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Sommaire Mai 2001 :
- 1er mai :
- Date d'une monnaie du 14e consulat de Domitien ?
: Clic !
- 3 Mai :
- Quid des "anomalies" historiques du film Gladiator ?
: Clic !
- 11 Mai :
- Qui était l'empereur de l'Age d'Or ? : Clic
!
- Était-ce Antonin le Pieux ? : Clic
!
- 16 Mai :
- Existe-t-il des preuves numismatiques du règne
de Cyriadès ? : Clic
!
- 17 Mai :
- Le rôle des femmes dans les Annales de
Tacite : Clic !
- Quelques réflexions personnelles à ce
sujet : Clic !
- 17 Mai :
- De l'acharnement contre Chrétiens ? : Clic
!
- Brève justification de mon interprétation
des "décrets" de Trajan et d'Antonin sur les Chrétiens
: Clic !
- 20 Mai :
- Où trouver des infos complémentaires sur
Antoine, sa guerre contre Octave et les relations entre
Rome et le royaume d'Égypte ? : Clic
!
- 23 Mai :
- La Tétrarchie de Dioclétien, un fameux
embrouillamini ! : Clic
!
- Petite Chronologie de la Tétrarchie, de Dioclétien
à la mort de Constantin : Clic
!
- 23 Mai :
- Pourquoi la biographie de Sylla sort-elle du cadre de
ce site ? : Clic
!
- 24 Mai :
- Date de naissance du Christ et couronnement de Charlemagne
: Clic !
- Attention ! les dates "av. J.-C." ne sont pas des nombres
négatifs ! : Clic
!
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DANS LE SITE
"EMPEREURS ROMAINS"
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| 1er Mai 2001 |
| Catherine
a écrit : |
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| J'ai
une recherche à faire en latin sur une pièce
numismatique. Ma pièce représente Domitien
(Titus Flavius Domitianus).
J'aimerais savoir si vous pourriez
me dire quand elle a été "faite".
Du côté de l'empereur,
on peut lire IMP CAES DOMIT AVG GERM COS XIIII CENS PER
PP. De l'autre côté, il y a Fortuna qui tient
une cornucopia et un gouvernail. C'est un as.
Tous vos renseignements seraient
appréciés ! |
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| RÉPONSE
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| Je ne suis pas très
féru de numismatique, alors je me suis renseigné.
L'inscription "IMP
CAES DOMIT AVG GERM COS XIIII CENS PER PP" figurant
à l'avers de votre monnaie signifie : Imperator
Caesar Domitianus
Augustus Germanicus
Consul
XIIII (quartus decimus) Censor
Perpetuus Pater
Patriae (c.-a.d. L'empereur César
Domitien
Auguste Germanique - Consul pour la quatorzième
fois - Censeur perpétuel - Père de
la Patrie)
Seule la mention du quatorzième consulat
exercé par Domitien (COS XIIII) permet de
dater cette pièce. Or, d'après les
listes figurant sur le site Roman
Britain et sur celui de Keith
Matthew, la mention IMP DOMIT AVG (
) XIV
(ou XIIII) de l'empereur Domitien,
correspond l'an 841 de la fondation de Rome, c'est-à-dire
à l'an 88 de notre ère.
Cette année-là l'empereur Domitien
aurait donc exercé son quatorzième
consulat (COS XIIII) conjointement avec un certain
Minucius Rufus.
Je serais néanmoins malhonnête si
j'omettais de vous signaler que, d'après
l'excellent site Tiberius13
(où vous trouverez d'ailleurs de très
intéressantes informations sur le règne
de Domitien), ledit empereur n'aurait, en fait,
exercé que douze consulats, le douzième
datant de 95, l'année précédant
sa mort.
Dès lors, comme les infos des sites anglais
reprenant les listes de consuls romains concordent,
comme cette inscription (COS XIIII) figure bien
sur d'autres monnaies de Domitien (voir ici : Clic
!), et comme les infos du site Tiberius13
paraissent, en général, fiables, il
me semble bien qu'il y a eu "une astuce", une "manipulation"
voulue par l'empereur lors de l'émission
ces monnaies. Peut-être Domitien
voulait-il s'auto-glorifier en excipant d'une carrière
honorifique, d'un "cursus honorum" plus long qu'il
ne l'était en réalité
Mais comme je vous l'ai signalé d'emblée,
le caractère très lacunaire de mes
connaissances numismatiques ne me permet pas de
me prononcer ! |
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| 3 Mai 2001 |
| Julian
a écrit : |
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| Je
dois faire un exposé sur le film Gladiator
et j'aimerais connaître les anomalies entre l'Histoire
et le film.
Pourriez-vous SVP me les indiquer
le plus vite ou me donner l'adresse d'un site où
je pourrais les trouver ? |
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| RÉPONSE
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| Évidemment le but
d'un film comme Gladiator n'est pas de
respecter scrupuleusement l'histoire, mais de fournir
un excellent spectacle. Les "anomalies" historiques
foisonnent donc, comme vous vous en rendrez compte en
lisant les notices que j'ai consacrées à
Marc
Aurèle et à son fils Commode
À noter aussi qu'au bas de la page consacrée
à Commode, vous trouverez, outre mon opinion
quant à la vanité de la recherche d'une
quelconque vraisemblance historique pour ce genre de
film, une série de liens
concernant Gladiator.
Parmi ces sites, trois vous permettront sans doute
de remettre un peu à l'heure vos pendules historiques
:
Enfin, je me suis rappelé que, lors de la sortie
du film en France, la revue "l'Histoire" (N°
244 - juin 2000) avait publié un petit article
(signé Claude Aziza) qui, au nom du spectacle,
demandait qu'on pardonne au réalisateur ses grossières
erreurs historiques. J'ai relu cet article pour vous
et voici les principales anomalies que l'auteur (d)énonçait
:
- Au générique, l'action est située
en 180 AVANT J.-C. et non en 180 APRÈS J.-C..
- Le latin employé par les acteurs est très
approximatif. Par exemple, le général
Maximus s'adresse à ses soldats en les appelant
Patres (= Pères), comme s'il parlait
à de vénérables sénateurs
!
- En ce qui concerne la mort de Marc
Aurèle, l'histoire n'a pas tranché,
mais en aucun il ne fut étouffé par
son fils.
- Commode
était co-empereur depuis 177, soit trois ans
avant la mort de son père Marc Aurèle.
Celui-ci n'avait donc nulle envie de restaurer un
"régime républicain" et avait bien prévu
que ce serait son fils Commode, qui lui succéderait,
tout dégénéré qu'il fut.
"Mais, comme conclut l'auteur de cet article,
un film n'est pas un cours d'histoire, c'est d'abord
du spectacle. Et dans ce domaine, le spectateur en a
pour son argent (
) On ne s'ennuie pas un
instant tout au long des cent cinquante-cinq minutes
du film".
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| 11 Mai 2001 |
| Thereza
a écrit : |
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| S'il
vous plaît, quel était l'empereur pendant
l'âge d'or à Rome ? |
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| RÉPONSE
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| De tout temps, les hommes
ont méprisé l'époque où
ils vivaient ! "Nous vivons une bien triste époque,
mon bon Monsieur, tout allait bien mieux avant !".
Alors, pour se consoler de vivre si misérablement,
tous les peuples de la terre imaginèrent une
époque mythique où, dans un pays où
coulaient le lait et le miel, les hommes vivaient en
paix et en harmonie aussi bien entre eux qu'avec les
dieux.
C'est ainsi que, pour remédier à cette
nostalgie d'un "ailleurs merveilleux", les Hébreux
inventèrent le mythe du Paradis perdu, du "Jardin
d'Eden " ; fable qui fut ensuite universellement répandue
par la religion chrétienne.
Quant aux anciens Grecs et Romains, leur mythologie
prétendait qu'avant cette ère désespérante
où ils vivaient, avant cet "l'Age de Fer" fait
de guerres, de larmes, de sang et de travail forcené,
il y avait eu une époque heureuse, l'Age d'Or,
où les hommes vaquaient paisiblement à
de calmes travaux champêtres sous l'égide
de divinités bienveillantes et de demi-dieux
protecteurs. Et naturellement, le commun des mortels
attendaient - et certains inspirés annonçaient
- le retour de ces temps heureux. Par exemple, en 40
avant J.-C. le grand poète latin Virgile réactualisa
ce mythe dans un poème promis à un immense
succès : la fameuse IVe Bucolique. Il
y célébrait la naissance prochaine d'un
enfant mystérieux qui restaurerait l'Age d'Or.
Les Chrétiens ont voulu y voir l'annonce de la
naissance du Christ, mais c'est très loin d'être
prouvé.
Tout ceci pour vous dire qu'il n'existait pas d'empereur
romain au temps de l'Age d'Or. Ce n'est là qu'un
mythe. Autant de demander qui gouvernait le royaume
de Belgique aux temps de Cendrillon, de Pinocchio et
de Blanche Neige !
.
Mais sans doute ai-je
mal compris le sens de votre question
Peut-être
me demandez-vous seulement à quel moment
de l'histoire se situe l'apogée (c'est-à-dire
"l'âge d'or" au sens figuré) de l'Empire
romain et quel(s) empereur(s) régnaient
à ce moment !
Dans ce cas, je puis vous aider.
Traditionnellement, les historiens
situent "l'Apogée de l'Empire romain" à
l'époque de la dynastie
des Antonins qui dirigea Rome entre 96 et
191 ap. J.-C. Tout aussi traditionnellement (et
arbitrairement), on a également coutume
de considérer que, parmi les empereurs
de cette dynastie, c'est sous Antonin
le Pieux que l'Empire connut la plus grande
prospérité et où sa sécurité
fut le mieux assurée
(Ce qui veut
sans doute dire qu'une police rigoureuse protégeait
efficacement les richesses des notables de la
convoitise d'une populace misérable, et
que les Barbares des frontières avaient
été si efficacement terrorisés
et/ou exterminés par les légions
romaines qu'ils n'osaient plus se risquer à
la moindre velléité d'invasion !).
Cela dit, si le règne d'Antonin marque
l'apogée politique de l'Empire, c'est déjà
sous Trajan,
"petit-fils" dudit Antonin que Rome avait atteint
sa plus grande puissance militaire et connu son
extension géographique maximale ! Quant
à l'Age d'or de la littérature romaine,
il faudrait plutôt le situer à l'époque
d'Auguste,
le premier "empereur" !
Vous voyez, tout cela n'est vraiment qu'une question
de point de vue ! |
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| 16 Mai 2001 |
| Nathalie
a écrit : |
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| Je
fais une archive sur le tyran Cyriadès,
et ce que j'ai trouvé sur votre site c'est ce
qu'il y a de meilleur. La critique sur la défaite
de Valérien est parfaite.
Vous sauriez s'il existe quelque
chose en numismatique relatif à Cyriadès
? |
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| RÉPONSE
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| L'existence même
de ce traître de Cyriadès-Mareadès
reste controversée, et, à ma connaissance,
on n'a pas trouvé de preuve numismatique ni de
son hypothétique existence ni de son prétendu
règne. Les seules sources historiques "fiables"
qui rapportent ses "exploits" sont Ammien Marcellin,
qui écrivait plus de cent vingt ans après
la défaite de Valérien, et des historiographes
byzantins postérieurs de plusieurs siècles
!
Cela dit, il n'en est pas moins probable qu'une trahison
fut à l'origine de la déconfiture des
légions de Valérien. Mais maintenant,
quant à savoir si Cyriadès a réellement
existé ou s'il n'est qu'un personnage fictif,
inventé de toutes pièces pour expliquer
une incompréhensible défaite tout en occultant
la responsabilité des Chrétiens, cela
reste finalement assez secondaire. |
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| 17 Mai 2001 |
| Céline
a écrit : |
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| Je
fais une maîtrise d'histoire romaine (
)
mon sujet est "le rôle des femmes dans les
Annales de Tacite".
J'ai pensé que vous pourriez
m'aider car il s'agit des femmes qui gravitent autour
des empereurs Julio-claudiens. Alors je suis preneuse
de toutes les infos que vous pourriez me donner sur
les sites concernant les femmes à cette époque,
sur des critiques de cette uvre de Tacite
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| RÉPONSE
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| Je n'ai pas non plus trouvé
grand-chose d'intéressant à ce sujet sur
le Web. Pour obtenir de meilleurs résultats,
il vaudrait sans doute effectuer des recherches particulières
pour chaque "héroïne" de Tacite, mais, naturellement,
le temps me manque pour me lancer dans une telle entreprise.
Voici néanmoins le maigre fruit de ces recherches
presque infructueuses (ces pages sont, hélas,
en Anglais) :
- Women
in Roman Society) : Biographies de certaines nobles
dames qu'évoque Tacite
- Site
Diotima) : Matériaux pour l'étude
de la femme dans l'Antiquité (Grèce
et Rome). D'après ce que j'ai vu, on y traite
notamment de la révolte de Boudicca en Grande-Bretagne
(Tacite, Annales, XIV).
Je vous signale aussi que dans mon site empereurs-romains.net,
vous disposez, au bas de chaque notice biographique,
de toute une série de liens vers pages consacrées
à l'empereur étudié et à
son entourage (familial et culturel). Peut-être
y trouverez-vous également des renseignements
pour les personnages qui vous intéressent.
Comme tout ceci me paraît
quand même assez léger et que je ne voudrais
pas que vous croyiez que je vous envoie paître
ou que le sujet que vous traitez ne m'intéresse
pas, j'aimerais quand même, au risque d'enfoncer
des portes ouvertes, partager avec vous quelques réflexions
sur ce bon vieux Tacite. Peut-être (qui sait
?) quelques bribes d'entre-elles vous seront-elles utiles
pour votre travail.
Pour commencer, il faut toujours garder à l'esprit
que Tacite n'est pas un "historien" au sens moderne
du terme. Quoi qu'il s'en défende, il ne raconte
pas les faits "sans parti pris", ne décrit pas
"objectivement" le caractère des personnes. Sa
belle prose noble et classique poursuit un objectif
moral précis : démontrer à quel
point l'instauration du Principat Julio-Claudien a avili
les nobles romains. Par sympathie politique, ce vieux
réac de Tacite considère la République
sénatoriale d'avant Jules
César comme un véritable Age d'or
; par prudence, il félicite ses tout-puissants
contemporains, les empereurs de la dynastie des Antonins
(Nerva,
Trajan)
d'avoir restauré la paix civile et bonnes murs.
Entre les deux époques, c'était l'anarchie,
le chaos, la décadence, bref, le grand bordel.
Naturellement, cette vision partisane va influencer
aussi bien le choix des anecdotes que Tacite estime
utile de raconter que le jugement qu'il porte sur les
personnages du drame qu'il met littéralement
"en scène". Faisant flèche de tout bois,
il dénigre donc systématiquement TOUS
les empereurs Julio-Claudiens. Et si même le "divin
Auguste" en personne ne trouve pas grâce aux
yeux de censeur impitoyable, vous pouvez alors aisément
imaginer comme les autres empereurs, moins honnêtes,
plus médiocres, plus sanguinaires ou plus débauchés,
furent traités par lui. Conséquence :
selon Tacite, et de façon systématique
également, tout empereur régnant aurait
été avantageusement remplacé par
un prétendant malheureux : "Tout aurait été
mieux si Drusus
ou Germanicus
avaient régné à la place de Tibère",
"Ah ! si Britannicus avait revêtu la pourpre,
tout aurait été pour le mieux dans le
meilleur des mondes !"
La façon dont Tacite parle des femmes participe
de cet "aménagement orienté de l'Histoire
romaine".
Je n'ai guère eu le temps de relire toutes les
Annales, mais, après un survol rapide du texte
afin de me le remémorer, il me semble bien que,
sauf exceptions notables (sur lesquelles je reviendrai),
ses "héroïnes principales" sont présentées
sous le jour le plus sombre (voir Messaline,
Agrippine
la Jeune, Poppée).
Pourquoi ?
Parce pour Tacite, en bon Romain traditionaliste qu'il
se prétend être, la vertu est uniquement
une affaire d'hommes. D'ailleurs les deux mots latins
virtus (vertu) et virilitas (virilité)
n'ont-il pas la même racine étymologique
("vir" : homme). Cet "historien" pourrait donc
sans doute reprendre à son compte le discours
macho qu'il met dans la bouche du Sénateur Sévérus
Cécina (Annales, III, 34). Je cite (en
adaptant légèrement) : "La compagnie
des femmes embarrasse en temps de paix par son luxe
et en temps de guerre par ses frayeurs. Leur sexe n'est
pas seulement faible et incapable de soutenir la fatigue
: il devient, quand on le laisse faire, cruel, ambitieux
et dominateur".
Dans cette optique, Tacite, voulant décrédibiliser
les empereurs Julio-Claudiens, trouve judicieux de montrer
qu'en fait, ceux-ci ont abandonné le pouvoir
à d'horribles mégères du genre
de Messaline, de Poppée ou d'Agrippine. En "chargeant"
le portrait de ces nobles dames, Tacite noircit par
contrecoup celui de ces vieux empereurs qu'il abomine.
Une preuve de ce j'avance ? Au moins un commencement
d'indice ! Voici quelques extraits d'un livre consacré
à Tibère
par Ernest Kornemann, un historien allemand qui, tout
en dénonçant les falsifications de Tacite,
n'en subit pas moins l'influence du grand écrivain
latin : " La femme constitue dans l'histoire des
débuts du principat l'un des chapitres les plus
sombres de l'histoire romaine. Lorsque la monarchie
triompha définitivement des autres formes de
gouvernement, les hommes surent, mieux que les femmes,
réaliser le passage du citoyen au monarque.
(
) Les femmes de la maison des Césars
n'ont pas su s'adapter aux nouvelles conditions amenées
par la transformation de l'État en une monarchie.
(
) L'État romain a été
capable de supporter des Augusti, mais pas des Augustae.
Les femmes qui ont porté ce nom vénérable
ont causé les malheurs de Rome
" (E.
Kornemann, Tibère, Éd. Payot, Paris,
1962).
Ainsi, selon Tacite, le comportement des dames romaines
du premier siècle, toutes des ambitieuses, perverses
ou dépravées, fut à la fois l'un
des symptômes et l'une des causes de l'effondrement
moral de la Rome Julio-claudienne.
Quant aux exceptions à cette règle, (car
naturellement il y en a), il faut surtout les chercher
parmi les basses couches de la société,
les affranchies et les esclaves. Par exemple, cette
servante d'Octavie
qui, sans dénoncer sa maîtresse, meurt
sous la torture et se permet même d'infliger à
son bourreau, le sadique Tigellin un grossier (mais
plaisant) sarcasme : "le sexe d'Octavie est plus
pur que ta bouche !". Ou la touchante Acté,
modeste maîtresse de Néron.
Ou encore la courageuse Épicharis qui préfère
se suicider en se pendant à son soutien-gorge
plutôt que de dénoncer ses complices
Ici encore Tacite entend démontrer la perversion
de cette époque Julio-Claudienne, de ces temps
décadents où le courage, la fidélité
et l'honneur étaient réservés à
de pauvres femmelettes, issues des classes les plus
viles de la société, tandis que les patriciens
ne vivaient plus que de compromissions, de flatteries
de vilenies, de délations et de trahisons ! Comme
l'écrit Tacite (à propos du suicide d'Épicharis)
: "Exemple plus admirable dans une affranchie, dans
une femme qui, soumise à une si redoutable épreuve,
protégeait de sa fidélité des étrangers
et presque des inconnus, tandis que des personnes de
naissance libre, des hommes, des chevaliers romains
et des Sénateurs, sans avoir subi la torture,
trahissaient ce qu'ils avaient de plus cher" (Tacite,
Annales, XV, LVII).
Bref, "C'était vraiment une bien triste époque,
mon pauv' Mossieu, heureusement que maintenant, nous
vivons sous des princes éclairés, en des
temps où les nobles ont recouvré le sens
de l'honneur et où les femmes ont regagné
un foyer qu'elles n'auraient jamais dû quitter
!" |
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