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| 26 Juin 2002 |
| Michel
a écrit : |
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| Je suis
en train de me débattre avec Antonia
la Jeune
En fait, je suis tombé
(sans me faire mal d'ailleurs. ne vous inquiétez
pas !) sur un dupondius d'Antonia frappé
sous Claude. Ce qui m'avait surtout frappé
(normal pour une monnaie) c'est que l'avers
porte le texte :
ANTONIA AVGVSTA
Et le revers :
TI CLAVDIVS
CAESAR AVG PMTRP IMP PP - SC
Je me demande d'où
lui vient le titre d'impératrice ? Claude
aurait-il fait de sa mère "l'impératrice"
Antonia à l'instar de l'impératrice
Livie,
Antonia la Jeune est
bien l'épouse de Drusus, je crois ? C'est
aussi la mère de Claude, n'est-il pas
?
Seulement dans le Cohen
(Clic
!) il me semble qu'on fait un petit
mélange savant entre tous les Drusus
et Antonia dans tout ce cirque, que fait-elle
? Elle ne joue pas au billard au bistrot du
coin quand même, quand tout le monde se
trucide dans la joie ?
Tout le monde est d'accord
pour dire qu'elle est morte en 36/37, c'est
bien, mais pourriez-vous m'en dire, un peu plus
sur la fille d'Antoine, "The loser of Actium"
? Connaissez-vous sa date de naissance approximative.
Connait-on quelque chose de son rôle en
tant que mère de Claude ? S'il a fait
battre monnaie pour elle, c'est qu'il avait
quand même une grande admiration pour
sa chère maman ?
Je voudrais aussi avertir
vos internautes intéressés par
les monnaies romaines, qu'il y existe une monnaie
padouane de cette pièce mais avec au
revers un Claude barbu (!?!) au lieu d'Antonia
! Ceci au cas où
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| RÉPONSE : |
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| Vous avez excellemment résumé
à peu près tout ce qu'on sait d'Antonia
la Jeune (Antonia Minor). Car en fait,
à première vue, on ne connaît
pas grand-chose de cette brave dame qui fut pourtant
l'une des figures centrales de la dynastie julio-claudienne
(Clic
! et Clic
!). En effet, si l'on jette un petit coup
d'il sur un arbre généalogique,
on peut constater que cette petite Antonia n'était
rien moins que :
- La fille cadette d'Antoine
le Triumvir, le "loser d'Actium",
comme vous le dites si justement
- La nièce d'Octave
Auguste ;
- La belle-fille de l'impératrice Livie
(Livia Augusta, l'épouse d'Auguste) dont
elle épousa le fils cadet Drusus ;
- La belle-sur de l'empereur Tibère
(le frère son Drusus d'époux) ;
- La mère de Germanicus
et de l'empereur Claude
;
- La grand-mère de Caligula,
d'Agrippine
la Jeune ;
- L'arrière grand-mère de Néron
;
Rien que ça !
Et l'on pourrait encore ajouter qu'elle était
la belle-mère d'Agrippine
l'Ancienne (petite-fille d'Auguste
et épouse de Germanicus)
ainsi que la grand-mère de l'infortuné
Britannicus
!
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Mais si Antonia fut donc, sans
nul doute, un personnage "qui comptait" dans
la Rome du début du Ier siècle,
ce n'est pas pour cela que nous savons grand-chose
à son sujet.
Elle naquit en 38 av. J.-C. du mariage conclu
(pour des raisons purement politiques) entre
Octavie, sur d'Octave (futur Auguste)
et Antoine. Mais Antonia ne connut sans doute
guère son papa vu que ce grand pendard
d'Antoine quitta bien vite le domicile conjugal
pour s'en aller fourrer sa grande carcasse entre
les draps plus soyeux du lit de sa belle Cléopâtre.
La petite Antonia fut donc élevée
par sa mère, la fort digne Octavie, parangon
de toutes les vertus féminines romaines,
dans la maison d'Auguste
Ce qui, par parenthèse,
déforce quelque peu l'hypothèse
qui voudrait que c'est à cause de l'atmosphère
"orientalisante" qui polluait la maison de sa
mémé que Caligula,
petit-fils d'Antonia, songea à épouser
"à l'égyptienne" sa propre sur
Drusilla,
Vers 16 av. J.-C., Antonia la Jeune épousa
Drusus, fils cadet de l'impératrice Livie
(né de son premier mariage avec Ti. Claudius
Nero). De cette union naquirent trois enfants
: Germanicus,
Livilla (qui épousa et assassina l'autre
Drusus,
le fils de l'empereur Tibère)
et Claude,
le futur empereur.
Le Drusus d'Antonia, brillant général
à l'instar de son frère Tibère,
mourut dès 9 av. J.-C. des suites d'une
mauvaise chute de cheval en Germanie. Restée
veuve, Antonia ne se remaria pas. |
Aima-t-elle ses enfants ? Elle n'assista pas aux
obsèques de son fils Germanicus
(mort en 19 ap. J.-C.), mais on ne sait si l'on doit
mettre cette absence remarquée sur le compte
de l'indifférence, de la profonde douleur,
ou invoquer des raisons politiques (car ni Tibère
ni Livie
ne se montrèrent non plus aux funérailles
du "César" trop tôt disparu). Quant à
son fils cadet Claude,
Antonia le traitait publiquement d'avorton, d'ombre
d'homme, d'ébauche de la nature, et quand elle
voulait parler d'un imbécile, elle disait :
"Il est encore plus sot que Claude !" (Voir
Suétone, Vie
de Claude, III). Et enfin, le moins que l'on puisse
dire, c'est qu'elle n'inculqua qu'imparfaitement à
sa fille les premières vertus des matrones
romaines, c'est-à-dire la fidélité
et la soumission à son époux : pour
complaire à son amant, l'infâme Séjan,
Livilla empoisonna son Drusus
de mari !
À la mort de l'impératrice Livie
(devenue veuve d'Auguste),
Antonia recueillit chez elle les plus jeunes enfants
de Germanicus
: Caligula
ainsi que ses surs Drusilla
et Julia Livilla. Suétone, (toujours lui) rapporte
que ce fut cette digne vieille dame qui, dans l'horreur
d'une profonde nuit, eut le malheur de surprendre,
avec indignation et bouche en cul de poule, Caligula
et la petite Drusilla fort occupés à
des ébats qui n'avaient rien de fraternels.
Il faut cependant croire que Caligula n'en voulut
pas trop à sa vieille mémé de
cette intrusion dans sa vie privée, car quand
il monta sur le trône, il accorda à Antonia
les mêmes honneurs que ceux qui avaient été,
jadis, réservés à l'impératrice
Livie.
Cependant, l'historien Suétone prétend
que ce n'était là qu'hypocrisie ; qu'en
fait, l'empereur fou détestait la vieille Antonia
: "Il refusa un entretien particulier à
son aïeule Antonia, à moins que Macron,
chef de sa garde, ne fût présent. Les
dégoûts et les indignités dont
il l'accabla furent cause de sa mort, si toutefois
il ne l'empoisonna pas, comme quelques-uns le pensent.
Il ne lui rendit aucun honneur funèbre, et
de sa salle à manger il regarda les flammes
de son bûcher." (Suétone, Caligula,
XXIII)
Mais, naturellement, il ne faut
pas croire Suétone sur parole !
D'après les sources dont je dispose, la mort
d'Antonia la Jeune survint en 39 ap. J.-C.
Vous voyez, si l'on veut trouver des motifs affectifs
pour expliquer les monnaies que l'empereur Claude
fit frapper à l'effigie de sa vieille môman,
on doit supposer que, malgré toutes les avanies
dont elle l'avait abreuvé quand il était
enfant, ce fils "handicapé" vénérait
sa mère indifférente voire hostile
Cela peut certes arriver, mais à mon avis,
si Claude utilisa l'image de sa génitrice,
c'est surtout pour rappeler au monde entier que lui,
l'infirme et présumé benêt, était
né du même ventre qui avait porté
le grand Germanicus
! En outre, il ne faut pas oublier non plus que si
la famille de Germanicus ne fut pas exterminée
jusqu'au dernier, c'est sans doute parce que c'est
notre Antonia elle-même qui avertit l'empereur
Tibère,
reclus à Capri, des manigances de Séjan,
le démoniaque préfet du prétoire
qui voulait trucider tous ses héritiers potentiels
pour devenir lui-même "César à
la place de César". Bref, si Caligula
et Claude avaient pu survivre puis régner,
c'était uniquement parce que maman Antonia
avait "sauvé la baraque" en usant à
bon escient de son influence auprès de ce misanthrope
de Tibère, et cela, son impérial rejeton
ne pouvait l'oublier, même si la vie avec elle
n'avait pas toujours été comme un chemin
parfumé semé de roses odorantes !
Quant à la légende AUGUSTA (= "impératrice")
qui figure sur ces monnaies, elle n'est pas du tout
usurpée : comme je l'ai signalé ci-dessus,
le prédécesseur de Claude,
le fameux Caligula,
avait accordé à Antonia les mêmes
honneurs que ceux qui avaient été réservés
à l'impératrice Livie
dont, naturellement, la jouissance du titre d'Augusta.
Or, même si Claude arriva au pouvoir après
l'assassinat de son neveu, vous vous doutez bien qu'il
n'osa pas jeter à la poubelle toutes les mesures
prises par un empereur aussi populaire que Caligula.
Et surtout, il se serait bien gardé de retirer
à sa mère un titre dont, finalement,
le prestige rejaillissait sur lui !
(N.B.
: le dialogue
fictif qui suit résume
le contenu de quelques mails échangés
entre Michel - Webmaster du site Archeobel
- et "Lucien J. Heldé", responsable de
ces pages "Empereurs
romains") |
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| L.
J. HELDÉ : |
| J'espère avoir un peu éclairé
votre lanterne au sujet de cette "belle dame du temps
jadis"
Mais, de mon côté, je voudrais
quand même vous poser moi aussi quelques questions
, et pour commencer, celle-ci : d'après ce
que vous avez indiqué dans votre site, cette
monnaie d'Antonia est un "dupondius"
Kekseksa,
un "dupondius" ? La monnaie des "Dupond-Dupont"
des albums de Tintin ? |
| |
| Michel :
|
| Non,
un "dupondius", c'est un double as (ce que,
d'une certaine façon, les Dupondt étaient
aussi d'ailleurs !). Pour mémoire, à
l'époque d'Auguste,
les Romains disposaient des valeurs monétaires
romaines suivantes :
- 1 Aureus en or (bien
sûr, puis qu'il n'y avait pas de plastique
!) valait 25 denarii.
- 1 Denarius en argent
= 4 sesterces = 2 Quinaires
- 1 Quinaire en argent
= demi-denier = 2 sesterces
- 1 Sestertius en orichalque
(ancienne dénomination du bronze) = 4 as
- 1 Dupondius en orichalque
= 2 as ou valeur d'un demi-sesterce
- 1 As en cuivre =
2 semis = 4 quadrans
- 1 Semis en orichalque
demi-as ou 2 quadrans
- 1 Quadrans en cuivre
= 1/4 d'as
Donc si un pain coûtait
4 as et demi, et si je vous donnais un denier, vous
me rendiez un quinaire + 1 dupondius + 1 as + 2 quadrans
Assez simple non ? De quoi faire émettre des
flopées de bulles vertes à nos Dupond-Dupont
(voir : Tintin au Pays de l'Or noir) |
| |
| L.
J. HELDÉ : |
| Toujours sur votre site Archeobel,
j'ai été jeter un coup d'il sur
ce "potin" leuque que vous venez de mettre en ligne.
"Potin" !? Un nom bien fracassant pour une
menue monnaie, non ? |
| |
| Michel
: |
|
| Ce nom
"potin" désigne en fait le métal
dans lequel la monnaie était généralement
fondue
en réalité coulée
en chapelet (voir les petits bouts cassés
au bord des pièces).
Alors vous allez sans
doute me demander quel métal était-ce
que ce "potin" ?
Ici encore, les métallurgistes
ne sont pas d'accord entre eux, car ce "potin"
n'est rien d'autre qu'un amalgame composé
de cuivre, de plomb, de zinc, d'étain
et parfois d'un peu de fer, le tout mélangé
sans formule spécifique. Mais ne pensez
quand même pas que les Gaulois flanquaient
tous leurs vieux objets métalliques dans
une casserole, puis qu'ils passaient chez le
forgeron qui faisait fondre le tout pour en
fabriquer des espèces sonnantes et trébuchantes...
De tout temps, le monnayage a toujours été
une chose très sérieuse ! |
|
Cependant, comme toutes les questions
relatives aux monnaies gauloises sont controversées,
retenons seulement ici que le "potin" était un
amalgame de métaux fondus, et que cet amalgame
était, la plupart du temps, coulé dans
des formes "en chapelet". Quand le moulage était
refroidi, on ouvrait les moules, on coupait les "chiques"
de coulage à ras des monnaies, et les pièces
étaient prêtes à être émises.
Système "D" gaulois ! |
| |
| L. J.
HELDÉ : |
| Et ces fameux Leuques, qui étaient-ils
? J'ignorais jusqu'au nom de cette tribu
belge,
dites-vous ? |
| |
| Michel : |
| Ben oui, les Leuques
étaient des Belges ! Joyeux lurons d'ailleurs,
qui coupaient les têtes de leurs ennemis et
les conservaient dans du miel, enfermées soigneusement
dans un coffre. À chaque visite d'un hôte
de marque, le maître des lieux sortait de son
"magic box" ses têtes afin de prouver à
son hôte qu'il avait fait preuve de courage
en abattant tel ou tel malabar d'une autre tribu.
Comme quoi nous, les Belges, avons toujours eu des
murs paisibles ! Je crois que certains voyageurs
romains ont décrit ces scènes rigolotes
avant la venue de Jules
! Mais là, on revient à votre domaine ! |
| |
| L.
J. HELDÉ : |
| Cette recette de fromage
de tête au miel m'écure un peu
! Revenons plutôt à votre monnaie leuque.
Il faut être vraiment être malin (et avoir
de fort bons yeux) pour distinguer là-dessus
un taureau et un lis. Mais c'est cette fleur "de
lis" qui m'intrigue un peu : je croyais, peut-être
un peu naïvement, que cet emblème n'apparaissait
qu'avec les Mérovingiens. J'avais même
lu quelque part - mais je crains bien que ce ne soit
pas dans un livre sérieux - que la "fleur de
Lis" n'était en réalité que la
fleur de (C)L(OV)IS, donc de notre Clovis national
!
Mais, comme je vous le disais, je crois que
tout cela n'est sans doute guère sérieux ! |
| |
| Michel
: |
| Ne vous cassez
pas trop la tête avec ces "lis" ! Avec ces monnaies
gauloises, les numismates du XIXe se trouvèrent
devant un tel imbroglio de dessins différents
qu'ils durent "inventer" une terminologie pour rendre
compte de cette variété. Mais les termes
qu'ils employèrent (" tête désarticulée",
"volutes", "lis", "tête d'indien", "rameaux")
pour désigner ces dessins confus restent assez
arbitraires
Bref, comme il fallait donner des
noms sérieux, ils trouvèrent que "fleur
de lis" sonnait mieux qu'accolade, pissenlit (ou en
bruxellois crolles", "cervola", "bloumekei" "pot à
frites" etc
). |
| |
| L.
J. HELDÉ : |
| Avec ces marques presque invisibles,
et le grand nombre de tribus, l'attribution de
ces monnaies gauloises à telle ou telle nation,
ça ne doit pas être coton ! D'après
ce que j'ai vu sur le Net, il semble que les spécialistes
du disputent là-dessus comme larrons autour
de leur butin, une même pièce pouvant,
selon l'humeur de tel ou tel "expert", provenir des
Leuques, des Bellovaques, des Parisii, des Atrébates,
etc
Comment ils font, les spécialistes
? Ils jouent le coup aux fléchettes ? |
| |
| Michel
: |
| Je vois
que c'est avec promptitude que vous vous êtes
informé sur les monnaies gauloises !
En fait, ces pièces
gauloises sont reprises dans le bouquin "Atlas
de monnaies gauloises" écrit par
Henri de La Tour en 1892 (livre qui a été
revu et corrigé en 1992, puis plus tard
encore). Cependant vous avez tiré les
conclusions qui s'imposaient : tout le monde
n'est loin d'être d'accord sur l'exacte
attribution de certaines monnaies à certaines
tribus gauloises. Quant à moi, comme
il y va de notre patrimoine, je garde par-devers
moi une grosse poignée de ces monnaies
en guise de "souvenir" de notre période
gauloise et des délicates coutumes de
nos tribus "nationales". Pour ces monnaies que
je garde, la plupart des auteurs sont d'accord,
comme ça j'ai moins de risques d'erreur.
Vous vous rendez sans
doute bien compte que, pour nous, Belges du
centre du pays, posséder une monnaie
des Nerviens constitue un petit "trésor"
! Ou encore cette magnifique petite pièce
des Éburons qui nous rappelle immédiatement
le brave Ambiorix
(complètement cinglé mais courageux
bonhomme !).
Même usées
jusqu'à la corde je les aime bien, ces
monnaies des anciennes tribus belges : de temps
en temps, un peu de chauvinisme ne peut que
nous faire que du bien ! |
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| |
| L.
J. HELDÉ : |
| Certainement
Mais, tout légitime
qu'il fût, ce petit élan de nationalisme
nous a quand même pas mal éloigné
de notre point de départ qui était,
s'il m'en souvient bien, cette fameuse monnaie de
la digne Antonia Minor. J'ai maintenant reçu
une photo de ce "dupondius" que vous venez d'acquérir,
et je l'ai aussitôt mise "en ligne" dans cette
page. Cependant, aux yeux du profane que je suis,
elle paraît bien amochée cette pièce
N'avez-vous pas l'impression d'avoir été
un fifrelin "volé sur la qualité" ? |
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| Michel
: |
| Non non, c'est
normal, cette pièce est usée
mais
super rare ! C'est la deuxième de ce type que
je vois, et les vraies sont presque toutes dans le
même état. Tiens, peut-être serez-vous
intéressé par cette anecdote sur la
longévité de l'usage des pièces
romaines : selon un de mes correspondants, il
y a quelques années, on a retrouvé in
situ un demi-as de Nîmes (datant de quelques
années avant J.-C.) avec une poignée
de pièces datant des années 350 !
Alors ce n'est pas étonnant de retrouver des
pièces romaines dans le même état
que celle-ci. |
| |
| L. J. HELDÉ
: |
| Il avait vraiment l'esprit conservateur,
ce brave Romain du milieu du IVe siècle qui
enterra son propre porte-monnaie avec le reste des
économies de son arrière-arrière
(etc
) grand-mère de l'époque d'Auguste
!
Une petite chose m'étonne cependant dans cette
affaire. Si j'ai bien compris ce que vous me disiez
précédemment, le demi-as, c'était
bien une piécette de bronze, de très
faible poids, donc de très faible valeur, non
? Dès lors, n'est-il pas surprenant de retrouver
cette "mitraille" vieille plus de trois siècles
dans des "trésors" enterrés au moment
des invasions barbares (car je présume que
c'est de cela qu'il s'agit) ?
Je comprendrais aisément qu'on puisse retrouver
des "aureus" d'Auguste
dans ce genre de dépôt datant de la "Chute
de l'Empire romain", mais je saisis mal l'intérêt
de ces pauvres gallo-romains, pourchassés par
des hordes de Barbares en furie, à sauvegarder
de vieilles menues monnaies presque sans valeur !
Imaginez que Saddam Hussein (par exemple) envahisse
notre vaillante petite Belgique ; je me hâterais
peut-être d'enterrer au fond de mon jardin tous
mes Napoléons, mes Louis d'or ou autre Krugerrands,
histoire de ne pas me retrouver "sans rien" après
que les inévitables G.I. soient venus nous
libérer du joug irakien
Mais il m'étonnerait
quand même fort que je dépense mon énergie
- et peut-être les dernières heures de
ma chienne de vie - à récolter les vieilles
pièces trouées de vingt-cinq centimes
de feue ma vieille Bobonne et à les enterrer
avec les vraies valeurs monétaires ! |
| |
| Michel
: |
| Il y a une
explication toute simple ! À l'époque
d'Auguste,
une monnaie comme le demi-as avait encore un poids
d'environ 6 à 7 g de cuivre (ou, plus
souvent, une sorte de bronze simple - sorte de laiton).
Or, un bête nummus pesait entre 3 et
3,5 g de cuivre. Donc deux fois moins que l'ancienne
pièce qui était, de plus d'un meilleur
métal ! Ce qui veut dire que quand vous alliez
chez le boulanger de l'époque pour chercher
votre cramique du dimanche, le commerçant tirait
une drôle de tête quand vous sortiez votre
pièce de 3,5 g de vil métal ! Et si,
à côté, s'amenait un autre client
qui demandait 2 cramiques et 2 éclairs au chocolat
en sortant de sa poche un demi-as en bronze, de la
bonne vieille monnaie de "dans le temps", le boulanger
se précipitait et lui donnait tout ce qu'il
voulait !
Ce qui comptait, c'était
le métal, son poids et sa qualité !
C'est n'est pas du tout comparable avec nos monnaies
"fiduciaires" actuelles. À ces époques,
tout était fonction de la valeur du métal.
Votre exemple démontrant
l'absurdité de l'enfouissement de pièces
de 25 centimes de votre "Bobonne" est donc valable
pour notre époque, mais à l'époque
les valeurs étaient différentes.
Néron
(54 - 68 ap. J.-C.), le "crac" des dévaluations,
écorne déjà sérieusement
la valeur de l'as, et sous Trajan
(98 - 117), ce n'est déjà plus qu'une
toute petite pièce. Du point de vue monétaire
et numismatique, il est beaucoup plus difficile de
trouver un sesterce de l'époque de Claude
(41 - 54), car il s'agissait d'une pièce de
plus grande valeur, moins frappée, donc plus
rare, qu'un sesterce de l'époque de Trajan
(98 - 117)
Et si on continue d'encore avancer
dans le temps,, sous Antonin
le Pieux (138 - 161), il y a plein de sesterces,
mais ce sont les as qui deviennent rares, car cette
monnaie était devenue vraiment trop faible.
C'est époustouflant
de voir les dévaluations successives ! Vers
le IIIe siècle, presque chaque empereur change
de système monétaire et invente d'autres
pièces. Le denier ne valant quasiment plus
rien, on invente l'antoninien, ou double denier
(reconnaissable à la couronne à rayons
- couronne radiée - sur la tête
de l'empereur). Puis, en moins d'un siècle,
ce qui était un double denier d'argent devient
d'abord une pièce en billon pour finir en une
piécette de cuivre quasiment pur ! Dioclétien
(284 - 305) essaie de rétablir le système
monétaire en créant le follis,
mais, cinquante ans plus tard, ce follis de
cuivre, grand comme une pièce de 5 anciens
francs belges, avec une couche argentée, n'est
plus qu'une bête rondelle de cuivre de la moitié
de son diamètre original. Constantin
(306 - 337) remplace également l'ancien aureus
par le solidus, mais les affaires vont de mal
en pis !
Alors, vous comprenez bien que si,
à cette époque-là, en ce milieu
du IVe siècle, alors que tout - système
monétaire en tête - commençait
à "foutre le camp", un type s'amenait avec
les poches pleines à craquer de vieux demi-as
de l'époque d'Auguste, il avait largement de
quoi payer des tournées générales
dans tous les bistrots du coin !
Voilà l'explication
de ce demi-as de Nîmes dans un dépôt
monétaire de l'an 350 ! |
| |
| L.
J. HELDÉ : |
| C'est sans doute encore une question
de béotien
Mais toutes ces inscriptions
sur les monnaies romaines, "Consul X fois, Tribun
Y fois, Auguste, Imperator, Divin", etc
était-ce bien utile ? Ils n'étaient
pas un peu mégalos, ces empereurs romains ? |
| |
| Michel
: |
| Justement,
c'est grâce à ces inscriptions que les
monnaies romaines sont comme un livre ouvert sur l'histoire
de Rome. Comme il n'y avait ni journaux ni télé
à l'époque, les empereurs se faisaient
connaître en frappant, en quelque sorte, leur
curriculum vitæ (Consul, Tribun, Pontife,
Imperator, Auguste) sur l'avers de leurs monnaies.
Quant au revers, il leur servait à se vanter
de leurs victoires militaires ou de leurs autres hauts
faits
Le tout, évidemment, sous la protection
d'un dieu ou d'une déesse, histoire de prendre
l'Olympe à témoin de la véracité
de leurs vantardises !
D'autre part, la monnaie servait
aussi à annoncer la mort de tel ou tel empereur,
et que son successeur le divinisait, même si
c'était cet hypocrite qui l'avait trucidé
!
Et c'est
grâce à cela qu'on retrouve sur
les monnaies toutes sortes de faits facilement
datables. Hadrien
va en Égypte ? Magnifique ! Et bien,
on peut savoir en quelle année, car,
sur une pièce commémorative de
ce voyage, se trouve, par exemple, une mention
COS II ou III (consul pour la deuxième
ou troisième fois). Or on sait que le
consulat "X" d'Hadrien correspond à l'année
"Y" ou "Z" ap J.C. !
Il est donc toujours
très intéressant d'examiner soigneusement
les pièces romaines. Par exemple, aujourd'hui,
j'ai entre les mains une pièce avec le
texte : "IMP CAESAR VESPASIANUS AVG",
mais c'est la tête de Vitellius,
prédécesseur de Vespasien
qui y figure ! Ah ? Et bien c'est simple à
comprendre : quand Vespasien est nommé
empereur, il ne se trouve pas à Rome.
Mais les monnayeurs doivent fabriquer une nouvelle
monnaie pour leur nouvel empereur ! "Quelle
tête a donc ce type-là ?" se
disent les ouvriers de l'atelier monétaire
- "On ne sait pas, on a oublié de
faire sa photo !" - "Zut ! flûte
! qu'est-ce qu'on fait ?" Et le chef d'atelier
de dire : "Ça ne fait rien ! mettez
seulement le visage de l'autre dessus ! Il sera
encore temps de voir la tête qu'il a quand
il sera là !"
Et voilà, résolu
le mystère de la pièce (denier)
de Vespasien
avec la tête de Vitellius
! Vous pourrez dormir tranquille
Et moi
aussi ! |
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