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Avril 2002 (page 3/3)
Sommaire du mois d'Avril : Clic
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| 26 Avril 2002 |
| Archibald a écrit : |
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| 1.
Je suis à la recherche d'informations sur
les hérésies des premiers siècles,
pour déterminer à la suite de quels
mouvements politiques le parti romain a pu triompher
des autres centres chrétiens (Alexandrie, Carthage,
Jérusalem
) et imposer sans partage une
construction dogmatique.
La définition de l'hérésie
en tant qu'altérité absolue que l'on
décrète, car l'hérésie
n'existe que dans les yeux de celui qui s'estime le
tenant de l'orthodoxie, m'intéresse au plus
haut point dans la mesure où on peut y voir
l'origine d'une dimension persécutrice inhérente
à nos sociétés christianisées.
En gros, quand, comment, dans l'esprit des gens, l'hérésie
devient-elle une déviance insupportable au
point de déclencher un mécanisme d'élimination
physique, par le biais du lynchage ou de la loi, si
le pouvoir temporel est capable d'entendre leurs revendications
Je suis donc un brin paumé
dans mes élucubrations métaphysiques,
et cela m'est intellectuellement pénible... |
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| RÉPONSE : |
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| Ce sont de fameux problèmes que vous évoquez-là
! Des bibliothèques entières ne suffiraient
sans doute pas à épuiser le sujet. Je
suis d'autant plus flatté que vous vous adressiez
à moi, modeste amateur, pour d'aussi épineuses
questions
Mais, naturellement, n'attendez donc
pas de moi l'avis d'un spécialiste - ce que
je ne suis pas ! Tout ce que je puis vous proposer
ce sont les opinions d'un simple particulier également
en quête d'informations sur les origines du
christianisme, et spécialement pour l'époque
qui semble aussi principalement vous tarabuster, c'est-à-dire
celle de la "Grande persécution" de Dioclétien
et du "Triomphe de la Croix" sous Constantin.
En effet, cette période de l'histoire du christianisme
me pose à moi aussi d'énormes problèmes
de "comprenure" ! C'est d'ailleurs en bonne partie
pour cela, parce que j'avais entrepris un travail
sur la question et que je "butais" sur l'époque
de Dioclétien, que j'ai créé
ce site "empereurs romains" grâce auquel j'espérais
collecter des réactions à certaines
hypothèses hasardeuses.
Cela dit, venons-en au fait.
En ce qui concerne les hérésies
des premiers siècles du christianisme,
j'ai comme l'impression qu'elles ne proviennent pas
de "déviances", ou, si vous préférez,
d'interprétations personnelles d'un dogme fixé
dès les premières décennies qui
suivirent la mort de Jésus. À mon avis,
il faut plutôt considérer ces hérésies
comme des ballons d'essai, comme des tentatives d'élaboration
du dogme chrétien, mais qui ne réussirent
pas à s'imposer, même si, parfois, ces
doctrines étaient issues de traditions plus
anciennes, de sources plus authentiques que celles
qui constitueront, à partir du IVe siècle,
le dogme chrétien "officiel". Voici ce que
j'écrivais naguère dans le travail évoqué
ci-dessus :
La religion catholique apostolique et romaine
aime comparer son évolution doctrinale à
un cours d'eau : la source pure étant Jésus
et sa Révélation. Le ruisselet grandit
au cours des siècles sans se corrompre. Il
s'enrichit des enseignements des Pères de l'Église
pour former un fleuve large et unique. Le débit
du fleuve a augmenté, mais c'est toujours la
même eau claire originelle qui irrigue les âmes
des fidèles. Quant aux hérésies,
ce ne sont que des méandres morts, des bras
asséchés et inutiles, des marigots boueux
peuplés de crocodiles et d'hippopotames nauséabonds
Cette vision ne me paraît guère exacte.
À mon avis, l'évolution de la doctrine
ressemble davantage à un cheminement dans
un labyrinthe infini : arrivé à un
croisement, plusieurs chemins (= les doctrines)
sont envisageables. Au hasard, on emprunte un chemin.
S'il bute sur un mur, c'est une hérésie.
Mais si, à court terme, aucun obstacle ne
survient, cette doctrine occasionnelle devient le
dogme officiel
jusqu'à l'embranchement
suivant où l'on recommence à tâtonner,
à hésiter, à se tromper, pour
trouver une solution tout aussi provisoire et précaire
que les autres
L'évolution des dogmes de la "religion chrétienne"
sera, en fait, davantage déterminée
par l'opportunisme politique et l'environnement
socioculturel que par la fidélité
au message originel. Si les circonstances ne permettent
pas de définir clairement une "ligne du parti",
on en tolère plusieurs : "L'Esprit souffle
où il veut !" . Mais seul le discours
le mieux adapté à la conjoncture deviendra
le "dogme", les autres seront condamnés comme
hérésies passibles des flammes du
bûcher, en attendant celles de l'Enfer.
Saint Paul énonce d'ailleurs clairement
ce principe : "Oportet hæræses esse
",
"Il faut qu'il y ait parmi vous des partis, afin
que ceux d'entre vous qui sont de vertu éprouvée
puissent se révéler" (1re Corinthiens,
11 : 19)
Reste à savoir si les Chrétiens
qui révèlent leur "vertu éprouvée"
sont ceux qui adhérent aux thèses
de ces "partis" ou ceux qui les rejètent
!"
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| 2.
En visitant votre site dont la qualité n'est
plus à démontrer, j'ai pu déjà
glaner quelques informations précieuses. Mais,
nom de chien, il me manque encore quelques éléments
:
La condamnation
des manichéens en 297 par Dioclétien
se réclamait-elle de l'hérésiologie
chrétienne |
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| RÉPONSE : |
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| À première vue je ne
le pense pas.
À mon avis, si les Manichéens furent
persécutés, c'est uniquement parce que
Dioclétien
se méfiait d'une doctrine d'origine persane
qui se développait dans son Empire au moment
même où il était en guerre contre
les Perses. Pourtant certains, dont Voltaire, pensèrent
que les Chrétiens furent à l'origine
de cet édit contre les Manichéens.
Voici ce qu'écrivait à ce sujet le
philosophe de Ferney :
"Passant de la simplicité d'une
église pauvre et cachée à la
magnificence d'une église opulente et pleine
d'ostentation, ils (= les Chrétiens)
étalaient des vases d'or et des ornements éblouissants
; quelques-uns de leurs temples s'élevaient
sur les ruines d'anciens périptères
païens abandonnés. Leur temple, à
Nicomédie, dominait sur le palais impérial
; et, comme le remarque Eusèbe, tant de prospérité
avait produit l'insolence, l'usure, la mollesse, et
la dépravation des murs. On ne voyait,
dit Eusèbe, qu'envie, médisance, discorde,
et sédition.
Ce fut cet esprit de sédition qui lassa
la patience du César Galère-Maximien.
Les chrétiens l'irritèrent précisément
dans le temps que Dioclétien venait de publier
des édits fulminants contre les manichéens.
Un des édits de cet empereur commence ainsi
: "Nous avons appris depuis peu que des manichéens,
sortis de la Perse, notre ancienne ennemie, inondent
notre monde."
Ces manichéens n'avaient encore causé
aucun trouble, ils étaient nombreux dans
Alexandrie et dans l'Afrique ; mais ils ne disputaient
que contre les chrétiens, et il n'y a jamais
eu le moindre monument d'une querelle entre la religion
des anciens Romains et la secte de Manès.
Les différentes sectes des chrétiens,
au contraire, gnostiques, marcionistes, valentiniens,
ébionites, galiléens, opposées
les unes aux autres, et toutes ennemies de la religion
dominante, répandaient la confusion dans
l'empire.
N'est-il pas bien vraisemblable que les chrétiens
eurent assez de crédit au palais pour obtenir
un édit de l'empereur contre le manichéisme
? Cette secte qui était un mélange
de l'ancienne religion des mages et du christianisme,
était très dangereuse, surtout en
Orient, pour l'Église naissante. L'idée
de réunir ce que l'Orient avait de plus sacré
avec la secte des chrétiens faisait déjà
beaucoup d'impression.
La théologie obscure et sublime des mages,
mêlée avec la théologie non
moins obscure des chrétiens platoniciens,
était bien propre à séduire
des esprits romanesques qui se payaient de paroles.
Enfin, puisque au bout d'un siècle le fameux
pasteur d'Hippone, Augustin, fut manichéen,
il est bien sûr que cette secte avait des
charmes pour les imaginations allumées. Manès
avait été crucifié en Perse,
si l'on en croit Chondemir ; et les chrétiens,
amoureux de leur crucifié, n'en voulaient
pas un second.
Je sais que nous n'avons aucune preuve que les
chrétiens obtinrent l'édit contre
le manichéisme ; mais enfin il y en eut un
sanglant ; et il n'y en avait point contre les chrétiens."
(Voltaire, Examen de Milord Bolingbroke,
chap. XXIII)
Même s'il pense que ce fut bien le cas, Voltaire
a donc "l'honnêteté" de reconnaître
qu'il n'y a aucune preuve permettant d'accuser les
Chrétiens d'être à l'origine de
cette persécution anti-manichéenne.
À notre époque, la monumentale Histoire
du Christianisme (Éd. Desclée) insiste
surtout sur une opposition radicale entre le christianisme
et le système politico-religieux instauré
par Dioclétien en s'appuyant sur l'intelligentsia
néo-platonicienne. Bref, les tétrarques
tentèrent de restaurer l'unité" idéologique
de l'Empire en combattant toutes les sectes "exotiques",
qu'elles soient chrétiennes ou manichéennes
:
"Ce n'est donc ni l'un de ses représentants
en particulier, ni un cérémonial l'accompagnant
à la façon d'un simple rite aulique,
mais le système politico-religieux en lui-même
qui, par sa nature, rejetait, condamnait le christianisme.
Qu'il s'agisse bien en l'occurrence de l'affrontement
de deux doctrines incompatibles, le démontre
clairement le rôle joué par les intellectuels
païens. Alors que le philosophe néoplatonicien
Porphyre, en écrivant entre 270 et 280 son
grand ouvrage Contre les chrétiens, s'était
tenu à l'écart de la politique, il n'en
va pas de même de l'un de ses disciples, Sossianus
Hiéroclès. Auteur d'un pamphlet antichrétien,
l'Ami de la Vérité (Philaléthès),
uniquement connu par le résumé qu'en
fait Lactance et la réponse que lui donne Eusèbe,
Hiéroclès (
) apporte une
caution idéologique pour justifier le déclenchement
de la persécution ; par ailleurs il prend une
part active à cette dernière, se faisant,
surtout en Égypte, le bourreau des chrétiens.
Avant même que les poursuites ne soient lancées
en 303 contre les chrétiens, plusieurs décisions
manifestent un durcissement de la politique religieuse
des Tétrarques au moment même où,
grâce aux victoires remportées sur les
frontières, pouvait être parachevé
le système politico-religieux dont ceux-ci
se réclamaient.
Le 31 mars 297 est promulgué un édit
de proscription contre le manichéisme dont
les dirigeants et les fidèles les plus opiniâtres
sont condamnés à la peine capitale.
Certes, dans ses attendus, la décision impériale
vise d'abord une religion " née dans le peuple
perse qui est notre ennemi ", alors même que
Galère reprend victorieusement le combat contre
Narsès ; mais elle condamne aussi les manichéens
comme les sectateurs d'une religion nouvelle et inconnue,
se dressant contre l'antique religion et commettant
d'abominables forfaits, tous arguments qui peuvent
être utilisés (et qui l'ont déjà
été) contre les chrétiens."
(Histoire du Christianisme, Vol. 2 : Naissance
d'une chrétienté (250 - 450), 1re
partie, chap. IV, Luce PIÉTRI : Les Résistances
: de la polémique païenne à la
persécution de Dioclétien, Éd.
Desclée, 1995).
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Dans dette optique, les persécutions
manichéenne et chrétienne de Dioclétien
seraient donc bien reliées entre elles,
mais uniquement par le motif de leur déclenchement.
Vous êtes convaincu, vous ?
Moi pas réellement !
Je n'ai pas l'impression que les Tétrarques
se souciaient beaucoup de religion, quelle qu'elle
fût. En outre je n'ai lu nulle part que
ces anciens paysans du Danube, fort frustes,
se fussent fort préoccupés des
états d'âme des philosophes néo-platoniciens
et de leurs doctrines au demeurant fort absconses,
même si les c'est ce que veulent nous
faire croire les "historiens ecclésiastiques"
du IVe siècle. Quant à restaurer
l'unité idéologique de l'Empire
en menaçant de mort un tiers de la population,
c'est une méthode qui me paraît
assez bizarre ! En revanche, la relation entre
la persécution anti-manichéenne
et les guerres perses est presque explicite.
Et si des motifs purement politiques ont provoqué
la persécution manichéenne, il
en va peut-être de même pour la
persécution antichrétienne. Personnellement,
je pencherais plutôt en faveur de cette
hypothèse, mais je n'ai pas plus de preuves
que Voltaire
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3.
Peut-on considérer
l'édit de 317 contre les donatistes comme la
première intervention du bras séculier
contre ceux qui sont considérés
comme déviants par l'Église ? |
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| RÉPONSE : |
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| Voici quelques anciennes notes (préparation
du travail dont je vous ai parlé) qui constituent
à peu près l'état actuel de mes
connaissances sur la condamnation et la répression
de l'hérésie donatiste :
| Pas plus que Maxence
en son temps, Constantin
ne pouvait tolérer que l'ordre public
soit troublé dans son empire pour des
motifs qui ne passionnaient qu'une minorité
de passionnés, mais laissaient de glace
l'immense majorité des paisibles citoyens.
Il écrivit donc à l'évêque
de Rome Miltiade (lui-même originaire
d'Afrique comme la plupart des donatistes)
pour lui demander, en vertu de sa position
éminente (qu'il lui reconnaissait)
dans l'Église (qu'il respectait) de
régler ce problème interne "de
peu d'importance", disait-il. Ce document
constitue la première lettre connue
d'un empereur romain à un pape.
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Miltiade alla au-delà
des souhaits de Constantin
: il réunit un concile au palais
du Latran (que venait de lui donner
la mère de l'empereur l'impératrice
Hélène). Comme il fallait
s'y attendre, l'assemblée des
Sages, composée de quinze évêques
italiens (désignés par
le Pape) et de trois gaulois (nommés
par Constantin), condamna les thèses
de Donat. Désormais, tout le
monde devait confesser que le Christ,
seul auteur des sacrements et en est
également le seul acteur et le
seul principe actif. La Sainte Communion
même si elle est donnée
par un curé voleur, violeur,
assassin, pédophile, hérétique,
psychopathe, traître et escroc
est donc aussi valable que celle que
vous offrirait saint François
d'Assise, mère Teresa ou le père
Pire. C'est kif-kif bourricot ! Quoi
qu'on fasse, c'est toujours du pain
et du vin, métamorphosés
en corps et sang du Christ que l'on
ingère. C'est clair et net !
Si vous n'êtes pas d'accord, allez
brûler sur le bûcher puis
en Enfer, saletés d'hérétiques
que vous êtes !
Le pape Miltiade mourut peu après
cette sage décision, sans doute
heureux de laisser l'Église en
paix, reconnue et prête à
accomplir son plan.
Dans les premières années
de son pontificat, son successeur Sylvestre
eut encore à s'occuper de l'hérésie
donatiste. En effet, le jugement du
concile du Latran avait été
mal accueilli un peu partout. Donat
et ses acolytes, opiniâtres comme
tous les hérétiques et
têtus comme tous les Chrétiens
africains de cette époque, refusèrent
l'évidente logique du jugement
conciliaire et en appelèrent
à Constantin afin que l'empereur
destitue l'évêque de Carthage,
qu'ils jugeaient indigne, et qu'il nomme
Donatus à sa place. |
Constantin,
fort mal à l'aise dans toutes ces finesses
théologiques imagina une échappatoire
: puisque la décision du pape n'avait
pas suffi, il convoqua une autre réunion
d'évêques à Arles.
Le pape Sylvestre n'assista pas à
ce concile. et les motifs de cette absence
restent mystérieux. Certains historiens
prétendent qu'il lui répugnait
à assister à un concile convoqué
par l'empereur. C'est un anachronisme flagrant
: au IVe siècle, la lutte du Sacerdoce
et de l'Empire n'était pas encore engagée
!
À mon avis, le pape Sylvestre, voyant
que les donatistes ne désarmaient pas,
et ne sachant pas trop à quel parti
allait se ranger l'empereur, hésitait
à s'engager dans la bataille. Pour
l'Église officielle qu'il croyait représenter,
mieux valait en effet garder deux fers au
feu : d'une part les évêques
d'Arles qui condamneraient sans doute Donatus
et d'autre part l'évêque de Rome
qui pourrait toujours affirmer qu'il n'avait
pris aucune part à la décision
d'Arles, si, contre toute attente, les hérétiques
parvenaient à convaincre Constantin
de la justesse de leurs thèses.
En Arles, comme il fallait s'y attendre,
les Pères conciliaires condamnèrent
le donatisme. Tout en regrettant hypocritement
"l'absence" du pape, ils estimèrent
néanmoins utile de lui faire part des
nombreuses décisions d'ordre disciplinaire
qu'ils avaient prises et lui demandèrent
de tout entériner en vrac, sans pinailler,
même si, en l'occurrence, il n'avait
pas eu voix au chapitre.
Comme les évêques réunis
à Arles étaient assurés
du soutien inconditionnel de Constantin,
le pape signa tout des deux mains. Ceci constitue
la preuve évidente qu'à cette
époque, l'autorité des conciles
était supérieure à celle
du pape, contrairement à ce que professent
aujourd'hui certains historiens ecclésiastiques.
Suite au Concile d'Arles, l'empereur Constantin
promulgua en 317 un édit de persécution
contre les donatistes. Mais leur résistance
fut si vive qu'en 321, l'empereur suspendit
l'exécution des mesures répressives
et se résigna à la tolérance.
L'édit persécuteur n'eut donc
que fort peu d'effet sur les communautés
donatistes. Cette hérésie ne
sera définitivement mise hors la loi
qu'en en 411 après l'énergique
action de ce "Grand Inquisiteur" que fut saint
Augustin, mais elle survivra cependant jusqu'aux
invasions arabes, surtout en Afrique du Nord
où elle était née.
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À noter aussi que, traditionnellement, on
considère que le premier hérétique
"livré au bras séculier" fut l'Espagnol
Priscillien.
Cependant, il ne faut pas oublier non plus que Constance
II, converti à l'arianisme radical persécuta
cruellement les chrétiens "orthodoxes". Mais,
naturellement, dans ce cas, on parle de "martyrs de
la Foi" et non de "vilains hérétiques"
! |
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4.
En ce qui concerne les troubles à l'occasion
de disputes entre rigoristes et libéraux concernant
les lapsi, y a-t-il eu des morts ? |
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| RÉPONSE : |
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| La réponse est affirmative. J'évoque
d'ailleurs quelques-uns de ces troubles dans la notice
consacrée à Maxence : Clic ! |
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| Archibald
a réécrit : |
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| Merci beaucoup
pour votre réponse qui m'enlève quelques
épines du pied. Je suis en train de préparer
une thèse sur la persécution des hérétiques,
et je dois dire que si le Moyen Age me semble assez
clair, l'Empire romain l'est beaucoup moins.
J'ai juste un petit problème
concernant l'accès au matériau brut
de l'historien, la source. Et sans source pas
de thèse, comme chacun sait.
Si j'ai donc bien compris,
Miltiade convoque un concile au Latran, et ce dernier
condamne Donat, s'agit-il du concile Latran I ? De
même en ce qui concerne le concile d'Arles,
où puis-je me procurer les sources ? l'édit
de 317 est-il parvenu jusqu'à nous ? Enfin,
sur les émeutes qui ensanglantèrent
Rome, existe-t-il encore des sources ?
Surtout si l'édit contre
les donatistes est le premier traité anti-hérétique
émanant d'un pouvoir temporel en intelligence
avec l'Église, y en aura-t-il d'autres par
la suite ? Constantin est baptisé par un évêque
arien, et ses successeurs le seront eux-mêmes.
Mais y a-t-il encore des édits anti-hérétiques
dans l'empire Romain d'Occident avant sa chute ? Cela
ne doit pas être difficile à trouver
pour un thésard, me direz-vous. Je suis le
seul, semble-t-il, à m'intéresser à
la persécution des hérétiques
dans une perspective transversale, vous répondrais-je.
Donc point de corpus exhaustif de tous les édits
anti-hérétiques cachés en fin
de rayon de bibliothèque, que des vagues allusions
nauséabondes dans des travaux colossaux réalisés
le plus souvent par des auteurs ecclésiastiques,
je n'en sors plus.
Vous signalez fort à
propos l'exécution de Priscillien d'Avila.
Il a été exécuté pour
sorcellerie et non pour hérésie,
même s'il était gnostique. Le pape Sirice
excommunie les accusateurs par la suite, semble-t-il.
Par ailleurs, si cette épopée
hérésiologique dans l'empire vous intéresse,
je peux vous conseiller l'excellent ouvrage d'Alain
le Boulluec, La notion d'hérésie dans
la littérature grecque IIe IIIe siècles,
Etudes augustiniennes, Paris, 1985. Fort peu d'histoire
politique de l'empire romain dans ce livre, je le
déplore tout autant que vous, mais une fulgurante
histoire du concept d'hérésie apparu
bien avant le christianisme chez les auteurs grecs
et mute progressivement pour prendre le sens d'égarement
métaphysique absolu qui nécessite la
mort. Amen.
Voilà, en tout cas merci
grandement pour toute votre peine, qui a dû
déjà être salutaire pour bien
d'autres que moi...
PS : je viens de trouver ce
très étrange site (Clic
!) et je ne sais qu'en penser, secte d'illuminés
ou courant de pensée ? |
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| RÉPONSE : |
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| Ces histoires de persécutions,
d'abord païennes puis christo-chrétiennes
ensuite, sont bien compliquées ! Comme, je
vous l'ai dit, moi je butais sur la persécution
de Dioclétien que je ne parvenais à
expliquer de manière satisfaisante, mais, fort
heureusement pour équilibre nerveux, comme
je "travaillais pour mon propre compte" (si j'ose
dire) j'ai pu postposer ce travail sans davantage
me "casser la nénette" ! Ce qui n'est naturellement
pas votre cas
Alors voyons ces fameuses sources :
- Le "concile" convoqué par Miltiade au Latran
n'est pas le "Concile cuménique Latran
I" qui fut, lui, convoqué et présidé
par Calixte II entre le 17 et le 27 mars 1123. Le
"concile" (ou plutôt synode) de Miltiade dura
trois jours, du 2 au 4 octobre, et ne réunit
que quinze évêques italiens, trois
gaulois et deux donatistes (Cæcilianus et
Donatus).
Ces fais sont relatés par un certain Optat
de Milève dans son Contra Parmenianum
Donat, I, 23-24 et 25
(Voir Clic
!)
- Les sources relatives au Concile d'Arles sont
indiquées dans le Dictionnaire historique
de la Papauté - article Silvestre
Ier (Éd. Fayard, 1994). Je recopie donc
bêtement : "Conc. Arelatense, Concilia
Gallia, CC, 148, 9-25. - Conc. Arelatense,
Epistula ad Silvestrum, dans OPTAT DE MILÈVE,
App. III, CSEL, 26, 206-208".
- Le texte de l'édit de 317 contre les Donatistes
n'est pas parvenu jusqu'à nous. Si j'en crois
l'Histoire du Christianisme (dont je vous
parlais dans mon mail précédent),
il ne fut pas retenu par le Code théodosien,
mais un texte de Gratien (Cth XVI, 6, 2) se réfère
à cette loi dont on restitue le contenu grâce
à diverses allusions de saint Augustin.
- Le caractère violent des émeutes
inter-chrétiennes qui ensanglantèrent
Rome sous Maxence est prouvé par l'inscription
du pape Damase
Héraclius n'admettait pas que les lapsi
puissent faire pénitence de leurs péchés.
Eusèbe enseignait que ces malheureux
Devaient pleurer leurs péchés (faire
pénitence).
Les passions s'intensifiant, le peuple se divisa
en deux factions :
Apparurent séditions, luttes, discordes, litiges.
(Eusèbe et Héraclius) furent dès
lors tous deux exilés par le cruel tyran.
Mais, parce que le pasteur (le pape) avait
sauvegardé le principe de la paix,
Il supporta facilement l'exil, dans l'attente du jugement
divin.
Il quitta ce monde et cette vie terrestre sur le sol
sicilien.
(Voir Site des Catacombes de Rome : Clic
!)
- Le pouvoir impérial romain publia d'autres
édits contre les hérétiques
? Comme je vous l'ai signalé dans le mail
précédent, mon "étude" des
premiers temps du christianisme, interrompue au
règne de Dioclétien,
se limite pour la suite à quelques notes
jetées sur papier, mais non vérifiées.
D'après celles-ci, il semblerait que Constance
II publia vers 357 un édit contre les Chrétiens
orthodoxes, et que Théodose publia toute
une série (un par an pendant quinze ans)
d'édits contre les hérétiques.
Mais je n'ai pas (encore) approfondi la question.
| "L'Affaire
Priscillien", fut-elle une affaire d'hérésie
ou de sorcellerie ?
Ici encore, c'est une question que je n'ai
pas approfondie. Cependant, les livres dont
je dispose dans ma modeste bibliothèque
parlent bien d'hérésie ; la sorcellerie
n'étant qu'un prétexte pour livrer
l'hérésiarque au bras séculier.
Par exemple, cette Histoire du Christianisme
qui ne quitte guère mon bureau indique
que saint Martin de tours obtint de l'usurpateur
Maxime
qu'"aucun châtiment sanglant ne serait
décidé" à l'encontre de
Priscillien et de ses complices. Mais, l'évêque
s'en étant naïvement retourné
dans sa Touraine épiscopale après
avoir obtenu cette concession, Maxime, sous
l'influence de Rufus et de Magnus, deux prélats
rigoristes, confia l'instruction de l'affaire
au préfet du prétoire Evodius,
un fonctionnaire intransigeant. On se servit
alors des lois de Dioclétien
condamnant à la fois la sorcellerie et
le manichéisme pour employer des procédures
d'investigation exceptionnelles, dont, naturellement,
la torture. Et c'est ainsi que notre "hérétique"
Priscillien avoua tout ce que l'on voulait :
réunions nocturnes avec des femmes avec
prières dans le plus simple appareil,
etc
Priscillien et ses disciples purent
alors "en toute justice" être condamnés
à mort soi-disant pour sorcellerie, mais
en fait pour hérésie. |
|
C'est aussi l'avis d'André Piganiol qui écrit
ceci : "L'intervention du bras séculier
eut occasion de se manifester à l'occasion
des troubles causés par une secte ascétique
d'Espagne. Le fondateur de cette secte, Priscillien,
fut dénoncé par Itace d'Ossonoba et
Hydace d'Emerita comme manichéen. Gratien donna
commission à Hydace de juger et ordonna aux
autorités séculières de faire
exécuter sa sentence. Mais Priscillien, en
381, vint voir Damase et Ambroise, qui étaient
favorables à l'ascétisme. Selon leur
désir, Gratien abrogea son rescrit et ordonna
d'arrêter Itace, qui s'enfuit". Mais Gratien
est détrôné et tué par
l'usurpateur Maxime,
un homme qui "est, comme Théodose, un catholique
fervent. Il dit que c'est Dieu qui lui a donné
l'empire. Il entre en correspondance avec le pape
Sirice, qui lui demande de déposer un prêtre
; Maxime répond qu'il se conformera à
la sentence que prononcera un synode gaulois. Cette
même lettre nous fait connaître qu'il
a persécuté les manichéens. Il
écrit à Valentinien II pour blâmer
avec hauteur sa politique favorable aux ariens (été
386). Les ennemis de Priscillien ont rouvert à
ce moment leur campagne. Il parait bien qu'il comptait
des amis dans l'entourage même de Théodose
et que c'est celui-ci qu'on voulait frapper. Priscillien
fut condamné comme manichéen par un
concile de Bordeaux. Puis il fut accusé de
maléfices et condamné à mort
par le préfet du prétoire. Comme il
était clarissime, sa cause fut évoquée
par le tribunal impérial, qui confirma la peine.
C'est la première hérésie punie
de mort après intervention du bras séculier.
La veuve d'un rhéteur de Bordeaux, Euchrotia,
fut condamnée en même temps (384). Il
existait d'ailleurs en Gaule un parti antirigoriste
qui suspectait saint Martin lui-même de manichéisme."
(André Piganiol, l'Empire chrétien,
PUF, 1972).
Je prends bonne note des références
du livre d'Alain le Boulluec, elles me serviront si,
un jour, certains doutes ayant été dissipés,
je reprends mes recherches sur les premiers temps
du christianisme. Quant au site dont vous me parlez,
à première vue, et après une
lecture très superficielle, la page consacrée
aux hérésies (2000 ans d'hérésie
: Clic
!) me paraît bien documentée
et sérieuse
Mais je ne suis pas suffisamment
compétent en matière de "Symbiosophie"
pour juger de la valeur des autres pages du site.
Bon courage et tous mes vux de réussite
pour votre thèse. |
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| 28 Avril 2002 |
| Tarik a écrit : |
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| Essayant d'aider ma nièce
dans un exposé concernant la période
romaine en Algérie, je vous saurais gré
de bien me procurer des liens ou des fichiers traitant
sur cette période. |
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| RÉPONSE : |
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| Voici donc quelques sites traitant
de l'Algérie à l'époque romaine
:
L'Algérie romaine : http://iquebec.ifrance.com/tasacora/romaine.htm
- L'Algérie antique : Clic
!
- L'Algérie avant l'Islam : Clic
!
- L'Algérie dans la Préhistoire :
Clic
!
- L'Algérie romaine - Photos : Clic
!
À noter aussi ces deux autres sites qui devraient
permettre à votre nièce soit d'affiner
ses recherches, soit d'illustrer son travail avec
de belles photos de sites archéologiques :
- LacusCurtius - une liste de 59 sites sur l'Afrique
romaine. Certain consacrent quelques pages à
l'Algérie, mais pas souvent en Français
: Clic
!
- Romarch - Africa - d'autres sites (en Anglais)
sur l'Afrique romaine : Clic
!
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