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Sommaire Février 2002 :

  • Du 22 janvier au 6 février : Un fructueux échange de correspondance avec Michel Eloy : Clic !
    • 22 Janvier :
      • "Infidélités" historiques du film Gladiator de Ridley Scott : Clic !
        • La magnifique bataille initiale du film Gladiator, un tissu d'"infidélités" : Clic !
      • La technologie antique : Clic !
    • 23 Janvier :
      • Tibère (et Claude) dans le cinéma hollywoodien - Bleu Marine de Roar Skolmen : Clic !
    • 25 Janvier :
      • Bleu Marine de Roar Skolmen - Tibère dans les peplums : Clic !
    • 28 Janvier :
      • Théories "cryptohistoriques" fumeuses - Historicité de Jésus-Christ - Déification de Napoléon - Outrances de l'"égyptologie biblique" : Clic !
    • 1er février :
      • Genèse du texte de Pérès "Napoléon n'a jamais existé" - Jésus : histoire et mythologie - le film d'Alain Chabat "Astérix et Obélix - Mission Cléopâtre" : Clic !
    • 6 février :
      • Présentation (par Petrus Borel en 1836) du texte de Pérès "Napoléon n'a jamais existé" : Clic !
      • "Nerone e Messalina", un peplum de Primo Zeglio : Clic !

PAGE SUIVANTE
(courrier "courant" - mais non moins intéressant)

  • 2 février :
    • Être Sénateur romain sous Auguste ou sous Augustule, était-ce kif-kif ? : Clic !
    • Bref résumé de l'évolution politique du Sénat romain : Clic !
  • 3 février :
    • HELP ! J'ai des monnaies à identifier ! : Clic !
  • 3 février :
    • Où trouver quelques infos sur la politique urbanistique d'Auguste à Rome : Clic !
  • 6 février :
  • 6 février :
    • Un empereur enterré vivant, cinq suicidés et deux empoisonnés : Clic !
  •  10 février :
    • Les "empereurs-enfants" : règle générale ou exception ? : Clic !
    • Gordien III fut-il le seul "empereur-enfant" ? : Clic !
  •  13 février :
    • Comment faire "la Carla Del Ponte" d'un "procès Néron" ? Comment étoffer le dossier d'accusation ? : Clic ! 
  •  13 février :
    • "Libre-pensée haîtienne" - Une page sur "le mythe de Jésus" : Clic !
  •  14 février :
    • "Agrippina filio Neroni principatum volebat..." - Quel est l'auteur de ce texte sur les crimes de Néron ? Où en trouver une traduction française ?  Clic !

3e PAGE

  • 17 février :
    • Où trouver des infos sur Poppée, 2e épouse de Néron : Clic !
  •  21 février :
    • Veuillez préciser vos sources d'information sur Agrippine la Jeune !  : Clic !
  •  24 février :
    • Site Archeobel : Nouvelles monnaies mises "en ligne"  : Clic !
  •  25 février :
    • Qui sont Octave et Denarius ?  : Clic !
    • Denarius... comme le PIrée ?  : Clic !
    • Un "as" d'Octave frappé en 40 av. J.-C. Est-ce possible ?  : Clic !
    • Octave et Auguste, c'est chou vert et blanc bonnet ! : Clic !
  •  26 février :
    • Recherche de l'Itinéraire d'Antonin pour la Basse Normandie  : Clic !
    • Quelques liens sur l'Itinéraire d'Antonin : Clic !
  •  26 février :
    • Quels sont les empereurs romains les plus célèbres ?  : Clic !
    • Le "Hit-Parade" des empereurs romains : Clic !
  •  27 février :
    • Pourquoi Hadrien fit-il construire sa "Grande Muraille de Bretagne" ? : Clic !
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22 Janvier 2002

Michel Eloy a écrit :

En faisant une recherche sur Néron, je viens de découvrir votre site, absolument fabuleux ! Je suis loin encore d'en avoir exploré toutes les merveilles, mais j'aimerais réagir à deux courriers de vos lecteurs,

GLADIATOR

Vous avez raison de ne regarder que le beau côté du film, plutôt que les infidélités historiques ou archéologiques. Dans ses interviews Ridley Scott a salué le travail de ses documentalistes, tout en affirmant ne pas avoir cherché à faire une reconstitution archéologique.

Au niveau de l'intrigue, le terme "infidélités" me paraît plus pertinent que "erreurs".

C'est au XIXe s. que le philosophe français Renouvier posait la question : que serait devenu le monde si Marc Aurèle avait déshérité son fils Commode au profit d'un collaborateur plus énergique comme Avidius Cassius (Charles Renouvier, Uchronie. L'Utopie dans l'Histoire, 1e version : 1857 - 2e version - revue : 1876, rééd. Fayard, coll. Corpus des œuvres de philosophie en langue française, 1988).

L'uchronie (c'est du reste le titre de son roman-essai) était lancée et le terme connaît aujourd'hui un certain succès puisqu'il désigne tout un pan de la science-fiction : que se serait-il passé si… les Carthaginois avaient vaincu les Romains à Zama, si Napoléon avait triomphé à Waterloo ou le général Lee à Gettysburg... ou si Hitler avait réussi à envahir la Grande-Bretagne ? (cf. Éric B. Henriet, L'Histoire revisitée. Panorama de l'Uchronie sous toutes ses formes, Amiens, éd. Encrage, 1999).

Pour ma part, j'ai vibré en voyant Gladiator et sa reconstitution du Colisée - "héros" du film plus encore que Maximus / Russel Crowe, me semble-t-il - et ses ambiances chromatiques qui me rappelaient tant les toiles de Léon Gérôme (et celles d'Alma-Tadema pour les scènes de la vie privée). Bien sûr, les us guerriers et les rituels de la gladiature y sont assez peu conformes à la réalité historique ou à ce que nous en savons. Qu'importe, Gladiator est l'un des rares films, peut-être même le seul, à avoir respecté le monde romain et la spiritualité du paganisme. Marc Aurèle, Maximus et les autres croient profondément au génie et à la mission civilisatrice de Rome. C'est cela qu'il faut retenir, même si cela s'est fait au prix d'un nombre considérable d'à-peu-près (comme ces statuettes de sa femme et de son fils, que Maximus a rangées avec ses Lares et Pénates - normalement, seuls des ancêtres défunts auraient dû y trouver place !).

J'ai consacré une critique historique à Gladiator (Clic !) sur notre site (Clic !), où j'anime la rubrique dévouée au péplum : "Les Nouvelles du Fronton" (Clic !) et vos visiteurs intéressés peuvent s'y référer. Mon ami Claude Aziza, que vous citez, ne disposait sans doute pas de suffisamment de place pour se livrer à une analyse historique détaillée. Je pense que la date 180 avant J.-C. (elle figurait déjà dans Première, un an avant la sortie du film) n'est pas une preuve de l'inculture du producteur, mais tout bêtement une coquille d'un quelconque préposé. J'ai, moi aussi, sursauté au Patres (hélas confirmé par le sous-titrage), mais ai aussitôt rectifié mentalement en Fratres, plus acceptable... Par contre, la novelisation parue chez J'Ai Lu (n° 5743), si elle a bien rectifié la date litigieuse, est, quant à elle, un tissu d'inepties. L'auteur, Dewey Gram (ou son traducteur ?) ne devaient pas très bien savoir de quoi ils parlaient. Le travail de "reconstitution historique" est un exercice périlleux, comme j'ai eu maintes fois l'occasion de le constater en écrivant pour Jacques Martin une Marine Antique, dessinée par Marc Henniquiau ("Les voyages d'Alix", Dargaud, 2 vols). On part de quelques éléments fiables, mais tout autour, il faut aussi de toutes pièces recréer le reste, ou tout au moins essayer de le rendre crédible

Ainsi, ma scène spectaculaire préférée dans Gladiator est la bataille contre les Germains, superbe de puissance et d'émotion. Le général Maximus circulant parmi ses hommes, fatigués mais prêts à en découdre une fois de plus, pleins de respect et de dévotion pour leur chef : "Vous croyez qu'ils vont attaquer, général ?" Sauf quelques plans trafiqués, esthétisants - bref ratés - à la fin, toute cette séquence est magnifique. Et pourtant elle n'est qu'une accumulation de bourdes. En voici quelques-unes :

film gladiator
  • les cohortes romaines sont adossées à ses propres défenses de talus hérissés de pieux, s'interdisant ainsi toute possibilité de recul ;
  • les archers ne devraient pas se tenir derrière les fantassins lourds, mais devant (puis, leurs flèches tirées, battre en retraite par les vides laissés entre les cohortes) ;
  • les flèches incendiaires ne servent à rien dans une bataille d'infanterie (on lance la flèche enflammée avec un arc détendu, pour que le souffle du départ ne l'éteigne pas : sa force de pénétration et sa portée s'en trouvent diminuées d'autant) ;
  • bizarre la rigole creusée dans le sol, où l'on verse du pétrole ou de la naphte, pour que les archers puissent y enflammer leurs traits ;
  • les archers déclenchent leur tir en même temps que les catapultes et ont une portée identique. À quoi bon des catapultes dans ce cas ? Dans le Making of du film, Ridley Scott rappelle que les arcs romains ont une portée de 250 m (exact), mais se vante qu'avec l'infographie il a pu les faire tirer à 1.000 m et ainsi montrer au spectateur "ce que c'était que d'être bombardé par les Romains". Ça me laisse rêveur…
  • les légionnaires forment la tortue (tactique de siège) en rase campagne et utilisent leur pilum, arme de jet, comme arme d'estoc !
  • la cavalerie romaine contourne les Germains, les prennent à revers. Et charge… en pleine forêt ! Une charge de cavalerie à travers bois. On n'a jamais vu ça, même pendant la Guerre civile américaine… et pour cause ;
  • les armures et boucliers des légionnaires romains sont bien du type encore utilisé au IIe s. de notre Ère., mais pas les casques dont la visière prolonge le bord (en réalité la visière est une pièce rapportée fixée quelques centimètres plus haut, au sommet du front). Ce qui est pire, c'est que les cavaliers portent la même lorica segmentata que les fantassins, au lieu de la cotte de maille... Quant à la cuirasse de Maximus (…), c'est un hybride de thorax d'officier, avec des protège-épaules de la lorica segmentata du simple légionnaire ;
  • étonnants aussi, ces cavaliers qui, tout au long du film, brandissent des enseignes de tout genre comme de vulgaires lances. Quatre enseignes pour une patrouille de six cavaliers ! Pour faire joli, sans doute…
  • et ces fantassins, le soir, la bataille finie, qui n'ont pas débouclé leur armure. Comme je les plains. Mais il faut que le spectateurs puisse les identifier immédiatement comme étant des légionnaires romains, alors…

J'arrête. Il y a ce que nous savons des tactiques romaines, et il y a le reste. Après tout, Jules César n'a pas toujours construit ses camps bien rectangulaires, comme le veut la règle. Il faut savoir s'adapter au terrain. Et aux impératifs spectaculaires du cinématographe.

Voyez aussi, toujours par Michel ELOY, mais sur le site GladiadorStories de Dominique Charlier :

Critique et analyse du film Gladiator


LA TECHNOLOGIE ANTIQUE

On a beaucoup fantasmé sur les découvertes des mécaniciens grecs. Ainsi l'éolipyle décrite par Héron d'Alexandrie dans ses Pneumatica, qui, développée, aurait pu faire des Grecs les inventeurs de la machine à vapeur. Dans sa bande dessinée L'île maudite ("Alix"), Jacques Martin n'hésite pas à l'affirmer.

Je résume à l'intention de vos lecteurs ce qu'en a écrit un historien des techniques, Bertrand Gille (Les mécaniciens grecs. La naissance de la technologie, Seuil, coll. Science ouverte, 1980, pp. 191-195). Selon cet auteur, l'Antiquité grecque atteignit l'extrême limite de ses possibilités scientifiques et, si elle ne sut aller plus loin dans leur développement, ce ne fut pas en raison de "blocages psychologiques" (du genre : pas besoin de machines, puisqu'on a des esclaves) mais, plus prosaïquement, à cause d'"obstacles épistémologiques". Les Grecs seraient passés à côté de la machine à vapeur puisqu'ils ne surent pas perfectionner l'éolipyle, machine consistant en une chaudière emplie d'eau et communiquant par ses axes creux avec une sphère munie de deux tuyères; en soumettant la chaudière à une forte source de chaleur, la vapeur qui sortait par les tuyères placées en opposition faisait tourner la sphère sur son axe, "comme une turbine". Or, fait d'abord remarquer B. Gille, au sens où nous l'entendons, une machine à vapeur classique, alternative, n'est pas une turbine : elle fonctionne avec une bielle-manivelle actionnée par des pistons. Si les Grecs connurent bien l'arbre à came, ils ignorèrent toujours la bielle : premier obstacle épistémologique - et il y en aura d'autres. Les Grecs ignoraient certains principes physiques comme le vide, la condensation, la pression atmosphérique, tout un pan de la métallurgie tel la fonte (dont on se sert pour le fond des cylindres) et n'avaient pas la capacité de fabriquer de grandes plaques de tôle (pour les cylindres eux-mêmes) ; enfin, ils ne possédaient que très peu de charbon de terre et trop peu de forêts régénérables pour produire en quantités suffisantes le charbon de bois nécessaire pour faire tourner de telles machines. En fait, l'invention de la machine à vapeur était tout simplement inconcevable dans le bassin oriental de la Méditerranée - c'est pourquoi elle fut inventée en Europe septentrionale. Voilà les raisons pour lesquelles les Grecs ne purent (et non "ne surent") développer l'éolipyle pour arriver à la machine à vapeur.

À méditer.

MICHEL ELOY

RÉPONSE :

Un grand merci pour ces commentaires aussi éclairés qu'éclairants. J'ai - entre autres - beaucoup apprécié votre "dissection archéologique" de la bataille initiale de Gladiator. C'est également l'un de mes passages préférés dans ce film, même si, comme vous, les derniers plans de cette séquence, avec les "égarements oniriques et esthétisants" du rude Maximus en pleine bouillasse germanique me paraissent quelque peu hors contexte… Si vous voulez mon avis, le brave Ridley Scott a sacrifié à une mode : depuis Braveheart, en passant par le Soldat Ryan, le héros d'un film "historique"; quelque déterminé qu'il soit, se doit de connaître des "flashs" durant toute violente bataille et en sortir hébété, absent, hagard, ruisselant de sueur et de sang, sur fond de musique symphonique !

Puisque vous évoquez l'"uchronie" qui consisterait à envisager l'hypothèse d'un Marc Aurèle déshéritant son fils Commode (une idée qui n'effleura sans doute jamais l'esprit de l'empereur-philosophe qui paraît, au contraire, avoir très soigneusement préparé l'accession au trône de son fils), permettez-moi de vous donner succinctement mon avis à ce sujet. À ce qu'il me semble, cela n'aurait pas changé grand-chose à l'évolution historique de l'Empire romain : l'armée, à cette époque la seule réelle force politique de l'Empire, aurait imposé son (ou ses) candidats au "Sénat et au Peuple de Rome"… comme elle le fit d'ailleurs après l'assassinat de Commode.

En tout cas,, hautement improbable cette restauration de la "République", "ce rêve qui s'appelait Rome" si cher au cœur des "gentils héros" de Gladiator. Difficilement concevable, le rétablissement de cette "République" romaine que les scénaristes du film imaginaient sans doute, Capitole moderne pour Capitole antique, comme une transposition sur les rives du Tibre de la démocratie américaine, mais qui n'était en fait qu'une oligarchie égoïste et cupide, épouvantablement dédaigneuse du sort du peuple, cette "vile plèbe" que les "monstrueux" empereurs Caligula, Néron, Domitien et Commode - démagogues et non "démocrates" - flattaient pour asseoir leur pouvoir face au Sénat "républicain".

Merci également pour ces judicieuses considérations sur la technologie antique. Cela dit, je ne suis pas sûr que les connaissances scientifiques précédent toujours nécessairement les avancées techniques : Héron d'Alexandrie ne savait sans doute pas pourquoi son gadget tournicotait, "eppur si muove !"… et aujourd'hui, les "jeunes des banlieues" (entre autres) savent très bien se servir d'un siphon sans connaître le vide ou la pression atmosphérique ! Reste qu'il est très vrai qu'entre l'éolipyle de Héron et une locomotive à vapeur roulant à du 120 à l'heure sur les centaines de kilomètres de rails d'acier laminés à chaud, il y a un fameux chemin "épistémologique", technique et économique à parcourir ! Quelques "intuitions géniales" n'y pourraient suffire.

L. J. H

commode

23 Janvier 2002

Réponse de Michel Eloy :

Bien sûr, le fantasme républicain du film est assez anachronique au IIe s. de n. E. Serait-ce un legs de Claude nostalgique (je songe au roman de Robert Graves, Moi Claude) qui se serait égaré dans le scénario de Gladiator ? Tibère et Claude forment une sacrée fine équipe de duettistes du bon sentiment dans le cinéma hollywoodien. Voyez les se pencher tous les deux sur le rapport que leur a adressé Ponce Pilate à propos de l'exécution du Christ dans la suite de LA TUNIQUE, "LES GLADIATEURS" (Demetrius and the Gladiators) (NB : à ce sujet, voir ici : Clic !). Un roman récent, BLEU MARINE, du norvégien Roar Skolmen, montre même Tibère anticipant avant même que le Christ ait entamé sa vie publique: sur base de la IVe Bucolique, il se croit, lui Tibère, le Messie des Romains, et recherche les textes bibliques allant dans le sens des prophéties dont il se sent investi. J'en ai fait la critique dans Le Journal du Médecin, il y a quelques mois.

Je suis nul en mécanique, aussi me retrancherais-je derrière l'autorité de B. Gille qui semble expert en la matière. Mais je croirais volontiers qu'on n'invente rien de neuf si l'on ne dispose pas déjà d'un certain nombre d'éléments déjà mis au point.

MICHEL ELOY

film tunique

RÉPONSE :

Mes souvenirs de la "victor-maturisante" Tunique et de son inénarrable séquelle sont bien lointains… En réalité, je me rappelle davantage de l'obsession allergique de Demetrius-Mature, tripatouillant frénétiquement sa main souillée du sang du Christ, que du désopilant numéro de duettistes de Tibère et de Claude. Vraiment pas de chance pour ce bon vieux Tibère déjà fort maltraité par Tacite et Suétone ! Pourtant, si un Princeps envisagea jamais, non la pure et simple restauration de la République romaine, mais le partage du pouvoir avec un Sénat dont il surestimait le désintéressement, ce fut bien cet empereur qui manquait si cruellement de confiance en soi... Je me demande vraiment comment ce Roar Skolmen (dont je n'ai pas lu le livre) a pu imaginer que le trop modeste Tibère, cet empereur qui refusa obstinément tous les honneurs divins, aurait pu envisager, dans une crise de mégalomanie, de contester au Christ sa royauté divine et universelle !

L. J. H.

25 Janvier 2002

Réponse de Michel Eloy :

… Et moi, je me demande comment Roar Skolmen a pu écrire pareil bouquin, qui essaie d'être à la Bible ce que Le Monde de Sophie fut à la philosophie. Au demeurant, sa lecture n'est pas désagréable en dépit des nombreuses interférences entre des personnages mis en abîme (qui se cache derrière qui ?) et une narration en tiroirs qui fait expressément référence aux 1.001 Nuits. Malheureusement (ou heureusement ?), l'auteur ne fait qu'entr'ouvrir une fenêtre sur le paganisme romain, dont il semble considérer que les délires de la Doctrine secrète d'Helena Blavatsky (la fondatrice de la théosophie) pourraient être un mentor éclairé (!). Moi qui en était resté à G. Dumézil, P. Grimal et leurs satellites...

Je vous mets en attachement la version longue (non calibrée) de mon article paru dans Le Journal du Médecin du vendredi 21 septembre 2001 (23e année n° 1371) (dans la version publiée, j'ai raboté ce qui concerne LA TUNIQUE / LES GLADIATEURS, un peu hors sujet) : Clic !

Tibère, en effet, a subi à l'écran un traitement bien particulier : c'est le Dr Jekyll - mister Hyde du péplum. Sous les traits de Peter O'Toole, il fut l'abominable vicelard du Caligula de Tinto Brass / Bob Guccione et le sous-Néron des Bacchanales de Tibère / Ces sacrées romaines (Giorgio Simonelli, 1959), film parodique qui essayait de rééditer le succès d'OK Néron de Mario Soldati (1951). Mais Ben Hur (1959) le laisse entrevoir comme quelqu'un de bon voisinage.

Dans Les Gladiateurs, il est très préoccupé de la mort du Christ (comme dans le roman de Boyer d'Agen) et ordonne au pauvre Richard Burton solidement ébranlé par ce qu'il a vécu sur le Golgotha d'aller enquêter en Palestine, dans l'espoir qu'au terme de cette "psychothérapie" il retrouve sa sérénité ; un autre film des '80, L'Inchiesta (Damiano Damiani) reprendra plus ou moins la même idée et montrera Tibère envoyant un enquêteur à Jérusalem s'informer du procès du Christ (bis repetita placent ?). Seuls les neuf premiers épisodes de Moi Claude empereur (TV, 1977 - 13 épisodes) me semblent donner une assez honnête image de Tibère (interprété par George Baker) : un militaire borné mais aussi un homme blessé par le pouvoir puisque, sous la pression de sa mère Livia (ressort maléfique de toute la série, trucidant à qui mieux mieux), il a dû - afin d'entrer dans la famille d'Auguste - sacrifier la femme qu'il aimait, Vipsania.

livre skolmen

Tout ceci pour répondre à votre dernier visiteur qui s'étonnait que vous ayez parlé du Christ dans la biographie de l'empereur (Clic !). Je ne sais trop si le Christ a réellement existé, et - dans l'affirmative - que Tibère s'en soit soucié ou en ait eu connaissance me paraîtrait hautement improbable. Mais dans notre imaginaire occidental, les deux personnages sont liés - Tibère étant censé ancrer dans la réalité séculière la figure centrale de la mythologie chrétienne, Jésus-Christ.

Amicalement,

MICHEL ELOY

RÉPONSE :

Figurez-vous que, malgré les réticences exprimées dans votre mail précédent, votre article du "Journal du Médecin" (Clic !) m'a donné une furieuse envie de lire le fameux bouquin dudit Skolmen. Je vais donc me hâter d'en effectuer la commande chez ma Rita de libraire… quoique que je ne connaisse la sulfureuse Mme Blavatsky que par le biais du prodigieux Pendule de Foucault d'Umberto Eco, et bien que le néo-paganisme néo-fascisant produise chez moi de violentes poussées d'urticaire !

À ce qu'il me semble, bien peu d'historiens modernes doutent encore de l'historicité du Christ. Il n'est bien évidemment pas sûr que Tibère entendît jamais parler du "Nazaréen", même si le bouillant Tertullien affirme dans son "Apologétique" que le vieil empereur songea un moment à mettre le Christ au rang des divinités. Évidemment, si Jésus n'était qu'un obscur charpentier de village, considéré comme un savant rabbin par quelques disciples incultes, puis exécuté sous des motifs folkloriquement juifs, ses mésaventures judéo-juives n'atteignirent jamais les impériales oreilles de Tibère. Mais Jésus n'était-il "que" cela ? C'est là toute la question… Personnellement, je ne le pense pas. Mais n'étant ni vrai historien, ni théologien, ni exégète, je reconnais bien volontiers que mes hypothèses sur la personne du Christ ainsi que sur ses relations avec les autorités romaines demeurent extrêmement fragiles !

L. J. H.

28 Janvier 2002

Réponse de Michel Eloy :

Skolmen ne fait qu'esquisser la problématique Blavatsky : c'est une piste qu'il donne à propos du paganisme. Mais l'essentiel du roman concerne la Bible (Ancien et Nouveau Testament).

Je me méfie un peu des théories cryptohistoriques ou dois-je dire ésotériques à la Henri Guillemin (Jeanne d'Arc princesse française), à la Pichon (Néron converti par Paul - Tiens, comme dans Néron Tyran de Rome / Nerone e Messalina, de Primo Zeglio, 1952, si ma mémoire ne me trahit pas !) ou à la Gérald Messadié (l'Apôtre Paul, prince juif). A vrai dire, je n'ai pas lu Messadié, mais deux de ses cinq volumes sont dans ma bibliothèque, et je les ai feuilletés. Son érudition est incontestable, et même stupéfiante. Mais ne s'oriente-t-il pas vers la quête du sensationnalisme ? Moi j'en suis tout bêtement resté à la mythologie comparée, en ce qui concerne le Christ. Notez bien que si les Romains ignorent tout du Christ, les Egyptiens ne savent rien de Moïse. Les Hébreux n'ont-ils pas usurpé leur place dans l'Histoire ? L'épique conquête de Canaan par Josué et ses descendants, par exemple, est complètement bidonée, l'archéologie le démontre. La conquête de la Terre promise ne fut qu'une infiltration de bédouins... Donc, je suis systématiquement méfiant dès qu'il s'agit du contenu de la Bible auquel le christianisme veut toujours donner une ampleur... cosmique. Et quel crédit accorder à Tertullien, à propos de la rencontre Tibère-Jésus : il défendait son fond de commerce. Mais après tout, puisqu'aussi bien Napoléon ne fut qu'un mythe solaire, peut-être bien que Jésus fut un vrai personnage historique. Le chiasme est intéressant.

MICHEL ELOY

RÉPONSE :

… D'autant plus intéressant que cette transformation de Napoléon en "mythe solaire", effectuée par un certain J.-B. Pérès au milieu du XIXe siècle (voir site Pratique de l'Histoire et dévoiements négationnistes : Clic !) , pourrait aussi servir à démontrer par l'absurde qu'un mythe, même "bidon", se fonde toujours - souvent (biffez la mention inutile) sur une réalité historique. Car enfin, pour imaginer ce soudard de Napoléon en Apollon, n'est-il pas nécessaire de postuler l'existence d'un Napoléon "historique" de chair et d'os ? De même, il me semble assez difficile d'affirmer que le mythe d'un Jésus-fils-de-Dieu-incarné naquit inopinément et spontanément au premier siècle de notre ère sans qu'une personne de ce nom se soit fait un tant soit peu remarquer auparavant.

Pour reprendre l'amusant paradoxe de Pérès, on pourrait imaginer que les seules preuves historiques qui subsisteraient aujourd'hui de l'existence réelle d'un Napoléon antique, déifié quelques décennies après à sa mort, consisteraient seulement en un "Évangile selon Jean-Roch Coignet", en des "Actes de Napoléon et de ses disciples", attribués à un certain Las Cases, et en une "Apocalypse de Waterloo, morne plaine" d'un prophète nommé Victor Hugo - le tout, évidemment, "revu et corrigé" par des générations de "copistes napoléoniens", certes fervents et de bonne Foi, mais mois respectueux du texte original que soucieux de le "faire coller" au dogme en vigueur à leur propre époque. D'autre part, le "Napoléon tel quel" de votre copain Henri Guillemin ne serait connu que par la réfutation d'un Origène napoléonien ; quant aux écrits de Max Gallo, hautement suspects d'hérésie bonapartiste (tendance à réduire Napoléon à sa seule nature humaine), ils ne nous seraient parvenus que sous forme de manuscrits tardifs, fort endommagés. Et bien sûr, l'Église napoléonienne garderait un souvenir ému de ses martyrs. En particulier de ces "premiers napoléoniens", injustement persécutés lors de la "Terreur blanche", cette répression aveugle qui frappa leurs paisibles communautés peu de temps après l'Ascension de Fontainebleau, quand leur Messie Napoléon, ressuscité pendant cent jours, fut miraculeusement transporté au-delà des mers…

Cela dit, vous avez mille fois raison de ne considérer la Bible ni comme un livre historique (bien qu'elle demeure un document historique de tout premier ordre), ni comme un traité scientifique, et de vous méfier de ceux - graines de "talibans chrétiens" - qui prétendent la prendre au pied de la lettre

À ce propos, et puisque vous évoquez Moïse et son Exode, il y a quelque temps, la (re)diffusion sur la chaîne Arte d'un documentaire (intitulé" pompeusement "La Véritable Histoire de Moïse") qui prétendait retrouver des "preuves archéologiques" du récit biblique, avait surtout eu rare privilège de me faire sortir de mes gonds. On avait le front d'y affirmer - "preuves" archéologiques et scientifiques à l'appui - qu'effectivement, les Hébreux, alors esclaves des Égyptiens, construisirent des villes pour Ramsès II vers 1250 avant J.-C.. Heureusement pour eux, Moïse aurait profité de l'émoi suscité par l'éruption volcanique de Santorin - pourtant antérieure de deux siècles au règne de Ramsès - pour arracher à ce Pharaon la liberté de son peuple. Et ce n'est pas tout : après avoir fort opportunément profité de la brève phase éruptive de cette catastrophe volcanique vieille de deux siècles pour infliger dix plaies bien senties au peuple égyptien, pour rassembler tout son peuple, pour le conduire aux confins du royaume d'Égypte et pour y noyer l'armée royale (quel sens du "timing" !), Moïse et ses compagnons se seraient retrouvés dans le désert du Sinaï "au début du IIe millénaire avant J.-C.", soit vers l'an 2000 avant notre Ère, donc presqu'un demi-millénaire avant l'éruption de Santorin !… Ô temps, suspends ton vol !… Et c'est enfin là, dans ces solitudes désertiques, et à cette époque (donc dans les années 2000 av. J.-C.) que Moïse aurait imposé à son peuple une libre adaptation du "monothéisme" du pharaon-hérétique Akhnaton… qui, pourtant, ne régna que vers 1350 av. J.-C.

Une manipulation historique de haut vol !

Comme l'a dit récemment l'égyptologue Jean Yoyotte dans une interview (Collections de l'Histoire n° 13, octobre 2001 - Vérités et Mensonges de la Bible - pp. 78 - 83) : "Je le répète, des événements rapportés par la Bible et situés en Égypte, la documentation ne garde aucune trace directe. (…) La saga de Moïse ne peut être retenue comme une source d'histoire. Il n'est pas de bonne méthode de vouloir en fonder à tout prix l'historicité sur certains détails « vraisemblables » en oubliant les magies et miracles, objectivement peu croyables."

Mais je crains que tout ceci m'ait entraîné bien loin des empereurs romains ainsi que du film Gladiator avec lequel nous avions débuté ce fort enrichissant (du moins en ce qui me concerne) échange de correspondance.

L. J. H.

1er Février 2002

Réponse de Michel Eloy :

Je viens de remettre la main sur le texte de Pérès, publié dans le MUSEE PHILIPON en 1836 (je l'avais fait photocopier à la Royale en 1974; ça ne me rajeunit pas). Ce texte parodique tirait sa légitimité du révisionnisme de Louis XVIII - depuis Touthmosis III et Horemheb, Staline n'a rien inventé… - niant que le marquis de Buonaparte eut jamais été Empereur des Français (corrigez-moi si je me trompe).

Mais le but, avoué dans l'intro, était de se moquer de certains ouvrages récents dans la lignée de l'école météorologique de Max Müller (et de citer un auteur français dont le nom m'échappe pour l'instant, le document étant à la maison). Bref, Pérès n'a rien écrit d'autre qu'une satire de la mythologie comparée, mais n'a jamais songé un seul instant à nier l'existence historique de Napoléon. Remettons les pendules à l'heure ! D'ailleurs, qui aurait pu nier vingt ans après les carnages qui avaient ensanglanté l'Europe (quoique… on nie bien, de nos jours, la réalité des chambres à gaz - je viens de relire le témoignage d'Achille Guyaux, BLUTBERG, LA MONTAGNE DU SANG, publié à Charleroi en 1947. L'auteur fut un célèbre footballeur carolo des années '30, qui connut l'hospitalité de Buchenwald courant 1944, et qui, si j'en crois la dédicace, devait être un ami de mon parrain).

Du reste, j'imagine que les Archives de l'Armée française au Château de Vincennes doivent être pleins de dossiers relatifs aux exploits de la Grande Armée, susceptibles d'apporter un témoignage surabondant aux Evangélistes et Panégyristes napoléoniens que vous citez avec un humour qui me ravit. Évidemment, Jésus, c'est autre chose. Deux mille ans se sont écoulés, mais j'aimerais faire observer que si ce Messie prétendant au trône de David avait eu un quelconque poids politique (comme Bar Kocheba, par exemple) leurs historiens en auraient certainement parlé. Tacite et Suétone nous ont bien conservé le souvenir de personnages aussi secondaires que Terentius Maximus, le sosie de Néron (il en eut plusieurs) qui défrayèrent la chronique à l'époque, manquant de ranimer la guerre avec les Parthes.

Reste, évidemment, que beaucoup d'ouvrages d'historiens romains sont perdus pour nous. Bien sûr.

Non, je préfère rester prudent, si ingénieux que soient les arguments qui permettent la construction du roman de ce nouveau "masque de fer" en péplum. Vous savez, on a écrit sur la question des trucs inénarrables, de Félicien Champsaur (Le Crucifié) à Robert Graves (King Jesus) sans oublier ce grand Crétois de Kazantzakis. Tous les Crétois sont des menteurs, on le disait déjà à l'époque. Mais sans doute est-ce très stimulant, intellectuellement parlant, d'essayer d'imaginer ce que recouvre exactement le Nouveau Testament. Mythologie comparée. Histoire ésotérique…

Allons, je vous convie à découvrir en avant-première de Cinerivage.com un autre mystère de l'Histoire: la "vie secrète" de l'empereur romain Jules César (hum) avec Cléopâtre. (Clic !)

MICHEL ELOY

RÉPONSE :

Je ne connaissais le texte de Pérès que par le site anti-négationniste phdn.org. C'est vous dire que (rassurez-vous), j'avais très bien saisi l'intention polémico-satirique de l'auteur. Cependant, j'ignorais contre qui cette charge était dirigée. Tout à mes modestes recherches d'amateur sur les premiers temps du christianisme, j'y avais vu (aberration monomaniaque ?) une dénonciation niant l'historicité du personnage du Christ. Ça eût pu !… Puis, à la réflexion, la date de parution indiquée m'a fait comprendre l'inanité de cette hypothèse : à cette époque en 1827 (date que donne le site phdn.org ?), l'exégèse "libérale" était encore dans les Limbes, "dans le sein d'Abraham", pour mieux dire. Il s'agissait donc d'une satire contre les "Ultras", ces monarchistes réactionnaires copains comme cochon avec le frais vermoulu roi Charles X ! Merci à vous d'avoir éclairé ma lanterne à ce propos…

Ancien abonné du magazine "Pilote" de la grande époque et grand amateur des BD "Astérix" (du moins quand elles étaient "griffées" Goscinny-Uderzo, car aujourd'hui…), j'ai pris beaucoup de plaisir à lire - en primeur du site Cinérivage - votre amusante (quoique pertinente ô combien) analyse du film de Chabat (Clic !). Moi non plus, je n'avais trouvé le premier opus, celui de Zidi, si absolument catastrophique que cela… Quant à Mission Cléopâtre, comme Jamel ne figure pas parmi mes acteurs favoris (c'est un énorme euphémisme), votre texte m'a davantage donné l'envie de relire (pour une xième fois) l'album plutôt que d'aller contempler ce Numérobis relooké Canal+. Il faudra donc probablement que je me prenne par la main pour aller me faire cette toile … quand la fièvre de la sortie du film sera un tant soi peu retombée.

L. J. H.

6 Février 2002

Conclusion de Michel Eloy :

Eh bien non, Pérès chargeait les "comparatistes" qui voyaient des mythes solaires ou astraux partout et - entre autres - niaient l'historicité du Christ. Je ne sais quels thèmes abordait l'auteur français incriminé, mais je ne résiste pas au plaisir de recopier le "chapeau" de cet article, en vous signalant en passant que la date de 1827 que vous citez est plausible : le texte ci-dessous indique bien que l'édition ("chez Aubert - place de la Bourse") est une reprise d'une dissertation qui circule depuis un certain temps. Enfin, je tiens encore à préciser que ce document abondamment illustré de dessins satiriques de M. Lorentz fait 4 pages et un quart.

"Voici une petite dissertation qui a déjà obtenu de grands succès, et qui est destinée à de plus grands succès encore ; c'est assurément l'écrit le plus ingénieux qui ait été composé et mis en lumière de nos jours. Rien, en vérité, n'est plus fait pour jeter le doute et le trouble dans les croyances contemporaines ; rien n'est plus fait pour préparer des tortures, non seulement aux Saumaise, mais aux générations futures.

À ceux qu'un simple jeu d'esprit ne saurait satisfaire et qui veulent que leur conscience soit de moitié dans leurs plaisirs, nous dirons qu'une double pensée a pu présider à la conception de cet agréable opuscule : Duplex libelli dos est. D'abord on pourrait y voir, dans un intérêt religieux, la réfutation la meilleure et la plus forte de l'ouvrage de M. Dupuis, L'Origine de tous les cultes; puis, dans un intérêt plus terrestre, une parodie excellente de cette nouvelle école historique, qui s'est appliquée surtout en Allemagne, à rejeter les faits les plus avérés de l'Antiquité, dans le domaine des mythes et des allégories.

Il existe une brochure anglaise, antérieure, croyons-nous, à ce présent travail, ayant pour titre : Historical Doubt. Une personne digne de foi, qui l'a lue, nous a donné l'assurance qu'il y avait une grande analogie entre la composition étrangère et celle du savant et vénérable bibliothécaire de la ville d'Agen ; mais quelque diligence que nous ayons faite, nous n'avons pu parvenir encore à nous la procurer. Si jamais elle tombe entre nos mains, nous nous empresserons de la faire connaître au public." - Petrus Borel.

napo

J'imagine assez que vous ayez perçu l'intention satirique de l'écrit de Pérès ; mais quand Pichon susurre que Néron était un crypto-chrétien, converti par Saint Paul, il y croit me semble-t-il (ou il se fout de notre g...). Oh bien sûr, il y a eu avant lui le film de Primo Zeglio sur un scénario de Fulvio Palmieri d'après le roman de David Bluhmen, Nero und Messalina (connais pas). Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ci-dessous, extrait de mon CORPVS PEPLORVM, mon résumé de ce film rare, inédit en France (mais qui, en son temps, sortit en Belgique), et que j'ai eu le privilège rare de visionner dans l'amphithéâtre romain de Carthage par une agréable soirée d'août 1987 - avec Gino Cervi (Néron) - Yvonne Sanson (Statilia Messalina) - Renzo Ricci (Petronius) - Paola Barbara (Agrippine) - Carlo Tamberlani (Tigellin) - Milly Vitale (Acté)).

Nerone e Messalina

(La Messaline dont il est ici question est Statilia Messalina quatrième femme de Néron - quoique le début du film évoque aussi l'exécution de la fameuse Valeria Messalina).

Messaline, l'épouse débauchée de l'Empereur Claude, est exécutée par les soldats de la garde. Cette disparition ouvre la voie à l'ambitieuse Agrippine. Celle-ci épouse peu après l'Empereur, et le persuade d'adopter son fils Néron. Mais comme Claude voit en Britannicus - le fils que lui a donné Messaline - le futur héritier du trône, Agrippine empoisonne son époux et à la faveur d'une révolution de palais, fait proclamer son fils Néron comme souverain.

À travers son fils - qui, au fond de lui-même ne convoite pas le pouvoir, n'ayant d'autre ambition que le chant et la poésie - Agrippine espère régner sur l'Empire romain.

Néron passe son temps en festins, orgies et aventures galantes. Au cours d'une beuverie, il donne un coup de pied au ventre à Poppée, sa femme, qui est enceinte. Poppée, qui est fort aimée des Romains, menace de le dénoncer publiquement. Agrippine l'étouffe avec un coussin. Néron épouse alors Statilia Messalina, qu'il a arrachée à Britannicus. Ce dernier, qui jouit encore d'une grande popularité auprès de l'armée, mourra empoisonné à la suite d'un Conseil de Guerre.

Néanmoins l'heure d'Agrippine a sonné, à présent. Néron l'accuse de complicité avec le conspirateur Britannicus, sa victime. Au cours d'un voyage en bateau, entre Antium et Baïes, elle est poignardée par un des sbires de l'empereur, et son corps précipité à la mer.

Quelques temps plus tard. Escorté par des soldats déguisés, Néron qu'aiguillonne la curiosité, s'introduit dans une catacombe chrétienne. Pendant l'office divin, il aperçoit pour la première fois Acté, et en devient tout de suite amoureux. Sur le chemin du retour à Rome, les Chrétiens sont pris à partie par la populace, qui les attaque à coups de pierres. Acté est blessée, mais Néron lui vient en aide et l'entraîne à l'abri dans une taverne. Il se présente à elle comme un simple serviteur. Mais accablé par le remords, l'Empereur, toujours sans se nommer, lui confesse être un matricide. Surmontant son aversion pour le criminel, Acté tente de lui montrer le chemin du Christ-Rédempteur.

emp 06

À l'occasion d'une nouvelle rencontre secrète, Acté lui remet une lettre de l'apôtre Paul. Pour la lire, Néron sort l'émeraude qui lui sert de loupe. À la vue de cet objet, Acté connaît à qui elle a réellement affaire. Elle s'enfuit épouvantée et en larmes. Néron mesure l'abîme qui le sépare de cette femme et du Christ. Il brûle la lettre de Paul. Mais à peine a-t-il quitté la chambre, qu'un fragment du document, mal éteint, communique le feu aux tentures. Le grand vent qui sévit fait monter les flammes. Rome s'embrase…

Commencé en 1949, le film fut seulement achevé en 1953, au prix de terribles difficultés financières. Le titre est équivoque. En effet, Valeria Messalina (mère de Britannicus) n'y tient qu'un rôle très mineur. En fait, la Messaline ici associée au nom de Néron est Statilia Messalina, dont le nom est généralement abrégé en Statilia; mais sans doute D. Bluhmen dut-il estimer "plus commercial" de titrer "Nerone e Messalina", associant ainsi de manière on ne peut plus racoleuse les noms deux monstres sacrés.

Eh bien voilà, That's all, Folks ! C'est tout pour ce soir. Ma séance de hammam m'attend. Puis, si j'en ai encore le courage, je me remettrai à ce travail sur Néron, à l'occasion de la sortie du Quo Vadis polonais de Jerzy Kawalerowicz. Ce travail qui m'a fait découvrir votre site.

A+

MICHEL ELOY

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