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Philippe l'Arabe, empereur chrétien ? Précisons tout d'abord qu'aucun historien païen de l'Antiquité n'a jamais prétendu que Philippe l'Arabe fut chrétien. Mais il est vrai que nous ne disposons que de peu de textes historiques non-chrétiens pour cette époque. Aucun témoignage contemporain ne nous est parvenu. Quant aux rapports des écrivains postérieurs, ils sont lacunaires (j'y reviendrai) ou laconiques. Le seul indice du christianisme supposé de Philippe qu'on puisse y déceler réside sans doute dans l'hostilité manifeste de ces auteurs - païens - à l'égard de l'empereur arabe - chrétien. Voyez, à simple titre d'exemple ce que dit de lui l'auteur (anonyme) de l'Abrégé des Césars (fin du IVe - début du Ve siècle) : "Marcus Julius Philippus régna cinq ans. Il fut massacré à Vérone par l'armée, la tête tranchée par le milieu à la hauteur de la mâchoire. Son fils Caius Julius Saturninus (en fait M. Julius Severus Philippus), qu'il avait associé au pouvoir, fut tué à Rome dans sa douzième année ; il avait un caractère si sévère et si triste que, dès l'âge de cinq ans, aucun stratagème de quiconque ne put jamais le laisser aller à rire, et que voyant son père, pendant les Jeux séculaires, s'esclaffer sans la moindre retenue, il le blâma, malgré son très jeune âge, en détournant le visage. Philippe était d'origine très basse, fils d'un chef de brigands très connu." (Pseudo-Aurélius Victor, Abrégé des Césars, trad. Michel Festy, Les Belles Lettres, Paris, 1999).
Plus tard, au Moyen Age, dans sa célèbre Légende Dorée, Jacques de Voragine, se faisant l'écho d'antiques traditions (en particulier d'apocryphes "prémétaphrastiques" inconnus aujourd'hui), présente Philippe comme un Chrétien sincère et convaincu. Il prétend que l'empereur aurait été converti par le grand Origène, et voit dans son accession au trône un effet de la providence divine : "Il régna l'an mille de la fondation de Rome, afin que cette millième année fût consacrée à Jésus-Christ plutôt qu'aux idoles". Jacques de Voragine nous montre aussi son fils, Philippe le Jeune, prenant soin de confier à la Sainte Église les trésors impériaux qu'il avait hérités de son père après que celui-ci eut été trucidé. Il aurait donc remis toutes ces richesses au pape, en lui recommandant de les distribuer aux pauvres si, par malheur, il venait à disparaître lui aussi Ce qui d'ailleurs ne manqua pas d'arriver au cours la persécution de Dèce où "périrent plusieurs milliers de martyrs, parmi lesquels fut couronné Philippe le Jeune" (Jacques de Voragine, Légende Dorée, Saint Laurent - Trad. de J.-B. M. Roze, Éditions Garnier-Flammarion). Durant les siècles suivants, tous ces témoignages - qu'ils provinssent de prestigieuses autorités ecclésiastiques, ou qu'ils fussent le fruit de l'imagination débridée d'hagiographes bien intentionnés - furent un peu oubliés. Il est vrai qu'en ces temps d'antisémitisme triomphant, il n'était déjà pas simple d'occulter le judaïsme de Jésus sans devoir justifier, de surcroît, un empereur romain chrétien et arabe. De plus, au moment où l'Église luttait encore et toujours contre les séquelles du polythéisme et où elle tentait de limiter la violence débridée des nobliaux, il n'était ni sain ni exemplaire de montrer ce souverain, parvenu au trône grâce à une série de meurtres, présider, sans états d'âme excessifs, aux idolâtres cérémonies du millénaire de Rome. Décidément, mieux valait oublier cet éphémère et encombrant Philippe et glorifier en Constantin le premier vrai empereur chrétien. Ce n'est pas que la vie de ce sinistre personnage, meurtrier de sa femme, de son fils et de ses gendres, fût plus exemplaire que celle de Philippe, loin de là ! Mais il n'avait reçu le baptême que sur son lit de mort, et l'Église estimait sans doute n'avoir pas à rougir des crimes qu'avait pu commettre ce sombre individu alors qu'il était encore hors de sa communion ! Et puis, en abandonnant Rome pour Constantinople et en remettant la Ville Éternelle entre les mains ambitieuses de Papes qui ne l'étaient pas moins (c'est du moins de qu'attestait la Donation de Constantin, un des plus célèbres - et des plus profitables - faux chrétien), ce saint homme de Constantin ne s'était-il pas fait l'outil à fois de la Providence divine et de la gloire pontificale ? Pendant plusieurs siècles, le christianisme de Philippe l'Arabe ne sera donc plus guère évoqué. Il faudra attendre les débuts de la critique historique moderne pour le voir ressurgir.
Elle a bon dos, la rusticité présumée de Denys d'Alexandrie ! En réalité, si Gibbon hésite à se rallier à la thèse d'un Philippe l'Arabe chrétien, c'est sans soute surtout parce que, malgré son esprit "éclairé" et son attitude souvent assez critique à l'égard du christianisme, l'historien britannique a encore beaucoup de mal à rompre avec la tradition représentant les Chrétiens des premiers siècles comme autant de petits saints, comme de douces et pieuses agnelles, inoffensives et éternelles victimes de cruels Romains persécuteurs et sanguinaires. Or, le comportement de Philippe, homme fourbe et sans scrupule, cadrait décidément fort mal cette image idéalisée. Il était tout simplement impossible que Philippe, assassin, fourbe et ingrat, fût jamais Chrétien. Un point, c'est tout ! C'est ainsi que la Catholic Encyclopedia (1913), après avoir détaillé, sans sourciller, les crimes imputés à Philippe, ne consacre qu'une petite phrase à ce problème, réduisant l'appartenance de Philippe au christianisme à quelqu'insignifiante légende médiévale, issue (c'est sous-entendu) de l'interprétation tordue d'un malencontreux lapsus calami de saint Jérôme : "A statement of St. Jerome's caused Philip to be regarded in the Middle Ages as the first Christian Emperor of Rome." (= "Un récit de saint Jérôme a valu à Philippe d'être considéré, au Moyen Age, comme le premier empereur chrétien") (Catholic Encyclopedia, art. Philip the Arabian) Et voilà toute l'histoire ! Soit saint Jérôme était gâteux et écrivait n'importe quoi n'importe comment, soit les exégètes médiévaux étaient d'une crédulité confondante Au XXe siècle, l'évolution des recherches ne permettant plus d'écarter cette hypothèse d'un revers de main, les historiens chrétiens changèrent de tactique : on minimisa les crimes de Philippe pour rendre son appartenance au christianisme plus "acceptable". Voyons Fernand Hayward (1921) : "C'est sous son règne (du pape Fabien) que se place celui du premier empereur chrétien Philippe l'Arabe (244-239). Arrivé au pouvoir grâce au meurtre de son prédécesseur, Philippe, blâmé par l'Église, en accepta les observations et favorisa tant qu'il put les bonnes murs et le christianisme. Il est à présumer qu'il entretint des rapports avec les évêques et le pape. L'Église fit de grand progrès sous son règne" (F. Hayward, Histoire des Papes, Payot, Paris, 1929). En 1929, on n'écrivait pas de telles horreurs dans un livre "grand public" (avec nil obstat et imprimatur épiscopaux, par-dessus le marché !), mais quand il écrit sobrement que Philippe a favorisé les bonnes murs, le brave Hayward fait sans doute allusion à la répression de la prostitution masculine qu'aurait ordonnée cet empereur. Un livre contemporain, beaucoup moins "coincé" que celui bon Hayward justifie ainsi cette action "sécuritaire" de l'empereur arabe : "Les prostitués mâles, parfois travestis, furent poursuivis et condamnés. On raconte que Philippe l'Arabe, en voyant un jeune prostitué qui ressemblait à son propre fils, avait craint que des hommes nés d'un citoyen et d'une esclave ne devinssent prostitués. Il aurait alors interdit la prostitution masculine." (J.-M. Carrié et Aline Rousselle, L'Empire romain en mutation des Sévères à Constantin, Points Histoire). Donc une mesure, certes de nature morale, mais qui n'a rien à voir avec la religion Comme preuve du christianisme de Philippe, le témoignage d'Eusèbe et consorts restera donc bien plus convaincant que l'hypothétique souci des "bonnes murs" de cet empereur ! Passons au bon Daniel-Rops (1940). Son embarras frise le comique involontaire : "Ce Philippe l'Arabe pose à l'histoire une curieuse question. Il est certain que, sous son règne, il n'y eut aucune mesure officielle contre les fidèles du Christ et que ces cinq années furent pour l'Église en temps de paix. Il est certain que les Chrétiens parlèrent de lui avec une sympathie évidente, Denys d'Alexandrie, Origène, et que sa femme et lui entretinrent même avec le grand docteur d'Alexandrie une correspondance suivie. Faut-il aller plus loin et admettre, selon une tradition tenace, qu'il aurait été Chrétien ? Officiellement non, car on le voit célébrer en païen, le 21 avril 248, les jeux qui marquèrent le millénaire de la fondation de Rome, et présider 3 jours et 3 nuits, aux réjouissances géantes qui saoulèrent Rome alors. Son adhésion secrète au christianisme n'est pourtant pas impossible. Son pays natal du Hauran, en Trachonitide, aux abords immédiats de la Palestine, était peuplé de chrétiens et pétri d'influences évangéliques. L'homme semble avoir été doux, comme dit saint Denys d'Alexandrie, et charitable. Le crime qui lui assura le trône doit sans doute être considéré comme une des fatalités de cette cruelle époque ; d'ailleurs Eusèbe et saint Jean Chrysostome assurent que l'évêque d'Antioche, saint Babylas, lui en aurait imposé pénitence". (Daniel-Rops, l'Église des Apôtres et des Martyrs, Vol. II, chap. 2.) Ses crimes ? Billevesées : Philippe, empereur "officieusement" chrétien allait régulièrement à confesse !
Philippe l'Arabe, empereur chrétien ? Correspondant d'Origène, enfant d'un pays où le christianisme est florissant : pour Mgr Daniélou, la cause semble entendue, ou presque. Pourtant, les collaborateurs de la très volumineuse Histoire du Christianisme (Éditions Desclée) paraissent très réticents à se rallier à cette thèse. Voyons cela, en allant de l'avis le plus "neutre" au moins favorable :
Bien sûr, si on part du postulat que Philippe l'Arabe n'était pas chrétien, il est totalement invraisemblable que saint Babylas lui ait refusé de participer aux agapes pascales sans confession préalable. Ça, c'est l'évidence même ! Mais doit-on vraiment rejeter d'office comme absurde l'hypothèse d'un l'empereur Philippe chrétien ? C'est là toute la question. Car enfin, même si Eusèbe de Césarée rapporte la fameuse anecdote de la communion refusée à l'empereur comme un simple "on-dit" - et de cela, personne n'en disconvient -, il faut bien que l'historien ecclésiastique lui trouve un air de vraisemblance, à cette anecdote, puisqu'il prend la peine de la consigner. Et si, après lui, saint Jérôme, et puis encore saint Jean Chrysostome lui emboîtèrent le pas, c'est qu'eux non plus ne le trouvaient pas a priori si absurde que ça, cet épisode ! Il existe peut-être un autre indice des relations étroites de Philippe l'Arabe avec le christianisme : l'étrange silence de l'Histoire Auguste. Rappelons tout d'abord ce qu'est cette fameuse Histoire Auguste.
"N'est-ce pas un peu tordu ?" m'objecterez-vous. Pas vraiment Du moins si l'on se souvient que le rédacteur de l'Histoire Auguste - un païen convaincu, je le rappelle - rédigea son uvre à une époque où le pouvoir, devenu fanatiquement chrétien, n'admettait pas que des écrivaillons idolâtres osent contester l'histoire officielle. Ou bien on s'en tenait aux vérités imposées par une censure sourcilleuse, à savoir que Philippe l'Arabe, noble esprit et ami des Chrétien, avait donc été un excellent empereur, tandis que Dèce et Valérien, ces "exécrables animaux" persécuteurs de pauvres chrétiens innocents, n'étaient que des démons incarnés Ou bien on la fermait ! Le sujet est assez complexe. Aussi, pour clarifier les esprits, commençons par lire ces quelques renseignements donnés par M. André Chastagnol dans l'(excellente) introduction de son édition de l'Histoire Auguste : "Plusieurs arguments ont été mis en avant par les partisans de la seconde thèse (celle de la lacune volontaire). Casaubon, dès le début du XVIIe siècle, avait invoqué une raison de caractère religieux : pour lui, l'auteur, chrétien fervent, a pris le parti de passer sous silence les règnes de Dèce et de Valérien, deux empereurs qu'il haïssait pour avoir été persécuteurs des chrétiens. Cette opinion ne peut certes se défendre, puisque le biographe était à coup sûr un païen, non un chrétien. Toutefois, l'idée a été reprise récemment sous une autre forme par Anthony Birley : l'auteur était bien un païen, mais n'a pas voulu ternir la réputation des deux princes et a préféré les écarter de son livre en faisant croire que son manuscrit était endommagé à cet endroit. On aurait là un nouveau témoignage de l'imposture. Mais pourquoi, en ce cas, avoir laissé de côté le règne des deux Philippes, antérieur à celui de Dèce ? Le silence s'expliquerait alors par la croyance assez répandue - vraie ou non - que Philippe était lui-même chrétien ; quant à Trébonien Galle, Volusien et Émilien, leurs règnes très brefs auraient été négligés parce qu'ils se situaient entre Dèce et Valérien. A. Birley relève néanmoins que, lorsque ces empereurs de la lacune sont - très rarement - cités dans les biographies suivantes, Philippe est tenu pour un tyran, Dèce et Valérien pour d'excellents princes". (André Chastagnol, Histoire Auguste - Introduction générale, p. XLIII, Édition Robert Laffont, coll. Bouquins). Bien qu'il admette lui aussi le caractère volontaire de la lacune de l'Histoire Auguste, M. Chastagnol estime quant à lui que ces "argumentations (celles de Casaubon et de Birley), extrêmement sophistiquées, sont à écarter dès l'abord" parce que, précise-t-il, l'auteur de l'Histoire Auguste, "bien que païen lui-même, ne s'intéressait pas spécialement aux questions religieuses, et, d'ailleurs, les historiens païens ne mentionnaient jamais les persécutions : ni Aurelius Victor, ni Eutrope, ni Zosime n'y font la moindre allusion". (Op. cit., p. XLIII - XLIV) Évidemment, je ne prétends pas polémiquer avec M. Chastagnol ; le Bon Dieu me préserve d'une telle prétention ! Cependant, il me semble qu'écarter l'hypothèse du "mobile religieux" du seul fait que les autres historiens païens n'ont pas non plus évoqué les persécutions chrétiennes me paraît un peu contestable. On pourrait en effet supposer que si Aurelius Victor, Eutrope ou Zosime ont gardé le silence sur les persécutions de Dèce ou de Valérien, et s'ils n'ont pas parlé du christianisme supposé de Philippe l'Arabe, c'est précisément parce qu'ils étaient confrontés au même dilemme que l'auteur de l'Histoire Auguste : comment concilier liberté d'écriture et élémentaire prudence ? En effet, à l'époque où ces auteurs païens écrivaient leur uvre (vers 360 pour Aurelius Victor, vers 370 pour Eutrope, et à la fin du Ve siècle pour Zosime), l'Empire romain était devenu chrétien, et il était prudent de ménager un pouvoir de plus en plus susceptible quant à son image de marque. Mais revenons à nos moutons, en l'occurrence à l'auteur de l'Histoire Auguste. Mettez-vous un peu à sa place Pour bien faire, pour que son uvre soit complète, il devrait écrire les biographies de Philippe l'Arabe, mauvais empereur, mais chrétien, ainsi que celles de Dèce et de Valérien, souverains compétents, mais païens. Lui-même, païen convaincu, n'a pas hésité à égratigner les Chrétiens dans certains passages de son livre. il a, par exemple, pastiché la fameuse vision de Constantin en montrant Aurélien aux prises avec le fantôme d'Apollonios de Tyane, ou parodié la Crucifixion du Christ en mettant en scène l'exécution d'un tyran imaginaire, le bien nommé Celsus. Mais parler de Philippe l'Arabe, c'est une autre paire de manches ! Comment oserait-il, sans encourir les foudres d'une censure chrétienne très chatouilleuse, rapporter que l'empereur Philippe, chrétien (ou aux sympathies chrétiennes marquées) avait outrageusement favorisé ses amis (ou ses coreligionnaires) ; que ceux-ci avaient si bien abusé de la faveur impériale et utilisé à si mauvais escient leur pouvoir tout neuf que des émeutes anti-chrétiennes avaient éclaté un peu partout dans l'Empire, et ce précisément au moment où l'ennemi barbare se faisait pressant aux frontières. Même si c'était conforme à la stricte vérité historique, comment notre brave écrivain s'aventurerait-il à relater qu'après avoir éliminé l'incapable Philippe l'Arabe, son successeur, l'empereur Dèce, avait été contraint d'épurer l'administration, l'armée, le monde politique de tous ces Chrétiens qui s'y étaient infiltrés et qui grippaient les rouages de l'État romain alors que celui-ci était aux abois ? Comment, sans mettre sa vie en danger, se serait-il risqué à écrire que la prétendue abominable "persécution de Dèce", si bien montée en épingle par la propagande chrétienne, n'avait été "que" cela : rien de plus qu'une épuration, finalement à peine plus étendue, et certainement moins sauvage, que celle que tout nouvel empereur (même chrétien) se devait d'ordonner après avoir renversé (et souvent tué) son prédécesseur ! Prendre le risque de rédiger la biographie de Philippe l'Arabe, empereur chrétien, à l'époque de Théodose le Grand, chrétien fanatique ? Autant dresser soi-même sa propre croix ; autant acheter soi-même la corde pour se pendre ! L'auteur de l'Histoire Auguste, malicieux certes, mais non inconscient, y renonça donc. Mais je gage que si l'empereur Philippe n'avait pas été chrétien, nous pourrions lire, dans son recueil alors complet, le récit de tous les méfaits de cet exécrable empereur, analysés, pesés, expliqués et comparés à ceux des pires souverains de Rome. Mais je conviens bien volontiers que cette preuve "par omission" l'adhésion de Philippe l'Arabe à la religion chrétienne est très, très, très, ténue ! En revanche, ce qui est évident, c'est le caractère apocryphe de l'adhésion de Philippe l'Arabe à la religion chrétienne. S'il fut effectivement le premier empereur chrétien (et finalement, les témoignages antiques sont unanimes sinon pour l'affirmer, du moins pour le suggérer), il faut dire qu'il avait les meilleures raisons du monde de ne pas afficher ses convictions religieuses ! Même le plus fanatique des évêques devait admettre qu'il ne fallait pas, de but en blanc, gâcher par des mesures inconsidérées la chance historique qui s'offrait au mouvement chrétien. Il aurait été de la dernière imprudence de demander de but en blanc à ces légionnaires qui avaient porté Philippe au trône et qui ne juraient que par Mithra de réciter le Credo à l'unisson, puis d'aller faire trempette dans la première rivière venue pour recevoir l'onction baptismale. Et les vénérables Sénateurs de Rome n'auraient guère admis non plus qu'on leur demandât d'abandonner Rome et de se rendre, en cortège, à Jérusalem, afin d'attendre, au pied du mont Sion, l'hypothétique retour du Christ dans une nuée flamboyante Non, tout cela, c'était vraiment très prématuré ! Son sens des réalités, son instinct de survie, et sans doute aussi les conseils avisés de ses conseillers spirituels ne purent qu'inciter Philippe à mettre une sourdine à ses croyances. Quant aux prêtres chrétiens, ils n'eurent aucun scrupule à profiter outrageusement de la conjoncture favorable. Saint Cyprien et Origène nous décrivent des ecclésiastiques oublieux de toute discipline, de toute chasteté et de toute modestie, prompts à solliciter positions avantageuses et richesses auprès de ce prince qui les favorisait de façon outrancière.
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