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Mars 2002 (page 3/3)
Sommaire du mois de Mars : Clic
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| 23 Mars 2002 |
| Joël a
écrit : |
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| L'Empereur Julien
aurait applique une politique fort tolérante
envers les Juifs, pres les règnes de ses prédécesseurs
qui les avaient persécutés sur leur
propre terre la Judée. Il semble même
que des travaux de reconstruction du Temple
aient été entrepris. Quelle fut l'ampleur
de ces travaux ? Qui l'y aida ? Qui s'y opposa ? |
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| RÉPONSE : |
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| "Je mets tout mon zèle
à relever le temple du Dieu Très Haut".
Cette petite phrase constitue le seul fragment authentique
subsistant d'une lettre adressée par Julien
aux Juifs (Julien, Épître 134).
La volonté de l'empereur apostat de reconstruire
le Temple de Jérusalem, clairement affichée,
paraît donc incontestable. Mais, pour le reste,
dans cette ténébreuse histoire de reconstruction
du Temple, il est très difficile de distinguer
les quelques bribes de vérité historique
d'un monceau de propagande chrétienne à
fort relent antisémite.
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Uniquement afin de savoir de
quoi il est question, je vais, dans un premier
temps, tenter de vous résumer "cette
merveilleuse histoire de l'Église"
(sic), telle qu'elle fut relatée d'éminents
théologico-historiens tels que Théodoret,
Rufin, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome,
saint Grégoire de Naziance, Sozomène
et autre Nicéphore Calliste, et telle
qu'elle fut compilée dans un vieux livre
d'apologétique chrétienne du siècle
dernier. Mes commentaires correctifs suivront.
Julien
l'Apostat réalisait son plan diabolique
: le culte des idoles allait être restauré.
Pour parachever cette uvre infâme,
il invita les Juifs à sacrifier à
ses dieux. Ceux-ci se récusèrent,
mais "comprenant que la haine de l'empereur
pour le Christ pouvait être exploitée",
ils lui dirent : "Certes, divin Auguste,
la loi de Moïse nous permet d'immoler des
victimes à Yahvé, mais uniquement
au Temple de Jérusalem. Rends-nous cet
édifice sacré : une telle uvre
immortalisera ton nom et, du même coup,
apportera un démenti formel aux allégations
du Christ qui avait prédit qu'il ne resterait
pas pierre sur pierre du Temple". Et Julien
autorisa les Juifs à revenir à
Jérusalem, à rebâtir le
Temple et à rétablir la loi mosaïque.
Entendant cet appel, de tous les coins du monde,
les Juifs se mirent en route "en caravanes
séditieuses qui semaient de ruines tous
les pays chrétiens qu'ils traversaient".
L'or afflua et tout fut mis en uvre pour
reconstruire le Temple de Sion dans des proportions
gigantesques et avec une splendeur inouïe.
Les Chrétiens pleuraient, mais Cyrille,
l'évêque de Jérusalem, les
consola disant : "Rassurez-vous ! La prophétie
de Notre Seigneur Jésus-Christ est en
train de recevoir, de la main même des
Juifs, son complément d'accomplissement.
Il restait encore des ruines et bientôt,
il ne restera plus pierre sur pierre". En
effet, pour construire le troisième Temple,
il fallait déblayer les ruines du deuxième. |
C'est cette occasion que le Ciel donna un premier
avertissement aux constructeurs. En attaquant les
assises souterraines, on découvrit une colonne
sur laquelle était posé un sac de lin
contenant un rouleau de parchemin. Les ouvriers apportèrent
ce document aux rabbins qui, frappés d'une
grande pâleur, y lurent les premiers mots de
l'Évangile selon Jean : "Au commencement
était le Verbe, le verbe était en Dieu,
et le Verbe était Dieu !".
Malgré cette admonestation céleste,
les travaux se poursuivirent.
Enfin, le jour où Julien
devait poser la première pierre arriva. Une
foule immense avait envahi le Mont Sion quand, subitement,
la terre trembla et vomit des éclats de rochers
qui tuèrent un grand nombre d'ouvriers et de
spectateurs. La foule s'enfuit alors que, toute la
journée, la terre continuait à frémir,
ne se calmant que la nuit.
Le lendemain, on crut pouvoir poursuivre les travaux.
Mais à peine eut-on donné les premiers
coups de pioche que des globes de feu surgirent de
la terre, qui, combinés avec un violent orage,
consumèrent en un instant tous les outils tandis
qu'un ouragan dispersait les matériaux de construction.
La nuit venue, une grande croix de feu se dessina
dans le ciel tandis que d'autres croix, plus petites
et ardentes comme des brandons, voltigeaient dans
l'air et s'incrustaient dans les vêtements des
Juifs en y dessinant directement des croix noires
"constellées de trous d'une finesse et d'une
régularité telles que n'eut su les faire
l'aiguille la plus fine".
"Et dans cette nuit affreuse, on entendait des
voix éperdues proclamer la divinité
du Christ et demander le baptême. Julien accusa
Jéhovah d'être moins puissant que Jupiter
et de n'avoir pas pu empêcher cette série
de catastrophes. (
) Mais la prophétie
du « Galiléen » était
accomplie". (L. Le Leu, Le Triomphe de la Croix,
Casterman, 1909).
En ce qui me concerne, on pourrait flanquer ce ramassis
de fariboles directement aux poubelles de l'histoire
aux côtés d'autres délires antisémites
du même acabit, et ne plus en parler
Mais
il y a l'aveu de Julien
sur "son zèle à relever le Temple
du Très-Haut" ainsi que d'autres traces,
dans ses lettres, de ce projet de reconstruction (en
particulier dans son épître 89 : "J'ai
eu le projet de restaurer, en l'honneur du Dieu que
l'on y invoque, ce Temple ruiné depuis si longtemps").
Il y a aussi, quelques phrases de l'historien latin
Ammien Marcellin, un païen contemporain de l'empereur
apostat, qui confirment cette volonté de reconstruction
du Temple. Selon Ammien (Histoires XXIII, I,
1-3) les travaux auraient effectivement commencé
mais auraient été vite interrompus,
un peu à cause de mystérieux "globes
de feu', en fait surtout parce que les préparatifs
de l'expédition de Julien contre les Perses
mobilisaient toutes les énergies et toutes
ressources de l'Empire. Mais, naturellement, Ammien,
quoique païen, écrivait son uvre
sous le règne d'empereurs très chrétiens
et très soucieux de la "légende dorée"
de l'Église ; dès lors, son court rapport
n'est peut-être pas aussi "objectif" qu'il l'aurait
souhaité
C'est vrai, Julien
l'Apostat considérait assez favorablement
le Judaïsme : "À l'exception de leur
croyance en un seul Dieu, les Juifs ne sont assez
d'accord avec nous" ("nous" = les "païens",
naturellement), disait-il en substance. Et il respectait
les Juifs, restés fidèles à leurs
traditions ; ces traditions que les Chrétiens,
les "Galiléens", avaient altérées,
bafouées, trahies. Mais cette faveur et ce
respect étaient néanmoins teintés
d'une certaine condescendance : "Leur Dieu est
grand, j'en conviens, mais il n'a trouvé ni
prophètes ni interprètes sérieux.
La raison n est qu'ils n'ont point soumis leur âme
à la discipline purifiante d'une éducation
libérale, ni laissé ouvrir leurs yeux
mal dessillés, ni cherché à dissiper
les brumes où ils sont plongés. Ce sont
des hommes qui, pour ainsi dire, regardent une grande
lumière à travers le brouillard"
(Julien, Épître 89, trad. J. Bidez,
Les Belles Lettres, Paris, 1972).
Alors, que retenir que tout cela ?
À mon avis, on peut être sûr que
Julien
voyait d'un il favorable le culte "national"
des Juifs et qu'il envisagea de restaurer le Temple.
On peut à la rigueur admettre que les travaux
connurent un semblant de début d'exécution.
Mais, vu la brièveté du règne
de l'empereur-philosophe et celle de son séjour
en Orient (il résida seulement sept mois à
Antioche, entre la mi-juillet 362 et le début
mars 363) ; en considérant aussi l'importance
des préparatifs de sa campagne contre les Perses,
il est probable que l'éventuel chantier ne
fut sans doute guère que "symbolique" : on
faisait du mouvement, on plantait quelques piquets,
on dressait des plans, mais pour le "gros uvre",
on attendrait des temps meilleurs ! Il est également
possible que ces quelques travaux préparatoires
souffrirent d'un tremblement de terre - ils ne sont
pas si rares dans la région. Mais tout le reste,
la machiavélique collusion pagano-judaïque
contre les pauvres Chrétiens, les caravanes
juives rejoignant la Terre sainte en colonnes pillardes,
le chantier gigantesque, les plans somptueux et, finalement,
les châtiments divins avec globes de feu, feux
de l'enfer, croix céleste flamboyante et stigmates
cruciformes sur les hardes des pauvres ouvriers juifs,
tout cela ne relève que de l'imagination à
la fois apologétique et antisémite des
"Pères de l'Église" des IVe et Ve siècles. |
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| 24 Mars 2002 |
| Christophe
a écrit : |
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| Je recherche les textes
suivants :
- "De la mort des persécuteurs,
XLVII" de Lactance en français
- "Le martyr de Blandine"
- Lettre des Chrétiens de Lyon adressée
à des chrétiens d'Asie Mineure en
177 en latin
- "Traité sur la Tolérance
IX" de Voltaire en français
Pouvez-vous me donner les sites
ou je pourrais trouver ces textes ? |
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| RÉPONSE : |
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| XAutant les traductions anglaises foisonnent sur
la Toile, autant les traductions françaises
de textes antiques y sont rares. Je n'ai donc pas
trouvé trace de "la Mort des Persécuteurs"
de Lactance. En ce qui concerne le récit de
la mort de sainte Blandine (en fait une lettre
aux Chrétiens d'Asie mineure citée
- en grec - par Eusèbe de Césarée,
Histoire Ecclésiastique, V, 1), je n'ai
trouvé que deux sites qui en proposent des
extraits (plus ou moins longs, plus ou moins adaptés).
Pour info et au cas où, voici leurs adresses
:
- Zoom sur Blandine : Clic
!
- Les Martyrs de Vienne et de Lyon : Clic
!
Toujours pour info, voici également les adresses
(en autres) où vous trouverez les traductions
anglaises des textes de Lactance et d'Eusèbe
:
- Lactance, Of the Manner in Which
the Persecutors Died :
- Eusebius of Caesarea, Church History,
lib V :
Quant au formidable (et plus d'acualité que
jamais) Traité sur la Tolérance
de Voltaire, vous le trouverez ici :
- voltaire-integral.com : Clic
!
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| 29 Mars 2002 |
| Roland a écrit
: |
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| L'été dernier,
lors de mes vacances annuelles à Cape May (New
Jersey, USA), j'ai rencontré un historien de
l'Empire romain à qui j'ai parlé de
Mauritius, centurion romain canonisé
par l'Église parce qu'il aurait refusé
d'exécuter des membres de la nouvelle religion
du Christ parce qu'il était lui-même
chrétien. Selon cet historien, Mauritius a
été récupéré par
l'Église alors qu'en fait, lui et plusieurs
(sinon la majorité) des soldats de sa centurie
et de la légion dont elle faisait partie étaient
des adorateurs de Mithra. Toujours selon cet
homme, l'Église se serait empressée
de répandre la fausse nouvelle, les chrétiens
étant sur le point de prendre le pouvoir de
l'Empire. Enfin, Mauritius aurait été
noir (un livre d'abord publié en allemand
puis en traduction anglaise (The Black Saint Maurice)
traiterait de ce "détail". Que pensez-vous
de ces affirmations ? Je n'ai rien pu trouver sur
Internet ou dans les bibliothèques d'ici qui
puisse les corroborer. |
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| RÉPONSE : |
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| Saint Maurice (ou Mauritius,
si vous préférez) était-il
noir ? Un de mes correspondants du mois de septembre
2001 en semblait convaincu (Clic
!) et m'avait même envoyé une
fort belle représentation d'un retable allemand
du Moyen Age qui le représentait ainsi (Clic
!)
Tout cela est bien beau, mais,
à vrai dire, je pense que la question
qu'il faudrait d'abord se poser serait plutôt
: "est-ce que saint Maurice (ou Mauritius)
a réellement existé ?".
Conséquence directe des lectures voltairiennes
qui ont bercé mes jeunes années,
j'ai toujours nourri une vive suspicion envers
cette abracadabrante histoire de "Maurice
et de la Légion thébaine".
Je rappelle brièvement les faits : vers
285-286 ap. J.-C., dans un trou perdu des Alpes
(près d'Agaune, dans le Valais), tous
les soldats d'une légion levée
en Égypte, ainsi que leur chef, un certain
Maurice, auraient été passés
par les armes sur l'ordre de Maximien
Hercule parce que, chrétiens, ils
auraient refusé de sacrifier aux divinités
tutélaires de l'Empire.
Que faisaient donc ces braves égyptiens
si loin de leur Nil natal ?
D'après ce que rapporte la légende,
cette "Légion thébaine" de Maurice
avait été levée pour lutter
contre les Bagaudes, ces paysans révoltés
qui ravageaient la Gaule.
D'accord, je l'admets bien volontiers, il n'était
pas rare que les légionnaires romains
fussent envoyés combattre très
loin de leur pays d'origine ; mais, en général,
c'étaient plutôt les hommes du
Nord de l'Empire (Bretons, Gaulois, Germains,
Illyriens) qui, en plus de défendre leurs
propres frontières, étaient réquisitionnés
pour faire "le coup de pilum" en défendant
les provinces méridionales ; rarement
l'inverse ! À part les cavaliers et les
archers arabes, les "Orientaux", et en particulier
les Égyptiens, n'étaient pas réputés
excellents soldats. En outre, à cette
époque, la Haute Égypte, dont
sont censées provenir toutes les recrues
de cette "Légion thébaine", était
gravement menacée par les invasions des
Blemmyes, peuplades nubiennes (soudanaises)
aussi dangereuse pour Rome (et son approvisionnement
en céréales égyptiennes)
que les Bagaudes gaulois. Maurice et ses copains
n'avaient donc pas besoin de s'expatrier : ce
n'état pas le boulot qui manquait chez
eux ! |
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D'autre part, dans les années 286-286 ap.
J.-C., les Chrétiens n'étaient pas persécutés.
Ce ne fut qu'une vingtaine d'années plus tard
que Dioclétien,
supérieur hiérarchique de Maximien Hercule,
l'assassin présumé de Maurice et de
ses troufions, promulgua contre eux de terribles édits
de persécution. À l'époque
où la "Légion thébaine" aurait
été massacrée pour sa Foi, les
Chrétiens vivaient depuis vingt-cinq ans en
pleine Petite paix de l'Église. Depuis
que Gallien
avait mis fin à la persécution
de son père Valérien, leur culte
était toléré. Mieux, l'épouse
de l'empereur Dioclétien ne cachait pas ses
sympathies chrétiennes, et saint Caius, le
"pape" de Rome, aurait même fait partie de la
famille impériale !
Quant à l'hypothèse (l'ai-je bien comprise
?) de votre ami des States selon laquelle Maurice
et ses soldats auraient été tués
parce qu'ils auraient été des adeptes
de Mithra, elle me satisfait encore moins : au IIIe
siècle, ce culte oriental était d'une
certaine façon devenu, en s'amalgamant avec
celui du Soleil invaincu (Sol Invictus), la
"religion officielle" des légionnaires romains.
Persécuter les adorateurs de Mithra, cela serait
revenu à anéantir littéralement
l'armée romaine, à décimer les
légions et à en décapiter l'état-major.
Pire que les purges de Staline !
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Mon correspondant du mois de
septembre de l'année passée (Clic
!) me signalait également qu'il
avait appris auprès des chanoines de
l'abbaye de Saint-Maurice en Suisse qu'une confirmation
scientifique (datation notamment au carbone
14) avait authentifié et le martyr et
les dates et l'origine de la légion thébaine.
OK ! Mais dans les années 285-286, à
l'époque même où l'hypothétique
"Légion thébaine" aurait été
exterminée, le co-empereur Maximien
Hercule repoussait dans les Alpes une xième
invasion d'Alamans. Dès lors, qu'aux
premiers siècles du christianisme, on
ait trouvé, puis vénéré,
dans ces régions des squelettes de légionnaires
contemporains du présumé massacre
de la Légion thébaine, ou même
un charnier, voire un "cimetière militaire",
cela n'a donc, à mon avis, rien de surprenant.
C'est comme si on me disait qu'en 1840, on avait
retrouvé des restes de grognards napoléoniens
dans des prairies de Waterloo !
Mais quant
à connaître l'origine ethnique
et les croyances religieuses de ces supposées
reliques de saint Maurice et de ses potes, ça
c'est une autre paire de manches ! Même
avec tous les progrès de la recherche
atomique et du génie génétique
Comme vous le constatez, cette histoire me
pose de tels énormes problèmes
de vraisemblance que la question de savoir si
cet hypothétique saint Maurice était
ou non un black me paraît assez anecdotique.
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Je viens cependant de lire dans l'article que lui
consacre la "Catholic Encyclopedia" (Clic !)
que Maurice est parfois représenté comme
un Maure. La reproduction gracieusement expédiée
par mon correspondant (Clic
!) ne constituerait donc pas un cas isolé
! Cela me conduit à penser que la représentation
de Maurice en "chevalier noir" n'est peut-être
pas née d'une tradition historique, mais qu'il
s'agirait plutôt d'une simple convention picturale.
En effet, en latin populaire, le mot maurus
signifiait "brun foncé", "noir". Or, de maurus
à Maurice, il n'y a qu'un pas ! Il était
donc aussi évident au point de vue étymologique
que commode sur le plan pictural de représenter
le thébain Maurice en soldat de race noire
; ne serait-ce que pour le distinguer au premier coup
d'il de saint Martin et de saint Georges, deux
autres soldats romains canonisés et dont le
culte était également fort répandu
!
Selon cette hypothèse (peut-être hasardeuse),
la couleur de peau de saint Maurice n'aurait rien
d'"historique" ; ce ne serait que ce que sont le loup
de saint Loup, le cochon de saint Antoine, le grill
de saint Laurent, ou les seins sur le plat de sainte
Agathe (etc
) : un "attribut" permettant de l'identifier
instantanément et de le distinguer de ses collègues
bienheureux
un peu de la même façon
dont on distingue le noir Gaspard de ses deux autres
Rois mages de confrères ! |
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| Roland
a réécrit : |
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| C'est avec
un très grand intérêt que j'ai
lu vos commentaires et explications faisant suite
aux questions que j'avais posées. (...)
Au sujet de Mauritius et
de la religion de Mithra, je me suis mal expliqué.
Ce que prétendait l'historien américain
(les deux pieds dans le sable chaud), c'est que Maurice
et ses compagnons auraient été zigouillés,
non parce qu'ils avaient refusé, en tant que
chrétiens, d'offrir des hommages aux dieux
romains païens, mais plutôt parce que,
quoique adorateurs de Mithra, ils auraient refusé,
par esprit de tolérance religieuse, de tuer
des gens à cause de leur appartenance à
une religion donnée. Bref, tout mithraiste
qu'il était, Maurice aurait trouvé inhumain,
immoral, de décapiter quelqu'un pour ses croyances
religieuses et il en aurait été tellement
convaincu qu'il aurait sacrifié sa vie plutôt
que de manquer à ce principe. Un martyr de
la liberté de conscience quoi !
Intéressants
et tout à fait vraisemblables, vos commentaires
sur la couleur de peau de Mauritius. À ce sujet,
je me permets de revenir sur le livre, semble-t-il,
épuisé ? :
Gude Suckale-Redlefsen
Mauritius: Der Heilige Mohr / the Black Saint Maurice
1st. Menil Foundation, Houston (1987)
b/w plates. Fine in Fine d/j 8vo, pp295,
Dual language text, also published by Schnell &
Steiner, Munich.
Si vous pouviez le dénicher
quelque part, vous feriez un heureux. Les grandes
librairies en ligne, françaises comme américaines
et canadiennes, disent qu'elles ne le trouvent pas.
Je serais curieux de lire les arguments de Gude Suckale-Redlefsen.
Peut-être rejoignent-ils les vôtres.
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| RÉPONSE : |
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| À première vue, l'hypothèse
de votre connaissance aussi américaine qu'arénicole
(les orteils douillettement nichés dans le
sable chaud, quelle merveille !) me paraît assez
aventurée. C'est en effet toujours le même
problème : comment est-il possible de se prononcer
catégoriquement sur la religion d'une personne
alors que l'on doute de son existence historique ?
On peut certes affirmer que Maurice était
mithraïste parce que le culte de Mithra était
très répandu dans les légions
romaines, tout comme on peut dire qu'il était
animiste parce que, noir, il provenait de tribus soudanaises
; ou encore qu'il était chrétien parce
que les anachorètes pullulaient pis que les
momies dans les vieux tombeaux de sa Thébaïde
natale ; ou néoplatonicien puisqu'Alexandrie
d'Égypte était un centre de diffusion
de cette doctrine philosophique ; ou un adepte rescapé
de la religion d'Akhenaton : Tell el Amarna, la "Cité
de l'Horizon d'Aton" n'est pas si éloignée
de Thèbes : ou encore que Maurice était
un bouddhiste non violent parce qu'un de ses ancêtres
maternels, marin de la flotte du Pount, avait été
initié à cette doctrine en allant acheter
aux Indes l'or des Pharaons !
Avec un personnage quasi légendaire, l'histoire
cède le pas à la fantaisie. On peut
tout dire
et son contraire, mais (presque) rien
prouver !
| NB
:
Sur
saint Maurice et la légion thébaine,
voir ici : Clic
! et Clic
! |
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| 30 Mars 2002 |
| Marc a écrit
: |
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| Est-ce que c'est vrai que
Marc Aurèle avait des tendances homosexuelles
? |
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| RÉPONSE : |
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| N'est-il pas quelque peu malséant
d'aller inspecter sous la couette d'un aussi
grand homme que Marc
Aurèle afin de savoir "avec
qui, et dans quelles positions, il plongeait
dans le stupre et fornication", comme le
chantait Brassens ? C'est sans doute pourquoi,
mis part une allusion dans un site internet
(Clic
!), je n'ai trouvé nulle part
mention des tendances homosexuelles que
vous envisagez.
La page internet mentionnée ci-dessus
(Clic
!) évoque les lettres entre Fronton
et Marc
Aurèle où les relations homosexuelles
entre l'empereur-philosophe et Fronton, son
maître de rhétorique, seraient
étalées au grand jour. À
vrai dire, je n'ai pas lu cette correspondance
prétendument compromettante, mais Mario
Meunier, traducteur des uvres de Marc
Aurèle (éditions Garnier-Flammarion)
parle seulement de "lettres brûlantes
d'une noble et pure amitié"
Entre "brûlante et pure amitié"
et "amours torrides", il y a quand un
même un écart de quelques degrés
centigrades ! De plus, même si cette correspondance
est sincère, et même si Marc
Aurèle, en bon "philhellène"
qu'il prétendait être, se devait
d'admirer (aussi) la beauté des jeunes
éphèbes, les lettres adressées
par Marc Aurèle à son professeur
d'éloquence sont aussi (et peut-être
surtout) des exercices de style où l'élève
(ou l'ancien élève) tenait à
exprimer toute l'admiration qu'il vouait à
son maître "à la manière"
des disciples de ces philosophes grecs amateurs
de beaux garçons (Socrate, Planton ou
Aristote). En proclamant un amour passionné
pour son maître Fronton, Marc
Aurèle, ne faisait donc peut-être
que se conformer aux règles d'un genre
littéraire, avec toute l'emphase requise
et toutes les exagérations convenues. |
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À première vue, je ne vois donc aucune
autre raison de douter de l'hétérosexualité
de Marc
Aurèle, qui semble avoir aimé son
épouse Faustine (même si la dame "n'était
pas un cadeau"), et en tout cas avoir fort assidûment
fréquenté le lit conjugal (au moins
13 enfants naquirent de ce mariage). L'Histoire
Auguste, un recueil de biographies impériales
assez tardif (fin du IVe siècle), pourtant
d'ordinaire assez médisant, ne lui reproche
d'ailleurs rien à cet égard, si ce n'est
qu'il estimait tellement un certain Junius Rusticus,
un de ses maîtres en philosophie, qu'il "le
tenait au courant de toutes ses décisions d'ordre
privé ou public et ne manquait jamais de l'embrasser,
même devant les préfets du prétoire".
Pour le reste, "on lui reprocha d'être hypocrite
et pas aussi franc qu'il semblait être",
mais il était "vertueux sans excès,
réservé sans mollesse et austère
sans être triste" (Histoire
Auguste, Vie de Marc Aurèle,
III : 4, XXIX : 6 et IV : 10 - trad. André
Chastagnol, Éd. Robert Laffont, coll. Bouquins).
Bref, à mon avis, Marc
Aurèle était sans doute "un austère
qui se marre", comme dirait votre Lionel Jospin, mais
pas nécessairement un homo ! |
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| 31 Mars 2002 |
| Jean-Pierre
a écrit : |
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| En parcourant votre excellent
site sur les Empereurs romains, je me suis attardé
sur l'époque Tibère, à laquelle
aurait vécu un certain Jésus.
Comment peut-on expliquer qu'aucune
archive ne relate la mort de ce prophète
? |
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| RÉPONSE : |
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| Si si, il y a bien des "archives"
qui parlent de la mort de Jésus : ce sont
les Évangiles selon Marc, Matthieu, Luc ou
Jean. Cependant, si vous voulez parler de textes non-chrétiens,
c'est vrai qu'il n'y en a pas des masses : quelques
lignes chez les historiens romains Tacite et Suétone,
et quelques autres chez l'historien juif Flavius Josèphe,
le tout fortement suspect d'avoir été
chipoté, retravaillé, revu et corrigé
par les braves moines chrétiens du Moyen Age
qui nous transmis les écrits de ces auteurs.
Quant aux textes historiques païens qui ne pouvaient
pas être "améliorés", ils furent
impitoyablement détruits par les premiers chrétiens.
Un exemple ? Prenez les Annales de Tacite.
En 16 livres l'auteur y relatait, année par
année, l'histoire de Rome et de son Empire,
depuis la mort d'Auguste
(14 ap. J.-C.) jusqu'à celle de Néron
(68 ap. J.-C.). Or, si les livres 1 à 4 (années
14 à 28 ap. J.-C.), le livre 6 (années
32 à 37 ap. J.-C.), et les livres 11 à
15 (de 47 à 65 ap. J.-C.) sont complets, tout
le reste est fragmentaire ou manque complètement.
Quant au cinquième livre des Annales
de Tacite, celui qui "couvrait" les années
29, 30 et 31 ap. J.-C. c'est-à-dire précisément
l'époque où l'on situe communément
le "ministère public" et de la mort de Jésus,
pas de chance, il est presqu'entièrement perdu
!
Un hasard sans doute ?
Non ! il faut plutôt croire que Tacite (et
d'autres historiens païens) présentaient
Jésus sous un jour qui ne plaisait pas aux
Chrétiens des premiers temps ou ne cadrait
pas du tout avec les légendes que l'Église
voulait imposer.
Comme j'ai déjà eu l'occasion d'aborder
ce problème à plusieurs reprises dans
mes pages, et comme je crains de rabâcher un
peu, je vous invite, si la question vous intéresse,
d'aller jeter un coup d'il aux liens mentionnés
ci-dessous :
- Remarques sur Jésus, sa vie, son temps
; Clic
!
- Qu'en est-il de la personnalité de Jésus
: Clic
!
- Le "mythe" de Jésus : Clic
!
- Jésus, mythe ou réalité ?
: Clic
!
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