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Sommaire Mai 2002 :

  • 10 Mai :
    • Quelques précisions sur Agrippa, l'ami d'Auguste : Clic !
    • Que signifient les "contremarques" figurant sur les monnaies romaines : Clic !
  • 12 Mai :
    • Où un fidèle internaute se pose des tas de questions sur l'esclavage, le divorce, le droit de vote et la condition de la femme dans la Rome antique : Clic !
    • … Ainsi que sur les causes et les effets de la "chute de l'Empire romain" : Clic !
  • 13 Mai :
    • Pour comprendre la Rome antique, un livre de Jean-Michel Thibaux : Clic !
  • 13 Mai :
  • 17 Mai :
    • Help ! Des infos sur une pièce romaine, SVP ! : Clic !
    • … Qui est, en fait, une monnaie de Caligula : Clic !
  • 19 Mai :
  • 20 Mai :
    • Les Romains étaient-ils de bons plongeurs ? : Clic !
    • Où Cléopâtre fait une bonne blague à Antoine : Clic !

PAGE SUIVANTE

  • 21 Mai :
    • Vie et mort de la IXe Légion Hispana : Clic ! 
  • 22 Mai :
    • Pourquoi la Guerre des Juifs et ses dramatiques conséquences ne sont-elles pas évoquées ? : Clic !
  • 22 Mai :
    • Des empereurs sans famille - Des descendants d'empereurs - Des latrines - La prise de Rome par Alaric : Clic !
    • De l'intérêt pour les empereurs romains d'avoir femmes et enfants : Clic !
    • Des descendants d'empereurs romains parmi nous ? : Clic !
    • Des "Latrines" ? Kekseksa ? : Clic !
    • Où trouver des infos sur la prise de Rome par Alaric : Clic !
  • 24 Mai :
    • Une question sur les noms romains : Clic !
    • … Et une fameuse volée de bois vert ! : Clic !
    • Du bon usage des noms romains : Clic !
    • Deux ou trois sites sur les Empereurs byzantins : Clic !
    • Un site de généalogie : Clic !
  • 25 Mai :
    • Quelques renseignements sur Jugurtha et Massinissa : Clic !
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"EMPEREURS ROMAINS"
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10 Mai 2002

Michel a écrit : 

Puis-je faire appel à vos lumières. Je suis en train de travailler d'arrache-pied à mon site Archeobel. Il est reconstruit à 70 %, mais comme j'ai fait l'acquisition d'un as d'Agrippa que je veux ajouter aux monnaies sur le site, il me faudrait quelques précisions. Je sais que le compère d'Octavien était né en -63 et qu'il a flanqué une raclée a Antoine-Charlton Heston a Actium, mais…

  • Son nom complet est-il bien Marcus Vipsanius Agrippa ?
  • Après avoir épluché votre site, j'ai cru comprendre qu'il est devenu co-empereur avec Guguste en -23, est-ce exact ?

Donc le gaillard n'a jamais porté le titre de "César", si je comprends à nouveau bien ? Ce serait trop beau de tout avoir compris du premier coup ! Vous voyez, je n'aimerais pas raconter de trop grosses tartes sur mon site, de là mes questions.

RÉPONSE :

Voici quelques infos que j'ai pu glaner sur Agrippa au fil de bonnes quelques lectures :

Marcus Vipsanius Agrippa vécut de 64 à 12 av. J.-C.. Comme vous l'écrivez, Il fut effectivement l'ami fidèle et le principal conseiller de l'empereur Auguste qui lui confia d'importants commandements militaires sur terre et sur mer. Entre autres, il battit Sextus Pompée en 36, puis commanda l'aile gauche à Actium en 31, contribuant ainsi à la défaite d'Antoine.

agrippa

Il est également vrai qu'en 23 av. J.-C., Auguste, alors très gravement malade, lui confia son sceau. Par ce geste, le Princeps semblait vouloir le désigner comme son successeur s'il venait à trépasser. Mais Auguste se remit parfaitement et, finalement, ne remit à son ami Agrippa "que" le gouvernement de la partie orientale de l'Empire. À ce moment, certaines mauvaises langues parlèrent même d'une disgrâce car, en fait de "grand gouvernement de l'Orient", le brave Agrippa ne quitta guère l'île de Lesbos où il consacra le plus clair de son temps à rédiger ses mémoires ainsi qu'un commentaire géographique, œuvres aujourd'hui perdues. Il ne revint à Rome qu'après la mort de Marcellus, le jeune héritier "officiel" de premier "empereur" pour se voir confier l'administration de la capitale et être marié Julie, la fille unique d'Auguste, ce qui était loin d'être un cadeau ! Pourtant, ce mariage semble avoir été heureux, et en tout cas prolifique : cinq enfants en naquirent, parmi lesquels Caius et Lucius Cæsar, qui furent adoptés par Auguste, mais qui moururent jeunes (respectivement en 2 et 4 apr. J.-C.), et Agrippine dite "l'Ancienne", la future épouse de Germanicus.

C'est seulement en 18 av. J.-C., à la naissance de Caius, l'aîné de ses fils, qu'Auguste le nomma co-régent. Agrippa partit alors en Gaule pour y poursuivre l'œuvre de pacification de son beau-père, puis assuma à nouveau le gouvernement général de l'Orient d'où il ne revint que vers les années 12/13 av. J.-C. pour mener une expédition en Pannonie. Il mourut en mars 12 av. J.-C.

Agrippa, dont les goûts personnels étaient restés très simples, fut un administrateur honnête et capable. Il consacra une bonne partie de son immense fortune (acquise sans doute grâce à son premier mariage avec Attica, la fille d'Atticus, l'ami de Cicéron) à l'embellissement de Rome (Panthéon et les premiers thermes romains) ainsi qu'à l'amélioration de l'infrastructure routière de l'Empire (il est à l'origine du réseau de grandes routes rayonnant à partir de Lyon). On lui doit également la rénovation du système d'adduction d'eau et d'égouts de Rome.

Pour répondre plus précisément à votre question, vous me paraissez avoir tout compris du premier coup ! À première vue, Agrippa ne porta jamais le titre de "César". D'autant plus qu'à ce qu'il me semble, à cette haute époque de l'Empire, le nom "César" n'était encore réservé qu'aux membres de la famille des "Jules" (Julii). Octave ne devint "César" qu'après avoir été adopté par le grand Jules… et comme Octave-Auguste n'adopta jamais son ami Agrippa, celui-ci ne porta jamais ce surnom familial qui ne deviendra réellement "titre impérial" qu'après l'exctinction de la dynastie Jullo-claudienne, avec et à partir de Galba. En revanche les fils d'Agrippa et de Julie, c'est-à-dire Caius, Lucius et Agrippa Postumus, qui furent adoptés par Auguste, portèrent effectivement le nom de "Cæsar".

Voilà, j'espère que vous vous y retrouverez dans toutes ces explications quelque peu filandreuses, j'en conviens.

Michel réécrit :

Vous m'en avez appris plus que je n'aurais espéré et je vous remercie pour ce travail que vous avez livré en un temps record. Moi je vais mettre : co-régent à partir de - 18 jusqu'à -12, comme ça, si puriste il y aura, il ne me découpera pas en rondelles !

Archeobel est donc à nouveau visitable, j'y ai ajouté des pièces et il en viendra encore quelques-unes durant la semaine prochaine (céramique et pièce de monnaie de … bien sûr Agrippa avec tonton Neptune au revers ! (attention, elle portera l'intéressante contremarque "TICA" : Tiberius Cæsar !).

as agrippa 1
as agrippa 2

RÉPONSE :

J'ai été admirer votre Archeobel tout fraîchement repeint et ai corrigé les liens qui menaient de mon propre site à vos jolies pages. Cependant, vous m'avez intrigué avec cette histoire de contremarque "TICA". J'ignorais tout de cette pratique (mais il est vrai que je ne connais pas grand-chose en numismatique). J'ai tenté de me renseigner à ce sujet sur d'autres sites internet, mais n'ai pas réussi à me faire une idée précise de la signification de cette pratique : cette mention veut-elle dire que cette monnaie avait cours légal sous Tibère (ou Claude), ou, inversement, qu'elle fut démonétisée à l'époque d'un de ces empereurs (mais dans ce cas, je comprendrais mal pourquoi elle n'a pas été purement et simplement fondue) ? Serait-ce trop vous demander d'éclairer un peu ma lanterne à ce propos ? Ce n'est pas que cela m'empêche de dormir, mais il ne faut jamais perdre une occasion de s'instruire…

Réponse de Michel :

La numismatique romaine a, tout comme l'histoire des empereurs, un côté que vous appelez "filandreux" ! Ce fameux as d'"AGRIPPA" a été frappé principalement sous Tibère et sous Caligula. On penserait que la pièce serait de période augustéenne, mais je crois que c'était le moindre des soucis d'Auguste que de faire frapper une pièce pour son compagnon Agrippa. Ce sont Tibère et Caligula qui s'en sont chargés et selon que la pièce a été utilisée soit sous l'un ou sous l'autre, il y figure une contremarque.

Les contremarques sont très courantes en numismatique romaine. En fait les pièces étaient, suite à l'usage, repesées de temps a autre et contremarquées (bonnes pour le service) ou pas. Sous Tibère, la pièce n'a pas mal circulé et, de plus, elle a continué a être employée sous son successeur. Il y a mieux encore ! On a retrouvé des pièces de Claude encore en circulation sous Trajan etc… Vu l'entendue de l'empire, ne furent seulement refondues que les pièces usées qui, par hasard, retournaient dans un atelier monétaire. Une chance que cela n'est pas trop pratiqué car, autrement, on n'aurait plus autant de pièces romaines sur le marché au jour d'aujourd'hui !

De ce fait, certaines pièces sont franchement usées jusqu'au bout. D'ailleurs, si on regarde en France, vous allez voir que certaines pièces datant de la révolution de 1789 (double et simple "sol") ont encore été utilisées en France jusqu'avant la 2e guerre ! Incroyable mais vrai, confirmé par les numismates français ! C'est pour ça que cette pièce est souvent retrouvée à l'état de flan quasi lisse ! La même chose se produisait déjà chez les Romains. Les contremarques ne pouvaient seulement être frappées que dans les ateliers monétaires officiels qui possédaient les poids monétaires requis pour ce contrôle de qualité, comme on l'appellerait aujourd'hui. Ils auraient eu beau faire avec nos crasses d'eurocents en fer cuivré. Essayez donc et introduisez un aimant dans votre porte-monnaie, vous allez voir tout ce qui y adhère et dans quel état certaines pièces sont déjà après 5 mois d'utilisation !

Bref, si vous intéressez un peu à la numismatique romaine, je vous conseille de visiter le site suivant qui reprend l'ouvrage de Cohen, qui en 1887 a fait un relevé et une description de toutes les pièces romaines - le pauvre garçon y a passé sa vie ! (voir site i.numis.com : Clic !) Je crois que ça vous passionnera ! Surtout qu'il décrit aussi la partie historique de chaque empereur et de petits détails savoureux concernant certaines monnaies.

Si je ne suis pas parvenu à vous répondre exactement, Cohen se chargera de vous donner les détails. Si je puis me permettre une petite remarque : Faites attention avec la numismatique romaine car elle agit comme une drogue ! Une fois qu'on y a pris goût, plus moyen de s'arrêter ! Cela provient du fait que les empereurs frappaient des monnaies suivant les événements dans l'empire. Comme le journal parlé n'existait pas, les empereurs informaient les citoyens avec leurs monnaies où figuraient tel ou tel fait, victoire, nomination comme consul etc… En fait elles sont une mine d'information sur l'histoire romaine !

RÉPONSE :

Encore un grand merci pour tous ces renseignements précis, circonstanciés et amusants à la fois. J'aurais bien dû me douter que ce mégalomaniaque égoïste d'Auguste n'aurait jamais toléré que quiconque fasse de l'ombre à son immense gloire, pas même son vieux copain Agrippa à qui il devait pourtant les trois-quarts de son trône. En revanche, il était assez logique que Caligula glorifie son grand-père maternel ! Voilà donc ma lanterne éclairée… Mais pour le reste, ne vous en faites pas : vous ne courez pas grand risque de m'inoculer le virus de la numismatique, même romaine, car je n'ai vraiment pas l'âme d'un collectionneur !

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12 Mai 2002

Jean-Michel a écrit : 

Comme je vous l'ai expliqué lors de précédents courriers, votre site m'a donné le goût d'approfondir cette société gallo romaine. Je me suis mis à la numismatique et tres naturellement, j'ai profité des jours fériés de mai pour aller passer 10 jours en Provence, le Pont du Gard, les Arènes de Nîmes, le théâtre d'Orange, Vaison-la-Romaine, Glanum, etc… Superbe, passionnant et confirmant la proximité de nos deux civilisations. Mais accompagnement très variables suivant les guides, inexistants, rapides, ou très intéressants.

Au cours de ces visites, quatre questions se sont posées à moi sans réponse, et je me permets de vous les poser. Elles vous paraîtront peut-être simplistes, mais je n'ai pas trouvé de réponse dans les quelques livres que je possède. :

1. L'esclavage sous cette civilisation, qu'en est-il ? Jusqu'à quelle période ?

2. Le divorce, même question,

3. Le vote, qui votait et pour qui ? Tout le monde ? Les femmes ?

4. Les femmes et les spectacles. On nous a dit que les femmes assistaient au théâtre, et Ovide en parle comme d'une occasion de "drague", cela veut-il dire qu'elles n'assistaient pas aux autres spectacles ? Arènes, cirque ?

RÉPONSE :

Vous appelez cela des questions simplistes, vous ! À ce qu'il me semble, des livres entiers n'épuiseraient pas d'aussi vastes problèmes que l'esclavage, les coutumes matrimoniales, l'exercice de la citoyenneté et la condition féminine dans la Rome antique. Tout cela pour vous dire que ces questions complexes vont un peu (beaucoup) au-delà de mes compétences historiques comme elles débordent du cadre strict de mon site de biographies impériales. Je ne puis donc que vous livrer en quelques mots mes impressions (et surtout mes interrogations qui rejoignent les vôtres) sur ces sujets problématiques :

1. L'esclavage. Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, le christianisme n'a pas remis en cause la légitimité de cette pratique qui était, à vrai direct un des piliers de l'économie antique. Saint Paul écrivait (Épître à Tite, 2 : 9) : "que les esclaves soient soumis à leur maître en toutes choses, qu'ils leur donnent toute satisfaction, qu'ils ne répliquent pas, qu'ils ne commettent aucun vol. Qu'ils montrent au contraire une totale soumission afin de faire en tout honneur à la doctrine de Dieu, notre Seigneur". Il y aura des esclaves en Occident pendant tout le Moyen Age, et encore bien après dans les pays méditerranéens. Quant à la condition des esclaves romains, elle variait grandement d'un maître à l'autre, mais elle était toujours psychologiquement épouvantable et souvent éprouvante physiquement, et les jeunes esclaves (mâles ou femelles) n'étaient que trop souvent réduits à la condition de jouets sexuels. (N.B. : La revue L'HISTOIRE a publié récemment un article de Jean Andreau sur l'esclavage à Rome - pour références exactes, voir ici : Clic !)

2. Le divorce. Certains historiens évoquent une recrudescence des divorces jusqu'à l'avènement du christianisme. D'autres insistent sur la revalorisation du mariage, prônée par la philosophie stoïcienne… Alors, qu'en fut-il réellement ? Et surtout, quelle fut la fréquence des divorces parmi les classes populaires qui constituaient, bien sûr, la majorité de la population ? Mystère… En tout cas, je ne pense pas qu'il faille tirer des conclusions définitives de textes qui émanent soit de moralistes, qui déplorent la corruption des mœurs de leur temps, soit de poètes satiriques qui la stigmatisent. L'infidélité des femmes, la dénatalité, les divorces à la chaîne, c'était leur fonds de commerce !

3. Le vote. Pour l'époque qui m'intéresse (c'est-à-dire) la période impériale de Rome, le vote n'avait plus de raison d'être. Les principales magistratures étaient attribuées par le Sénat qui d'ailleurs ne faisait le plus souvent que ratifier le choix de l'empereur. Quant aux femmes, elles n'eurent le droit de vote dans aucune "démocratie" antique, ni à Rome ni ailleurs. Il n'y a que dans les comédies grecques d'Aristophane qu'elles prennent part à la vie politique, et parce que c'est une situation invraisemblable, carnavalesque, donc comique.

4. D'après ce qu'il me semble avoir lu quelque part, les femmes n'assistaient pas aux spectacles de l'amphithéâtre… sauf les putains… et les Vestales ! Pour le théâtre, je ne sais pas s'il faut croire Ovide sur parole, car, vu l'obscénité des représentations, je ne pense pas que les honnêtes matrones eussent risqué leur réputation en assistant à ces "stuff movies" avant la lettre ! Mais peut-être n'assistaient-elles qu'aux reprises (de moins en moins fréquentes) d'ennuyeuses, mais fort convenables, tragédies grecques dans le genre d'Euripide et Sophocle.

Pour ne pas vous laisser sur votre faim, je me permets de mentionner ci-dessous les adresses de quelques sites fort intéressant, plus spécifiquement orientés vers l'étude de la civilisation romaine proprement dite, et où vous trouverez sans doute des réponses (plus argumentées que les miennes) à ces problèmes qui vous chiffonnent.

  • ac-versailles.fr : Vie quotidienne à Rome : Clic !
  • Site Karl Claerhout : Clic !
  • Histoire de la civilisation gréco-romaine : Clic !
  • Ils sont fous ces Romains : Clic !
  • Site E. Robin : Politique dans l'Empire : Clic !

Je m'en voudrais d'oublier de mentionner le célèbre livre de J. Carcopino, la Vie quotidienne à Rome à l'apogée de l'Empire, dont je vous avais déjà conseillé la lecture dans un mail précédent. Une section de ce bouquin fort peu onéreux (Livre de Poche N° 5800) est consacrée à l'esclavage et aux affranchissements, tandis qu'un chapitre entier donne d'intéressants renseignements sur le mariage, la femme et la famille, s'attardant surtout (je cite) au "féminisme et à la démoralisation" ainsi qu'aux "divorces et à l'instabilité de la famille". Car Carcopino, s'il fut certes un grand historien de l'Antiquité romaine, fut aussi un haut dignitaire du régime collabo-nazillon de Vichy, et sa prose s'en ressent quelquefois : l'idée qu'il se fait de la décadence romaine n'est pas sans évoquer le discours de Jean-Marie Le Pen sur la décadence de la nation française, si vous voyez ce que je veux dire ! Donc un livre intéressant, certes, mais à lire en tenant compte des partis pris parfois un peu nauséeux d'un auteur fort soucieux du destin de la "race romaine".

Jean-Michel réécrit :

(…) Il nous est également difficile de comprendre, que même avec des barbares envahisseurs, on perde toutes ces notions, de culture, d'architecture, d'art… Si j'etais envahisseur, je chercherais à profiter du pays que j'envahis (mais je n'en suis pas un). Nous avons, par après, visité l'Abbaye de Fontfroide…1000 ans d'écart, la philosophie : pas de luxe, pas de plaisir, le travail et la prière. Nous avons eu l'impression que cette civilisation avait disparu d'une part par son déclin et ses invasions, mais aussi par des "talibans" de l'époque, supprimant au nom d'une vérité tout ce qui etait art, monuments, culture précédente, ce qui expliquerait cette perte de "savoir".

RÉPONSE :

Ça fait bien longtemps que je n'ai plus été en Provence admirer le Pont du Gard, l'Arc d'Orange, les Antiques de Saint-Rémy, Glanum et les Arènes d'Arles ou de Nîmes ! À chacune de mes visites, pour moi aussi, l'émotion était au rendez-vous tant ces vieux Romains de Provence me paraissaient proches de nous, aussi bien dans leur grandeur que dans leur vie quotidienne. Cependant, je ne serais pas aussi sévère que vous à l'égard des moines cisterciens, de Fontfroide ou d'ailleurs… et ne croyez pas que cette indulgence est uniquement motivée par le fait que proviens d'une charmante localité belge où des bons Pères brassent encore et toujours une merveilleuse bière "trappiste" ! En effet, aux XIIe et XIIIe siècles, les moines réformés de St Bernard, tout austères qu'ils fussent, furent néanmoins à l'origine d'un essor économique et culturel assez spectaculaire qui participa à la renaissance d'une civilisation occidentale. Ils défrichèrent et asséchèrent je ne sais combien de centaines de km2 de forêts et de marais, réhabilitant ainsi des contrées entières, abandonnées depuis l'époque romaine. Ils développèrent de nouvelles techniques agricoles et artisanales. Et c'est parce qu'ils voulaient prier Dieu dans des édifices simples, dépouillés, peu onéreux, mais lumineux et ouverts sur la nature, que la lourde architecture romane, sombre et chère parce qu'exigeant d'énormes quantités de matériaux, céda progressivement la place au gothique et à ses extraordinaires cathédrales !

Il n'en reste pas moins vrai que le problème de la responsabilité des "talibans" chrétiens (mais qui n'ont rien à voir avec les bons Pères Trappistes) dans ce qu'on a coutume d'appeler "le déclin et la chute de l'Empire romain" est une autre de ces questions aussi délicates que hautement controversées ! Personnellement, j'ai tendance à penser que la diffusion du christianisme ne fut pas étrangère à l'affaiblissement progressif de l'Empire, mais je dois également reconnaître que cette hypothèse n'est plus guère acceptée par les historiens d'aujourd'hui qui évoquent surtout des causes économiques et militaires. Voyez d'ailleurs ce que dit à ce sujet le célèbre historien Paul Veyne dans une interview accordée à la revue "L'Histoire" : "Tous les peuples de l'empire étaient alors réunis autour du christianisme, qui incarnait la civilisation romaine. Les prêtres, les fidèles, les églises, c'était l'empire romain. Les Chrétiens étant au pouvoir, Rome assumait à la fois, et tout naturellement, la fonction de capitale politique et de capitale religieuse. Il n'y a pas eu de rupture. Il n'y a pas eu non plus, comme on l'a dit, de trahison des Chrétiens qui auraient appelé de leurs vœux les envahisseurs barbares. Car pour eux, ces barbares ariens étaient encore pires que des païens : c'étaient des hérétiques. Alors, le rigorisme ascétique de quelques-uns ne saurait représenter l'esprit de toute l'Église. Il y a bien sûr une exception fameuse, mais c'est une exception : celle de Salvien de Marseille, ce prêtre qui dénonça la corruption des mœurs de ses concitoyens, et prétendit que les Barbares avaient toutes les vertus : Dieu les avait envoyés parce que l'excès de civilisation corrompait les hommes. Ce sont les rêveries d'un moralisme exacerbé : les Barbares sont meilleurs parce qu'ils mangent de la viande crue ! C'est le mythe du bon sauvage, une forme de tiers-mondisme avant la lettre. On ne saurait conclure, à partir de là, que l'empire a péri d'une décomposition interne. Il a été pris d'assaut." (L'HISTOIRE, N°157 - Juillet-Août 1992).

Quant aux Barbares, même s'ils "prirent d'assaut l'Empire", pour reprendre l'expression de Paul Veyne, il n'est pas sûr qu'ils avaient l'intention de le détruire. Au contraire, une fois arrivés au terme de leurs raids dévastateurs et installés sur les terres qu'ils avaient conquises, les chefs barbares tentèrent bien souvent de gouverner leurs nouveaux états "à la romaine", et surtout de profiter des bienfaits de cette civilisation raffinée qui les fascinait. Par exemple, notre Clovis se sentit plus de joie quand l'empereur d'Orient le bombarda du titre (purement honorifique, mais "romain") de consul ! Mais hélas, comme les invasions avaient presque détruit toute la vie économique, sociale, politique, culturelle de l'Empire, les efforts de "re-romanisation" de ces chefs n'eurent qu'un succès très limité.

Une fois de plus, c'est un problème très intéressant, mais trop complexe pour être abordé succinctement dans un mail. Je vous fixe donc rendez-vous sur mon site quand j'aurais complété et enrichi les notices biographiques consacrées aux derniers empereurs (mais je préfère ne pas spécifier de délai…). En attendant, si la question de la "Chute de l'Empire romain" vous intéresse, je me permets de vous conseiller la lecture d'un numéro récent de l'excellente revue L'HISTOIRE (N° 254 de mai 2001 - votre libraire devrait encore aisément pouvoir vous le procurer) qui consacre un fort intéressant dossier à cette question.

l'histoire

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13 Mai 2002

Sahaya9 a écrit :

Si je vous écris aujourd'hui c'est parce que j'ai vu sur votre site que plusieurs personnes voulaient en savoir plus sur la façon de vivre des romains. J'ai, par le plus grand des hasards (et il fait souvent bien les choses), déniché un livre pouvant étre décrit comme un petit dictionnaire des mots latins et qui a la particularité de nous en faire apprendre beaucoup sur cette époque et sur ceux qui y vivaient. Par exemple, s'aviez-vous que certains esclaves de premier ordre avaient leurs propres esclaves ? Ou encore qu'ils avaient déjà inventé des crèmes antirides ?

Bref, j'ai trouvé celivre très intéressant, je pense qu'il permet de s'imaginer un peu mieux la Rome Antique et, en tout cas, qu'il permet de découvrir des personnages très intéressants (Moi j'ai bien aimé Trajan, qui au demeurant n'est pas un empereur très connu et qui pourtant le mériterait amplement). Enfin bref, peut-être connaissez-vous ce livre, toujours est-il que je trouvais pertinent de faire profiter de mes expériences à d'autres. Le livre est :

Pour comprendre la Rome Antique,
de Jean-Michel Thibaux
(Éditions Pocket -N° 10.851).

livre thibaux
 

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13 Mai 2002

Greg a écrit : 

If you'd care to add my web site about :

The coinage of Probus

to your web pages.

Traduction :

Pourriez-vous mentionner dans vos pages Internet mon site web consacré au

Monnayage de Probus

site probus

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17 Mai 2002

Patrick a écrit : 

Peut-être pouvez-vous m'éclairer sur cette pièce ?

emp 04

Merci (que ce soit oui ou non)

Réponse de Michel (site Archeobel)

 

Il s'agit d'une monnaie de Caligula (si je puis vous conseiller de toujours demander les avers et revers des pièces, car cela facilite énormément la tâche. En effet, un revers donne généralement un tas de détails et petites explications qui rendent la recherche moins ardue).

Dans ce cas-ci, le texte était clair : C CAESAR AUG GERMANICUS PON M TR POT - en clair : Caius Caesar Germanicus Pontifex Maximus Tribunicia Potestate (référence Cohen n° 27 - Voir site i-numis : Clic !)

Au texte de cette sombre pièce répond donc un sombre individu : Caligula.

Je joins à ce mail le scan d'une belle pièce lisible où vous allez directement reconnaître la correspondance des textes :

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19 Mai 2002

Didier a écrit : 

Mon adresse a changé :

D. Marchaut - Tableaux chronologiques des dynasties françaises : Clic !

Veuillez modifier vos signets !

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20 Mai 2002

Jean-Yves a écrit : 

Je suis plongeur "scaphandre". Je sais que les Romains étaient de bons plongeurs ; avez-vous de l'information sur les méthodes de plongées de l'époque ?

RÉPONSE :

Les Romains, de bons plongeurs ?

À vrai dire, je n'ai jamais entendu parler de leur compétence particulière en matière d'exploration sous-marine. La seule anecdote qui me vient à l'esprit où il est question de l'utilisation de plongeurs se rapporte à la bonne blague que fit un jour la belle reine d'Égypte Cléopâtre à son Antoine d'amant. Voici ce que raconte le moraliste grec Plutarque (Vie d'Antoine, XXXV) :

Ce bellâtre orgueilleux d'Antoine était occupé à pêcher à la ligne, mais ça ne mordait pas, et ça, ça lui tapait vraiment sur les nerfs, à ce grand dadais d'Antoine !… Surtout que sa Cléopâtre était là, et qu'elle se moquait gentiment de son manque d'habileté, la coquine. Antoine imagina donc un stratagème : il ordonna secrètement à quelques plongeurs d'aller systématiquement accrocher des poissons à sa ligne dès que celle-ci touchait l'eau. Et le tricheur de retirer de l'eau prise sur prise, toutes au moins aussi grosses que de la fameuse sardine marseillaise ! Mais la belle Cléo, qui avait le nez aussi fin que joli, s'aperçut illico du subterfuge. Appelant discrètement l'un de ses serviteurs, elle lui demanda de plonger avant les complices du général romain et d'accrocher un vieux poisson fumé à sa ligne. Quand Antoine retira de l'eau cette prise insolite, il prit une expression si penaude que tous les assistants s'esclaffèrent de rire. Quant à Cléopâtre, quoiqu'elle se bidonnât également, elle profita de l'occasion pour culpabiliser ce "Triumvir" beaucoup oisif à son gré : "Seigneur, laisse la pêche aux rustres d'Égypte, ce n'est là pas ton métier ! Toi, ce sont des villes que tu dois prendre, et des rois qu'il te faut capturer, pas des poissons !".

 

Sans avoir fort approfondi la question, j'ai bien l'impression que les anciens Romains n'aimaient guère la mer que de loin, parce que l'on pouvait installer sur son littoral de jolies villas dans un paysage somptueux, et parce que, confortablement installé autour d'une table élégamment servie, on pouvait déguster des mets rares et onéreux qui provenaient de ses profondeurs. Pour le reste, la mer, n'était qu'une étendue d'eau imbuvable, peuplée de créatures monstrueuses et tourmentée de tempêtes meurtrières. Les gens sensés ne se risquaient là-dessus - et à fortiori là-dessous - que par devoir, par obligation, parce que c'était bien souvent, hélas, le plus court chemin d'aller d'un point de l'Empire à un autre, et parce qu'on ne pouvait se passer des belles et bonnes choses qu'elle recelait, mais jamais par plaisir… La plongée - en apnée ou à l'aide de "tubas" rudimentaires - c'était l'affaire d'esclaves qui allaient récolter qui des perles, qui des éponges, qui des coquillages, mais pas des braves citoyens qui avaient autre chose à faire que de risquer leur vie à de si ingrates besognes !

cleo

Mais naturellement, comme je peux me tromper, voici quelques liens où vous trouverez peut-être des infos qui corrigeront peut-être mes idées préconçues :

  • passion-plongee.com - Histoire de la plongée - la plongée dans l'Antiquité : Clic !
  • plongeur.com - La plongée dans l'Antiquité : Clic !
  • nepteau.com - Histoire de la plongée : Clic !
  • dauphins.ch - Historique de la plongée sous-marine : Clic !
  • iro.umontreal.ca/~legua - La petite histoire de la plongée sous-marine : Clic !
  • nf-plongee.com - La plongée à travers les âges : Clic !
  • encyclopedia.yahoo.com - L'exploration sous-marine : Clic !

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