Trajan, aux prix de dures campagnes,
conquit la Dacie (110-102 et 105-107). C'en était bien fini
de l'humiliant et ruineux tribut que le timoré Domitien
avait payé aux Barbares daces. De plus, Rome s'assurait le
contrôle de riches mines d'or.
En Orient, Trajan, en s'emparant de l'Arabie Pétrée
(Jordanie actuelle - nous y reviendrons) protégea la route
commerciale vitale qui reliait l'Asie mineure à l'Égypte.
Ensuite il lança une vaste campagne contre les Parthes, l'ennemi
héréditaire. Il annexa l'Arménie, l'Assyrie,
la Mésopotamie. Ces conquêtes portèrent l'Empire
romain à son extension maximale.
C'est au moment où il s'apprêtait à porter
le coup de coup de grâce aux Parthes et, peut-être,
restaurer l'ancien empire d'Alexandre le Grand, que des révoltes
juives (judéo-chrétiennes, christo-judaïques)
éclatèrent sur ses arrières et l'obligèrent
à faire demi-tour. Dépité, courroucé,
humilié, Trajan mourut d'apoplexie en 117. Hadrien, son petit-neveu
par alliance et fils adoptif, lui succéda.
À l'intérieur de l'Empire, Trajan entreprit une politique
de grands travaux : Forum de Trajan à Rome, agrandissement
du port d'Ostie, assèchement des Marais pontins, aqueducs
d'Alcantara et de Ségovie, voie romaine reliant Damas à
la Mer rouge, et, naturellement, l'érection de la Colonne
Trajane
Son règne fut aussi un âge d'or pour la littérature
avec Tacite, Pline le Jeune, Juvénal et Plutarque.
La politique de Trajan à l'égard des Chrétiens
est bien souvent mal comprise. Un échange de correspondance
entre Pline le Jeune, alors gouverneur de Bithynie et l'empereur,
précise les mesures qui devaient être prises contre
ces "religionnaires" d'un genre nouveau. Cependant, ces lettres
deviennent incompréhensibles si on présuppose que
les Chrétiens de l'époque de Trajan n'étaient
que de doux illuminés inoffensifs.
Par exemple, pourquoi Pline et Trajan trouvent-ils tout naturel
de faire exécuter directement tout personne qui s'avoue chrétien
?
Pline, un juge arbitraire ? Trajan, un tyran inhumain ? Allons donc
!
Citons cet extrait : "A ceux qui avouaient (qu'ils étaient
Chrétiens), je l'ai demandé une deuxième, puis
une troisième fois, en les menaçant du supplice :
quoi que signifiât cet aveu, j'étais sûr qu'il
fallait au moins punir cet entêtement et cette obstination
inflexible. D'autres, possédés de la même folie,
je les ai, en tant que citoyens romains, notés pour être
envoyés à Rome".
Et pourquoi d'autres Chrétiens, sachant que l'empereur avait
interdit les "hétairies" (c'est-à-dire les associations
secrètes) ont, du coup, renoncé au Christianisme ?
Ce n'est pas ici le lieu de s'étendre sur ce sujet, mais
il faut cependant signaler que la correspondance entre Pline le
Jeune et Trajan s'explique bien mieux si le christianisme de cette
époque était, considéré à tort
à raison (à mon avis, plus à raison qu'à
tort) comme une association secrète et terroriste, comme
une secte militante, héritière des mouvements messianiques
juifs qui avaient semé la terreur en Judée au Ier
siècle.
Or un groupement de ce genre, en dissimulant une doctrine subversive
sous d'innocentes cérémonies, pouvait séduire
des braves gens ou des naïfs. Et c'était précisément
là le problème de Pline : comment distinguer les dangereux
Chrétiens activistes de la masse des illuminés, de
la foule des gogos ?
C'est aussi pour cela qu'il ne pouvait ni comprendre, ni faire
preuve de pitié pour ceux qui se glorifiaient de leur condition
de chrétien. Comment ces gens pouvaient-ils revendiquer ouvertement
son appartenance à une société secrète
? Avait-on jamais vu cela ? Venir devant le tribunal impérial
et dire benoîtement : "Voilà, je suis membre d'une
société occulte, ultra secrète, et j'en suis
fier !". C'était incompréhensible ! La trahison
d'un secret par pur mépris de la justice de l'empereur et
de son représentant ! C'était bien là le comble
du fanatisme, de l'opiniâtreté et de la rébellion
! Ce comportement, dans l'esprit de Pline et de Trajan, méritait
certainement la peine capitale
D'autant plus que l'empereur
avait strictement interdit les associations secrètes !
Dernière chose : en 105-106, pendant que Trajan était
tout occupé à ses campagnes de Dacie, les armées
du gouverneur de Syrie Cornelius Palma annexaient le petit royaume
de Pétra, qui deviendra la province d'Arabie Pétrée
(actuellement, la Jordanie). Or c'était là qu'après
la chute de Jérusalem (70), les Chrétiens s'étaient
réfugiés, qu'ils s'étaient "regroupés
autour des parents du Christ" dira l'historien ecclésiastique
Eusèbe de Césarée.
Cette conquête poursuivait deux buts : d'une part, nous l'avons
dit, protéger les voies commerciales entre l'Égypte
et l'Orient, mais sans doute aussi de priver les résistants
juifs (Chrétiens et Zélotes) de leurs sanctuaires
terroristes au-delà du Jourdain.
La tradition veut d'ailleurs que précisément ces
années-là, le pape Évariste ait été
martyrisé à Rome. Coïncidence me direz-vous ?
Peut-être. Cependant, on peut aussi penser que les Chrétiens
de Rome, de Syrie et d'ailleurs, ne virent pas d'un il très
favorable l'écrasement du petit royaume arabe. N'était-ce
pas là le sanctuaire où leurs coreligionnaires "résistaient
encore et toujours à l'envahisseur".
D'où troubles, émeutes, révolte, et exécution
des principaux leaders de la secte
Sans qu'il soit d'ailleurs
jamais question de réprimer une religion : la justice impériale
ne frappait en l'occurrence que des rebelles opiniâtres ! |