276 - 282
Jamais les soldats (toutes armées confondues) n'apprécièrent les "Pays de la Soif". Les légionnaires gaulois et germains de Florien ne firent pas exception à cette règle ! Quand, après une marche harassante sous un soleil de plomb, ils parvinrent enfin à Tarse de Cilicie (Sud de Turquie actuelle), ils se mutinèrent contre leur chef et le massacrèrent (septembre 276). Avec Probus, c'est sans doute l'un des plus talentueux généraux
de l'histoire militaire romaine qui monte sur le trône des Césars. Après avoir châtié les assassins d'Aurélien, Probus revint en Occident avec toutes ses légions. Il passa le Bosphore et arriva sur le Danube où il défit les Goths (277). Ensuite, après un bref crochet par Rome, histoire de faire ratifier ses pouvoirs par un Sénat plus apeuré que jamais et de recevoir le titre honorifique de Gothicus (= "vainqueur des Goths"), il se porta sur la frontière du Rhin. La situation n'y était guère brillante ! Des bandes germaniques (Francs, Alamans, Longions) ne cessaient de franchir le fleuve pour dévaster les riches provinces gauloises. Probus remit prestement de l'ordre dans ce foutoir. De surcroît, l'empereur profita de son passage dans la région pour prendre quelques judicieuses dispositions afin de garantir l'imperméabilité de cette frontière de l'Est si vulnérable. Des forts et des dépôts de vivres furent construits sur la rive droite du Rhin et des mesures furent prises pour rétablir la stabilité économique de Gaule, en particulier en y relaçant la culture de la vigne, interdite depuis Domitien. En 279, Probus revint vers les provinces danubiennes. Il y affronta les Burgondes et les Vandales, qui furent vaincus et repoussés lors d'une bataille qui se déroula, probablement, sur les rives du Lech (Autriche actuelle). Puis, il repassa de nouveau en Orient.
Après de si nombreuses victoires, l'empereur romain pensait sans doute que le moment était venu de régler une fois pour toutes son compte à l'ennemi héréditaire, la Perse des Rois des Rois sassanides. Malheureusement, les usurpations de Bonosus, sur le Rhin, et de Proculus, en Gaule, le forcèrent à revenir en Occident. Une fois arrivé sur le théâtre des opérations, Probus se rendit bien vite compte qu'il n'y avait pas péril en la demeure : ces usurpateurs folkloriques ne constituaient pas une réelle menace. La révolte de Bononus fut mâtée par des troupes régionales restées fidèles, tandis qu'une simple démonstration de force venait à bout de celle de Proculus. En attendant, un qui avait profité de cette diversion, c'était le Roi de Perse, mais il ne perdait rien pour attendre En octobre 280, Probus célébra à Rome un triomphe somptueux. C'est qu'il avait bien mérité de la Patrie, le Probus : c'est sans doute grâce à lui et à ses victoires militaires que l'Empire survécut encore plus de deux siècles. Ce qui est plus regrettable, c'est que Probus favorisa aussi
l'installation de Barbares sur les frontières de l'Empire. Outre ses initiatives réglementant l'immigration, l'empereur Probus nous est aussi sympathique par un autre trait de caractère étonnamment moderne. Ce fut un des premiers chefs d'État à mettre l'armée au service des citoyens ! En effet, cet autoritaire général avait une sainte horreur de voir ses troupes désuvrées. En temps de paix, il les occupait à des travaux d'intérêt général : assèchement de marais, percement de canaux, plantation de vignes, etc Après toutes ses victoires, Probus aurait même déclaré : "Sous peu, nous n'aurons plus besoin de soldats" - "Brevi milites necessarios non habebimos" (Histoire Auguste, Probus, 20 : 5) - Contrairement à ce que l'on pourrait croire, cette citation n'est pas une invention de l'auteur, souvent farfelu, de l'Histoire Auguste, elle est attestée par tous les historiens antiques. En prononçant cette petite phrase résolument utopique, sans doute Probus pensait-il que, puisque, désormais, seul l'ennemi héréditaire perse menaçait la sécurité de l'Empire, la paix serait assurée pour très longtemps après son anéantissement Mais les soldats, qui ne sont pas toujours très futés, ne l'entendirent pas de cette oreille. Pour eux, pas de doute ! après leur avoir ordonné de trimer comme des bourriques à des travaux déshonorants, après les avoir contraints de patauger comme des bêtes de sommes dans des marais infestés de moustiques gros comme des petits avions, après les avoir fait planter des vignes comme de vulgaires cul-terreux gaulois, Probus ne pensait plus qu'à se débarrasser d'eux ! Une fois la campagne de Perse achevée, l'empereur, dans le meilleur des cas, les congédierait sans la moindre gratitude ni la plus petite gratification, et au pire des cas, il les forcerait à bosser dans des bagnes infects où ils crèveraient jusqu'au dernier ! Ces murmures se transformèrent bien vite en hurlements de colère et la révolte gagna tout le campement d'Illyrie où Probus concentrait ses troupes en vue de sa campagne de Perse. L'empereur, aux abois, parvint à se réfugier dans une tour d'assaut, mais les soldats révoltés incendièrent l'édifice. Probus, à moitié étouffé, presque carbonisé voulut échapper au brasier et fut massacré par les mutins dès qu'il mit le nez dehors. (Septembre ou Octobre 282) Il paraît que les soldats, regrettant, mais un peu
tard, leur mauvaise humeur, édifièrent sur les lieux mêmes
du massacre un grandiose monument à la mémoire de l'empereur
qu'ils avaient passé au hachoir. Pour en terminer avec Probus, je ne puis passer sous silence un exploit qu'accomplirent quelques-uns de nos ancêtres francs sous son règne. Comme nous l'avons signalé plus haut, l'empereur
Probus avait renforcé la défense de son empire en déportant
systématiquement les Barbares vaincus aux frontières. Bien vite, les étendues désertiques des steppes
ou les marais de Crimée, infestés de moustiques, lassèrent
les guerriers francs. "Plutôt mourir que de rester un jour de plus
dans un tel enfer !" songèrent-ils et ils retournèrent leurs
glaives contre leurs gardiens. Un exploit maritime retentissant et une épopée guerrière héroïque ! (À ce sujet, voir aussi Edward Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, I, 12).
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