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Mars 2002 (page 2/3)
Sommaire du mois de Mars : Clic
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| 10 Mars 2002 |
| François
a écrit : |
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| Je viens de relire la bio
de Julien de Benoist-Méchin, et je dois dire
que je ne parviens toujours pas à cerner le personnage
car le livre de Benoist-Méchin est remarquable
par son style et sa langue, son analyse de l'Empire et
sa description de l'époque, mais j ai l'impression
que l'auteur est trop attache a son héros pour
être totalement objectif
Pouvez-vous me dire ce que vous
en pensez de Julien et de Benoist-Méchin |
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| RÉPONSE : |
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| "Je n'aime pas ce livre qui fait l'apologie
du paganisme !" Voilà ce que disait ma vieille
maman, bonne catholique, à propos de Julien
ou le rêve calciné de Benoist-Méchin.
Quant à moi, j'aime beaucoup ce bouquin, mais dois
néanmoins reconnaître que ma très
sainte mère n'avait pas tout à fait tort
: il y a là-dedans un évident parti-pris
"païen"
ou anti-chrétien, si vous préférez.
En réalité, je ne considère pas
tout à fait le livre de Benoist-Méchin comme
un vrai travail historique, mais comme une tentative de
reconstruction psychologique du personnage de Julien
dit l'Apostat. Or, qui dit "reconstruction psychologique"
dit interprétation subjective. C'est pourquoi apparaissent
nécessairement dans ce livre certains thèmes
récurrents chez Benoist-Méchin (qui fut,
s'il m'en souvient, un ministre du maréchal Pétain)
: sympathie à l'égard des autocrates, goût
de l'ordre établi, fascination de l'armée,
indulgence à l'égard du colonialisme, chauvinisme
français frisant le nationalisme, et, peut-être,
une certaine tendance "néo-païenne"
Ce qui n'enlève pourtant rien à la qualité
littéraire de cette uvre, car s'il faut bien
reconnaître une chose, c'est que ces écrivains
de droite (voire de droite extrême) du siècle
passé savaient se servir d'une plume ! Il faut
simplement lire leurs bouquins en connaissance de cause,
avec toutes les réserves mentales nécessaires,
ou si vous préférez, "avec bons verres correcteurs"
!
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Cela dit, ne vous étonnez
pas de n'avoir pu "cerner le personnage" de Julien
l'Apostat : la plupart de ses contemporains
n'y arrivaient probablement pas non plus ! Lors
de votre lecture du Julien de Benoist-Méchin,
vous avez sans doute noté l'incompréhension
des citoyens raffinés d'Antioche devant ce
souverain barbu, hirsute, rugueux, qui se piquait
de philosophie tout en jouant au soldat. Mais les
Antiochéens ne furent probablement pas les
seuls à ne rien comprendre à Julien
: bien des militaires le prirent pour stratège
d'opérette, les intellectuels ne virent en
lui qu'un dilettante ; les politiciens, un dangereux
idéaliste ; les courtisans, un hypocrite
de la pire espèce ; les païens le considérèrent
comme illuminé nostalgique ; les "mages"
farfelus qui gravitaient autour de Julien ne virent
en lui qu'un un pigeon naïf et superstitieux
qu'il fallait plumer ; et, enfin, les chrétiens
le regardèrent comme l'"apostat", l'impie,
la bête immonde, le persécuteur ultime
!
Conséquence de toutes ces incompréhensions
cumulées : Julien
fut l'un des personnages les plus injuriés,
les plus calomniés de toute l'histoire romaine,
et il est bien difficile aujourd'hui, même
pour un spécialiste, de retrouver la vérité
du personnage au milieu de toute cette boue.
Rien que pour le fun, je ne puis résister
au plaisir de vous citer un court extrait d'un vieux
livre de propagande chrétienne du début
du XXe siècle. Vous verrez ainsi que si Benoist-Méchin
a une légère tendance à être
trop favorable à Julien, c'est peut-être
pour faire contrepoids aux exagérations de
l'autre bord. Voici ce texte ébouriffant
: |
| : "Julien se croyait un théurge.
Fanatique et convaincu, il se pensait vraiment en
rapports quotidiens avec les dieux qu'il invoquait
depuis son initiation aux mystères d'Éleusis,
par l'hiérophante Maxime. La nuit, dans ses
palais, à Vienne, à Lutèce,
à Sirmium, à Constantinople, à
Antioche, il s'enfermait avec le sacrificateur égyptien
Oronte. Là, à la clarté funèbre
d'une torche, on plongeait le couteau sacré
dans le cur d'un enfant, d'une jeune fille,
d'un chrétien, on disséquait leurs
membres palpitants pour évoquer les esprits
dans la vapeur du sang, et recueillir des présages
horribles. Une nuit, pendant un de ces affreux sacrifices,
Julien s'était vu tout à coup entouré
d'apparitions fantastiques qui le pressaient de
toutes parts avec des bruits houleux, dans les tourbillons
d'une fétide et sulfureuse vapeur. La peur
glaça le cur de Julien qui, se rappelant
la foi qu'il avait quittée, traça
sur lui le signe victorieux de la croix. Aussitôt
toute la fantasmagorie disparut." (L. Le Leu,
le Triomphe de la Croix, Éditions
Casterman, Tournai, 1909)
Et il y a une trentaine de pages de la même
verve.
Vous voyez qu'une certaine "réhabilitation"
de Julien
était sans doute nécessaire tant on
vient de loin ! Mais il ne faut cependant pas tomber
dans l'excès contraire, dans l'hagiographie
qui ferait Julien un genre de "saint païen".
C'est ce que je me suis efforcé de faire,
en dépit de la sympathie que j'éprouve
pour le personnage, dans la notice que je lui ai
consacrée (Clic !).
Pour terminer, voici les titres de quelques livres
qui pourront peut-être un peu servir de correctif
aux assertions parfois un peu trop complaisantes
de Benoist-Méchin :
- Lucien JERPHAGNON, Julien dit l'Apostat,
histoire naturelle d'une famille sous le Bas-empire,
Éditions du Seuil, Paris, 1986.
- Claude FOUQUET, Julien, la mort du monde
antique, Les Belles Lettres, Paris, 1985.
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Et enfin :
- Gore VIDAL, Julien (roman), Julliard / L'Age
d'Homme, 1987. (Un livre abondamment utilisé
par Benoist-Méchin).
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| 13 Mars 2002 |
| Webmaster écrit
: |
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| Je suis le webmestre
du site polyptote.net.
Une page est dédiée à la Civilisation
romaine. Il s'agit d'un cours pour les non-latinistes
et non-spécialistes. Ce cours est loin d'être
exhaustif, faute de temps, vous pouvez l'imaginer. Néanmoins,
je mets à jour le site chaque semaine, suite au
cours que nous avons le mercredi.
Le professeur a le projet d'étudier
jusqu'en juin :
- Tableau de la civilisation
romaine au début de l'empire
- Le principat
- La société
romaine
- La religion
- L'empire romain
- Le Haut Empire
- La crise de l'empire
- 'Antiquité tardive
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| 14 Mars 2002 |
| Jérôme
a écrit : |
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| Dans votre biographie sur Hadrien
vous dites à propos du complot de Nigrinus,
je cite : "Seul un complot, tramé par quatre
sénateurs aussi séditieux qu'ambitieux vint
menacer la paix intérieure de l'Empire. Cette tentative
de coup d'état sénatorial fut réprimée
rapidement et brutalement
ce qui servit aussi d'avertissement
salutaire et prophylactique à un Sénat toujours
prêt à contester les prérogatives
impériales."
Ne pensez-vous pas (vous pourriez
sûrement m'éclairer car je dois faire un
travail sur les services secrets à Rome sous Hadrien)
qu'il s'agirait peut-être d'un prétexte afin
d'éliminer des personnes gênant l'empereur
? Car le meurtre de ces quatre personnes s'est opéré
dans des lieux tout à fait différents. Les
quatre sénateurs se trouvant à des endroits
différents. Si ces sénateurs avaient vraiment
fait un coup d'état, ne seraient-ils pas restés
ensemble ? |
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| RÉPONSE : |
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| Je dois vous l'avouer, quand j'ai rédigé
ma notice sur Hadrien,
cette "affaire Nigrinus et consorts" ne m'avait
pas perturbé outre mesure. J'avais simplement suivi
le récit de l'Histoire
Auguste, souvent assez fantaisiste, mais qui,
en ce qui concerne la "Vie d'Hadrien", se fonde, paraît-il,
sur des bases historiques assez solides. Or, l'auteur
de ce texte - qui se fait appeler Ælius Spartianus,
mais qui était en réalité un païen
anonyme du début du Ve siècle, presque trois
cents ans après Hadrien
- parle bien d'un complot. Je cite : "Nigrinus, que
pourtant Hadrien avait désigné comme successeur,
avait ourdi avec Lusius et beaucoup d'autres un complot
pour l'assassiner au cours d'un sacrifice ; l'empereur
le déjoua. C'est pourquoi furent mis à mort
Palma à Terracine, Celsus à Baies, Nigrinus
à Faenza et Lusius pendant un déplacement,
tous sur l'ordre du Sénat, mais contre la volonté
d'Hadrien, du moins à ce qu'il dit dans son Autobiographie.
(
) Il s'excusa également devant le Sénat
de ce qui s'était passé et jura qu'il ne
punirait jamais un sénateur, sinon sur décision
expresse de l'Assemblée". (Histoire Auguste,
Vie d'Hadrien, VII, 1 - 4, trad. A. Chastagnol, Éd.
Robert Laffont, coll. Bouquins).
| 
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Suite à votre mail, j'ai quand
même été voir, par acquit de
conscience, ce que disait une autre source moins
tardive, en l'occurrence Dion Cassius (IIIe siècle),
à propos de cette sombre histoire. Voici
ce que j'ai trouvé : "Bien qu'il régnât
avec la plus grande douceur, Hadrien fut pourtant
sévèrement critiqué, au début
de son règne et à nouveau presque
au terme de sa vie, pour le meurtre de plusieurs
hommes qui comptaient parmi les meilleurs, et, pour
cette raison, il faillit ne pas être élevé
au rang des demi-dieux. Ceux qui furent tués
au commencement de son règne furent Palma
et Celsus, Nigrinus et Lusius ; les deux premiers
parce qu'ils qu'ils avaient, disait-on, conspiré
contre lui pendant une chasse, et les autres à
la suite de certaines plaintes, mais en réalité
parce qu'ils avaient une grande influence et parce
qu'ils aimaient la richesse et la gloire. Cependant,
Hadrien fut si profondément affecté
des réactions provoquées par cette
affaire qu'il trouva nécessaire de s'en justifier
et jura solennellement qu'il n'avait pas ordonné
leurs morts". (Dion Cassius, 69, II, 5 - trad.
française d'après le texte anglais
du site LacusCurtius : Clic !).
Nous ne sommes pas plus avancés :
rumeurs de complot, jalousie, motifs politiques
? Tout ça n'est pas clair !
Les textes antiques ne permettant pas tirer réellement
"l'affaire Nigrinus" au clair, examinons un peu
ce qu'en dit Marguerite Yourcenar dans ses justement
célèbres Mémoires d'Hadrien.
Souvent, en l'absence de sources sûres, les
romanciers imaginatifs se révèlent
plus perspicaces que les historiens poussiéreux
! |
Comme on pouvait s'y attendre, l'Hadrien de Yourcenar
se disculpe de l'assassinat de Nigrinus et consorts. C'est
évidemment Hadrien qui parle : "Il (= Lusius,
que M. Yourcenar appelle Quiétus) m'invita à
une chasse en Mysie, en pleine forêt, et machina
savamment un accident dans lequel, avec un peu moins de
chance ou d'agilité physique, J'eusse à
coup sûr laissé ma vie. Mieux valait paraître
ne rien soupçonner, patienter, attendre. Peu de
temps plus tard, en Moésie Inférieure, à
l'époque où la capitulation des princes
sarmates me permettait d'envisager mon retour en Italie
pour une date assez prochaine, un échange de dépêches
chiffrées avec mon ancien tuteur m'apprit que Quiétus,
rentré précipitamment à Rome, venait
de s'y aboucher avec Palma. Nos ennemis fortifiaient leurs
positions, reformaient leurs troupes. Aucune sécurité
n'était possible tant que nous aurions contre nous
ces deux hommes. J'écrivis à Attianus
(le Préfet du Prétoire) d'agir vite.
Ce vieillard frappa comme la foudre. Il outrepassa mes
ordres, et me débarrassa d'un seul coup de tout
ce qui me restait d'ennemis déclarés. Le
même jour, à peu d'heures de distance, Celsus
fut exécuté à Baïes, Palma dans
sa villa de Terracine, Nigrinus à Faventia sur
le seuil de sa maison de plaisance. Quiétus périt
en voyage, au sortir d'un conciliabule avec ses complices,
sur le marchepied de la voiture qui le ramenait en ville."
(Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien,
Éd. Gallimard, 1974)
Donc complot de Lusius-Quiétus, conspiration de
ces éternels ennemis d'Hadrien qui deviendraient
inévitablement des opposants politiques, et surtout
ordres d'Hadrien mal interprétés, outrepassés
?
Ouais !
Dans la suite du texte, l'Hadrien de M. Yourcenar manifeste
moins de regrets pour ces exécutions que d'inquiétude
pour sa bonne réputation. Il ne pleure pas ses
victimes, mais se lamente sur son propre sort : ne risque-t-il
pas de passer aux yeux du peuple de Rome pour un monstre
cruel et arbitraire comme le furent Néron et Domitien
? Et c'est le Préfet Attianus, l'exécuteur
des basses uvres d'Hadrien, qui lui démontre
la nécessité de ces meurtres, qui doit,
pour parler un peu scato, "lui mettre le nez dans son
caca" : "Il (= Attianus) me demanda posément
ce que j'avais compté faire des ennemis du régime.
On saurait, s'il le fallait, prouver que ces quatre hommes
avaient comploté ma mort ; ils avaient en tout
cas intérêt à la faire. Tout passage
d'un règne à un autre entraîne ses
opérations de nettoyage ; il s'était chargé
de celle-ci pour me laisser les mains propres". (Marguerite
Yourcenar, Mémoires d'Hadrien).
Bref,, si Hadrien n'a pas ordonné ces exécutions,
il les a secrètement souhaitées ; et s'il
ne les a pas voulues, il aurait dû : l'intérêt
supérieur de son trône, la réalisation
de ses objectifs politiques et sa sécurité
personnelle exigeaient cette "épuration" que j'ai
moi-même qualifiée de "prophylactique". Et
qu'importe si Nigrinus et consorts étaient coupables
de conspiration, ils auraient pu l'être, et cela
suffisait ! Raison d'état !
Maintenant, cette hypothèse d'un demi-complot
servant de prétexte à une épuration
de cadres du règne précédent est-elle
vraie ? Elle me semble en tout cas plausible. Elle expliquerait
aussi ces meurtres dans des endroits différents
qui vous tracassent tant !
Quant à la responsabilité personnelle d'Hadrien,
voici comment le héros de Marguerite Yourcenar
lui-même envisage la question : "les esprits
honnêtes, les curs vertueux se refusèrent
à me croire impliqué ; les cyniques supposaient
le pire, mais m'en admiraient d'autant plus". (M.
Yourcenar, Mémoires d'Hadrien). Des propos
bien désabusés : si l'humanité entière
n'est composée que d'honnêtes naïfs
et de réalistes cyniques, quelle est la valeur
de son jugement ?
En réalité, faute de preuves, toutes les
options restent ouvertes. La responsabilité d'Hadrien
dans cette affaire ne peut être évaluée
qu'en fonction de la sympathie que l'on éprouve
ou non pour le personnage. Ses admirateurs pourront nier
son implication formelle ou le plaindront d'avoir été
contraint, légitime défense, de recourir
à de telles méthodes. Pour ses ennemis,
au contraire, les assassinats de Nigrinus et de ses amis
ne constitueront qu'une pièce supplémentaire
à verser au dossier déjà bien lourd
d'un souverain cruel, pervers et débauché.
Sans document probant, c'est simplement une "question
de feeling", comme dit la chanson ! |
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| 15 Mars 2002 |
| Pierre a écrit
: |
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| Avez-vous des informations sur
cette famille d'officiers romains francs : les Mérobaudes. |
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| RÉPONSE : |
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| J'ai eu beau farfouiller dans ma documentation et
surfer sur le Net, je n'ai trouvé que deux "Mérobaudes".
L'un était effectivement un soldat, mais l'autre
était un poète. Je ne sais donc si l'on
peut réellement parler d'eux comme faisant partie
d'une "lignée d'officiers romano-francs".
Le premier Mérobaude (on écrit aussi
Mérobaud, Mellobaud ou Mellobaude)
est le plus connu. De son nom latin Flavius Merobaudes,
ce fut effectivement un brillant général
romain d'origine franque. Il vécut dans la deuxième
moitié du IVe siècle (mort en 383 ap. J.-C.).
Certains auteurs le présentent comme "le roi des
Francs", mais vous n'êtes pas obligé de les
croire sur parole ! En fait, il n'était probablement
qu'un chef (parmi d'autres) d'une des nombreuses peuplades
franques de la rive droite du Rhin. L'historien Ammien
Marcellin (fin du IVe siècle) dit de lui qu'il
était "très belliqueux" ; acceptons-en
l'augure !
Notre Mérobaude servit dans l'armée de
Julien
l'Apostat, puis dans celle de Valentinien
Ier. Il s'y distingua si bien qu'il obtint le grade
de "Chef des Domestiques" (= chef de la garde personnelle
de l'empereur) puis celui de "magister peditum"
(= chef de l'infanterie).
À la mort de Valentinien
Ier, Mérobaude fut l'un des principaux instigateurs
du complot militaire grâce auquel Valentinien
II, le fils cadet de feu Valentinien Ier et qui était
âgé de quatre ans seulement, fut proclamé
co-empereur alors que Gratien,
son frère aîné, avait déjà
revêtu la pourpre impériale. Gratien accepta
le fait accompli et Mérobaude devint, avec le poète
bordelais Ausone, un de ses principaux conseillers et
le chef le plus respecté de son armée. En
374, le général "romano-franc" réprima
la révolte des Quades (peuple du Haut Danube) puis,
en 377, prit une part prépondérante à
la victoire de Colmar où les légions de
Gratien écrasèrent les Alamans.
Complètement romanisé, Mérobaude
eut l'honneur d'être désigné à
deux reprises comme consul ordinaire (en 377 avec Gratien
et en 383 avec un certain Flavius Saturninus).
Lors de l'usurpation de Maxime,
Mérobaude semble - mais c'est loin d'être
certain - être resté fidèle à
Gratien
alors que les autres généraux francs l'avaient
déjà trahi. Quoi qu'il en soit, il fut assassiné
en 383, peu après son empereur chéri.
Je ne sais pas si le deuxième Mérobaude
(Flavius Merobaudes également) était apparenté
au premier, En tout cas, lui, c'était un poète
qui vivait au milieu du Ve siècle (vers 450 ap.
J.-C). On lui doit (entre autres) un "panégyrique"
à la gloire d'Aetius, ce général
romain qui vainquit les Huns d'Attila à la bataille
des Champs Catalauniques (453 ap. J.-C.). C'est à
peu près tout ce que j'ai découvert à
son sujet. |
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| 19 Mars 2002 |
| R02aude a écrit
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| Je n'ai rien trouvé
sur Eutrope, l'historien.
Si vous avez quelque chose
à me donner, n'hésitez pas. |
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| RÉPONSE : |
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| Ben oui, vous avez raison : je ne parle pas d'Eutrope
! Le devrais-je ? Eutrope, un sénateur probablement
d'origine orientale, fut "maître du bureau de
la mémoire" (magister memoriae) de l'empereur
Valens
(empereur d'Orient entre 364 - 368).C'est alors qu'il
occupait cette charge qu'il écrivit un "Abrégé"
(Breviarium) d'histoire romaine, depuis la
fondation de Rome jusqu'à la mort de l'empereur
Jovien
(364).
Que dire de plus ?
Un dictionnaire que j'ai consulté affirme
que le Breviarium d'Eutrope est "concis,
bien équilibré et impartial". Grand
bien lui fasse
car, je dois bien l'avouer, cet
historien n'avait guère retenu mon attention
jusqu'ici : à première vue, son "Abrégé
d'Histoire romaine" ne m'avait pas paru fondamentalement
plus original, plus intéressant ni plus pertinent
que ceux de ses presque contemporains Aurelius Victor
ou Festus. À ce qu'il me semblait, les spécialistes
d'histoire romaine et de littérature latine
s'intéressaient moins à l'uvre
d'Eutrope elle-même qu'à à la
façon dont son Bréviaire avait
interagi avec les autres "Abrégés"
du IVe siècle, ou à la manière
dont ce texte avait été utilisé
par des historiens plus "importants", comme, par exemple,
l'auteur anonyme de l'Histoire
Auguste (fin du IVe siècle - début
du Ve siècle) ou par le Byzantin Zosime (2e
moitié du Ve siècle).Mais naturellement,
je peux me tromper et être passé à
côté de quelque chose d'essentiel !
Vous trouverez le texte latin du Breviarium
d'Eutrope à l'adresse suivante :
- George Mason University : Clic
!
À ma connaissance, il n'existe pas sur Net
de traduction (française ou anglaise).
Pour terminer, peut-être deux références
bibliographiques qui vous intéresseront (mais,
quant à moi, je n'ai pas eu l'occasion de consulter
ces livres "de bibliothèque") :
- W. H. BIRD, Eutropius : Breviarium. Translated
with an introduction and commentary, Liverpool,
1993.
- St. RATTI, les Empereurs romains, d'Auguste
à Dioclétien dans le Bréviaire
d'Eutrope. Paris, 1996.
Comme vous voyez, tout cela reste fort confidentiel
et très très "pointu" ! |
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| 20 Mars 2002 |
| Elisa a écrit
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| (...) Je recherche aussi
l'Édit de Milan en français ? |
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| RÉPONSE : |
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| À première vue, il
serait difficile de trouver une traduction française
de l'Édit de Milan puisqu'à proprement
parler "l'Édit de Milan" n'existe pas
en tant que tel. En effet, lorsqu'en février
313, Constantin
et Licinius
se rencontrèrent à Milan, ils prirent,
certes, certaines décisions destinées
à instaurer de nouvelles relations entre le
christianisme et le pouvoir impérial - en fait,
il s'agissait surtout de rallier à leur cause
les Chrétiens, très nombreux dans les
territoires contrôlés par Maximin
Daïa, leur rival oriental. Mais le texte
exact de l'accord ne nous est pas parvenu. Toutefois,
nous en connaissons les dispositions grâce à
deux rescrits (réponses officielles) de Licinius
et qui furent recopiés par des historiens ecclésiastiques
presque contemporains. Lactance nous a transmis le
premier rescrit, affiché en latin à
Nicomédie ; quant au second, expédié
aux fonctionnaires de Palestine après la mort
de Maximin Daïa, il nous a été
conservé, dans une version grecque, par Eusèbe
de Césarée.
Mauvaise nouvelle : à ma connaissance, il
n'existe pas sur le Net de traduction française
de ces textes. Je n'ai pas pu en dénicher non
plus dans ma documentation perso. Faute de mieux,
je vous livre donc l'adresse de pages où vous
pourrez en trouver une version anglaise :
Cependant, j'ai quand même trouvé quelques
infos sur le contenu de ces textes. Au risque d'enfoncer
des portes ouvertes, voici donc, en résumé,
les dispositions prises à Milan et confirmées
par ces rescrits de Licinius
:
Pour le bien de la sécurité publique,
la liberté est reconnue à chacun de
suivre la religion de son choix. Il ne s'agit pas
d'un aveu de défaite de la part du pouvoir
impérial : Constantin
et Licinius
affirment qu'il y va de l'intérêt de
l'Empire d'être désormais soutenu par
la prière des chrétiens. Des instructions
précises sont ensuite fournies pour l'application
du principe général :
| 
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1. La restitution des
locaux chrétiens est ordonnée,
même lorsque ces biens ont été
achetés.
2. Cette restitution n'est assortie d'aucune
indemnité. Les détenteurs des
biens chrétiens se voient enlever ce
qu'ils avaient acquis en vertu de lois désormais
abrogées, jugées iniques. Cependant,
une possibilité d'appel est prévue
; de plus, Constantin
et Licinius
promettent une indemnité à ceux
qui restituent spontanément leurs biens
aux chrétiens.
3. Les possessions chrétiennes sont
définies précisément.
Il s'agit des locaux de réunion habituels,
des églises, ainsi que des propriétés
de la communauté. L'édit impérial
introduit, par le biais de cette description
des biens ecclésiastiques, un principe
qu'ignorait le droit romain en prévoyant
que la communauté chrétienne
("le corps des chrétiens") peut
être titulaire de propriétés,
à l'instar des collèges des
temples païens. Le législateur
précise peu après que tous ces
biens peuvent être confiés à
la responsabilité personnelle de l'évêque.
(Source : Histoire du Christianisme des
Origines à nos Jours, T. II : Naissance
d'une Chrétienté (250-430),
2e partie, Chap. I : La conversion : propagande
et réalité de la loi et de l'évergétisme,
par Charles Pietri. Éditions Desclée,
1995.) |
J'espère que ces quelques renseignements suffiront
à nourrir vos réflexions.
| NB
:
Traduction française
de l'Édit de Milan,
voir aussi ici : Clic !
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| 23 Mars 2002 |
| Francis a écrit
: |
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| J'ai appris au sujet des
Huns que leur chef Attila mourut peu après
avoir renoncé à saccager la ville de
Rome. Il avait dialogué avec le pape
de l'époque dont je ne me souviens plus le
nom. Apparemment il serait décédé
des suites d'un saignement de nez
Pensez-vous
qu'il aurait été empoisonné.
De plus je me demande bien ce que le pape a pu lui
dire pour lui faire renoncer à son but ultime
de créer une dynastie pouvant rivaliser avec
celle d'Alexandre le Grand. |
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| RÉPONSE : |
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| Le pape en question, c'est Léon
Ier, dit "Léon le Grand", un saint homme qui
occupa la chaire de saint Pierre entre 440 et 461
ap. J.-C.. Quant à sa rencontre avec Attila,
le fléau de Dieu,, j'ai eu le plaisir de la
narrer, de manière assez détaillée,
dans la notice biographique consacrée à
l'empereur Valentinien III (Clic
!).
Naturellement, la nature des
conversations entre le saint pontife et le roi
des Huns n'est pas connue, mais si vous voulez
mon avis, la discussion a dû se limiter
à peu de chose. En réalité,
il n'y avait pas grand-chose à négocier
: les Romains n'avaient qu'en seul souhait,
c'était de voir le "Fléau de Dieu"
déguerpir ; Attila, de son côté,
cherchait un prétexte pour s'en retourner
au-delà des Alpes sans perdre la face.
Et justement, ce prétexte, le pape Léon
le lui apportait sur un plateau
d'or et
d'argent ! En effet, même si l'armée
des Huns était en position de force,
même si elle occupait tout le Nord de
l'Italie et que la route de Rome était
ouverte, il devenait dangereux de trop s'attarder
dans la Péninsule italienne. Dans ce
pays ravagé par des invasions successives,
les troupes d'Attila s'amenuisaient de jour
en jour, décimées qu'elles étaient
par la maladie et la famine. De surcroît,
un retour offensif de l'armée "romaine"
d'Ætius (en fait composée presque
exclusivement de contingents barbares) était
toujours à craindre. Or, si Ætius
s'en revenait des Gaules, qu'il avait, l'année
précédente, sauvés de l'invasion
hunnique, et sil lui venait l'idée de
bloquer les cols des Alpes, le "Fléau
de Dieu" se retrouverait piégé
en Italie, comme dans une nasse ! D'autre part,
cerise sur le gâteau, l'empereur d'Orient
avait profité de l'absence d'Attila pour
attaquer son royaume du Danube !
C'est dire qu'en s'attardant en Italie, le
roi des Huns risquait de tout perdre : le butin
accumulé au cours de plusieurs mois de
campagne, son armée, et même son
royaume. On peut aussi, à la rigueur,
greffer là-dessus une certaine peur superstitieuse
: attaquer Rome, cela n'avait pas trop bien
réussi à son prédécesseur
ès pillage, le roi Alaric. Certes,
le roi des Goths avait pris et pillé
la Ville Éternelle, mais il était
mort subitement, seulement quelques semaines
après la fin du "sac de Rome" ! |
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Dans ce contexte, l'ambassade romaine, composée
du préfet du prétoire Trigetius, du
sénateur Avienus et du pape Léon, arrivait
à point nommé. Une trêve fut donc
promptement conclue : moyennant le versement d'un
tribut annuel (et la main d'Honoria, sur de
l'empereur Valentinien
III), Attila acceptait d'évacuer l'Italie.
Et tout le monde était content !
Bref,
rien de très miraculeux là-dedans !
Les apparitions merveilleuses qui auraient surgi aux
côtés de Léon Ier pour menacer
le chef barbare des pires catastrophes s'il s'entêtait
à piller Rome ne sont que des "enluminures"
chrétiennes, destinées à enjoliver
le récit
et aussi (et surtout) à
accroître le prestige de l'institution papale.
Ouf ! Je n'avais pas l'intention de m'attarder là-dessus,
mais j'ai été plus disert que prévu.
Je vais essayer de "faire plus court" en ce qui concerne
la mort d'Attila.
Vous évoquez un saignement de nez mortel et
suspectez un possible empoisonnement ? La documentation
que j'ai consultée suggère plutôt
une mort naturelle. Peut-être une rupture d'anévrisme,
ou quelque chose du même genre. Voici ce qu'en
dit Edward Gibbon dans sa célèbrissime
Histoire du déclin et de la chute de l'Empire
romain. Ce texte est un peu daté (fin du
XVIIIe siècle), mais, outre que sa traduction
française est particulièrement savoureuse,
je n'ai rien trouvé qui vienne le contredire
formellement. Voici donc : "Avant de quitter l'Italie,
le roi des Huns menaça d'y revenir plus terrible
encore et plus implacable si, avant le terme convenu
par le traité, l'on ne remettait pas son épouse,
la princesse Honoria, entre les mains de ses ambassadeurs.
Mais, en attendant, Attila, pour calmer ses tendres
inquiétudes, ajouta à la liste de ses
innombrables épouses une jeune beauté,
nommée Ildico. Après avoir célébré
son mariage dans le palais du village royal, situé
au-delà du Danube, par toutes les fêtes
usitées chez les Huns, le monarque, accablé
de vin et de sommeil, quitta fort tard les plaisirs
de la table pour se livrer à ceux de l'amour.
Dans la crainte de les troubler ou d'interrompre son
repos, ses domestiques n'osaient entrer le lendemain
dans son appartement ; mais la plus grande partie
du jour s'étant passée sans que ceux
qui attendaient à sa porte entendissent le
moindre bruit, l'inquiétude l'emporta sur le
respect ; leurs cris répétés
n'ayant pas réussi à éveiller
le monarque, ils se précipitèrent dans
la chambre de leur maître et trouvèrent
sa nouvelle épouse assise, tremblante, à
côté du lit, le visage couvert de son
voile, déplorant le danger de sa propre situation
et la perte d'Attila. Une de ses artères s'était
rompue pendant la nuit, et, se trouvant couché,
il avait été suffoqué par le
sang qui, au lieu de s'échapper par les narines,
avait regorgé dans les poumons et l'estomac".
"Gibbon, Histoire du Déclin
, Vol.
1, Chap. XXXV. Éd. Robert Laffont, coll. Bouquins).
Dieu qu'en termes galants ces choses-là sont
dites !
Alors, une mort "à la Président Félix
Faure" ?
Il faut dire qu'Attila n'était plus tout jeune
(et ses artères avaient leur âge, si
j'ose m'exprimer ainsi) ; quant à sa jeune
et nouvelle épouse était, paraît-il,
fort avenante. Or, l'excès nuit en tout !
Mais de toute façon, à première
vue, pas de saignement de nez létal ni d'empoisonnement. |
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