novembre : Clic !

 

 

17 Novembre 2002

Sébastien a écrit : 

Ma requête concerne l'éducation dans la Rome antique, et plus particulièrement pendant les trois premiers siècles de la période impériale (milieu du Ier siècle avant JC à la fin du IIe siècle après J.-C.).

J'ai en ma possession des informations sur l'éducation dans la Rome républicaine. Mais il semble que par la suite il y a eu une évolution dans le système éducatif. Notamment une démission progressive des parents dans l'éducation des enfants aux profits d'institutions impériales.

Avez-vous donc des informations sur l'éducation dans la ville de Rome pendant cette période ?

RÉPONSE :

Moi non plus, je ne dispose que de peu de renseignements sur l'éducation dans la Rome impériale, mais d'après ce que j'ai pu y lire, il ne semble pas y avoir à cette époque de modification profonde du système éducatif de la République. En fait, les changements les plus radicaux semblent s'être produits plus tôt, au cours des IIIe et IIe siècles av. J.-C., quand Rome entra en contact avec le monde hellénique puis conquit la Grèce.

Voici ce d'ailleurs (en gros) ce qu'écrit à ce sujet mon petit Dictionnaire de l'Antiquité :

Au début de la République, l'éducation d'un garçon était laissée à son père, qui lui tenait lieu de maître et d'entraîneur. Il apprenait à son fils à lire, à écrire et à manier les armes, mais il lui enseignait aussi solidement les convenances, la morale et le respect des lois.

Même si ce modèle traditionnel persista dans certaines familles nobles, l'éducation prit cependant très tôt un caractère institutionnel qui se généralisa à l'époque impériale. Aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., sous l'influence de la Grèce, l'éducation pouvait être dispensée dans des écoles conçues d'après le modèle grec, ou par le biais d'un tuteur. Les maîtres étaient souvent des esclaves ou des affranchis, fréquemment grecs. Le litterator (= celui qui enseigne les lettres) ou le Iudi magister (= maître d'école) apprenait à lire, écrire et compter aussi bien aux garçons qu'aux filles de sept à onze ans, les filles étant nettement plus scolarisées qu'en Grèce. À l'instar des Grecs, l'emploi d'un pédagogue se généralisa. Celui-ci enseignait parfois le grec à son élève. L'éducation secondaire, de douze à quinze ans, relevait du grammaticus, qui enseignait la littérature grecque et latine afin de développer la culture générale et de préparer à l'enseignement de la rhétorique.

L'éducation supérieure pour les élèves de plus de seize ans est attestée à Rome dès le IIe siècle av. J.-C. Seule la rhétorique grecque y était alors enseignée. L'étude de la rhétorique romaine débuta tôt au Ier siècle av. J.-C. avec la fondation de l'école rhétorique romaine. Il existait ainsi deux systèmes parallèles d'enseignement de la rhétorique, l'un grec, l'autre romain, l'éducation y étant principalement littéraire bien que l'on prétendît également enseigner les principes moraux.

Les Romains accordèrent également moins d'attention que les Grecs à l'éducation physique, excepté celle destinée à l'entraînement des futurs soldats. Quand la pratique oratoire politique déclina sous l'Empire avec la perte de liberté politique, les écoles de rhétorique, toujours s'inspirant des Grecs, préparèrent leurs élèves à la carrière d'avocat ou d'administrateur dans les services publics. Les élèves qui voulaient poursuivre leurs études au-delà partaient habituellement pour Athènes ou Rhodes. Jules César, Cicéron, Octave et Horace étudièrent tous à l'étranger. Sous la République, les expulsions régulières de maîtres ou, à l'inverse, les mesures destinées à les attirer à Rome, manifestent l'attachement de l'État à un certain type d'éducation. Les empereurs et autres bienfaiteurs fondèrent quelquefois des chaires et des écoles publiques municipales, mais jamais l'État romain n'institua de magistrats chargés de contrôler les écoles.
(D'après : Dictionnaire de l'Antiquité - article Éducation, Université d'Oxford, Édition Robert Laffont, Coll. Bouquins).

Il n'est donc pas question de "démission des parents", mais plutôt d'influence de la civilisation grecque. Mais si l'éducation s'institutionnalise, elle ne quitte pas pour autant la sphère privée. Reste à savoir si cet enseignement de type "privé" était accessible au plus grand nombre ? N'a-t-on pas tendance à surestimer l'impact de l'éducation ?

En fait, même si, à Rome et dans les grandes villes, l'écrit était partout présent, une importante partie de la population (même urbaine) restait analphabète : "On admet que l'époque impériale est en matière de lecture et d'écriture une période d'extension. Chez Juvénal, sous la satire d'un enseignement médiocre et méprisé, pointe, malgré tout, l'idée que la scolarisation élémentaire touchait un nombre non négligeable d'enfants à Rome même. L'impulsion donnée par une administration vouée à la confection de documents écrits explique cette progression. Toutefois, la diffusion large de l'écrit n'était pas forcément en rapport avec le nombre de ceux qui savaient lire. Les textes officiels faisaient certainement l'objet d'une lecture collective sous la dictée de ceux qui étaient suffisamment alphabétisés. Les pratiques n'ont pas varié sur ce point avec l'Empire. Les contenus écrits ont évolué, mais ils n'ont pas touché moins de gens. L'exemple de l'affranchi Hermeros dans le Satiricon est justement cité : le personnage n'est pas vraiment alphabétisé, mais déchiffre l'écriture lapidaire et dit posséder quelques rudiments de calcul. Ce devait être un type répandu d'apprentissage non scolaire chez les gens de la ville et dans les domesticités urbaines. La haute culture individuelle était restreinte à une élite qui ne se limitait pas à l'aristocratie. La pratique réelle de l'écriture et de la lecture sous la houlette d'un pouvoir qui diffusait l'écrit dans les espaces publics permettrait de parler d'une « alphabétisation pauvre » relativement répandue, à Rome, mais aussi dans l'Empire, surtout en Italie" (Patrick Le Roux, Le Haut Empire romain en Occident d'Auguste aux Sévères, Édition du Seuil, Coll. Points - Histoire).

Pour terminer, j'ai trouvé sur Internet ces pages du site Musée vivant de l'Antiquité (Académie de Versailles) qui pourront peut-être vous fournir d'utiles renseignements sur le système éducatif romain (sans d'ailleurs faire aucune distinction entre l'époque de la République tardive et l'époque impériale) :

  • L'éducation dans l'ancienne Rome : Clic !
  • L'influence grecque : Clic !
  • es écoles romaines sous la république et sous l'empire (du IIe s. avant J.C. au Ve s. après J.C.) :
    • l'École du magister ludi : Clic !
    • L'école du grammaticus : Clic !
    • L'école du rhéteur : Clic !
    • L'école du magister juris : Clic !

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19 Novembre 2002

Sylvie a écrit : 

Les catalogues de numismatique ne sont pas très bavards quant aux principes de datation.

En Histoire les années impériales sont comptées de la mort d'un empereur à l'autre (ou à quelques semaines près le temps que le nouvel empereur reçoive du Sénat le titre d'Augustus).

En numismatique, il semblerait qu'on ne compte pas les années de la même manière. Elles semblent aller de janvier à janvier. En tous cas, les pièces ne sont pas cataloguées à cheval sur deux années. Quels principes sont appliqués ? La réponse ne devrait pas être difficile à trouver, mais à force d'éplucher les pages sans rien trouver j'en viendrais à perdre la vue !

Auriez-vous une idée bibliographique ou autre ?

Merci d'avance pour tout renseignement susceptible de me guider

RÉPONSE :

Je n'y connais pas grand-chose en numismatique, mais d'après ce que des personnes plus savantes que moi m'ont expliqué, la date d'émission des monnaies impériales romaines peut souvent être établie grâce aux légendes qui figurent généralement à l'avers (du côté "face") des pièces. C'est là qu'était mentionnée la titulature des empereurs, le nombre de consulats qu'ils avaient exercés moment de l'émission monétaire, le nombre de "Puissances tribunitiennes" qu'ils avaient reçues, et/ou le nombre d'acclamations impériales dont ils avaient été honorés. Ainsi, par exemple, une pièce de Vespasien qui mentionnerait : "VESPASIANUS AUG - TRP VI - IMP XI - COS V" (Vespasien Auguste, Tribun du Peuple pour la sixième fois, acclamé "général victorieux" pour la onzième fois, Consul pour la cinquième fois) daterait de 74 ap. J.-C.

À noter aussi que l'année civile romaine commençait le premier janvier, et que les deux consuls désignés donnaient leur nom à l'année de leur consulat. Par exemple, 74 ap. J.-C. fut l'année "IMP VESPASIANUS V - T CAESAR III", c'est-à-dire, l'année où l'empereur Vespasien était consul pour la cinquième tandis que son fils, le "César" Titus l'était pour la troisième fois.

La date d'émission des monnaies aussi pouvait aussi être indiquée (mais je crois que c'est beaucoup plus rare) depuis la fondation mythique de la Ville de Rome (AUC : "Ab Urbe Condita") en 753 av. J.-C. Selon ce système, notre année 74 ap. J.-C. était donc l'an 827 AUC.

Il existe naturellement sur le Net des tableaux de concordance "calendrier romain - calendrier chrétien", avec indication des noms des consuls désignés (voir par exemple ici : Clic !). En revanche, je pense qu'aucun site ne propose de listes exhaustives permettant de dater les monnaies sur base des magistratures exercées par les empereurs. Cela existe sûrement dans certains livres spécialisés, mais puisque je ne suis guère féru de numismatique, je ne pourrais vous en renseigner aucun.

Sylvie réécrit : 

Merci infiniment pour votre réponse précieuse, si précieuse que je me permets de préciser ma question. Vous écrivez : "C'est là qu'était mentionnée la titulature des empereurs, le nombre de consulats qu'ils avaient exercés moment de l'émission monétaire… À noter aussi que l'année civile romaine commençait le premier janvier, et que les deux consuls désignés donnaient leur nom à l'année de leur consulat."

Si je vous explique plus clairement la problématique à laquelle je suis confrontée, la réponse sera plus aisée. Il s'agit des pièces frappées par Pilate avec l'année de Tibère, à propos desquelles les historiens établissent les correspondances suivantes (d'un mois de septembre à l'autre, Tibère ayant été honoré comme Augustus le 17/9/14AD) :

  • 16e année : 29/30 AD (symbole impérial : le simpulum)
  • 17e année : 30/31 (symbole impérial : le lituus)
  • 18e année : 31/32 (symbole impérial : le lituus)

La présence de deux pièces avec le lituus, posées sur les yeux, ont été détectées sur le suaire de Turin. (voir ici : Clic !)

La mort de Jésus est généralement datée du 7 avril 30. Si les pièces frappées en Judée sous Pilate suivaient, elles aussi, comme je le suppose, les lois de la numismatique la 17e année devrait donc plutôt correspondre à l'année 30, de janvier à décembre. Les pièces étaient donc toutes neuves.

Donc la première année de Tibère, pour le numismate, allait du 17 septembre au 31 décembre de la même année. Je le dis par déduction ; ce que je souhaiterais confirmer en connaissant les sources romaines sur lesquelles on s'appuie dans la datation de ces années impériales.

RÉPONSE :

Maintenant je comprends mieux votre demande ! Évidemment, dans ce cas, la première année du règne de Tibère devait courir du 17 septembre 14 au 16 septembre 15, la deuxième du 17 septembre 15 au 16 septembre 16, et ainsi de suite… Mais comme cette logique historique ne correspond pas toujours à la logique numismatique, vous pourriez peut-être consulter ce livre sur les monnaies de Ponce Pilate que m'avait jadis renseigné son auteur J.-Ph. Fontanille (voir ici : Clic !). La numismatique ne se situant pas au premier rang de mes préoccupations, je n'ai pas lu cet ouvrage, mais je ne doute pas qu'il contienne des renseignements fort utiles à vos recherches.

Cela dit, j'avais, bien sûr, déjà entendu parler de ces pièces, ces leptons pour être précis, placés sur les yeux du Jésus du Suaire de Turin (sans doute un lepton lituus sur l'œil droit et un lepton julia sur l'œil gauche). Cependant, d'après ce que j'ai pu comprendre dans la documentation (très généraliste) dont je dispose, ces pièces posent de gros problèmes de datation même aux spécialistes. En effet, si tous s'accordent pour estimer que ces pièces furent émises par Ponce Pilate entre 29 et 32 ap. J.-C., les opinions divergent dès qu'il s'agit d'affiner cette estimation… Aussi, les plus modestes parmi les spécialistes du Suaire de Turin (je devrais plutôt écrire "les tenants de l'authenticité du Suaire") se bornent à constater que, conformément à la coutume juive du Ier siècle, des pièces de monnaies ont été posées sur le crucifié du Suaire, et que, ces pièces ayant été émises par Ponce Pilate entre 29 et 36 (peut-être plus précisément, entre 30 et 32 ap. J.-C.), ce supplicié était bien un contemporain du Christ. Bref, ces pièces les confortent dans leur foi en l'authenticité de la relique, et ils ne leur demandent rien d'autre.

monnaies suaire de turin

Quant vous, si j'ai bien compris, vous souhaiteriez que la date d'émission de ces leptons concorde avec celle de la crucifixion de Jésus.

Je peux me tromper, mais cela me paraît très difficile à démontrer. En effet, la date de la Crucifixion est aussi controversée de la date d'émission de ces monnaies ! Tout ce que l'on peut dire d'à peu près certain à ce sujet, c'est que l'exécution de Jésus aurait eu lieu entre 30 et 36 ap. J.-C. Certains historiens adoptent une chronologie "courte", qui fait mourir Jésus le 7 avril 30 ; d'autres optent pour une chronologie "longue" où Jésus est crucifié le 3 avril 33 ; d'autres encore estiment que, lorsque les Évangélistes racontent que Jésus est mort une veille de la Pâque, ils font de la théologie, pas de l'histoire, et que Jésus n'a pas été mis à mort avant la Pâque, mais bien avant la fête des Tabernacles, en automne 30 ou 33…

Vous voyez, il n'est pas facile de faire coïncider ces monnaies difficilement datables avec une crucifixion dont la date est également controversée. En fait, que ces pièces aient été frappées la 16e,, la 17e ou la 18e année du règne de Tibère n'a guère d'importance puisque Jésus a pu aussi bien être crucifié en avril 30, en octobre-novembre 30, en avril 33, en octobre-novembre 33, etc… La seule chose qui compte réellement, c'est que la présence de ces pièces constitue un élément important (de plus) en faveur de l'authenticité du Suaire.

N.B. Deux liens sur les pièces du Suaire :
  • Les marques visibles sur le suaire : Clic !
  • Shroud of Turin - Roman Coins : Clic !

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19 Novembre 2002

Michel a écrit : 

Je voudrais vous demander quelque chose au sujet de Vespasien.

J'ai lu cet après-midi encore votre article à son sujet, mais il y a une question qui me trotte en tête. Vespasien a-t-il simplement taxé les "pissodromes"… euh pardon, urinoirs, ou a-t-il inventé ces vespasiennes, ou existaient elles déjà de son temps, mais lui aurait inventé seulement la taxe.

RÉPONSE :

"Espèce d'urinoir public !"

Ça, ce n'est pas une insulte du capitaine Haddock, mais la définition de la vespasienne. Naturellement, le brave empereur Vespasien n'a pas inventé les latrines publiques. Il en existait déjà, et de fort belles d'ailleurs, à Rome à l'époque Néron (j'en parle dans une réponse à un courrier ici : Clic !).

vespasien

Bien qu'il fût un tantinet "près de ses sous" (il est vrai que Néron, avait, lui, littéralement jeté l'or par les fenêtres), cet empereur n'a pas non plus taxé les commodités publiques. Non, il institua seulement un impôt sur la collecte d'urine. Recueillie dans des jarres placées le long des rues, celle-ci était en effet collectée et livrée aux foulons (blanchisseurs) qui l'utilisaient comme source d'ammoniac, destiné à blanchir et à nettoyer les vêtements. Après Vespasien, les foulons durent payer une redevance au fisc pour recevoir cette urine qui, jusque-là, leur était fournie gratuitement.

"L'argent n'a pas d'odeur !" aurait (en substance) répondu Vespasien à son fils Titus que lui reprochait son âpreté au gain (voir Suétone : Clic !).

Quant au mot vespasiennes, mon dictionnaire historique de la langue française me précise qu'il est attesté pour la première fois en 1834 et qu'il désignait sans doute, à l'origine, des voitures qu'on tenta d'établir sur les grandes artères de Paris et dans lesquelles les passants pouvaient se soulager. Comme quoi, les vespasiennes furent d'abord ambulantes avant d'être fixes !

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19 Novembre

Olivia a écrit : 

Ma fille (12 ans) a eu un test et une question était : "C'est quoi, un siège romain ?".

Je n'ai rien trouvé… est-ce que vous pouvez nous répondre ?

RÉPONSE :

Effectivement, la formulation n'est pas des plus claires ! J'ai moi-même des difficultés à comprendre de quoi il peut bien s'agir. Examinons donc les hypothèses :

  • On raconte qu'un jour, une star de cinéma (j'ai oublié laquelle), fort émue d'être reçue en audience par Notre Saint-Père le Pape, aurait, bien plus confuse que confite, appelé le saint homme : "Votre Saint-Siège !"…
    Bon ! Quoiqu'il soit aussi romain que saint, je présume que ce n'est pas de ce siège-là dont il était question dans le "test" de votre fille.
  • Sauf si l'esprit de son examinateur était un peu tordu, il n'était sans doute pas question de mobilier non plus. À part les chaises curules (voir une illustration d'un de ces "sièges" ici, sur cette monnaie de l'empereur Philippe l'Arabe : Clic !), les Romains ne se distinguèrent pas particulièrement dans ce domaine.
  • Naturellement, je ne connais pas le contexte, ne s'agissait-il pas plutôt de décrire l'investissement (donc, le "siège") d'une ville ou d'une forteresse par l'armée romaine. Dans ce cas, vous trouverez certainement sur le Net des renseignements des "sièges romains" fameux : par exemple celui d'Alésia (voir, entre autres ici : Clic ! ou Clic !) ou celui de Massada (voir : Clic !, Clic !,ou Clic !)

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21 Novembre 2002

Selim a écrit : 

Je recherche actuellement des sites qui traiteraient à la fois de la religion et de l'armée sous l'empereur Julien.

Plus particulièrement, je travaille sur les Discours contre Julien (4 et 5) de Grégoire de Nazianze, ainsi que les Discours (12 et 18) de Libanios, et enfin mon travail s'appuie aussi sur Jean Chrysostome, dans In Inventinum et Maximinum martyres.

J'espère vivement que vous pourrez m'éclairer au plus vite. Ainsi je tiens toutefois a vous féliciter et vous remercier pour le travail que vous avez accompli sur votre site.

RÉPONSE :

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les diatribes de Grégoire de Nazianze contre Julien l'Apostat ne sont pas ce qui se fait de mieux en matière de charité chrétienne… et, s'il m'en souvient bien, la "Bouche d'Or" de Jean Chrysostome abritait également une langue fort acérée !

Malheureusement, ne connais guère les textes que vous mentionnez (surtout les Discours de Grégoire de Nazianze) que par le biais des quelques livres - études de bonne vulgarisation ou récits romancés - que je possède sur l'empereur Julien. Naturellement, comme ces ouvrages sont plutôt favorables à Julien, les discours enflammés du "bon" Grégoire ne sont en général cités que pour démontrer, au mieux, l'incompréhension, au pire, la haine des Chrétiens à l'encontre de "l'Apostat".

livre julien

Exemple : "Parmi les jeunes gens qu'il (= Julien) fréquentait à Athènes se trouvait un certain nombre de Chrétiens qui étaient loin de lui être favorables. Il y avait là, notamment, un certain Grégoire de Nazianze, qui poursuivait ses études de philosophie et éprouvait pour son condisciple une antipathie marquée. Supérieurement intelligent, mais haineux sectaire, il épiait ses moindres gestes pour les consigner sur ses tablettes et fourbissait en secret ses armes contre lui. Il suffit pour s'en convaincre de lire ces lignes qui, bien que rédigées quelques années plus tard, se rapportent à l'époque où Julien séjournait en Grèce : « Sa scélératesse ne fut révélée aux autres que lorsqu'il accéda au pouvoir et obtint ainsi licence de faire ce qu'il voulait. Pour ma part, je l'avais démasqué dès le moment où je le rencontrai à Athènes… Ce qui nie permit de le percer à jour, comme si j'étais devin, ce fut l'inégalité de son caractère et les excès de ses transports. je n'augurais rien de bon en voyant son cou sans cesse en mouvement, ses épaules branlantes comme les deux plateaux d'une balance, ses yeux agités qu'il roulait avec un regard d'exalté, sa démarche incertaine, un nez ne respirant qu'insolence et dédain avec la même expression dans les grimaces risibles de son visage, un rire intempérant et convulsif, des signes de tête accordant et refusant sans raison, une parole hésitante et coupée comme par une respiration pénible, des questions posées sans ordre ni intelligence et des réponses embrouillées qui se chevauchaient les unes les autres comme celles d'un homme dénué de toute culiture. » (Grégoire de Naziance, Discours n°5, 25). À l'en croire, Julien n'aurait été qu'un fou grimaçant, un déséquilibré relevant de la pathologie mentale. Mais ce portrait est trop poussé au noir pour qu'on n'y sente une volonté de dénigrement. À travers Grégoire de Nazianze, c'est toute l'opposition chrétienne qui commence à lever la tête, cette opposition qui allait recouvrir Julien d'un tel torrent de boue que sa mémoire en resterait souillée pendant des siècles" (Benoist-Méchin, Julien ou le rêve calciné, Librairie académique Perrin).

Vous voyez : en toute subjectivité, Benoist-Méchin stigmatise le manque d'objectivité de Grégoire de Nazianze ! C'est amusant, mais cette façon de procéder n'a que peu de rapports avec une analyste historique argumentée. D'ailleurs, ledit Benoist-Méchin n'a pas fort bonne presse auprès des vrais historiens qui lui reprochent sa sensibilité à la fois trop romanesque et trop "nietzschéenne" !

Mais, puisque ma connaissance des œuvres de ces deux "géants de l'Église" que fuent Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome se limite à ces considérations d'ordre général, j'en viens directement à ce qui vous intéresse, c'est-à-dire à quelques sites qui proposent (ou qui renseignent) des pages intéressantes (enfin, que je juge telles) sur l'Antiquité tardive (armée, religion, Grégoire de Nazianze, etc…) :

  • UCL (Université Catholique de Louvain) :
    • Site BCS (Bibiotheca Classica Selecta) :
      • Ressources Web concernant l'Antiquité tardive : Clic !
      • Ressources Web concernant l'armée romaine : Clic !
    • Centre d'Études sur Grégoire de Nazianze : Clic !
      • Gregory of Nazianzus Homepage : Clic !
    • Base de données de recherche sur Grégoire de Nazianze : Clic !
  • Site LacusCurtius - RomanSites :
  • Site "Litarba" de Pierre-Louis Malosse : Clic !
    • Sites consacrés à l'Antiquité tardive : Clic !
  • Site Emilia Robin
    • L'Armée romaine à partir du IIIe siècle : Clic !
    • Le Coin des historiens, Histoire ancienne : Clic !
  • The Roman Army page : Clic !
  • Site de Philippe Pijourlet - Politique et religion dans l'empire romain du IVe au VIIe siècle : Clic !
  • Society for Late Antiquity : Clic !

Voilà, c'est déjà tout ! Cependant, j'ai un peu peur d'avoir "enfoncé des portes ouvertes" en ne vous communiquant que des adresses que vous connaissiez déjà de longue date. Néanmoins, j'espère que certaines de ces pages vous sont inconnues, que vous y puiserez quelques informations utiles à vos recherches, ou qu'elle vous indiqueront l'endroit où les trouver.

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22 Novembre 2002

Bidzina a écrit : 

Est-ce que la date du baptême de sainte Hélène est connue ?

RÉPONSE :

Je ne crois pas que l'on connaisse précisément la date du baptême d'Hélène, la très sainte mère du sinistre Constantin. En revanche, l'historien ecclésiastique Eusèbe de Césarée nous fournit une indication quant à la date de sa conversion au christianisme. En effet, selon l'historien ecclésiastique, Constantin, après sa victoire du Pont Milvius remportée sur Maxence (en 312), aurait incité sa mère à embrasser le Christianisme : "Sous son influence (de Constantin), elle (Hélène) devint une servante dévote de Dieu, si bien que l'on eût pu croire qu'elle était disciple du Rédempteur de l'humanité depuis sa plus tendre enfance" (Eusèbe de Césarée, Vita Constantini, III, 47 - Voir Catholic Encyclopedia, art. St Helena).

Contrairement à ce que l'on croit communément (et à ce que sous-entendent encore certains auteurs ou sites Internet à vocation hagiographique - voir par exemple ici : Clic !), ce ne serait donc pas sainte Hélène qui aurait poussé son fils à favoriser mais les Chrétiens, mais exactement l'inverse. Car croyez bien que si Eusèbe de Césarée, cet historien contemporain de Constantin, dont le seul but était de glorifier la religion chrétienne, avait pu écrire, sans risque d'être désavoué par ses ouailles, que l'Augusta Hélène s'était convertie au christianisme bien avant son illustre fils (donc, soit au plus fort de l'épouvantable "persécution de Dioclétien", soit encore auparavant, quand la belle Hélène était la compagne chérie du glorieux César Constance Chlore), il n'aurait pas raté l'occasion de le faire !

À noter aussi qu'en ce qui concerne Constantin, c'est exactement le contraire : on est sûr de la date de son baptême (sur son lit de mort, en 337), mais la date de sa "conversion" au christianisme reste très controversée… Avant la bataille du Pont Milvius ("vision" de Constantin - in hoc signo vinces) ? après les assassinats de son épouse Fausta et de son fils Crispus (seule l'Église chrétienne lui aurait promis l'absolution de tels crimes) ? sur son lit de mort (par peur de l'enfer) ?
Peut-être même, au plus profond de son âme tourmentée ne renonça-t-il jamais à ces cultes solaires dont il avait été si longtemps un adepte convaincu ?

Qui peut sonder les consciences ? (Enfin, parler de "conscience" pour le cynique et cruel "saint" Constantin, c'est déjà énoncer une hypothèse fort hasardeuse !…)

helena

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23 Novembre 2002

Virginie a écrit : 

Auriez-vous quelques infos sur les funérailles impériales à Rome sous le Haut-Empire ?

RÉPONSE :

Je n'ai pas trouvé sur le Web de pages consacrées aux funérailles des empereurs romains, et la documentation dont je dispose n'est guère plus explicite. Heureusement, dans ses Vies des douze Césars, le brave historien latin Suétone nous donne quelques indications à ce sujet.

Évoquant les funérailles de l'empereur Claude, Suétone mentionne, comme en passant, qu'elles furent "célébrées avec toute la pompe impériale" (Vie de Claude, 45). Cela semble indiquer, d'une part, une cérémonie plus fastueuse que pour le commun des mortels, et d'autre part, que le rituel des funérailles impériales obéissait à un cérémonial traditionnel.

Mais en quoi consistait cette tradition funéraire, et à quel empereur remontait-elle ?

Évidemment, à Auguste, le premier empereur…

Reprenons donc notre Suétone et sa Vie d'Auguste :

Après la mort du premier empereur, les Sénateurs veulent lui accorder des funérailles et des honneurs posthumes inouïs, mais finalement, la raison l'emporte sur la douleur (ou sur la flatterie) : "On imposa des limites à ces honneurs. Tibère fit l'oraison funèbre devant le temple de Jules César ; et Drusus, fils de Tibère, en prononça une autre devant l'ancienne tribune aux harangues (les Rostres). Ensuite, les sénateurs portèrent le corps d'Auguste sur leurs épaules jusqu'au champ de Mars où il fut mis sur le bûcher et brûlé. Un homme, qui avait été préteur, ne manqua pas de jurer qu'il avait vu le fantôme d'Auguste s'élever vers le ciel après que son corps eut été brûlé. Les premiers de l'ordre équestre vinrent en tunique, sans ceinture et pieds nus, recueillir ses restes, et les déposèrent dans un mausolée qu'il avait fait élever pendant son sixième consulat, entre les bords du Tibre et la voie Flaminienne, et dont il avait dès lors ouvert au public les bosquets et les promenades" (Vie d'Auguste, 100 ).

Ce texte révèle sans doute là les principaux éléments constitutifs de funérailles impériales dignes de ce nom :

1. Oraison(s) funèbre(s) du successeur et/ou de proches parents de l'empereur défunt.

2. Cortège funèbre jusqu'au Champ de Mars.

Dans sa Vie de Vespasien, Suétone nous apprend aussi que, comme lors des obsèques de simples citoyens, cette procession solennelle pouvait être accompagnée d'acteurs, chargés d'imiter - et parfois de caricaturer - le défunt : "À ses funérailles (de Vespasien), le chef des mimes, nommé Favor, qui portait le masque de l'empereur et contrefaisait, selon la coutume, ses paroles et ses gestes, demanda publiquement aux gens d'affaires combien coûtaient le convoi et les obsèques. Comme ils répondirent : « Dix millions de sesterces », il s'écria : « Donnez-m'en plutôt cent mille et flanquez-moi dans le Tibre ! » (Vie de Vespasien, 19).

3. Crémation .

Si l'empereur est populaire, une personne de qualité ne manquera pas de voir son "fantôme", son numen ou son génie (nous dirions, "son âme") s'envoler du bûcher funéraire : cela justifiera l'"apothéose" du défunt, c'est-à-dire, sa déification, sa mise au rang des dieux (Voir ici : Clic !)

4. Les cendres et les ossements sont recueillis et placés dans une urne funéraire.

5. Cette urne est déposée dans un mausolée (en l'occurrence le Mausolée d'Auguste).

Il n'y a là rien d'exceptionnel. En fait, seule la qualité des intervenants distingue les funérailles impériales de celles des simples citoyens : l'oraison funèbre est prononcée par le successeur de l'empereur défunt ; des Sénateurs - les aristocrates romains, l'élite de la Patrie - portent le corps jusqu'au lieu de crémation, et les chefs de la classe des "chevaliers" (le deuxième ordre de l'État) recueillent les cendres et les conduisent à leur dernière demeure.

Éventuellement, vous pouvez également aller jeter un coup d'oeil sur les lignes que Suétone consacre aux pbséques de Caligula (Clic !), de Néron (Clic !) ou de Galba (Clic !). Cependant, ces empereurs ayant été assassinés ou étant morts dans des circonstances très particulières, leurs "funérailles", souvent improvisées, n'ont pu revêtir la solennité habituelle.

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23 Novembre 2002

Bidzina a écrit : 

La tradition d'Arcane, élaborée par l'église chrétienne, a été annulée après l'édit de Milan. Pourtant j'ai lu que cette tradition a existé jusqu'au Ve siècle.

Pourriez-vous me renseigner à ce sujet ?

RÉPONSE :

Excusez-moi, mais cette fois, et même après avoir bien cherché, je ne suis pas parvenu à savoir ce qu'était cette "Tradition d'Arcane" dont vous me parlez. Je ne peux donc vous donner aucun renseignement à son sujet… et j'en suis très sincèrement désolé.

nav vox - emp