305 - 311
Avant d'entrer dans l'armée et d'y faire une brillante carrière, Galère tâta, dit-on, du bucolique métier de berger. Dieu sait pourquoi, les historiens chrétiens semblent considérer que ce job - d'ailleurs assez conjectural - du jeune Galère serait comme une tache sur son "C. V.". Il n'y a pourtant aucune honte à être un bon pasteur ! Quoi qu'il en soit, il est cependant permis de douter que cet homme, souvent décrit comme violent et brutal, ait exercé bien longtemps, et surtout avec la douceur "virgilienne" d'un berger d'Arcadie, cette activité pastorale. Il se lassa sans doute très rapidement de ses douces brebis et ses petits agnelets frisés et s'engagea dans l'armée.
Le système tétrarchique (= quatre souverains régnant de conserve) constituait la réponse de Dioclétien à ces problèmes militaires et institutionnels. Les quatre empereurs (les deux Augustes - Dioclétien et Maximien - et les deux Césars qui leurs étaient subordonnés - Galère et Constance Chlore) se voyaient attribuer le gouvernement d'une région de l'Empire. Si un danger, quel qu'il fût, survenait, chacun d'entre d'eux, étant "sur place", pouvait intervenir en personne, rapidement et efficacement. Maximien et son César Constance furent commis à la garde de l'Occident, Dioclétien se réserva l'Orient, région la plus riche, mais aussi la plus exposée ; et enfin, notre Galère fut chargé de maintenir les provinces danubiennes à l'abri des invasions. Cela, c'était pour les questions de "sécurité nationale". Restait le problème successoral. Là aussi, Dioclétien concocta une solution originale. Dans son optique, l'accession au trône impérial ne devait être considérée que comme l'aboutissement ultime d'une brillante carrière militaire. Dès lors, quand un Auguste (= empereur principal) aurait atteint l'âge de la retraite, il serait automatiquement remplacé par son César (= empereur adjoint). Ensuite, une fois promu, le nouvel Auguste se choisissait un César qui, le moment venu, le remplacerait, et ainsi de suite Avec la Tétrarchie de Dioclétien, c'en serait bien fini de ces successions chaotiques, dynastiques ou putschistes ! Ter-mi-née, l'anarchie ! Désormais tout serait réglé comme sur du papier à musique : c'est automatiquement que l'on deviendrait empereur, après avoir gravi "au mérite" tous les échelons de la vie militaire !
Après l'expédition victorieuse de l'empereur Carus qui avait emmené ses légions au-delà de Ctésiphon, la capitale ennemie, Dioclétien avait été en mesure d'imposer aux Perses un traité de paix avantageux : outre d'intéressantes rectifications de frontières, Tiridate, un prince parthe qui avait été éduqué à Rome, fut placé sur le trône d'Arménie (287). Mais les Perses relevèrent bien vite la tête : dès 294, Narsès, leur nouveau roi, chassa Tiridate de son trône, annexa l'Arménie puis envahit la Syrie romaine. Pour couronner le tout, en Égypte, deux énergumènes (Lucius Domitius Domitianus puis son successeur Aurelius Achilleus) profitèrent des ennuis persans de Dioclétien pour tenter de lui ravir son trône. C'est dire que, dans ce contexte troublé, le coup de main de Galère serait le bienvenu ! Fort de ses succès contre les Barbares du Danube, le César Galère commit la grave erreur de sous-estimer ses nouveaux adversaires. Il traversa l'Euphrate pour frapper directement le cur du royaume perse et se fit étriller, battre à plates coutures, aux environs de la ville de Carrhes, là même où, quatre siècles plus tôt, le "triumvir" Crassus avait, lui aussi, subi une écrasante défaite et trouvé la mort. Mais Galère n'eut pas tant de malchance que son cupide prédécesseur : il parvint à sauver sa vie et, la queue entre les jambes, ramena les débris de sa belle armée en territoire romain. Il serait sans doute abusif d'imaginer que Dioclétien, être tout de compassion, sécha les larmes de son malheureux César, qu'il le prit sur ses genoux lui disant, pour le consoler : "Ce n'est rien mon petit Galère, ça ira mieux la prochaine fois !" Mais il n'y a aucune raison non plus de croire sur parole les historiens chrétiens qui affirment que, suite à cette défaite, Dioclétien infligea une humiliation publique à son gendre en le contraignant de marcher devant son char, dépouillé de tous ses ornements impériaux. En fait, si Dioclétien n'avait pas admis les explications de Galère, s'il n'avait pas compris les raisons de l'échec de son César, il l'aurait, d'un seul mot, déchu de tous ses titres, exclu de la succession impériale, et rendu à la tourbe d'où il était issu. Or, ce ne fut pas le cas : jamais il ne fut question de limoger Galère. Que du contraire ! Dès 297, le vaincu de Carrhes, avide de revanche, réapparaissait en territoire perse à la tête d'une puissante armée. Cette fois, Galère y mit plus de finesse. Au lieu d'une attaque frontale sur l'Euphrate, il passa par l'Arménie. C'était le point faible du système de défense ennemi : le sentiment national des Arméniens était d'autant plus vif que les Perses venaient d'annexer leur pays. En outre, majoritairement chrétiens (leur roi Tiridate III fut - ou sera - baptisé en 288, en 305 ou en 314 - la chronologie est floue), ils supportaient très mal l'intolérance croissante de clergé zoroastrien perse. Bien soutenue par les habitants du pays, la puissante armée de Galère occupa l'Arménie, restaura le roi Tiridate puis écrasa les forces perses. Le campement de Narsès fut pris et ses épouses capturées. On veut croire que le brutal Galère respecta l'honneur de ces hautes dames, mais je n'en mettrai pas la main au feu : n'est pas Alexandre le Grand qui veut ! Le gros de l'armée perse anéanti en Arménie, la route vers le cur du royaume perse était ouverte. Sans rencontrer d'opposition, Galère fondit vers le Sud, envahit la Mésopotamie et s'empara de Ctésiphon, la capitale ennemie. Après ces éclatantes victoires, la messe était dite ! En 298, le Roi des Rois Narsès n'eut plus qu'à signer un traité de paix aux allures de capitulation (Paix de Nisibe). Le souverain perse reconnaissait définitivement que, sous le sceptre chrétien de Tiridate, l'Arménie resterait à jamais un protectorat romain. En outre, par ce traité, le roi sassanide restituait à Rome ses provinces mésopotamiennes, et lui livrait, en prime, cinq autres provinces dans la haute vallée du Tigre. Jamais l'Empire romain n'avait été aussi vaste qu'en cette fin du IIIe siècle et jamais général romain ne fut plus populaire que le César Galère à cette époque. Après sa glorieuse victoire campagne de Perse, Galère revint dans son "gouvernorat" du Danube. Entre 299 et 305, il combattit victorieusement les Sarmates et les Carpes qui s'agitaient sur les rives du fleuve la routine d'un César de la Tétrarchie, quoi !
Rien que pour rire un fifrelin, imaginez la scène :
Cela prit du temps, mais aujourd'hui bien des historiens, même catholiques, rejettent le récit de Lactance, et ne croient plus que Galère fut l'instigateur de la "Grande persécution". Même son prétendu "fanatisme antichrétien" est remis en cause : n'est-ce pas ce même Galère, prétendument horrible persécuteur, qui, dès 311, publia le premier édit de tolérance en faveur des Chrétiens. Nous y reviendrons Si les historiographes chrétiens du IVe siècle se sont tant acharnés sur Galère, c'est probablement parce que, successeur et finalement seul vrai dépositaire de la pensée de Dioclétien, il fut, par la force des choses, conduit à appliquer les édits persécuteurs plus longuement que les autres "Tétrarques". Et comme Galère, s'il n'était sans doute pas plus fanatique que le chef de la Tétrarchie, était certainement dépourvu du prestige de son supérieur hiérarchique, le restaurateur de l'Empire romain... En outre, si Constantin, protecteur attitré des Chrétiens (et, en particulier, des écrivains ecclésiastiques Eusèbe de Césarée et Lactance), combattit les successeurs de Galère, il revendiqua hautement et assuma l'héritage politique de Dioclétien. Mieux valait donc, autant que possible, épargner le maître à penser du premier empereur et "faire porter le chapeau" de la persécution à son inculte second ! Galère eut peut-être simplement la main un peu plus "lourde" que son Auguste Dioclétien, mais cela n'est pas réellement prouvé non plus Apparemment, les communautés chrétiennes situées dans les territoires placés sous sa juridiction ne semblent pas avoir été particulièrement maltraitées (ni épargnées non plus, d'ailleurs). Il est également vrai que le christianisme n'avait pas encore pénétré profondément dans les territoires administrés par le César Galère, ces provinces danubiennes où le patriotisme romain était élevé au rang de seule véritable religion. Le 1er mai 305, Dioclétien et Maximien abdiquèrent conjointement ; l'un à Milan, l'autre à Nicomédie. Se ressentant encore de la grave maladie qui avait failli l'emporter l'année précédente, Dioclétien, le premier Auguste (= empereur principal), n'aspirait qu'à une retraite bien méritée. Ce fut donc sans aucun regret, et certainement sans douter des compétences de son successeur, qu'il remit son sceptre à notre Galère qui l'avait si bien secondé pendant dix ans. Selon le principe de la Tétrarchie, il fallait que Galère, nouvel Auguste s'adjoignît un nouveau César. Ce fut Maximin Daïa, un de ses neveux, qui fut choisi (sans doute à la suggestion de Dioclétien). Mais si c'était d'un cur léger que Dioclétien avait renoncé à la pourpre, ce n'était pas du tout le cas de son collègue Maximien Hercule. Lui, c'était avec la plus extrême répugnance qu'il avait consenti à s'effacer ! Cependant, bien que faisant grise mine, il obéit à Dioclétien, son chef vénéré, et remit tous ses pouvoirs à son subordonné Constance Chlore. Mais qui allait devenir le César de ce Constance ? Tout le monde pensait que ce serait Constantin, son fils aîné. Mais Dioclétien, lui, ne l'entendait pas de cette oreille : le vieux souverain nourrissait une grande méfiance à l'égard des successions de type dynastique. Constance ne put donc prendre son fils comme César, et ce fut Sévère qui lui fut imposé comme "second". Quant à Constantin, Galère le retint comme otage. On n'était jamais trop prudent : chez Constance, la voix du sang pouvait être plus puissante que le respect des principes successoraux de la Tétrarchie ! Pourtant, théoriquement, le premier des Augustes,, l'Augustus senior, le "Big Boss" de l'Empire romain, celui à qui ses trois autres collègues "tétrarques" devaient le respect, ce n'était pas Galère, mais son collègue Constance Chlore. Mais que voulez-vous ? Ce Constance n'était vraiment pas en position de faire valoir ses droits ! Non seulement Galère et son neveu Maximin Daïa contrôlaient la plus grande partie de l'Empire, les provinces les plus riches et les plus peuplées, mais, de plus, ils détenaient - pas tout à fait prisonnier, presque otage - Constantin, le propre fils de leur collègue (et rival potentiel). C'est dire que la marge de manuvre de Constance était aussi ténue que symboliques les égards qu'il était en droit d'attendre de son "cadet" Galère.
C'était là un dangereux précédent ! Fort du pronunciamiento de Constantin et lassé de ronger son frein en Italie, Maxence, fils de Maximien Hercule (l'ancien collègue de Dioclétien), se fit proclamer empereur par les Prétoriens de Rome (28 octobre 306). Ensuite, il s'en alla dans le Sud de l'Italie afin de demander à son vieux papa de reprendre du service comme empereur à ses côtés. En dépit de ses promesses solennelles du 1er mai 305, Maximien, qui n'avait abandonné le pouvoir qu'à contrecur, revêtit à nouveau les insignes impériaux. Il n'avait fallu qu'un peu plus d'un an pour que la belle Tétrarchie voulue et réalisée par Dioclétien, ce système qui était censé apporter paix et stabilité éternelles à l'Empire, s'effondre en un système anarchique, avec trois empereurs officiels (Galère, Sévère et Maximin Daïa), un putschiste reconnu (Constantin), un putschiste non reconnu (Maxence) et un usurpateur parjure (Maximie Hercule). Cela dit, de l'évolution de sa belle construction, il s'en souciait désormais comme de colin-tampon, le Dioclétien ! Dégoûté des dieux et des hommes, seule une offensive de limaces dans les choux de son potager aurait pu le faire sortir de son quant-à-soi et encore ! Ce fut donc son successeur, le premier Auguste Galère qui prit énergiquement les choses en mains. Toutefois, comme une invasion de Sarmates sur le Danube l'empêchait d'intervenir personnellement en Italie, il ordonna à Sévère, l'Auguste d'Occident légitime, de régler leur compte aux usurpateurs. D'abord à Maxence et à Maximien, son parjure de père, puis, si l'envie lui en prenait, à ce Constantin de malheur qui, le premier, avait foutu autant de pagaille dans le système tétrarchique qu'un chien dans un jeu de quilles. Sévère ne fut pas à la hauteur... Ou plutôt, il n'eut pas de chance ! Il marcha effectivement sur l'Italie. Il parvint même sous les murailles de Rome, où s'étaient réfugiés Maxence et son père. Mais hélas ! son armée, c'était celle-là même que son ennemi Maximien avait commandée pendant des lustres ! Il suffit à l'ancien Auguste d'apparaître sur les remparts de Rome, revêtu de tous ses insignes impériaux, pour que tous ses anciens compagnons d'armes désertent en masse. Sévère ne disposa plus que d'une poignée d'officiers fidèles pour l'accompagner dans sa fuite. Il se réfugia à Ravenne, ville inexpugnable, mais Maxence, par de fallacieuses promesses, l'en fit sortir. Sévère fut ramené à Rome et exécuté peu après (début 307). L'humiliation de Sévère, c'était aussi une gifle pour Galère ! N'était-il pas l'aîné des Augustes ? N'était-ce pas lui qui était responsable de la survie des institutions tétrarchiques ? N'était-ce pas lui qui avait ordonné à son collègue à liquider les usurpateurs italiens ? Quand il eut enfin les mains libres, ayant repoussé une fois de plus les Sarmates de l'autre coté du Danube. (été 307), Galère marcha à son tour sur l'Italie. Lui aussi s'avança jusqu'à Rome, mais son armée était insuffisante pour investir la ville ; en outre, il craignait les désertions qui avaient été fatales à Sévère. L'Auguste fut donc contraint de se replier vers le Nord, non sans avoir, histoire de donner un exutoire à sa colère frustrée, mis l'Italie septentrionale à feu à sang, comme s'il s'agissait d'un pays ennemi. L'année suivante (308) Maximien Hercule se brouilla avec son fils Maxence, il essaya même de le détrôner, puis, son complot ayant lamentablement échoué, il se rapprocha de Constantin, à qui il donna en mariage sa fille Fausta. Ayant ainsi scellé leur alliance, les deux hommes se sentirent assez forts pour demander à Galère d'organiser une réunion de la dernière chance afin de sauver le peu de qui subsistait encore de la tétrarchie. Elle se tint le 11 novembre 308 à Carnuntum (en Autriche actuelle, aux environs de Vienne). Exceptionnellement, Dioclétien daigna sortir de sa retraite potagère pour y assister, mais les efforts de Maximien pour le convaincre de revenir aux affaires avec lui restèrent vains. Au contraire, ce fut Galère qui imposa ses idées : le vieux Maximien fut définitivement relégué aux oubliettes de la Tétrarchie, et Licinius, un autre officier d'origine balkanique, fut promu directement au rang d'Auguste à la place du regretté Sévère.
C'est dans ces circonstances, et pour ces raisons purement politiques, que, le 30 avril 311, Galère promulgua à Sardique (auj. Sofia en Bulgarie) un édit de tolérance dont l'écrivain chrétien Lactance (vers 260 - 325) nous a transmis le texte : "Par nos règlements visant à l'amélioration constante du bien public, nous avons jusqu'ici veillé à régler toutes choses en conformité avec les anciennes lois et la discipline civile des Romains. Cela fut, d'une façon toute particulière, également notre objectif à l'égard de ces Chrétiens qui avaient renoncé à la religion de leurs ancêtres et furent contraints de revenir aux justes croyances. Au lieu d'observer les institutions antiques que leurs propres ancêtres avaient probablement établies, ils avaient, par dieu sait quelle obstination et folie, suivi des lois qui leurs étaient propres et avaient rassemblé dans des sociétés distinctes beaucoup d'hommes de croyances très variées. Suite à la publication de notre décret qui enjoignait aux Chrétiens de revenir d'eux-mêmes à l'observance des anciennes lois, beaucoup d'entre eux se sont soumis par peur de la contrainte et davantage encore en étant exposés à la répression. Cependant, parce que beaucoup d'entre eux persistent encore dans leur croyance et parce que nous avons constaté qu'ils se refusent toujours à accomplir les actes prescrits de vénération et d'adoration des Dieux, et continuent d'adorer leur propre Divinité, nous avons donc estimé, par l'effet de notre clémence accoutumée dans le pardon accordé à tous, qu'il convient d'étendre notre indulgence à ces hommes, de leur permettre de redevenir Chrétiens et de les autoriser à rétablir les lieux de leurs assemblées religieuses ; si du moins cela ne trouble pas l'ordre public. ( ) Pour ce motif, suite à cette tolérance qui est nôtre, il sera du devoir des Chrétiens de prier leur Dieu pour notre conservation, pour celle du peuple, et pour la leur propre ; et ce afin que le bien commun puisse continuer à être garanti dans toutes les parties de notre Empire et qu'ils eux-mêmes puissent vivre tranquillement dans leurs demeures." (Lactance, De la Mort des Persécuteurs, XXXIV). Par cet édit, non seulement Galère mettait fin à la persécution, mais, à la seule condition de ne pas troubler l'ordre public, il restituait aux Chrétiens la liberté de culte accordée par Gallien. Il les autorisait aussi à reconstruire leurs lieux de culte et leur demandait (il ne manquait pas d'air, le Galère !) de prier pour la conservation de l'Empire et pour le salut des empereurs. C'était la première fois que le Christianisme était reconnu, officiellement et explicitement, comme une religion "licite". Cet édit de tolérance fut le dernier acte politique de Galère. Très peu de temps (cinq jours ?) après sa publication, il mourut (mai 311). Naturellement, la mort de ce monstre persécuteur, qui avait lacéré la Sainte Église de ses griffes sanglantes, ne pouvait qu'exciter la verve revancharde des historiographes chrétiens, en particulier de Lactance. Celui-ci, tout au long de quelques pages nauséabondes, s'attarde complaisamment à la description de la maladie létale du persécuteur Galère, n'épargnant au lecteur aucun détail horrible des progrès du mal atroce qui, manifestation de la justice divine, emporta celui qu'il considère comme l'âme damnée de Dioclétien, un démon incarné. Et il a la plume aussi lourde que rancunière, le Lactance, jugez-en plutôt :
Ames sensibles (et délicates) s'abstenir ! Cependant, rassurez-vous ! Lactance n'en savait probablement guère plus que nous, et Galère n'endura sans doute pas l'épouvantable agonie que son patronyme prophétisait Mais, l'écrivain chrétien avait lu très attentivement les Actes des Apôtres, et, en particulier, le récit de la mort d'Hérode Agrippa, un autre "persécuteur" qui avait (a-t-on idée ?) fait incarcérer le bon saint Pierre, et qui, lui aussi, "mourut rongé de vers" (Actes, 12 : 23). Et puis, Lactance se souvint aussi que, dans ses Antiquités judaïques, l'historien Flavius Josèphe, relatait que le roi juif Hérode le Grand avait trépassé suite à une répugnante maladie :
Or, selon les Évangiles, c'état cet Hérode le Grand qui avait ordonné le "Massacre des Innocents", cette tuerie infâme où auraient été exterminés tous les nourrissons de l'âge du petit Jésus. C'était donc lui le premier "persécuteur" ! Et son petit-fils Hérode Agrippa, qui avait jeté saint Pierre en prison et qui mourut "rongé de vers", en était un autre !... L'idée s'imposa donc tout naturellement à l'esprit du savant théologien Lactance que "l'agonie avec bestioles répugnantes" était le châtiment Dieu réservait à ceux qui opprimaient ses fidèles, et que, donc, syllogisme imparable, Galère, grand persécuteur devant l'Éternel, ne pouvait qu'être mort infesté de vers. En outre, ce canevas classique quoiqu'horrifique, permettait à Lactance d'expliquer l'édit de tolérance de Galère sans qu'il fût besoin d'évoquer ses justifications politiques. Car en mentionnant les mobiles politiques de l'édit pacificateur (dissuader les Chrétiens d'Orient de prendre les armes en faveur de Constantin), l'écrivain chrétien aurait pu donner penser que les décrets persécuteurs que Galère abrogeait, ceux qui avaient institué la "Grande persécution de Dioclétien", n'avaient, eux aussi, pas d'autres motifs que politico-militaires. Quitte à dégoûter à tout jamais les bons Chrétiens du potage aux vermicelles, mieux valait donc montrer Galère "mourant à douleur" et tentant (vainement) de se réconcilier avec un Dieu vengeur plutôt que d'évoquer les dangers d'une guérilla chrétienne !
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