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Septembre 2002 (page 2/3)
Sommaire du mois de Septembre : Clic
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| 23 Septembre 2002 |
| Alexandre a écrit : |
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| Primo, chapeau pour ce site
consacré aux empereurs romains, quoi que certains
aient pu en dire (mais ils sont heureusement rares), le
ton y est bien agréable car il rend ces personnages
lointains plus proches de nous, plus humains. Je partage
tout à fait votre opinion sur les forums historiques
remplis de gens qui s'écoutent parler creux. Pour
certains, l'Histoire doit être telle qu'on leur
a raconté la première fois, pour eux c'est
de l'inamovible vérité et parce qu'elle
s'écrit avec un grand "H", elle ne peut avoir été
faite par de petits hommes : oui le grand Constantin éclairé
par la grâce avait aussi des lueurs de meurtres
dans les yeux
Pour d'autres (ça c'est pour
les forums) elle sert à cacher sous un flot de
pseudo érudition, leur manque du peu de bon sens
qu'il suffit pour comprendre.
Mais trêve de provocations,
j'ai plein de questions à vous poser, je n'écrirai
pas tout d'un seul coup, car il faut en garder sous le
pied. Encore un peu de pommade peut-être : je suis
Français et je suis très content qu'un site
comme celui-ci soit par un Belge, ça redonne un
peu d'espoir quant à ce qu'on nomme un peu chauvinement
chez nous "l'esprit français", qui s'il a une fâcheuse
tendance à se tarir dans notre pays, (sans vouloir
vexer mes compatriotes) survit dans la francophonie. Qui
sait, un jour peut-être la francophonie sauvera
la France ? ( J'ai un peu l'air de m'égarer
)
Bon à présent les
questions :
1.
À plusieurs reprises, et
notamment dans la bio d'Agrippine, vous évoquez
la crainte des historiens romains de paraître "révisionnistes"
s'ils arrangeaient le sombre tableau de la "charmante"
dame. En fait, j'aimerais discuter sur l'emploi du
mot révisionniste.
À mes yeux, on fait souvent la confusion entre
révisionnisme et négationnisme (je ne
crois pas que ce soit le cas ici). Moi je dis sans honte
que j'aborde l'Histoire d'un point de vu révisionniste,
je suis toujours prêt à douter des explications
propagandistes (l'histoire est toujours écrite
par les vainqueurs) et le révisionnisme est une
démarche qui, si elle conduit parfois à
des bêtises, reste quand même le seul moyen
"dynamique" si j'ose dire de réfléchir
autrement qu'avec les poncifs d'usage.
Je considère que votre façon de travailler
est révisionniste,
Eugène Cizek, quand il écrit son Néron,
l'est aussi.
J'ai l'air de pinailler beaucoup, cependant les mots
ont leur importance : si le mot désignant une
démarche intellectuelle est frappé de
"l'interdit du feu et de l'eau" comme disaient les Romains,
il n'y a plus qu'un petit pas vers la censure complète.
Je suis donc pour la réhabilitation du mot "révisionnisme".
Qu'en pensez-vous ?
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| RÉPONSE : |
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| Tout d'abord, un grand merci pour votre mail, aussi
flatteur que copieux. Je vais tenter de commenter vos
réflexions sans rien oublier, mais sans pour autant
me livrer à ces polémiques vaines et stériles
qui sont le travers principal de ces Forums que ni vous
ni moi n'apprécions des masses.
Et oui, c'est vrai, je suis Belge ! C'est comme ça,
et j'assume parfaitement cette "belgitude", sans en tirer
ni gloire ni honte. D'ailleurs, peut-être le fait
d'être citoyen de ce petit pays, si souvent occupé
au cours des siècles, n'est-il pas sans influence
sur mon scepticisme à l'égard des "épopées
historiques" de ces grands peuples "au destin européen,
voire mondial" qui, trop souvent, ont jugé opportun
vider leurs querelles de voisinage chez moi, laissant
leurs féroces soldats mugir dans mes
campagnes et les ravager ! Quant à votre espoir
de voir la "Francophonie sauver la France", j'aimerais
bien le partager, mais en ce qui concerne la Belgique
francophone, c'est plutôt mal barré ! En
effet, une récente étude a démontré
que parmi les Européens, c'étaient mes jeunes
compatriotes qui maîtrisaient le moins bien leur
langue maternelle (donc le Français)
La honte
! Alors, quand vous parlez de "tarissement de l'esprit
français", chez nous, on n'est guère mieux
loti
Si vous y tenez, j'accepte bien volontiers d'être
considéré comme révisionniste
Pour autant, bien sûr qu'on ne parle pas de la Shoah,
des chambres à gaz, ni des fours crématoires,
ni des camps de concentration ! Pourtant, tout "révisionniste"
que je sois censé être, la plupart des thèses
(un bien grand mot pour mes modestes pages) que je développe
dans mon site sont loin d'être révolutionnaires.
Par exemple, au XVIIIe siècle, Voltaire (entre
autres) émettait déjà de sérieuses
réserves sur l'étendue des persécutions
anti-chrétiennes. Suscitant l'ire des autorités
religieuses, il considérait aussi que la Bible,
ainsi d'ailleurs que les Évangiles, étaient
des uvres historiques "comme les autres", et devaient
donc être soumises à un examen critique et
historique rationnel. Autre exemple : la réhabilitation
de Néron
commença dès le XIXe siècle ; celle
de Tibère,
celle de Claude
et (à un moindre niveau), celle de Caligula,
au début du XXe siècle
Rien de bien
neuf sous le soleil !
Ce que j'écris est donc peut-être "révisionniste",
mais pas nécessairement original ou inédit. |
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2.
En réalité le révisionnisme est une
ré-interprétation permanente des faits historiques
avérés. Par contre le négationnisme,
c'est la négation des faits ou même leur
passage sous silence (certains oublis volontaires sont
des mensonges). "Jésus n'était pas juif",
ou refuser la connexion entre les juifs et Jésus
comme l'on fait les Chrétiens quand ils sont arrivés
aux commandes est une forme de négationnisme (sans
jeu de mots
). La genèse du problème
vient de l'emploi impropre du terme "révisionnisme"
par les intellectuels français pour désigner
les gens qui nient que la shoa ait existé. Pourquoi
cette confusion ? Parce qu'il est vrai que la frontière
entre les deux est ténue. Les historiens romains
eux, font du révisionnisme et du négationnisme
de propagande en taisant les aspects les plus noirs des
empereurs qu'ils servent. Les Pères de l'Église
furent eux aussi des grands champions de ce sport : c'est
une hypothèse que je pose mais comment se fait-il
que le Christ qui était rabbi, donc pouvant
se marier, n'ait rien ou pratiquement rien dit sur
la condition des femmes qui devaient faire partie
de ses centres d'intérêt puisque l'essentiel
de son message s'adressait au moins considéré,
aux plus humbles, aux derniers de la société.
Les femmes auraient dû être en première
place dans un message tel que celui-ci. Les quelques évocations
avec Marie Madeleine ou la vierge Marie nous laissent
un peu sur notre faim. Ce silence est assez peu vraisemblable,
on peut donc soupçonner les bons pères d'avoir
escamoté les parties de son enseignement qui risquaient
de remettre en question leur pouvoir phallocrate. |
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| RÉPONSE : |
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| "Et Salomé dit à Jésus
: - Qui es-tu, homme ? De qui es-tu donc né pour
être ainsi entré dans mon lit et avoir mangé
à ma table ? "
Cet extrait de l'Évangile (apocryphe) de
Thomas vous montre bien qu'on n'a pas toujours considéré
que Jésus vivait chastement, à l'écart
des femmes - ainsi qu'un "moine escouillé en cellule",
comme aurait dit le bon Rabelais. En fait, il vivait littéralement
entouré de femmes qui "l'assistaient
de leurs biens", comme le dit si joliment l'Évangile
de Luc : une Marthe , deux ou trois Maries, ladite Salomé,
Marie Madeleine
Plus une nuée de pécheresses,
d'impures, de femmes de mauvaise vie, etc
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Mais Jésus était-il
marié ? Naturellement, les Évangiles
n'en soufflent mot, mais il me paraît difficile
de croire qu'il n'ait pas été tant
les anciennes lois juives réprouvaient le
célibat. Un homme devait se marier tôt
et avoir une nombreuse descendance, pour la plus
grande gloire de Dieu et d'Israël ! En outre,
il me semble qu'à l'époque où
vivait Jésus, un "docteur de la Loi", un
"Rabbi" célibataire et sans enfants n'aurait
pas été très crédible
et n'aurait pas attiré grand monde.
Vous dites également que Jésus ne
s'est pas assez occupé du statut de la femme
et soupçonnez les Pères de l'Église
- souvent d'une misogynie exacerbée, il est
vrai - d'avoir "ratiboisé" le message divin
pour le compte.
Vous avez sans doute raison (en tout cas pour le
"ratiboisage"), mais - il faut lui rendre ce qui
est bien à lui - lors du mémorable
"procès" de la femme adultère, Jésus,
tenta de fonder une jurisprudence qui, si elle était
appliquée de nos jours, allégerait
considérablement le fardeau de bien des femmes
"lapidables" du Nigéria, d'Arabie ou d'ailleurs.
"Que celui qui n'a jamais lorgné vers
la femme de son prochain lui jette la première
pierre" recommanda-t-il à des machos
(sans doute jaloux de la bonne fortune d'un rival)
qui avaient jeté à ses pieds une donzelle
trop peu farouche à leur goût
Et paf dans les gencives des Tartuffes sanguinaires
de tous temps et de toutes religions ! |
Dernière chose à ce sujet : j'ai lu quelque
part que le célèbre Gérald Messadié
(l'auteur de L'homme qui devint Dieu, etc
)
vient de publier un livre sur Marie Madeleine (L'Affaire
Marie Madeleine, Éditions Lattès) où
il doit être question des rapports entre Jésus
et les femmes. Mais comme je n'ai pas (encore) lu ce livre,
je ne puis ni le commenter, ni vous le recommander. |
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3.
À ce sujet, discutons d'une
thèse sur ce brave Vercingétorix qui concerne
notre divin Jules. Dans un livre consacré au premier,
il paraît (j'avoue que je n'ai pas lu le livre,
on m'a exposé l'affaire) qu'il est dit qu'en réalité
Vercingétorix aurait été un
agent à la solde de César ?! On sait
que Vercingétorix a passé plusieurs années
dans l'armée romaine avant de se retourner contre
elle. L'idée générale est que César,
pour conquérir les Gaules, avait besoin d'anéantir
le pouvoir d'influence des druides. Quoi de mieux donc
pour le détruire que de noyauter une rébellion
que l'on fomente soit même pour mieux la contrôler
Personnellement, je trouve ça un peu fumeux
(comme quoi je ne suis pas nécessairement un
fanatique des nouvelles thèses). Cela fait de
César un être trop machiavélique
avant l'heure (il l'était sans doute) et surtout
réclame une maîtrise de tous les paramètres
en pratique impossible. C'est trop complexe, en politique,
c'est connu, les choses les plus géniales sont
les plus simples et pour réussir ce tour de force
qui était de couper les tifs de la Gaule chevelue,
il a fallu à César une bonne armée,
du génie militaire, un peu de manipulation et
beaucoup de bol.
Je vous recommande d'ailleurs, si ce n'est déjà
fait, la lecture de l'excellent "César" d'Eberhart
Horst aux éditions Fayard. Que pensez-vous de
cette thèse ? (Réponse ici : Clic
!)
Pardon pour ce mail un peu long,
qui est en fait un appel à débattre. |
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| RÉPONSE : |
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| Ah ça !
Vercingétorix aurait
donc été manipulé par César
! Ce grand benêt aurait donc fomenté
une révolte générale en Gaule afin
de permettre au grand Jules de massacrer les druides et
d'enfin parachever sa conquête ! Tout se laisse
écrire
Mais à mon avis, vous avez
raison de trouver cela tiré par plus de cheveux
qu'il n'y en avait sur les caboches de tous les Gaulois
de la Gaule Chevelue. Si c'était le cas, il faudrait
alors présupposer que, deux ans avant que votre
Vercingétorix ne lève l'étendard
de sa révolte, notre valeureux Ambiorix aurait,
lui aussi, été soudoyé par César
afin de soulever les tribus et la Gaule Belgique ; que
c'est à l'instigation de Jules qu'Arioviste aurait
traversé le Rhin pour envahir la Gaule ; et qu'enfin
que c'est encore ce machiavélique César
qui, en 58 av. J.-C., aurait poussé les Helvètes
à quitter leurs verts pâturages à
gruyère pour envahir le territoire des braves Éduens,
alliés des Romains, fournissant ainsi au grand
homme d'état romain le premier prétexte
de son intervention en Gaule !
En fait, je pense que la plupart des historiens sont
d'accord pour dire que la révolte de Vercingétorix
prit César
complètement au dépourvu et l'embarrassa
fort alors qu'il croyait la conquête achevée,
qu'il estimait la Gaule pacifiée, et qu'il tentait
désespérément de la présenter
comme telle à l'opinion publique romaine. En effet,
à cette époque (en 52 av. J.-C.), César
pensait dans doute être débarrassé
de la Gaule, avoir définitivement mis au pas ces
turbulents Gaulois, et avoir atteint tous ses objectifs
dans ce pays de sauvages. N'avait-il pas repoussé
les limites de l'Imperiuml romanum jusqu'au Rhin,
créant ainsi un vaste glacis qui protégerait
l'Italie d'éventuelles invasions germaniques (l'effroi
causé par celles des Cimbres et des Teutons n'était
pas encore retombé) ? Et surtout, grâce à
ses victoires en Gaule, César n'avait-il pas acquis
le prestige militaire qui lui faisait défaut jusqu'alors
? Grâce à cette gloire toute neuve, lui,
le politicien de génie, désormais reconnu
comme le plus grand stratège de son temps, pouvait
rivaliser avec Pompée sur son propre terrain, et
enfin contester le leadership exercé depuis
des décennies par le "Grand Homme" sur la scène
politique romaine. La seule chose qui intéressait
César, son seul but, c'était de devenir
le maître absolu de Rome
et dans cette optique,
la révolte du chef arverne tombait vraiment au
plus mauvais moment.
Non, vraiment, je ne vois pas comment on peut soutenir
une telle thèse. Surtout si elle se fonde uniquement
sur la "preuve" que Vercingétorix aurait servi
dans l'armée romaine (qui a dit cela ? Je n'en
trouve pas trace chez César). C'est même
faire insulte à l'intelligence du grand Jules (et
Dieu sait que le bougre n'en était pas dépourvu,
d'intelligence !) que de penser qu'il aurait risqué
ses conquêtes effectuées à grand-peine,
sa gloire, sa carrière, et même sa vie, seulement
pour magouiller un soulèvement-bidon, avec, à
la clé, une raclée mémorable à
Gergovie et un siège interminable, terriblement
dangereux, et horriblement coûteux devant Alésia
Et tout cela pour quoi ? Simplement pour se débarrasser
de quelques curetons cueilleur de gui !
Alea jacta est, d'accord
mais quand même
pas pour de telles bêtises. |
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| Alexandre
réécrit : |
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| Tout
d'abord, merci pour votre réponse qui m'a éclairée
sur des sujets que je maîtrise assez modestement,
notamment sur les évangiles et les remises en question
de Voltaire. Je n'ai pas fait de catéchisme et
il m'arrive de le regretter.(si, si !!)
Ensuite, j'ai vu dans vos archives
qu'un des internautes se demandait s'il subsistait des
traces archéologiques de l'activité industrielle
romaine. J'ai une information qui peut être
l'intéressera : les géologues travaillant
au pôle nord font des carottes de glace pour mesurer
le climat qu'il a fait durant ces 100 000 dernières
années. Dans les couches correspondant à
l'ère romaine, ils ont trouvé des traces
très importantes de plomb. Ces traces viennent
de l'exploitation intensive des mines à ciel ouvert
des Romains qui se sont répandues dans l'atmosphère,
puis déposées au pôle. Ils utilisaient
intensivement le plomb et particulièrement pour
faire leurs assiettes, bonjour le saturnisme
Sinon, dans un
tout autre registre, je voudrais vous demander pourquoi
l'hérésie d'Arius fit-elle si peur aux
chrétiens tenant de l'orthodoxie, et à votre
avis d'où lui vient son succès ? L'enjeu,
je crois, fut de taille puisque jusqu'à l'époque
de Clovis, l'église de Rome était en lutte
avec des chefs ariens (les Wisigoths il me semble). |
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| RÉPONSE : |
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| Puisque vous n'avez pas fait le catéchisme,
vous ne pouvez pas appréhender d'emblée
toute l'horreur de l'hérésie d'Arius
! Aussi, voici, en très gros, de quoi il s'agissait.
Nous, bons catholiques, savons parfaitement que Jésus,
fils unique de Dieu le Père, est à la fois
un vrai homme et un vrai Dieu. Jésus n'est donc
ni un ange, ni une créature céleste - quelle
détestable chose cela serait ! Non, non, Jésus,
bien qu'homme dans toute l'acception de ce terme, possède
la exactement même nature que Dieu le Père,
qui l'a "engendré et pas créé".
Bref, il est "consubstantiel au Père" (ce
qui, je vous le concède, ne veut vraiment pas dire
grand-chose, mais qui "en jette" néanmoins dans
la conversation).
Mais notre Arius, un prêtre qui vivait à
Alexandrie au début du IVe siècle, n'était
pas d'accord du tout avec cette saine doctrine. Pour lui,
le Fils (donc Jésus) n'avait pas du tout la même
nature que le Père. Celui-ci, qui était
le seul Dieu, absolument unique, ne pouvait ni ne voulait,
gros égoïste qu'il était, partager
sa divinité avec personne. Jésus n'était
donc qu'une créature de Dieu. Une créature
qui recelait, certes, quelques attributs divins, mais
qui était néanmoins mortelle, faillible
et vulnérable comme vous et moi. Même si
le Christ avait été une créature
unique qui, à force de persévérance,
de sainteté et de volonté, était
parvenue à s'élever jusqu'à une perfection
proche de la divinité, il y avait cependant, entre
lui et Dieu, la même distance incommensurable que
celle qui sépare le fini de l'infini.
En somme, en faisant du Christ un genre de demi-dieu
à la sauce chrétienne, Arius niait la divinité
du Christ, et, ce faisant, vidait le christianisme de
sa substance. Exit donc l'Incarnation et la Rédemption
!
Vous voyez qu'il avait de quoi frémir d'horreur
Mais, naturellement, ce n'est pas uniquement la dangereuse
hardiesse des thèses d'Arius qui inquiéta
tant les Chrétiens catholiques. S'ils furent épouvantés,
c'est surtout à cause du succès phénoménal
de cette doctrine pourtant très vite condamnée
par les autorités (Arius énonça ses
idées aux alentours des années 320, et elles
furent condamnées dès 325, au Concile de
Nicée).
Pourquoi ce succès me demandez-vous ?
Et bien surtout parce que la doctrine d'Arius était
bien plus simple que les dogmes orthodoxes. Sans doute
basée sur des traditions chrétiennes plus
anciennes que les constructions théologico-philosophiques
sur lesquelles, en ce début du IVe siècle,
commençait à s'élaborer "l'orthodoxie
catholique" officielle, l'"hérésie arienne"
proposait une hiérarchie des personnes divines
plus compréhensible, plus naturelle, que la Sainte
Trinité "officielle". N'était-il pas normal
que le Père soit plus grand que le Fils ? N'était-il
pas dans l'ordre des choses qu'un Fils dépende
de son Père et lui obéisse ? Et d'ailleurs,
Jésus lui-même n'avait-il pas proclamé
sa subordination au Père (dans l'Évangile
selon Jean) : "Mon Père est plus grand que
moi" !
| Il faut aussi dire que, bien que
l'empereur Constantin
ait soutenu la condamnation des thèses d'Arius,
l'empereur changea bienôt d'avis et estima
que, tout bien réfléchi, les idées
de ce soi-disant hérésiarque lui convenaient
mieux que le dogme officiel. Surtout que son fils
Crispus avait été soupçonné
de comploter contre lui !
"Le fils est l'égal du Père ? La
bonne blague ! Des idées subversives, oui
!" s'exclama alors (en substance) le Grand Constantin.
Et il commença à soutenir ardemment
les partisans d'Arius qui prêchaient une saine
doctrine, selon son cur, où les rejetons
d'un père illustre reconnaissaient de bon
gré leur position subalterne. C'est d'ailleurs
un évêque arien qui baptisa Constantin
le Grand (Saint Constantin !) sur son lit de mort.
Les fils de Constantin - surtout Constance
II, le moins dégénéré
des trois, celui qui survécut le plus longtemps
à son père - furent aussi de farouches
partisans de l'arianisme. Cette doctrine fut donc
bien près de l'emporter sur le catholicisme
"orthodoxe". Mais la fin de la dynastie constantinienne
allait empêcher le triomphe définitif
de l'hérésie, et finalement, dans
les dernières années du IVe siècle,
Théodose
se chargea, en bon fanatique qu'il était,
de liquider ses derniers vestiges et d'imposer,
par la force, le dogme orthodoxe du concile de Nicée.
Mais l'Église avait eu très chaud,
et très peur. |
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Elle eut à nouveau très peur au siècle
suivant, quand les hordes barbares, pour la plupart de
confession arienne commencèrent à envahir
l'Empire romain. Ces Barbares étaient devenus ariens
grâce un certain Ulfilas, lui-même Romain
d'origine gothique, qui, au milieu du Ve siècle,
avait converti son peuple au christianisme version Arius,
cette doctrine étant beaucoup moins abstraite,
beaucoup plus accessible que ce dogme catholique trop
philosophique, trop compliqué, bref, trop "romain".
Et, les autres peuples germaniques (Vandales, Suèves,
Burgondes, Lombards) ayant emboîté le pas
aux Wisigoths et aux Ostrogoths, c'est l'ensemble du monde
barbare qui avait basculé dans le camp arien.
Lors des grandes invasions du Ve siècle, ce ne
furent donc pas seulement des Romains et des "Barbares"
qui s'opposèrent, mais aussi des chrétiens
catholiques et des hérétiques ariens. Et
quand des royaumes "barbares" s'émancipèrent
de Rome (en Afrique du Nord, en Espagne, dans le sud de
la France et en Italie), ils furent dirigés par
des souverains ariens, parfois fanatiques et persécuteurs
(comme le vandale Genséric), parfois tolérants,
comme, en Italie, l'Ostrogoth Théodoric. Partout
en Occident, un clergé arien - national et "barbare"
- soutenu par le pouvoir royal, vint doubler un clergé
catholique, assez dédaigné parce que "romain".
La cause de l'orthodoxie semblait à nouveau compromise.
Heureusement, en Orient, l'empereur Justinien entreprit
la reconquête des côtes méditerranéennes,
détruisant au passage les royaumes ariens d'Afrique
du Nord et d'Italie, et restaurant l'orthodoxie dans ces
provinces, tandis qu'en Occident Clovis, le roi des Francs
abandonnait le paganisme pour se convertir, non à
l'arianisme, mais au catholicisme romain.
Ne pensez cependant que c'est poussé par une conviction
profonde que notre Clovis embrassa le catholicisme plutôt
que l'arianisme. En réalité, le roi des
Francs avait fait un calcul politique des plus habiles
car, en rejetant l'hérésie d'Arius, il se
ménageait des sympathies à l'intérieur
des tous les royaumes voisins où l'aristocratie
barbare et arienne ne représentait qu'une minorité
arrogante, détestée des gallo-romains catholiques.
Le baptême de Clovis, c'était davantage une
"machine à créer des cinquièmes colonnes"
chez ses ennemis qu'un acte de foi
Elle fonctionna
d'ailleurs parfaitement : les royaumes voisins de celui
de Clovis furent annexés ou démantelés,
et, en Occident, l'hérésie d'Arius ne survécut
pas à la chute de ces monarchies ariennes.
Vous voyez donc qu'outre l'extrême dangerosité
de sa doctrine, c'est surtout à cause de ses succès
que l'arianisme a littéralement terrifié
l'Église chrétienne.
Veuillez m'excuser si mes explications sont un peu simplistes
: il est vraiment difficile de résumer des matières
aussi complexes en quelques lignes. J'espère néanmoins
avoir répondu à votre question. |
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| Conclusion d'Alexandre |
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| Merci Lucien pour tes éclairantes
explications (au bout de trois mails, nous pouvons nous
tutoyer).
Très intéressant,
car c'est en effet une chose bien délicate à
saisir que cette consubstantialité du père
et du fils. Lorsque que l'on est agnostique (mais libre-penseur,
en réalité je n'ai aucune idée arrêtée
sur le sujet : je cherche en essayant de raisonner), on
voit le Christ comme un homme, un homme exceptionnel certes,
mais sans lui reconnaître ce statut divin. On fait
de l'arianisme sans même le savoir !!
Historiquement, il est fort logique
que des empereurs encore tout suintant de leur paganisme
aient préféré une doctrine qui leur
conservait une chance de rester des demi-dieux : si le
Christ n'était qu'un homme, alors pourquoi l'empereur,
ne serait pas son équivalent sur terre, ainsi un
empereur très brillant pourrait être deuxième
après dieu, à égalité avec
le Christ. Par contre la doctrine orthodoxe, si elle impose
la divinité du Christ, elle force les empereurs
à être les numéros trois du classement
puisque les deux premier (le père et le fils) sont
ex-æquo, si je puis m'exprimer ainsi. Quand on rêve
de toute puissance c'est beaucoup moins amusant
D'un autre côté, l'Arianisme
fut peut-être une transition nécessaire pour
de nombreuses peuplades barbares qui auraient eu du mal
à assimiler d'un coup la doctrine orthodoxe. En
effet, l'ensemble de l'empire lui, subissait le travail
de sape des Chrétiens depuis plus de deux siècles
et a donc suivi leurs évolutions, de plus l'organisation
très structurée de l'empire romain facilitait
probablement la diffusion de ces nouvelles idées.
Justinien et Clovis, une fois l'empire écroulé
par les barbares ariens, n'avaient plus qu'à les
convertir à grands coups de glaive évangélisateur.
L'étape deux était franchie.
Voilà, merci encore pour
tes précisions, c'est un vrai plaisir de "mailer"
avec toi.(Je ne tiens pas ma promesse de ne plus te harceler,
mais ceci n'est qu'un accusé de réception
) |
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| 25 Septembre 2002 |
| Stéphane
a écrit : |
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| Bravo ! Enfin un site sur
la Rome impériale qui laisse place à l'analyse,
à la critique franche et impartiale de sources
diverses - il faut en effet avouer que peu d'historiens
latins, et en particulier Suétone, ont écrit
quoi que ce soit avec impartialité. De plus,
il est agréable de lire ces épopées
folles dans un autre style que le "pompeux-classiciste"
qu'on trouve généralement dans les ouvrages
et encyclopédies sur le sujet.
J'ai une question à vous
soumettre et je pense que vous pourrez sans trop chercher
me fournir des liens ou infos inhérentes au site
même (je n'ai pas encore tout lu tant c'est riche
et étoffé). J'ai jadis "croisé"
le personnage de Locuste chez Suétone
(dans Agrippine et Néron je pense) - empoisonneuse
qu'on dit gauloise.
Une série de bandes dessinées,
Murena, que d'ailleurs je recommande chaudement,
la présente comme mi-femme, mi-Méduse
Sauriez-vous où se documenter
objectivement sur ce personnage qui fut la main assassine
sous Caligula (peut-être) et sous Claude et Néron
(avec certitude). |
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| RÉPONSE : |
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| Bonjour Stéphane, et, tout d'abord un grand
merci pour votre mail, (trop) élogieux. Jusqu'ici,
je n'avais pas conscience de m'être livré
à une critique impartiale de ce bon Suétone
qu'à vrai dire, je crains plutôt de maltraiter
parfois avec une mauvaise foi au moins égale
à la sienne
Mais enfin, puisque c'est vous
qui le dites !
Pour Locuste, à peu près tout
ce que l'on sait d'elle se trouve dans les Annales
de Tacite (XII, 66 et 13, 15) ainsi que chez notre ami
Suétone (Vie
de Néron, XXXIII
et XLVII).
Mais pour vous éviter des recherches un peu fastidieuses
(quoique non dépourvues d'intérêt),
voici, en gros, ce qu'il ressort des textes des historiens
antiques :
Comme vous le supposez, Locuste était peut-être
d'origine gauloise. Elle était déjà
condamnée à mort pour empoisonnement quand
Agrippine
lui aurait fait grâce à condition qu'elle
lui fournisse le poison qui allait la débarrasser
de son vieil époux, l'empereur Claude
- c'est du moins ce que prétend Tacite, car Suétone
est plus réservé sur la question. C'est
également Locuste qui aurait préparé
le poison fatal à Britannicus
- ou plutôt "les poisons" car, selon Suétone,
le premier toxique n'ayant provoqué qu'une violente
crise de diarrhée, Néron
somma Locuste de lui en préparer un autre, qui
fut foudroyant. Pour remercier sa complice de l'efficacité
de ses "médications", l'empereur lui aurait alors
offert de vastes propriétés et l'aurait
encouragée à former des élèves.
Locuste aurait également préparé
un poison pour faciliter le suicide de Néron,
mais l'empereur, trop douillet, n'aurait pas eu le courage
de l'utiliser. Enfin, Locuste aurait été
mise à mort sur l'ordre de Galba,
le successeur de Néron. Torturée avant
son exécution, elle aurait avoué tous
ses crimes
Ouais ! je parie que si on le lui avait
demandé "gentiment", elle aurait sûrement
reconnu également avoir empoisonné Alexandre
le Grand, Hannibal et Cléopâtre !
Dans son livre La Vie secrète de saint Paul,
Robert Ambelain émet une hypothèse judicieuse
selon laquelle l'empoisonneuse Locuste aurait préparé
à l'intention d'Agrippine
(décidément sa meilleure cliente) un poison
destiné, non à tuer son fils Néron,
mais à le rendre fou, donc incapable de gouverner.
Le jeune empereur n'absorba que de petites doses de
cette substance, mais il en garda certaines séquelles
qui expliquent son déséquilibre psychique.
Une thèse séduisante, mais totalement
invérifiable.
Dois-je aussi vous préciser que l'on ne connaît
rien de l'apparence physique de cette brave dame ? En
tout cas, il me semble peu probable qu'elle ressemblât
à cette créature mi-femme mi-méduse
qui, d'après ce que vous me dites, qui est censée
la représenter dans la fameuse bande dessinée
Muréna (que je n'ai, hélas, pas
encore lue
). |
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