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Il leur fallut bien vite déchanter... Échaudé
par la défaite cuisante de son prédécesseur, Trebonianus
Gallus s'empressa d'acheter une paix honteuse. Les Goths ne consentirent
à se retirer au-delà du Danube qu'après le versement
d'un tribut pharamineux. Et comme pour compléter ce tableau calamiteux, la peste, endémique depuis près d'un siècle, frappait avec une virulence accrue, décimant les populations des provinces et des villes autant que les effectifs des légions démoralisées. Vent de la défaite, honneur patriotique bafoué, gloire militaire déchue, espoirs déçus, empereur indolent voire lâche, atmosphère apocalyptique... Le moral des soldats des légions du Danube était donc loin d'être au beau fixe ! Il revint à Émilien de requinquer le "fighting spirit" des troupes et de rétablir l'honneur de la patrie. Le nouveau général prit hardiment l'offensive, franchit le Danube et attaqua les Goths sur leur propre territoire. Les Barbares furent mis en déroute. Un général victorieux, c'était toujours
un danger pour l'unité de l'Empire. C'est d'ailleurs pour cette
raison que les empereurs romains tenaient à diriger en personne
les opérations militaires. Une nouvelle guerre civile commençait. Elle fut de courte durée. À la tête de ses troupes, l'énergique Émilien fonça sur l'Italie, s'enfonça dans la Péninsule comme dans du beurre et, devant la ville de Spolète, se trouva face à l'armée de son rival. Il n'y eut pas de bataille. Les soldats de l'empereur Trebonianus
Gallus, au lieu de combattre l'usurpateur, s'emparèrent de
leur propre chef et le mirent à mort ainsi que son fils Volusien
qu'il avait associé au trône. Pour Émilien, l'affaire semblait dans le sac. Comme l'armée et le peuple de Rome lui étaient favorables, les serviles Sénateurs brûlèrent ce qu'ils avaient adoré, condamnèrent la mémoire du faible Trebonianus Gallus et ratifièrent l'élévation au trône d'Émilien. Des médailles, qui représentaient le "Vainqueur des Goths" sous les traits du dieu Mars vengeur et d'Hercule victorieux, furent frappées en son honneur. Bref, tout paraissait réglé, Émilien était et serait bien le seul maître de l'Empire ! Pourtant, le vieux sénateur Valérien,
lui, ne partageait pas l'euphorie générale. C'est ainsi qu'ayant traversé les Alpes à toute vitesse, l'armée de Valérien pénétra en Italie pour aider Gallus. Trop tard !... Les renforts de Valérien n'arrivèrent qu'après que Gallus fut mort et enterré. Émilien avait eu même eu le temps d'asseoir son pouvoir. Mais le fidèle Valérien n'avait pas encore
dit son dernier mot. En l'occurrence, la versatilité des légionnaires fut aussi manifeste qu'insatiable était leur cupidité ! Il suffit à l'impressionnante armée de Valérien de paraître pour que les soldats d'Émilien ne trouvent plus aucune qualité au chef que pourtant, ils avaient eux-mêmes porté sur le trône. Ils se jetèrent sur Émilien et le massacrèrent sans autre forme de procès. La chronologie de cette époque est très controversée, mais la majorité des historiens estiment qu'Émilien ne régna que quelques mois, entre avril et août 253.
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