|
Octobre 2002 (page 2/3)
Sommaire du mois d'Octobre : Clic
!
|
| |
| 13 Octobre 2002 |
| Dominique a écrit : |
| |
| Constatant la présence
de développements fort intéressants sur
le Christ, et de vos remarques à ce sujet très
pertinentes, je souhaiterais connaître votre avis
sur l'ouvrage d'Éric Edelmann "Jésus
parlait Araméen" (édition du Relié)
,sa démarche semble valable, au vu de la critique
générale, mais votre avis particulier et
pénétrant m'intéresserait beaucoup
|
| |
| |
|
|
| RÉPONSE : |
| |
| J'ai bien peur que vous n'ayez surestimé
mon érudition, car je n'ai pas lu le
Jésus parlait araméen
d'Éric Édelmann. Je ne puis
donc - et le regrette vivement - vous donner
mon avis quant aux thèses qui sont
développées dans ce livre qui,
au vu des infos trouvées à son
sujet sur Internet, me paraît en effet
fort intéressant.
Cela dit, je ne désespère pas
de combler prochainement cette lacune
Si du moins "mes" empereurs romains me donnent
un peu de répit afin que je puisse
me replonger dans cette "Histoire sainte"
qui m'intéresse au moins autant que
l'histoire de Rome.
N.B. : Quelques liens sur ce livre
:
- Planète Québec - Louise
Turgeon - Livres : Clic
!
- Radio Canada - Archives de l'émission
"Par quatre chemins" : Clic
!
- Religiologiques - Récension de
Chrystian Boyer : Clic
!
|
| |
|
|
|
| |
| Dominique réécrit : |
| |
| J'attends impatiemment votre
compte rendu de lecture, il est vrai que l'époque
romaine est passionnante, ne serait-ce que par la présence
d'un grand philosophe comme Sénèque
Cela étant dit, je vous transmets cette critique
acerbe d'une universitaire canadienne (voir ici : Clic
!) qui ne semble guère apprécier
l'ouvrage d'Éric Edelmann !
Personnellement je trouve sa critique
très "épidermique" voire émotionnelle,
son érudition certaine semble lui permettre cette
envolée lyrique contre ce pauvre philosophe mais
son contenu m'intrigue un peu, trop impulsive. J'aimerais
qu'elle en dise plus et plus calmement, je serais toujours
heureux d'avoir votre opinion ! |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| En fait, j'avais déjà repéré
la critique de Chrystian Boyer en cherchant sur le Net
des renseignements sur ce livre d'Éric Edelmann
dont je ne connaissais rien.
Du reste, et au risque de vous décevoir une nouvelle
fois, je suis assez d'accord avec ce qu'écrit cet
universitaire québécois : si la Peshitta
(dont j'entends ici parler pour la première fois)
est effectivement une traduction araméenne tardive
des textes néo-testamentaires, je ne vois pas très
bien en quoi elle pourrait s'avérer plus pertinente
que les manuscrits grecs plus anciens
Que la langue
maternelle de Jésus fut l'araméen ou non
ne fait rien à l'affaire : en bonne critique historique
ou littéraire, ce sont les sources ou les manuscrits
les plus anciens qui doivent être privilégiés,
un point c'est tout ! À première vue, prétendre
que, parce qu'écrite en Araméen, cette Peshitta
nous en apprendrait plus sur Jésus que les Évangiles
écrits en Grec, ce serait, mutatis mutandis,
comme affirmer que pour étudier l'Espagne du temps
de Philippe IV (milieu du XVIIe siècle), une traduction
espagnole récente (XXe siècle) du Ruy Blas
de Victor Hugo présenterait plus d'intérêt
historique que le texte d'Hugo !
Après tout, Ruy Blas parlait Espagnol, n'est-ce
pas ?
Quant à charger le texte des Évangiles
(qu'ils soient en Araméen ou en Grec) d'un sens
ésotérique, cela ne me paraît pas
non plus la meilleure façon de procéder.
Que ces textes datent (selon la thèse la plus optimiste)
de la fin de la deuxième moitié du Ier siècle
ou (selon les plus anciennes traces manuscrites) de la
fin du IIe siècle, ces documents, de composition
très complexe (et très controversée)
révèlent déjà l'influence
de plusieurs "traditions" chrétiennes parfois antagonistes.
Dès lors, les aborder de façon "sélective"
et subjective, en cherchant de quoi alimenter une "dimension
spirituelle" répondant à des préoccupations
contemporaines est, à mon avis, la meilleure manière,
non pas nécessairement de proférer de "brillantes
idioties", mais certainement de réaliser un
portrait de Jésus aussi éloigné que
possible d'une vérité historique déjà
fort ardue à cerner. Mieux vaut analyser les Évangiles
de façon globale et prosaïque, en restant
"au ras du texte", en tenant d'expliquer au mieux les
contradictions internes de chaque Évangile ainsi
que les relations des quatre Évangiles entre eux
!
Mais naturellement, loin de moi d'idée de "démolir"
un livre que je n'ai pas lu. Ce ne sont là que
des considérations d'ordre général,
et, en outre, je ne suis qu'un simple amateur, ni un exégète
comme Chrystian Boyer, ni un philosophe comme Éric
Édelmann. |
| |
| |
| Dominique
réécrit : |
| |
| Merci pour votre réponse
très éclairante, en effet il nous faudra
tout de même lire l'ouvrage en question ! En attendant,
j'ai tout de même envoyé ces quelques questions
à notre érudit universitaire. Watts demeurant
un de mes théologiens préférés,
j'attends sa réponse
Si cela vous intéresse,
je vous ferai part de son message de retour. |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Bien que je n'aie pas (non plus) l'honneur de connaître
Alan Watts, je serai ravi d'être informé
de vos investigations
Il ne faut jamais perdre une
occasion de s'instruire !
À bientôt donc. |
| |
| |
| Conclusion de Dominique : |
| |
| Voilà la réponse
de Chrystian Boyer !
Ni la philosophie,
ni la théologie n'est ma branche, je ne peux donc
pas juger de la compétence d'Allan Watts en ces
domaines. Je travaille sur l'histoire des origines du
christianisme, en particulier sur le personnage historique
de Jésus, et à, ce que je sache, Allan Watts
n'est pas un chercheur ayant travaillé sur la question.
Pour ce qui est de son propos que vous me citez,
je ne sais pas trop dans quel contexte il affirme ça,
mais si Jésus ne peut pas servir à forger/alimenter
une quête spirituelle - les chrétiens vous
diront le contraire -, ni être étudié
dans la perspective d'une quête historique - ce
sont maintenant les historiens qui vous diront le contraire
- alors les écrits du Nouveau Testament devraient
être mis à la poubelle et oubliés,
hihihi ! et tant qu'à y être, on devrait
aussi se débarrasser de la Bible au complet,
des tragédies grecques, des écrits de
Platon, d'Hérodote, des fables de Lafontaine,
et de plein d'autres choses
Bon, je blague un peu
Je sais que le personnage
de Jésus pose des problèmes à plusieurs
égards tant au niveau théologique qu'au
niveau historique. Mais l'étude du personnage
de Jésus n'est pas peine perdue, du moins en
ce qui concerne la recherche historique (je laisse à
d'autres le soin de travailler dans une perspective
théologique et d'en démontrer la possibilité
et la pertinence ; ce n'est pas mon domaine). On en
sait cent fois plus sur Jésus que sur plusieurs
personnages de l'Antiquité aussi importants qu'Alexandre
le Grand ou la plupart des empereurs romains
Il
y a évidemment des débats sur plusieurs
aspects du personnage de Jésus, mais les sources
et les méthodes historiques permettent de se
faire une bonne idée du personnage.
Si vous vous intéressez à la question,
je vous suggère, en français, le petit
livre de Charles Perrot, Jésus, publié
dans la collection "Que sais-je?" en 1998. C'est un
bon point de départ. Un peu plus académique
: Jacques Schlosser, Jésus de Nazareth,
Noesis, 1999. Ce sont à mon avis les deux meilleurs
ouvrages récents en français.
Vous trouverez une bonne petite bibliographie à
la fin de l'ouvrage de Schlosser. Je vous donnerai d'autres
références si vous le désirez.
Au plaisir
Chrystian Boyer
|
|
|
| RÉACTION
A CET ÉCHANGE DE CORRESPONDANCES |
| 31 Décembre
2005 |
| Franck
Bulinge a écrit : |
| |
Objet
: Débat Edelmann-Boyer
Je voudrais intervenir sur la position
de M. Boyer concernant l'ouvrage d'Éric
Edelmann.
Je suis moi-même scientifique et je
trouve que M. Boyer réagit de manière
abrupte en s'enfermant dans une vision historienne
exclusive. Je regrette qu'il qualifie d'idioties
un travail sans doute imparfait, mais qui
n'a pas d'autre prétention que d'explorer
philosophiquement un sujet par ailleurs tant
de fois abordé, et souvent de manière
moins sensible et intelligente. En écrivant
cet ouvrage, M. Edelmann ne se pose pas en
scientifique ou en historien du christianisme.
Dès lors, je ne comprends pas la réaction
virulente de M. Boyer qui, ce faisant, s'aventure
hors de son propre champ de compétences.
S'attaquer à l'ouvrage de M. Edelmann
au nom de l'esprit critique, c'est vouloir
interdire une herméneutique fondée
sur la foi, et imposer la doctrine du rationalisme
scientifique, laquelle n'est pas exempte de
critiques. À la lecture de M. Boyer,
autant interdire le Zohar et toutes les études
exégétiques, de la kabbale au
soufisme en passant par la mystique. Autant
supprimer la poésie et l'art en général,
puisqu'ils ne reflètent que l'imaginaire
et la sensibilité émotionnelle
de quelques illuminés. Il y a dans
la réaction de M. Boyer un dogmatisme
qui me fait peur, comme un relent d'autodafé.
J'ai lu avec plaisir l'ouvrage Éric
Edelmann et j'encourage sa lecture à
ceux qui, gardant les pieds sur terre, n'en
ont pas moins les yeux tournés vers
le ciel, cherchant à comprendre. Cette
relecture des évangiles apporte un
éclairage différent et leur
donne une autre dimension, que la catéchèse
chrétienne n'a jamais été
en mesure d'apporter. N'en déplaise
à M. Boyer, je relis régulièrement
certains passages de cet ouvrage vivifiant.
Tout en conservant mon esprit critique pour
les travaux scientifiques, je me plonge avec
délice dans cette "poétique
de l'irrationnelle" qui agit comme un
bain régénérant. Jésus
n'a-t-il pas dit : "qui n'accueille
pas le Royaume de Dieu comme un enfant n'y
entrera pas".
"Que celui qui a des oreilles entende
!" |
|
|
| |
| |
|
| |
| 15 Octobre 2002 |
| Hélène
a écrit : |
| |
| Je dois faire une recherche
sur Numa Pompilius ?
Pouvez-vous m'aider |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Et bien malheureusement non, je ne puis pas réellement
vous aider car Numa Pompilius, deuxième
roi légendaire de Rome (vers 715 - 673 av. J.-C.),
n'entre pas précisément dans le cadre strict
de mon site internet. Celui-ci est en effet consacré
spécifiquement à ces empereurs qui gouvernèrent
Rome six gros siècles après le règne
de votre ami Numa.
Voici néanmoins quelques adresses où vous
pourrez trouver des renseignements à son sujet
:
- Noctes Gallicanae - Abrégé d'Histoire
romaine - Numa : Clic
!
- Histoire romaine - la Rome royale : Clic
!
- Rome antique - les premiers rois : Clic
!
- Jackie Honoré : Résumé d'histoire
romaine : Clic
!
- Atrium - La royauté romaine : Clic
!
Désolé de ne pouvoir vous renseigner davantage. |
| |
| |
|
| |
| 15 Octobre 2002 |
| Kamel a écrit : |
| |
| J'aurais voulu avoir plus
de renseignements sur l'éviction de Septicius
Clarus et de Suétone en 122 par Hadrien.
La version "officielle" fait
état d'un manque de respect de la part de ces
deux personnages à l'encontre de l'impératrice.
Ne pourrait-il pas s'agir d'un
prétexte pour éliminer des personnalités
du règne précédent impliquées
dans une tentative de complot contre Hadrien par le
biais de l'impératrice, qui ne lui était
guère favorable ? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Parler de "version officielle"
pour qualifier les disgrâces de Septicius
Clarus et de Suétone, c'est peut-être
faire beaucoup d'honneur à Histoire
Auguste, ce tardif (au mieux fin du IVe siècle)
recueil de biographiques impériales souvent
assez fantaisistes, qui, à ma connaissance,
est la seule source historique qui relate ces faits,
somme toute anodins, du règne d'Hadrien.
Voici ce texte : "Il (= Hadrien) destitua
le préfet du prétoire Septicius Clarus,
le maître du bureau de la correspondance Suetonius
Tranquillus ainsi que beaucoup d'autres parce qu'ils
avaient eu vis-à-vis de son épouse Sabine
et à son corps défendant une attitude
plus familière que ne le tolérait l'étiquette
impériale". (Histoire Auguste, Vie d'Hadrien,
XI, 3 - trad. A. Chastagnol - Édition Robert
Laffont, coll. Bouquins).
Voilà, c'est tout ce que l'on sait
| Bien sûr, un "fonctionnaire"
comme Suétone ne pesait pas bien lourd,
mais, en revanche, il va de soi qu'Hadrien
n'aurait pas limogé à la légère
un personnage aussi important - et aussi dangereux
- que le préfet du prétoire. Alors,
il est probable que cette prétendue "attitude
familière" envers l'impératrice
cache autre chose de bien plus grave. Mais quoi
? Mystère !
On peut certes supposer
que Suétone et Septicius aient pu, en
quelque sorte, "manquer de respect" à
Sabine en l'entraînant, terrain miné,
dans des discussions subversives. C'est d'ailleurs
ce que sous-entend Marguerite Yourcenar (sans
évoquer le cas de Septicius) dans ses
célèbres Mémoires d'Hadrien
: (c'est l'empereur qui parle) "J'avais donné
à Suétone la place de curateur
des archives, qui lui permit d'accéder
aux documents secrets dont il avait besoin pour
ses biographies des Césars. Cet habile
homme si bien surnommé Tranquillus n'était
concevable qu'à l'intérieur d'une
bibliothèque : il resta à Rome,
où il devint l'un des familiers de ma
femme, un membre de ce petit cercle de conservateurs
mécontents qui se réunissaient
chez elle pour critiquer le train dont va le
monde. Ce groupe me plaisait peu : je fis mettre
à la retraite Tranquillus, qui s'en alla
dans sa maisonnette des monts sabins rêver
en paix aux vices de Tibère" (M.
Yourcenar, Mémoires d'Hadrien,
Éditions Gallimard).
Mais vu le caractère laconique de la
seule source antique, il est impossible d'aller
au-delà d'une simple hypothèse. |
|
|
| |
| |
|
| |
| 15 Octobre 2002 |
| Éric
a écrit : |
| |
| Quelques questions d'un
non-spécialiste :
1.
Le dernier empereur de Rome, Romulus Augustule, a
été exilé dans la villa de
Lucullus. Mais de quel Lucullus s'agissait-il
? Est-ce celui de la République, qui avait
vécu plus de cinq siècles auparavant
? Sa villa était donc toujours aussi réputée
pour recevoir un empereur en exil ? Où se trouvait-elle
exactement ? S'agit-il de cette villa dont les ruines
se trouvent à "Punta della Pennata", à
côté de Baies, et dans laquelle serait
mort Tibère ? Les auteurs en ont-ils donné
une description ? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| La Villa de Lucullus où
se serait retiré Romulus
Augustule était bien cette vaste demeure
construite par le rival de Sylla aux environs de Misène
(précisément à la Punta della
Pennata) et où l'empereur Tibère
serait mort en 37 ap. J.-C.
| La seule description que je connaisse
de cette villa est celle qu'en donne Edward
Gibbon dans sa célèbre Histoire
du Déclin et de la Chute de l'Empire
romain. Comme elle n'est pas très
longue, la voici in extenso, et dans
cette belle langue très XVIIIe qui est
celle de la traduction de M. F. Guizot : "La
généreuse pitié d'Odoacre
épargna un jeune homme (= Romulus Augustule)
qu'il ne pouvait craindre. En le bannissant,
avec toute sa famille, du palais impérial,
il leur assigna pour retraite la maison de Lucullus,
située dans la Campanie, et leur assura
un revenu de six mille pièces d'or. Les
anciens Romains, aussitôt qu'ils purent
respirer des fatigues de la guerre punique,
furent attirés par la beauté et
le charme des plaines de la Campanie ; et la
maison de campagne que Scipion l'Ancien fit
construire à Liternum offrit longtemps
un modèle de leur simplicité rustique.
Les côtes délicieuses de la baie
de Naples se couvrirent de maisons de campagne
; Sylla loua son rival d'avoir habilement placé
sa résidence sur le promontoire de Misène,
qui commande de tous côtés la terre
et la mer jusqu'aux bornes de l'horizon. Lucullus
avait acheté, peu d'années après,
la maison de Marius, et le prix était
monté de deux mille cinq cents livres
sterling à celui de quatre-vingt mille.
Le nouveau propriétaire l'embellit à
l'aide des arts de la Grèce et des trésors
de l'Asie ; les maisons et les jardins de Lucullus
tenaient un rang distingué dans la liste
des palais impériaux. Lorsque les Vandales
répandirent la terreur sur les côtes
de la mer, la maison de Lucullus, située
sur le promontoire de Misène, prit insensiblement
la forme et le nom d'une forteresse, retraite
obscure du dernier empereur de l'Occident. Environ
vingt ans après, on en fit une église
et un monastère pour y déposer
les restes de saint Séverin, et parmi
les trophées brisés des victoires
sur les Cimbres et les Arméniens, ils
y reposèrent en sûreté jusqu'au
commencement du dixième siècle
; les habitants de Naples détruisirent
alors cette forteresse, de peur qu'elle ne servît
de repaire aux Sarrasins". (Edward Gibbon,
Histoire du déclin
, Vol.
1, chap. 36, Éditions Robert Laffont,
Coll. Bouquins).
|
|
|
| |
| |
| |
2.
Avez-vous des informations, ou connaissez vous des
études ou articles traitant du rituel aulique
à la Cour de Rome et notamment savez-vous
si la pratique de la proskynèse "découverte"
par Alexandre le Grand était en vogue à
Rome ? |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| En ce qui concerne l'"étiquette"
en vigueur à la cour des empereurs romains,
je ne connais pas d'ouvrage spécifiquement
consacré à cette question. Je n'ai pas
non plus trouvé sur le Net d'informations à
ce sujet. Cependant, à ce qu'il me semble,
la proskynèse, cette prosternation
devant un souverain considéré comme
un dieu vivant, ne fut réellement imposée
à la cour impériale romaine qu'à
l'époque de Dioclétien
(fin du IVe siècle). Une cérémonie
d'ailleurs fort peu du goût des vrais "vieux
Romains" : Un siècle plus tard, l'historien
Ammien Marcellin semble encore n'apprécier
que très modérément ces courbettes
: "Ce fut Dioclétien qui, le premier à
se faire adorer de cette façon étrangère
et royale, alors qu'auparavant, nous savons que les
princes n'étaient salués que comme il
est d'usage pour les gouverneurs de province."
(Ammien, Histoires, XV, 18).
| L'attitude de Dioclétien
qui tranchait en effet avec celle adoptée
par les premiers Princeps, qui tenaient
mordicus à camoufler leurs prérogatives
véritablement royales sous des apparences
les plus républicains possibles. L'affabilité
d'Auguste
était proverbiale (Voir Suétone,
Vie
d'Auguste, LIII), et quand un citoyen voulut
un jour se prosterner devant son successeur,
l'empereur Tibère,
celui-ci, horrifié, eut un tel mouvement
de recul qu'il tomba à la renverse, les
quatre fers en l'air ! (Voir Suétone,
Vie
de Tibère, XXVII).
Bien sûr, des empereurs tels que Caligula
ou Néron,
qui voulurent (sans doute) transformer cette
autocratie hypocritement républicaine
qu'était le "Principat en une vraie monarchie
"de droit divin", tentèrent d'accorder
les fastes de leur Cour au caractère
prétendument divin de leur personne (Voir
: Suétone, Vie
de Caligula, XXII - et Vie
de Vitellius, II). Mais ces tentatives prématurées
- qui ne furent sans doute pas étrangères
à la fin tragique de ces empereurs -
échouèrent. Après la chute
de Domitien
et l'arrivée au pouvoir de la dynastie
dite "des Antonins", l'hypocrite simplicité
républicaine fut à nouveau de
rigueur : quoiqu'entouré de Prétoriens
armés jusqu'aux dents, et bien qu'il
disposât, finalement, du droit de vie
et de mort sur des "concitoyens" qui n'étaient
plus que des "sujets", le maître du Monde
romain se voulait affable et accessible à
tous
C'est du moins ce que prétendent
leurs panégyristes dont Gibbon n'est
pas le moindre : "L'aspect de la cour répondait
aux formes de l'administration. Si nous en exceptons
ces tyrans qui, emportés par leurs folles
passions, foulaient aux pieds toutes les lois
de la nature et de la décence, les empereurs
dédaignèrent une pompe dont l'éclat
aurait pu offenser leurs concitoyens, sans rien
ajouter à leur puissance réelle.
Dans tous les détails de la vie, ils
semblaient oublier la supériorité
de leur rang : souvent ils visitaient leurs
sujets, et les invitaient à venir partager
leurs plaisirs ; leurs habits, leur table, leur
palais, n'avaient rien qui les distinguât
d'un sénateur opulent : leur maison,
quoique nombreuse et brillante, n'était
composée que d'esclaves et d'affranchis.
Auguste ou Trajan aurait rougi d'abaisser le
dernier des citoyens à ces emplois domestiques
que les nobles les plus fiers de la Grande-Bretagne
sont aujourd'hui si ambitieux d'obtenir dans
la maison et dans le service personnel du chef
d'une monarchie limitée." (Gibbon,
Histoire du déclin
, Vol.
1, chap. III, Éditions, Robert Laffont,
Coll. Bouquins). |
|
Tandis qu'à partir de Dioclétien
(quelle horreur !) : "Lorsqu'un sujet obtenait
enfin la permission de paraître en présence
de l'empereur, il était obligé, quel
que fût son rang, de se prosterner contre terre
et d'adorer, selon la coutume des Orientaux, la divinité
de son seigneur et maître. Dioclétien
avait l'esprit éclairé avant de monter
sur le trône. Dans le cours d'un long règne,
ce prince avait appris à se connaître,
et il avait apprécié les hommes. Il
est difficile de croire qu'en substituant les manières
de la Perse à celles de Rome, il ait été
dirigé par un motif aussi bas que la vanité.
Il se flattait qu'une ostentation de splendeur et
de luxe subjuguerait l'imagination de la multitude
; que le monarque serait moins exposé à
la licence grossière des soldats et du peuple,
tant qu'il se déroberait aux regards publics
; et que l'habitude de la soumission produirait insensiblement
des sentiments de respect. Semblable à la modestie
affectée d'Auguste, le faste de Dioclétien
fut une représentation de théâtre.
Mais, il faut l'avouer, de ces deux comédies,
la première renfermait plus de noblesse et
de véritable grandeur que la dernière
: l'une avait pour but de cacher, et l'autre de développer
le pouvoir immense que les empereurs exerçaient
sur leurs vastes domaines." (Gibbon, Histoire
du déclin
, Vol. 1, Chap. XIII, Éditions
Robert Laffont, Coll. Bouquins)
Dieu qu'en termes élégants (et moraux)
ces choses-là sont dites !
|
| |
| |
|
| |
| 16 Octobre 2002 |
| Maryline a écrit : |
| |
| Je travaille actuellement
sur Quo vadis ? de Sienkiewicz, et j'aurais
voulu savoir si vous aviez des sites internet à
me conseiller pour trouver des informations sur l'uvre
et sur l'auteur. Parallèlement, si vous avez
aussi des lectures à recommander, je suis aussi
intéressée ! Il s'agit d'un travail
important, il me faut donc plutôt des renseignements
précis et de sources sûres.
J'espère que vous pourrez
m'aider, je compte sur vous ! |
| |
| |
| RÉPONSE : |
| |
| Au mois de janvier dernier, en mettant en ligne
une page consacrée à divers livres sur
Néron,
sa vie et son temps (Clic
!), j'avais effectué une recherche
afin de trouver quelques sites, aussi pertinents que
possible, sur le Quo Vadis ? de Sienkiewicz.
Je m'attendais à en trouver des myriades, or
j'ai été surpris (comme vous, sans doute)
de n'en trouver que quelques-uns, que j'ai d'ailleurs
repris sur cette page (Clic
!).
Si la plupart de ces liens sont d'un intérêt
très limité, parmi eux se trouve néanmoins
une véritable "perle" que vous permets de vous
recommander vivement : il s'agit d'un article traitant
du film de Jerzy Kawalerowicz, dernière adaptation
cinématographique en date de l'uvre majeure
de Sienkiewicz, écrit par Michel Eloy, un internaute.
Comme vous pourrez le constater, M. Eloy ne se contente
pas de "critiquer" le film en question, mais signe
une véritable étude sur les diverses
représentations de Néron, à l'écran
et ailleurs (pour le plan de ce copieux article, avec
liens directs vers ses différents "chapitres",
voir ici : Clic
!).
Outre cela, je ne vois pas grand-chose que je puisse
vous renseigner, et je demeure donc désolé
de ne pouvoir vous aider davantage pour votre travail.
|
| |
| |
| Conclusion
de Maryline : |
| |
| Merci infiniment pour votre
mail, c'est agréable de pouvoir communiquer
avec des internautes prêts à vous aider!
Le site "cinerivage" à
l'air effectivement très intéressant,
je l'ai d'ores et déjà mis dans mes
favoris :). C'est une information précieuse
pour moi.
Sachez que je suis intéressée
par tous les documents qui traitent de Quo vadis
?. N'hésitez surtout pas à me communiquer
des informations nouvelles si vous en decouvrez ! |
| |
| |
|

|