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GALBA L'ANTÉCHRIST ?
Selon J.-Ch. Pichon (Saint Néron, réédition
é/dite
- Histoire, 2000) Néron
fut converti au christianisme par saint Paul. La religion du Christ,
pensait l'empereur, était prédestinée à
devenir la religion des temps nouveaux, de cette nouvelle ère
astrologique du Poisson qui venait de supplanter celle du Bélier.
Pourquoi ?
Permettez-moi une petite digression qui permettra d'éclaircir
- une bonne fois pour toutes - cette question :
Nous savons tous que les premiers Chrétiens
adoptèrent le poisson comme signe de reconnaissance. Il est
vrai qu'il leur était plus facile d'esquisser, sur le sable,
sur la poussière ou sur un mur, le "tag" d'un poisson que
celui, par exemple, d'un ornithorynque. Deux lignes courbes qui
se croisent et le tour était joué !
La tradition veut que ce signe de ralliement provienne d'un jeu
de mots sur la traduction latine du mot grec ICHTUS = poisson
= "Iesous Christos Theou
Ulos Soter" = "Jésus
Christ, fils de Dieu, sauveur". C'est possible et même probable.
Cependant, cette association Jésus - Poisson reflète
également les préoccupations astrologiques de nos
ancêtres.
L'astrologie, de nos jours, on y croit ou l'on n'y croit pas, mais
les Anciens, eux, y croyaient dur comme fer. Après des milliers
d'années d'observation, nos aïeux constatèrent
que le soleil ne se levait pas toujours devant les mêmes étoiles.
Les savants de notre époque appellent cela "dérivation
de l'axe elliptique". En (très) gros, notre terre se comporte
comme une énorme toupie, qui tourne sur elle-même,
mais dont l'axe a tendance à bouger du fait du mouvement
rotatif. Nos ancêtres, eux, qui ne savaient pas tout cela,
mais qui n'étaient pour autant dépourvus ni de jugeote,
ni d'un sens aigu de l'observation, ni d'une bonne mémoire,
constatèrent qu'il fallait environ 24.000 ans pour que le
soleil revienne se lever au même endroit de la voûte
céleste. Ils divisèrent alors le ciel en douze secteurs
et leur donnèrent à chacun un nom symbolique : mois
de la "Grande année universelle" devenus nos signes du zodiaque.
Ces "mois" de l'année universelle comptent donc environ 2000
ans chacun, et leur cycle commence dans le "Poisson" pour se terminer
dans le "Bélier", Les mois de la "Grande année de
l'univers" s'égrènent donc un sens inverse que celui
adopté par l'horoscope de votre journal.
Voici comment cela s'est passé au cours des huit derniers
millénaires :
- De -6000 à -4000 avant J.-C. : Ère des Gémeaux.
Le vieux dieu Janus avec sa double face pourrait bien être
une survivance de cette époque. C'est aussi l'âge
d'or.
- De -4000 à -2000 avant J.-C. : Ère du Taureau.
En Égypte, on voit se développer le culte du buf
Apis, en Crète, on danse avec des taureaux, En Espagne,
on organise les premières corridas.
- De -2000 à -1 avant J.-C. : Ère du Bélier.
En Égypte, culte du Dieu Bélier Amon. Les noms des
Pharaons de l'époque vont l'évoquer : Amenhotep,
Aménophis, etc
Abraham veut sacrifier son fils unique
pour s'attirer les bonnes grâces de Dieu, mais un bélier
qui passe par là fait les frais de l'opération.
Or, l'époque présumée du grand Patriarche
se situe précisément au changement de l'ère
(vers - 2000 avant J.-C.), et qui dit nouvelle ère, dit
nouveau culte : fini les sacrifices humains, vive les sacrifices
d'animaux, surtout de béliers, et longue vie aux méchouis
et aux couscous !
Alexandre le Grand est le dernier "demi-dieux"
de l'ère du Bélier : après avoir été
déclaré fils d'Amon, le Dieu Bélier, dans
l'oasis de Siwah, le conquérant macédonien portera
une couronne en forme de cornes. Il est d'ailleurs représenté
ainsi sur certaines de ses monnaies.
- De -1 à 2000 après J.-C, : ère du Poisson.
Ici, non seulement, nous changeons d'ère, mais aussi d'année
universelle. L'ère du Poisson sera celle de changements
radicaux, paradoxaux : c'est par Verbe que Yahvé avait
créé le monde et, maintenant, ce Verbe s'incarne,
se fait chair, mais une chair à la fois humaine et mystique.
Agneau de Dieu, le Christ réclame l'héritage
de l'Ère du Bélier : il n'est pas venu, précise-t-il,
pour abolir l'ancienne loi, mais pour l'accomplir. C'est pourquoi
Jésus-Christ transcende symboliquement le vieux sacrifice
d'Abraham en se sacrifiant lui-même pour racheter les péchés
du monde. Désormais, dans les temples devenus chrétiens,
l'on ne dégustera plus du mouton grillé, mais du
pain, devenu soit corps du Dieu lui-même, soit représentation
symbolique de Dieu.
Certes, Jésus aimait à manger du poisson. Il multiplia
deux fois des poissons en même temps les pains. Grâce
à lui et à un de ses miracles de derrière les
fagots, Pierre pêcha des centaines de milliasses de poissons
dans le lac de Tibériade, à tel point que ses filets
se rompirent ! Et, en fin de compte, Jésus transforma ses
bons apôtres en "pêcheurs d'hommes". Cependant, si le
poisson fût adopté comme signe de ralliement par les
premiers Chrétiens, c'est sans doute d'abord parce qu'il
symbolisait l'ère nouvelle. Ce n'est que bien plus tard,
probablement à l'intervention de Pères de l'Église
hostiles à l'astrologie païenne qu'on y verra un acronyme
proclamant de la divinité de Jésus.
Mais revenons à Néron
et aux hypothèses de Jean-Charles Pichon.
Bien que converti par saint Paul, l'empereur-artiste n'aurait pas
suivi à la lettre les enseignements de l'intransigeant "Apôtre
des gentils". Convaincu que la doctrine chrétienne se devait
d'être à la fois parfaitement en phase avec la nouvelle
ère astrologique du Poisson et avec l'hellénisme dont
il s'était entiché, Néron
aurait adapté le message christique afin de l'implanter plus
aisément dans cette civilisation hellénique qu'il
idolâtrait. Il l'aurait transformé en une idéologie
esthétisante, non-violente, pacifiste et égalitaire.
Ensuite, il serait parti en Grèce pour "aller au bout
de sa mission" prophétique". Une tournée triomphale,
mais dont personne ne comprit le véritable enjeu. C'est pourquoi,
en butte à l'hostilité croissante de l'armée
et des nantis, Néron aurait été contraint de
revenir dare-dare en Italie, non pas seulement pour sauver son trône,
mais surtout pour accomplir le projet mûri et préparé
lors de son voyage en Hellade : instaurer "un univers communautaire,
une parousie à la Spartacus, où les esclaves et les
pauvres, les hommes libres et les esclaves, enfin égaux que
de servir et de faire régner le dieu Poisson, symbole de
l'amour universel". Et notre Néron
de confisquer les biens des plus riches citoyens de Rome, de réquisitionner
leurs somptueuses villas et d'affranchir en masse leurs esclaves,
les "enrôlant dans d'étranges cohortes, à
demi « anges blancs » de Savonarole, à demi
SS hitlériens, que certains historiens rendent responsables
des excès de l'empereur".
Mais Néron finit
par se suicider, et quand Galba, triomphant, entra dans Rome, les
individus que le nouveau "César" fit massacrer n'étaient
pas des matelots de la flotte, recrutés par Néron
pour courir sus à ses ennemis, mais bien ces Chrétiens
"néroniens". En effet, écrit encore J.-Ch. Pichon
"on n'imagine guère des milliers de marins, suppliants,
désarmés, courant au-devant de Galba victorieux pour
qu'il leur donne un régiment, ni Galba les massacrant jusqu'au
dernier. Non, pas des « matelots » mais des «
fidèles de Neptune ». Des pêcheurs ? Oui, mais
d'hommes, des agents recruteurs, propagandistes, apôtre du
nouveau dieu Poisson
".(J.-Ch. Pichon, Saint Néron,
op. cit.).
Toujours d'après J.-Ch. Pichon, c'est cette répression
sanglante, cette purge anti-néronienne qui donna naissance
à la légende de la "persécution de Néron",
car bien évidemment, l'empereur-artiste, non-violent, abhorrant
le sang et de surcroît Chrétien lui-même, ne
jeta jamais aux lions le moindre de ses coreligionnaires. Si les
historiens antiques, et en particulier Tacite et Suétone
rapportent cette fadaise, c'est parce que leurs récits, déjà
fallacieux à l'origine, furent traficotés par des
mains chrétiennes soucieuses de "surfer" sur la mauvaise
réputation de Néron tout en tirant un voile pudique
sur son appartenance à leur secte (même si l'empereur
avait une interprétation très personnelle des plus
saints dogmes du christianisme). C'est pour cela que les faussaires
chrétiens firent disparaître le dernier livre des Annales
de Tacite, celui qui "couvrait" la fin du règne de Néron.
Cependant, le texte qui décrivait la répression anti-néronienne
de Galba put être recyclé : il suffisait de modifier
le nom de l'empereur qui avait ordonné ces atrocités,
"Néron" remplaçant "Galba", puis de réinsérer
le fragment interpolé dans le livre des Annales relatant
le grand incendie
de 64, et le tour était joué ! C'est ainsi qu'aujourd'hui,
à la lecture de ce bouquin de Tacite (Annales, XV,
44), tout le monde est convaincu que c'est Néron qui fit
périr les Chrétiens, revêtus de peaux de bêtes,
sous les crocs des chiens, ou qui les utilisa, crucifiés,
en guise d'éclairage public pour nuits sans lune, alors qu'en
réalité, c'est bien Galba, l'Antéchrist, qui
commit toutes ces horreurs !
| "Alors s'expliquerait l'inexplicable
: qu'une partie des supplices aient lieu dans le Cirque, ravagé
après l'incendie en 64, mais reconstruit quatre ans
plus tard, et que les victimes en fussent des chrétiens,
car s'il y avait peu de ces nouveaux croyants à Rome
en 64, on peut les imaginer plus nombreux en 68. Alors se
comprendrait la phrase qui termine le récit de Tacite
: « Quoique ces supplices parussent mérités,
on ne laissait pas de prendre en pitié les victimes,
sacrifiées non à l'intérêt public
mais à la cruauté d'un homme », phrase
inintelligible dans le contexte qu'on lui donne, de l'incendie
de Rome et d'une imposture néronienne. En effet, si
les Chrétiens n'étaient aucunement coupables,
pourquoi dire leur supplice mérité ? S'ils l'étaient,
pourquoi rejeter l'horreur de leur châtiment sur la
cruauté d'un homme ? (Jean-Charles Pichon, Saint
Néron, réédition é/dite
- Histoire, 2000).
Dois-je vous le dire, les thèses de J.-Ch. Pichon
sont loin de faire l'unanimité
Je ne polémiquerai pas à ce sujet. Pour vous
faire "votre religion" sur la question, mieux vaut que vous
lisiez le livre de Pichon, très intéressant
même s'il est controversé, ainsi que les textes
de Tacite et Suétone.
Simplement une petite remarque pour terminer : comme je l'ai
déjà signalé, l'empereur Galba ne séjourna
à Rome que trois petits mois, les derniers de son règne
(du 15 octobre 69 au 15 janvier 69). En un si court laps de
temps, je vois mal comment il aurait été capable
de planifier et d'organiser ces "jeux" macabres si "raffinés"
que décrit Tacite ! Même avec le génie
de la logistique propre aux Romains, cela me paraît
un peu "juste" ! Et comment financer ces divertissements,
si coûteux, quand le Trésor était vide,
quand l'État était proche de la banqueroute
et quand ce "pauvre" Galba était contraint à
racler les fonds de tiroir, à rogner sur tout, même
sur l'essentiel, afin grappiller de-ci de-là quelques
liquidités ? Et comment aurait-il osé persécuter
officiellement, légalement, les partisans de Néron
alors que, dans leurs casernes, les Prétoriens regrettaient
leur trahison, et que, dans les rues, le peuple, très
peu favorable au nouveau régime, évoquait déjà
avec nostalgie le "bon vieux temps" de Néron ?
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