303 - 313
La Persécution de Dioclétien
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Brutalement, fin 302 - début
303, éclate contre les Chrétiens la plus brutale des
persécutions. En fait, il s'agit là de la seule mesure
(à peu près) historiquement avérée de
répression générale prise par les Romains contre
les tenants de la nouvelle Foi.
Le pape Marcellin abjure alors la foi chrétienne, sacrifie
aux dieux, et meurt dans son lit tandis que des centaines (des milliers
peut-être) de ses coreligionnaires, plus courageux (ou plus
fanatisés) que leur chef, périssent sur l'échafaud,
gagnant ainsi, par le baptême du sang, les lauriers du martyre.
Les historiens se perdent en conjectures quant aux motifs de cette
persécution inouïe, tant restent floues les motivations
réelles de l'empereur et de son entourage. Bien que, pour
des raisons politiques, Dioclétien
revendiquât hautement sa filiation divine, ce prosaïque
empereur était à mille lieues de tout fanatisme "païen".
En outre, son épouse Prisca ainsi que sa fille Valéria
étaient sans doute chrétiennes
Jusqu'au pape
saint Caius (283 - 296) qui faisait probablement partie de la famille
impériale.
Selon l'explication couramment admise, Dioclétien
se serait décidé à sévir contre les
Chrétiens d'abord par souci d'unification idéologique
("Un seul empire, une seule religion !"), ensuite parce qu'à
ses yeux, la présence de Chrétiens dans l'administration
et, surtout, dans l'armée constituait une menace pour l'État.
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Voici ce qu'écrivent Jean-Michel
Carrié et Aline Rousselle dans un ouvrage récent :
"La période tétrarchique fait se succéder
à quelques années de distance une mesure d'exclusion
des Chrétiens de l'armée impériale et la grande
persécution de 303. Le premier événement est
datable de 298 d'après Eusèbe et Lactance. De cette
même période date l'Édit contre les manichéens,
où s'exprime le souci de cohésion morale autour des
valeurs romaines de la tradition.
La volonté impériale d'exclure le christianisme
de l'armée pourrait être allée dans le même
sens. Tantôt cette épuration a été interprétée
comme la première étape d'un plan général
de mise hors la loi des chrétiens, tantôt on a supposé
que les problèmes rencontrés dans l'armée avaient
conduit à généraliser la persécution.
Un autre facteur est à prendre en compte : dès les
premières années de Dioclétien se sont multipliés
les actes d'objection de conscience de la part de nouvelles recrues
: conséquence, sans doute, du système de conscription
qui venait a peine d'être mis en place. Le refus de servir
a pu placer le christianisme en position de refuge moral et physique
pour les réfractaires et, à l'intérieur des
églises, amplifier l'écho des positions doctrinales
affirmant l'incompatibilité du service armé avec la
Militia Christi." (Jean-Michel Carrié et Aline Rousselle,
l'Empire romain en mutation, Édition du Seuil, Coll.
Points Histoire, 1999).
Mais si l'insoumission et l'objection de conscience sont sans doute
à l'origine de l'épuration de l'armée et peuvent
expliquer - du moins partiellement - les "martyrs militaires", quelles
raisons trouver à la persécution des prêtres,
des croyants et la confiscation des Livres saints ?
Quant à unifier idéologiquement l'Empire grâce
à des torrents de sang chrétien, laissez-moi rire
! C'est déjà l'explication couramment ressassée
des prétendues "persécutions" de Dèce
et de Valérien.
Or, ces répressions soi-disant sanglantes et soi-disant purement
idéologiques n'avaient pas fait avancer le "schmilblik" d'un
pouce ! Ces très hypothétiques tentatives d'unification
morale sur le dos des Chrétiens avaient si bien tourné
à eau de boudin qu'après quinze années de confusion,
Gallien,
le fils et successeur de Valérien, avait même été
contraint d'accorder un édit de tolérance aux Chrétiens.
Comment un empereur aussi prosaïque que Dioclétien,
comment ce souverain viscéralement attaché à
l'ordre public et à la stabilité des institutions
aurait-il pu ignorer à ce point "les leçons de l'Histoire"
? Comment aurait pu envisager d'utiliser contre les Chrétiens
de vieux remèdes inefficaces ? Pourquoi aurait-il remis d'actualité
de vieilles recettes qui, sous ses prédécesseurs,
n'avaient engendré que chaos et anarchie, pour, finalement,
aboutir au résultat inverse qu'escompté ? |
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Faut-il donc, comme Voltaire, aller presque jusqu'à
douter de la réalité de cette persécution ? Relisons
ses arguments
Même si la citation est un peu longuette, se
délecter d'un passage du Philosophe du Ferney demeure toujours
un moment de pur plaisir pour l'esprit.
"Les chrétiens furent bien plus souvent tolérés
et même protégés qu'ils n'essuyèrent de persécutions.
Le règne de Dioclétien fut, pendant dix-huit années
entières, un règne de paix et de faveurs signalées
pour eux. Les deux principaux officiers du palais, Gorgonius et Dorothée,
étaient chrétiens. On n'exigeait plus qu'ils sacrifiassent
aux dieux de l'empire pour entrer dans les emplois publics. Enfin, Prisca,
femme de Dioclétien, était chrétienne ; aussi jouissaient-ils
des plus grands avantages. Ils bâtissaient des temples superbes,
après avoir tous dit, dans les premiers siècles, qu'il ne
fallait ni temples ni autels à Dieu ; et, passant de la simplicité
d'une église pauvre et cachée à la magnificence d'une
église opulente et pleine d'ostentation, ils étalaient des
vases d'or et des ornements éblouissants ; quelques-uns de leurs
temples s'élevaient sur les ruines d'anciens périptères
païens abandonnés. Leur temple, à Nicomédie,
dominait sur le palais impérial ; et, comme le remarque Eusèbe,
tant de prospérité avait produit l'insolence, l'usure, la
mollesse, et la dépravation des murs. On ne voyait, dit Eusèbe,
qu'envie, médisance, discorde, et sédition.
Ce fut cet esprit de sédition qui lassa la patience
du César Maximien-Galère. Les chrétiens l'irritèrent
précisément dans le temps que Dioclétien venait de
publier des édits fulminants contre les manichéens. Un des
édits de cet empereur commence ainsi : « Nous avons appris
depuis peu que des manichéens, sortis de la Perse, notre ancienne
ennemie, inondent notre monde. » (
)
N'est-il pas bien vraisemblable que les chrétiens
eurent assez de crédit au palais pour obtenir un édit de
l'empereur contre le manichéisme ? (
) La théologie
obscure et sublime des mages, mêlée avec la théologie
non moins obscure des chrétiens platoniciens, était bien
propre à séduire des esprits romanesques qui se gavaient
de paroles. Enfin, puisque au bout d'un siècle le fameux pasteur
d'Hippone, Augustin, fut manichéen, il est bien sûr que cette
secte avait des charmes pour les imaginations allumées. Manès
avait été crucifié en Perse, si l'on en croit Chondemir
; et les chrétiens, amoureux de leur crucifié, n'en voulaient
pas un second.
Je sais que nous n'avons aucune preuve que les chrétiens
obtinrent l'édit contre le manichéisme ; mais enfin il y
en eut un sanglant ; et il n'y en avait point contre les Chrétiens,
Quelle fut donc ensuite la cause de la disgrâce des chrétiens,
les deux dernières années du règne d'un empereur
assez philosophe pour abdiquer l'empire, pour vivre en solitaire, et pour
ne s'en repentir jamais.
Les chrétiens étaient attachés à
Constance, le père du célèbre Constantin, qu'il eut
d'une servante de sa maison nommée Hélène.
Constance les protégea toujours ouvertement. On
ne sait si le césar Galerius fut jaloux de la préférence
que les chrétiens donnaient sur lui à Constance le Pâle
(= Constance Chlore), ou s'il eut quelque autre sujet de se plaindre
d'eux ; mais il trouva fort mauvais qu'ils bâtissent une église
qui offusquait son palais. Il sollicita longtemps Dioclétien de
faire abattre cette église et de prohiber l'exercice de la religion
chrétienne. Dioclétien résista ; il assembla enfin
un conseil composé des principaux officiers de l'empire. Je me
souviens d'avoir lu dans l'Histoire ecclésiastique de Fleury que
« cet empereur avait la malice de ne point consulter quand il voulait
faire du bien, et de consulter quand il s'agissait de faire du mal ».
Ce que Fleury appelle malice, je l'avoue, me paraît le plus grand
éloge d'un souverain. Y a-t-il rien de plus beau que de faire le
bien par soi-même ? Un grand cur alors ne consulte personne
; mais dans les actions de rigueur, un homme juste et sage ne fait rien
sans conseil.
L'église de Nicomédie fut enfin démolie
en 303 ; mais Dioclétien se contenta de décerner que les
chrétiens ne seraient plus élevés aux dignités
de l'empire : c'était retirer ses grâces, mais ce n'était
point persécuter. Il arriva qu'un chrétien eut l'insolence
d'arracher publiquement l'édit de l'empereur, de le déchirer,
et de le fouler aux pieds. Ce crime fut puni, comme il méritait
de l'être, par la mort du coupable. Alors Prisca, femme de l'empereur,
n'osa plus protéger des séditieux ; elle quitta même
la religion chrétienne, quand elle vit qu'elle ne conduisait qu'au
fanatisme et à la révolte. Galérius fut alors en
pleine liberté d'exercer sa vengeance.
Il y avait en ce temps beaucoup de chrétiens dans
l'Arménie et dans la Syrie : il s'y fit des soulèvements
; les chrétiens même furent accusés d'avoir mis le
feu au palais de Galérius. Il était bien naturel de croire
que des gens qui avaient déchiré publiquement les édits,
et qui avaient brûlé des temples comme ils l'avaient fait
souvent, avaient aussi brûlé le palais ; cependant il est
très faux qu'il y eût une persécution générale
contre eux. Il faut bien qu'on n'eût sévi que légalement
contre les réfractaires, puisque Dioclétien ordonna qu'on
enterrât les suppliciés, ce qu'il n'aurait point fait si
l'on avait persécuté sans forme de procès. On ne
trouve aucun édit qui condamne à la mort uniquement pour
faire profession de christianisme. Cela eût été aussi
insensé et aussi horrible que la Saint-Barthélemy, que les
massacres d'Irlande, et que la croisade contre les Albigeois : car alors
un cinquième ou un sixième de l'empire était chrétien.
Une telle persécution eût forcé cette sixième
partie de l'empire de courir aux armes, et le désespoir qui l'eût
armée l'aurait rendue terrible.
Des déclamateurs, comme Eusèbe de Césarée
et ceux qui l'ont suivi, disent en général qu'il y eut une
quantité incroyable de chrétiens immolés. Mais d'où
vient que l'historien Zosime n'en dit pas un seul mot ? Pourquoi Zonare,
chrétien, ne nomme-t-il aucun de ces fameux martyrs ? D'où
vient que l'exagération ecclésiastique ne nous a pas conservé
les noms de cinquante chrétiens livrés à la mort
?
Si on examinait avec des yeux critiques ces prétendus
massacres que la légende impute vaguement à Dioclétien,
il y aurait prodigieusement à rabattre, ou plutôt on aurait
le plus profond mépris pour ces impostures, et on cesserait de
regarder Dioclétien comme un persécuteur." Voltaire,
Examen de Milord Bolingbroke, XXVIII.
Ouf !
Voltaire écrit aussi (Traité sur la Tolérance,
IX), que cette "persécution, excitée par Galère,
après dix-neuf ans d'un règne de clémence de bienfaits,
doit avoir sa source dans quelque intrigue que nous ne connaissons pas".
C'est vrai, il faut parfois faire preuve de modestie. Cette
persécution demeure une véritable énigme historique
!
Cependant, j'ai moi aussi, de mon côté, élaboré
une petite tentative d'explication. Il ne s'agit naturellement que d'une
simple hypothèse de travail, mais qui, mon Dieu, en vaut bien d'autres
Fin de l'année
302, l'adjoint de Dioclétien,
le César Galère
revient victorieux de la guerre contre les Perses.
Après deux campagnes extrêmement dures,
il avait conduit l'Empire romain à l'apogée de son
expansion territoriale. Cependant, en dépit de ces succès,
une chose avait flanqué la frousse au César Galère
: il avait pu mesurer très précisément le danger
politique que représentait la présence massive de
Chrétiens. En effet, la défaite et l'humiliation du
tout-puissant Roi des Rois perse ne trouvait-elle pas sa cause première
dans la révolte contre lui du roi Arménien Tiridate,
baptisé depuis 288 ?
Et si les Chrétiens de l'Empire romain imitaient les Arméniens
et se révoltaient contre Rome ? Vu leur manque flagrant d'esprit
patriotique, prouvé par des décennies d'incivisme
et quelques trahisons retentissantes, vu leur refus constant de
prêter serment à l'État, vu leur influence grandissante,
et vu leur présence à tous les niveaux du pouvoir,
fruit de quarante années de tolérance, on pouvait
craindre le pire si on ne mettait le holà à leurs
prétentions.
Agité de ces sombres pensées, Galère
demanda à Dioclétien
qu'on effectuât une enquête sur les agissements et les
projets des Chrétiens. Déjà en 296, alors que,
justement, Rome entrait en guerre contre la Perse, l'empereur n'avait-il
pas publié un édit proscrivant le manichéisme,
précisément parce que cette doctrine, fortement teintée
d'éléments iraniens et chrétiens, lui était
apparue comme un danger pour l'unité morale de l'Empire ?
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Une perquisition à Rome permit de mettre la main
sur les archives secrètes et les textes sacrés des Chrétiens.
Une réunion du conseil élargi de l'Empire se tint alors
à Nicomédie (auj. Izmit, en Turquie) afin de statuer du
sort des religionnaires. Or, la seule lecture de l'Apocalypse aurait suffi
à effarer tout dirigeant romain : ces fanatiques ne rêvaient
que de la ruine de Rome, qu'ils n'hésitaient pas à affubler
de doux pseudonyme du genre de "Bête aux Sept cornes" ou
de "Grande Pute". De plus, nous pouvons imaginer que l'Apocalypse
ne devait pas être le seul document de cet acabit ; il devait encore
exister bien d'autres ouvrages chrétiens, peut-être encore
plus incendiaires, qui ne nous sont pas parvenus, mais qui tombèrent
aux mains des agents de Dioclétien.
Le péril que représentaient ces fanatiques
étalé au grand jour, la nécessité d'éradiquer
au plus vite cette secte pernicieuse s'imposa à l'empereur et à
ses conseillers. Pourtant Dioclétien répugnait à
verser le sang : sa femme Prisca et sa fille Valéria avaient des
sympathies pour la secte. D'autre part, les Chrétiens, déjà
nombreux, riches, puissants et fanatisés, risquaient, si on les
provoquait, de fomenter de sanglantes émeutes, voire des sécessions.
L'empereur opta donc pour une mesure douce, visant surtout à éviter
la propagation d'idées subversives par les dirigeants chrétiens.
Son premier édit, sans menacer l'intégrité
des personnes, ordonnait la démolition des églises et la
destruction des livres sacrés. Les Chrétiens devaient également
être privés de toute charge, dignité ou privilège.
Pour ceux qui trouveraient cette mesure choquante, je rappelle
que, à notre époque, mutatis mutandis, nous n'agissons
pas différemment quand nous interdisons (ou tentons d'interdire)
aux partis extrémistes, fascistes et racistes de vomir leurs idées
nauséabondes à la radio et à la télévision
ou quand nous essayons d'interdire leurs réunions ou manifestations.
Dioclétien
ordonna la démolition de la somptueuse église de Nicomédie,
qui se dressait en face de son palais et fit afficher l'Édit, signé
de sa main, sur la grand-place de la ville. Un Chrétien fanatique
mit en pièces et piétina publiquement et rageusement ce
document sacré, tandis que d'autres sectaires tentaient de bouter
le feu au palais impérial. Deux fois en quinze jours, des incendies
suspects éclatèrent dans la demeure de l'empereur, dont
un dans la chambre même de Dioclétien.
Épouvanté par ces actions terroristes et ces
crimes de lèse-majesté, Dioclétien
mit un bémol à ses craintes, objections et scrupules de
conscience. Deux édits aggravèrent le premier : l'un ordonnait
l'emprisonnement des clercs, l'autre prévoyait l'exécution
de ceux qui refuseraient le sacrifice aux dieux. Enfin, un troisième
édit, publié en 304 suite à la révolte armée
des évêques de Syrie, ordonna à tous les sujets de
l'Empire, sous peine de mort, de sacrifier aux dieux de l'État.
Après avoir pris ces mesures extrêmes, Dioclétien,
écuré des hommes, de leur perfidie et dégoûté
des fanatiques de tout poil, renonça à la pourpre impériale
et abdiqua. Il laissa cependant en place le système de la tétrarchie
: deux empereurs (les "Augustes" Constance
Chlore en Occident et Galère
en Orient) associés à deux "Césars" (Sévère
et Maximin
Daïa) gouvernèrent l'Empire, appliquant avec plus ou moins
de rigueur, et selon les nécessités politiques, les édits
de persécution.
En Orient, les Chrétiens étaient plus nombreux
qu'en Occident, et, naturellement, la persécution y fut plus sévère.
En général, les édits persécuteurs y furent
appliqués avec plus de rigueur, encore qu'on puisse légitimement
douter de leur stricte application dans certaines régions où
les Chrétiens étaient déjà quasi majoritaires
; le fonctionnaire impérial chargé de l'exécution
des ordres impériaux s'y serait fait mettre en pièce avant
d'ouvrir la bouche !
À mon avis, la sévérité des mesures prises
varia sensiblement selon la présence physique du pouvoir persécuteur
ou de son absence. En clair : les magistrats, par peur des représailles,
condamnaient les Chrétiens quand l'empereur ou de grands fonctionnaires
étaient présents : "Regardez, mes très chers concitoyens,
je dois exécuter les ordres, mais je n'approuve pas
Moi,
en réalité, les Chrétiens, je les aime plutôt
bien !". En revanche, ils faisaient la sourde oreille dès que les
dirigeants avaient le dos tourné.
Quoi qu'il en soit, on doit reconnaître
que le nombre de victimes fut sans doute assez élevé
Mais ne parlons pas de centaines de milliers de morts. Ce ne fut
pas Auschwitz, loin de là ! L'historien de l'Église
Eusèbe de Césarée dit que, dans l'ensemble
de l'Empire, neuf évêques seulement trouvèrent
la mort. D'autre part, comme il parle d'un total de 72 victimes
pour la Palestine, une projection (calcul de Gibbon, Histoire
du Déclin et de la chute de l'Empire romain) sur base
de ce dernier chiffre permet d'estimer à deux mille, au maximum,
le nombre total de témoins de la Foi dans tout l'Empire romain
de 303 à 313.
Dans la partie occidentale de l'Empire, Constance
Chlore (qui mourut en 306) appliqua les édits avec une
mollesse extrême, détruisant une église ça
et là, mais protégeant les Chrétiens de la
fureur populaire. Quant à Constantin,
fils de Constance Chlore et de la chrétienne Hélène,
il désobéira carrément aux injonctions impériales
en favorisant les Chrétiens pour des raisons purement politiques
: ceux-ci étaient ses alliés naturels dans sa lutte
contre les autres "Césars" persécuteurs.
En Italie, et à Rome, la persécution fut de courte
durée : tant que la péninsule fut gouvernée
par Maximien
et Sévère,
les Chrétiens furent inquiétés. Leur situation
s'adoucit quand Maxence,
fils de Maximien s'empara du pouvoir. Néanmoins, après
la mort du très controversé pape Marcellin, qui livra
sans doute les Saintes Écritures au pouvoir persécuteur,
la chaire de Saint Pierre restera vacante pendant trois ans et demi.
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Cependant, dès 308, alors même que les Chrétiens
d'Orient continuaient à être cruellement persécutés
par Maximin Daïa, ceux de Rome avaient repris leurs disputes dogmatiques.
Les renégats (les lapsi), ces Chrétiens
qui avaient obéi aux édits impériaux en sacrifiant
aux dieux, étaient très nombreux, et ils souhaitaient ardemment
réintégrer sans condition la communion des fidèles.
Le pape Marcel, qui venait d'être élu en lieu et place du
traître Marcellin, ne l'entendit pas de cette oreille : selon lui,
une pénitence était nécessaire. On ignore de quelle
nature était cette sanction, mais, à mon avis, cela devait
être d'ordre financier : les églises avaient été
détruites et devaient être reconstruites. De plus, il fallait
aussi reconstituer le stock de livres sacrés, et la retranscription
des manuscrits, cela coûtait la peau des fesses ! À propos
de fesses, il n'est pas exclu que le pape ait également prévu
quelque châtiment corporel pour renforcer en même temps l'âme
et le derrière des renégats.
Correction ou amende,
qu'importe ! Les lapsi repentis ne furent pas d'accord et
le manifestèrent violemment. Des émeutes sanglantes
ravagèrent Rome, les Chrétiens s'étripant joyeusement,
les mous costauds égorgeant les durs, toujours intransigeants,
mais a peine remis des tortures subies. Là-dessus, les milices
épiscopales sortirent des catacombes pour défendre
ces pauvres "confesseurs de la Foi", tandis que les prêtres
incitaient l'un ou l'autre camp, selon leurs préférences
respectives, soit à châtier les traîtres, soit
à éliminer ces impiteux Chrétiens.
Bref ce fut un bordel épouvantable !
Quoiqu'il se sentît fort peu concerné
par les disputes théologiques des Chrétiens, l'usurpateur
Maxence,
qui gouvernait Rome à cette époque, n'était
pas d'humeur à tolérer de tels désordres. Il
était en guerre contre ses collègues-rivaux Sévère,
puis Galère,
et tenait à ce que l'ordre règne dans les territoires
qu'il contrôlait. Il prit donc la seule mesure qui s'imposait
pour ramener le calme à Rome : il s'empara du pape Marcel
et le condamna à nettoyer les écuries impériales
Sans doute pour lui signifier qu'un responsable doit veiller à
ce que tout soit en ordre, propre et net. Ensuite, Maxence bannit
l'évêque loin de Rome. Marcel mourut en exil peu de
temps après. (Le 5 janvier 309, dit-on)
Une victime de la persécution ?
Le pauvre empereur Maxence
n'en avait pas encore fini avec le fanatisme de ces Chrétiens.
Décidément, les "persécutions" ne leur avaient
rien appris !. Pourtant, plus par peur des représailles que
pour lui complaire, les fidèles et le clergé chrétiens
de Rome avaient élu comme évêque un certain
Eusèbe. Ce Grec, plus modéré envers les "lapsi"
que l'impitoyable pape Marcel, pensait quant à lui que "ces
malheureux avaient le droit de pleurer leurs crimes". Allez,
c'est déjà ça !
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Mais le clan des coriaces
n'avait pas désarmé. À peine Eusèbe
élu, ils lui opposèrent un antipape, un prêtre
nommé Héraclius, "qui contesta à ceux qui
étaient tombés le droit de se repentir". Et aussitôt,
à la grande exaspération de Maxence,
de nouvelles émeutes entre Chrétiens durs et mous
ensanglantent la Ville
Celui-ci ne lésina pas : Eusèbe et Héraclius
furent renvoyés dos-à-dos. Les deux évêques,
le pape et l'antipape, le modéré et l'intransigeant,
furent bannis en Sicile.
Eusèbe mourut en exil après peu de temps. L'histoire
ignore le sort de l'implacable Héraclius.
Encore deux victimes de plus pour la "persécution de Dioclétien
" ?
Maxence
avait compris ! Pendant plus de deux ans, il ne permit pas l'élection
d'un évêque à Rome. Mais en 312, il dut changer
de cap : Constantin,
qui gouvernait la Gaule et la Grande-Bretagne et qui favorisait
les Chrétiens, allait l'attaquer. S'il voulait résister
efficacement à l'offensive de ce rival, Maxence devait impérativement
rallier à sa cause ses turbulents sujets chrétiens,
particulièrement nombreux dans ses territoires en Italie
et en Afrique. Il autorisa donc la désignation comme pape
d'un certain Miltiade (ou Melchiade), un Africain, et rendit à
l'Église les biens qui avaient été spoliés
lors de la persécution.
Cependant, les mesures pro-chrétiennes de Maxence
ne furent pas suffisantes. Les armées de Constantin
fondirent sur Rome, écrasèrent celles de son concurrent
d'abord à Turin, puis au Pont Milvius, dans les faubourgs
de Rome. C'est là que Maxence trouva la mort, noyé
dans le Tibre par où il tentait de s'enfuir avec ses troupes
débandées.
Après avoir vaincu Maxence,
Constantin
s'allia à Licinius
(Milan mars 313). Ce Licinius, qui contrôlait déjà
les Balkans, rêvait de conquérir l'Orient que gouvernait
ce Maximin
Daïa qui avait longtemps poursuivi la politique de répression
envers les Chrétiens, très nombreux dans la partie
orientale de l'Empire. Les deux empereurs, en s'alliant, avaient
tout intérêt à rallier ces activistes à
leur cause. Constantin et Licinius accordèrent donc aux Chrétiens
la liberté de célébrer leur culte. On leur
rendit également leurs églises et leurs terres. |
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Aucun "édit" ne
fut signé à Milan en 313. Il s'agissait seulement
d'une déclaration de principe faite par deux gouvernants
païens (Constantin
n'était encore ni baptisé ni converti), une arme de
propagande, destinée à se procurer des intelligences
en territoire ennemi. Il ne faut donc pas considérer cet
"Édit de Milan" comme le signe tangible de la conversion
de Constantin, ou comme l'expression du "Triomphe de la Croix" ou
encore comme une preuve de la vérité de la Foi victorieuse
des ténèbres du paganisme !
La fine tactique (ou la tolérance hypocrite,
si vous préférez) de Constantin
et de Licinius
porta rapidement ses fruits. Dès avril 313, Licinius écrasa
les forces de Maximin
Daïa, puis le massacra, lui et toute sa petite famille.
Cependant, après sa victoire, Licinius
ne tint guère les promesses faites aux Chrétiens.
Grossière erreur que de commettre la même bévue
que Maximin
Daïa alors que Constantin,
lui, continuait à soutenir les Chrétiens. À
son tour, Licinius fut si bien affaibli par la "cinquième
colonne" chrétienne qu'il fut, à son tour, vaincu
et tué par son ancien allié.
En 324, Constantin restait seul maître de l'Empire
romain.
Un empire bientôt chrétien ! |
La persécution
de Dioclétien sur la Toile :
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